p.j. proudhon textes choisis par joseph - pdf/pj.proudhon...آ  pierre-joseph proudhon (1809-1865)...

Download P.J. Proudhon Textes choisis par Joseph - pdf/pj.proudhon...آ  Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865) P.J

If you can't read please download the document

Post on 30-Apr-2020

0 views

Category:

Documents

0 download

Embed Size (px)

TRANSCRIPT

  • Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865)

    P.J. Proudhon Textes choisis par Joseph Lajugie :

    “ Proudhon peint par lui-même ”

    Un document produit en version numérique par Mme Marcelle Bergeron, Professeure à la retraite de l’École Dominique-Racine de Chicoutimi, Québec

    et collaboratrice bénévole Courriel: mailto:mabergeron@videotron.ca

    Site web: http://www.geocities.com/areqchicoutimi_valin

    Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales" dirigée et fondée par Jean-Marie Tremblay,

    professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi Site web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html

    Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi

    Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm

  • PJ Proudhon, Textes choisis :“ Proudhon peint par lui-même ” 2

    Un document produit en version numérique par Mme Marcelle Bergeron, bénévole, professeure à la retraie de l’École Dominique-Racine de Chicoutimi, Québec courriel: mailto:mabergeron@videotron.ca site web: http://www.geocities.com/areqchicoutimi_valin

    à partir de :

    Pierre-Joseph Proudhon

    P.J. Proudhon. Textes choisis, présentés et commentés par Joseph Lajugie : “ Proudhon peint par lui-même ”

    Une édition électronique réalisée du livre P.J. Proudhon. Textes choisis, présentés et commentés par Joseph Lajugie : “ Proudhon peint par lui-même ” Collection des grands économistes. Paris : Librairie Dalloz, 1953, 492 pages. (pp. 175 à 218).

    Polices de caractères utilisée :

    Pour le texte: Times, 12 points. Pour les citations : Times 10 points. Pour les notes de bas de page : Times, 10 points.

    Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2001.

    Mise en page sur papier format LETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’)

    Édition complétée le 3 septembre 2002 à Chicoutimi, Québec.

  • PJ Proudhon, Textes choisis :“ Proudhon peint par lui-même ” 3

    Table des matières

    “ Proudhon peint par lui-même ”

    Section I. - La formation

    § I. - Origines familiales, enfance et jeunesse

    1. - Son père 2. - Son grand-père maternel 3. - Proudhon Bouvier 4. - Ses études. Premières épreuves

    § II. - Les débuts dans la vie

    1. - Sa candidature à la pension Suhard 2. - Sa vie à Paris 3. - Ses amis 4. - Son premier amour

    § III. - Premiers ouvrages

    1. - Qu'est-ce que la propriété ? 2. - Proudhon, commis batelier

    Section II. - La maturité

    § I. - Proudhon et Marx

    1. - Lettre de Marx à Proudhon (5 mai 1846) 2. - Réponse de Proudhon à Marx (17 mai 1846).

    § II - La Révolution de 1848

    1. - Sa participation à la Révolution de 1848 2. - Ses prisons 3. - Son mariage 4. - Les journées de juin

  • PJ Proudhon, Textes choisis :“ Proudhon peint par lui-même ” 4

    § III. - Le second Empire.

    1. - Ses réactions devant le coup d'État 2. –Le caractère de Proudhon 3. - Mort de sa petite fille

    § IV. - L'exil en Belgique

    1. - Ses travaux et ses inquiétudes

    § V. - Retour en France et dernières années

    1. - Sa résignation devant les épreuves 2.- Sa fin

  • PJ Proudhon, Textes choisis :“ Proudhon peint par lui-même ” 5

    “ Proudhon peint par lui-même ”

    Section I. La formation

    § I. - Origines familiales, enfance et jeunesse

    l. - Son père

    Retour à la table des matières

    ...Madame, savez-vous quel était mon père ? C'était un honnête brasseur à qui l'on ne peut jamais faire entrer dans la tête que pour gagner de l'argent, il fallait vendre au-dessus du prix de revient. Il soutenait toujours que ce serait du bien mal acquis : « Ma bière, répétait-il toujours, me coûte tant, mon salaire compris ; je ne puis la vendre plus !» Qu'arriva-t-il ? Mon brave hom- me de père mourut pauvre et laissa des enfants pauvres. 1

    Pourtant, il suivait, sans s'en douter, le même principe qui :avait conduire un de ses fils à cette proposition étrange : La propriété, c'est le vol ! C'était un grand cœur assurément que cet artisan qui eut le courage pendant trente ans de fermer sa porte à là fortune ; je dirai de plus que c'était une pure intelligence

    1 Lettre à Mme d'Agoult, du 25 juillet 1847, Correspondance, éd. Lacroix, t. II, p 239.

  • PJ Proudhon, Textes choisis :“ Proudhon peint par lui-même ” 6

    que celle qui ne put jamais concevoir la nécessité de l’inégalité. Or, est-ce que la postérité se souviendra du nom de mon père ?... 1.

    2. - Son grand-père maternel

    Retour à la table des matières

    ... 2 Mon grand-père maternel, après avoir servi pendant dix ans comme simple soldat, sous Louis XV, rentra dans son village, où il se maria et leva charrue. Ceci se passait environ vingt ans avant la Révolution. À cette époque, la noblesse, avec une fraction minime du Tiers-État formait le corps des prédestinés; le peuple était condamné à l'enfer. Du nom du régiment, Tornésis ou Tournaisis (Tournay), où avait servi mon grand-père, les paysans le surnommèrent en patois, Tournési. Ce fut tout le fruit qu'il rapporta de ses campagnes. Or, la commune qu'il habitait jouissait, par ses vieilles chartes, du droit de faire du bois dans une forêt voisine dite la Récompense, laquelle faisait partie d'un fief des seigneurs de Bauffremont. Le garde Brezet, faisant du zèle, s'avise un jour, d'empêcher les pauvres usagers d'exercer leur droit : autant de contrevenants, autant de procès-verbaux. Tournési, plus hardi que les autres, voulut plaider : c'était le pot de terre contre le pot de fer ; puis, c'était la justice du seigneur qui jugeait. Il fut ruiné en amendes. Un jour, en plein midi, le garde Brezet le surprend, avec sa voiture et ses chevaux, en récidive. II était allé chercher un arbre dont il avait besoin pour le faîte de sa maison ; et comme malgré les condamnations il n'entendait pas laisser périmer le droit, il ne se cachait point. « Comment t'appelles-tu ? » lui dit le garde. « Je te dénonce procès-verbal - Je m'appelle Retournes-y répond l'autre en jouant sur son sobriquet. - Donne-moi ta hache. - Prends-là !» Et il la jette à terre entre eux deux, chacun ayant sa part de champ et d'ombre. Voilà mes deux hommes, le garde d'un côté dégainant son sabre, le paysan de l'autre brandis- sant une hache. Ce qui se passa, je ne le saurais dire : suffit que le garde rentra chez lui éreinté, et rendit l'âme avant le vingtième jour. Au lit de mort, il refusa de déclarer le meurtrier, connu de tout le monde; il dit qu'il n'avait que ce qu'il méritait 3.

    3. – Proudhon Bouvier

    Retour à la table des matières

    ... 4 Jusqu'à douze ans, ma vie s'est passée presque toute aux champs, occupée tantôt de petits travaux rustiques, tantôt à garder les vaches.

    J'ai été cinq ans bouvier 5...

    1 Id., p. 240. 2 De la justice dans la Révolution et dans l’Église, éd. Rivière, t. II, p. 247. 3 Id., p. 248. 4 De la justice dans la Révolution et dans l’Église, éd. Rivière, t. II, p. 402. 5 Id., ibid.

  • PJ Proudhon, Textes choisis :“ Proudhon peint par lui-même ” 7

    ... 1 Quel plaisir autrefois de me rouler dans les hautes herbes, que j'aurais voulu brouter comme mes vaches; de courir pieds nus sur les sentiers unis, le long des haies; d'enfoncer mes jambes, en rechaussant (rebinant) les verts turquies, dans la terre profonde et fraîche ! Plus d'une fois, par les chaudes matinées de juin, il m'est arrivé de quitter mes habits et de prendre sur la pelouse un bain de rosée. Que dites-vous de cette existence crottée, Monsei- gneur ? Elle fait de médiocres chrétiens, je vous assure. À peine si je distin- guais alors moi de non moi. Moi, c'était tout ce que je pouvais toucher de la main, atteindre du regard, et qui m'était bon à quelque chose. Non moi était tout ce qui pouvait nuire ou résister à moi. L'idée de ma personnalité confon- dait dans ma tête avec celle de mon bien-être, et je n'avais garde d'aller cher- cher là dessous la substance inétendue et immatérielle.

    Tout le jour, je me remplissais de mûres, de raiponces, de salsifis des prés, de pois verts, de graines de pavots, d'épis de maïs grillés, de baies de toutes sortes, prunelles, blessons, alises, merises, églantines, lambrusques, fruits sauvages ; je me gorgeais d’une masse de crudités à faire crever un petit bour- geois élevé gentiment et qui ne produisaient d'autre effet sur mon estomac que de me donner le soir un formidable appétit. La nature ne fait mal à ceux qui lui appartiennent... 2.

    ... 3 Que d'ondées j'ai essuyées! Que de foin trempé jusqu’aux os j'ai séché mes habits sur mon corps, à la bise ou au soleil! Que de bains pris à toute heure, l'été dans la rivière, l'hiver dans les sources ! Je grimpais sur les arbres; je me fourrais dans les cavernes ; j'attrapais des grenouilles à la course, les écrevisses dans leurs trous, au risque de rencontrer une affreuse salamandre ; puis je faisais sans désemparer griller ma chasse sur les charbons. Il y a, de l'homme à la bête, à tout ce qui existe, des sympathies et des haines secrètes dont la civilisation ôte le sentiment. J'aimais mes vaches, mais d'une affection inégale ; j'avais des préférences pour une poule, pour un arbre, pour un roc