l'hémicycle - #431

Download l'Hémicycle - #431

Post on 08-Mar-2016

229 views

Category:

Documents

10 download

Embed Size (px)

DESCRIPTION

l'Hmicycle numro 431 du mercredi 18 janvier 201

TRANSCRIPT

  • DR

    STP

    HAN

    EDE

    SAKU

    TIN/AFP

    Laffaire est entendue. Depuis prsdune semaine les tnors de lamajorit, conforts par lagenceMoodys qui a maintenu ce lundi letriple A de la France, nous affirment

    que la dgradation dcide par Standard & Poors nestquunepriptie,dj intgrepar lesmarchsetprvuedepuis plusieursmois. Tout juste si lon nenous expliquepas que la perte de ce qui tait encore il y a quelquessemaines un trsor national constitue finalement unlectrochoc salutaire qui doit encourager chacun allerplus loin dans la voie des rformes dcides par le Gou-vernement.Mieux,entendreFranoisFillon,Standard&Poors aurait dabord sanctionn le fait que NicolasSarkozy, droit dans ses bottes et sr de sa politique, au-raitt freinparuneoppositionquia refus les rformescensescontribuerau redressementdenotreconomie.Campagne prsidentielle oblige, largumentaire dve-lopp nest pas une surprise. Et relve de la convictionsouvent justifie que plus cest gros plus a passe.Mais la vrit est tout autre. La vrit cest que cettepriptie ,mme si elle nest le fait que dune seuleagence, est une sanction conomique sans prcdentet une humiliation politique dont la France se seraitbien passe. Commerce extrieur, endettement, d-ficit, emploi, pouvoir dachat, tous les clignotants sontau rouge.Et si la sanction conomique vaut pour tous ceuxqui ont dirig la France depuis trente ans, les respon-sabilits ne sont quand mme pas les mmes entrele campqui est aupouvoir sans discontinuer depuis dixans et llyse depuis dix-sept et les autres. Quant lhumiliation politique elle est pire encore, puisquaprsavoir fait la leon lEurope entire avec un mprisinconvenant pour les Grecs, les Italiens ou bien encoreles Espagnols, nous voici notre tour dans le campdesgensduSud, dcrochant pour la premire fois depuis lacration de lEurope du peloton de tte.Le Premierministre, qui dclarait avec lucidit en 2007que la France tait en faillite, a fait de sonmieux depuisquelques jours pour nous faire oublier que la France aperdu le Nord.Mais les Franais eux lont bien compriset ils entrent dans la dernire ligne droite de la prsi-dentielle totalement dboussols, sans doute plusenclins que jamais entendre le chant des extrmes.Il restemoinsdecent jours aux candidatspour redonnerenvie sinon confiance ces Franais incrdules qui ontperdu toutes leurs certitudes devant lambigut etle flou de ceux qui prtendent les conduire. Dans cecontexte cest celui qui donnera le sentiment de fixerle cap le plus crdible qui lemportera. trois mois de llection, rien ne va plusfaites vos programmes, il y a urgence !

    Et aussi

    Le chiffre

    ditorialRobert Namias

    Grant-Directeur de la publication : Bruno Pelletier Directeur : Robert Namias

    LHM

    ICYC

    LE

    PATR

    ICKKO

    VARIK/AF

    P

    www.lhemicycle.com

    LachasseestouverteOuvriers, artisans, commerants, petits fonctionnaires, les classespopulaires etmoyennes se sentent abandonnes. Courtisespartous les candidats, leurs votes serontdcisifs laprsidentielle.ParMarcTronchot

    Ils sont comme des gologuesdevant un gisement de mineraiou des pcheurs qui viennent dereprer un banc de poissons. Chacuna bien lintention den prendre sa part,la plus grosse possible, et simaginedj surfer sur une vague qui le ferahros. Et pourquoi pas, prsident dela Rpublique. Aux candidats ceposte, tous les coups sont permis.Toutes les manuvres. Tous les chantsde sirnes. Toutes les protestationsdinnocence et toutes les promessesgnreuses. Qui sagit-il de sduire ?

    Ces fameuses classes populaires, quisouffrent, et ces classes moyennes, quelavenir inquite. Tous ces oublis,tous ces silencieux pour reprendreles mots de Mme Le Pen. Et pourquoipas les damns de la Terre ? Elle sestretenue temps ! Si tous les stratgespolitiques se penchent aujourdhuisur les proccupations de ces deux ca-tgories, cest pour une raison simple :leur haut niveau de rendement lec-toral. Dans un paysage politique mar-qu par une dispersion des forces trsalatoire, elles sont en mesure de faire

    ou de dfaire les lections prsiden-tielles et lgislatives venir. Mitter-rand sut les attirer en 1981, Chiracparvint leur vendre la fracture so-ciale en 1995, Le Pen les capter pourse hisser au second tour de la pr-sidentielle en 2002, Sarkozy lesrcuprer cinq ans plus tard. Ces cat-gories sont difficiles identifier dau-tant quelles ont volu au fil des ans.Telle quon la dfinissait la fin dusicle dernier, la classe ouvrire est auparadis depuis longtemps.

    >Lire la suite p. 4

    Classespopulaires et classesmoyennes

    NUMRO 431 MERCREDI 18 JANVIER 2012 2,15

    La Francedboussole

    489milliardsdeuros

    CynthiaFleury

    P. 3

    ChristopheGuilluy

    P. 2

    Lesvoix royalesdeValriePcresseAdmiratrice de Malraux, la ministre du Budgetrencontre lauteur des Antimmoires dans lecabinet de son grand-pre, le psychiatre LouisBertagna>Rcit dric Fottorino p. 12

    RICPIER

    MONT/AF

    P

    Les infirmiresanesthsistesenmai2010.Unemanifestationdu ras-le-boldesclassesmoyennes.

    Cest le montant des prts accords en dcembre parla Banque centrale europenne quelque 523 banquesde la zone euro. Ces prts doivent permettre auxbanques dviter de se retrouver sans liquidits etleur laissent du temps pour se conformer aux obligationsrglementaires, en premier lieu les recapitalisationsexiges par lAutorit bancaire europenne (ABE).

    H431_P01:L'HEMICYCLE 16/01/12 18:27 Page 1

  • 2 LHMICYCLE NUMRO 431, MERCREDI 18 JANVIER 2012

    Agora

    DansFractures franaises(FranoisBourinditeur), vousnotezquen2007,pour lapremirefois, loriginedeslecteursainfluenc le rsultat lectoralvousvoquiezmme lexpressionpolitiquedunsparatismeculturel.Quellesvolutionsvoyez-vousentre laFrancede2007et cellede2012?Ce que lon a vu pour la premirefois en 2007 devient prgnant en2012 : chez les lecteurs, tout nestpas social, tout nest pas identi-taire, mais ces deux dimensionsse combinent trs fortement. Etles dynamiques dmographiques,sociologiques, culturelles confir-ment une logique de sparatisme.Le climat renforce cette tendance.En cinq ans, la dgradation socialeest impressionnante, toutes les in-scurits ont progress. Les terri-toires dessinent ainsi une nouvellegographie sociale qui se cristallise.Toutes les grandes priodes demutations conomiques ont faitmerger un paysage : avec la rvo-lution industrielle, ce furent lesquartiers ouvriers et les territoiresbourgeois ; avec les Trente Glo-rieuses, ce fut ltalement urbainet la France pavillonnaire, cons-quence de lmergence des classesmoyennes. Aujourdhui, aprsvingt ans de mondialisation, onvoit une France compatible avecce phnomne, la France des m-tropoles, des grandes villes cra-trices de richesses, et une Francepriphrique, priurbaine, rurale,industrielle, qui regroupe aussipetites villes et villes moyennes,

    une France dans laquelle vit la ma-jorit des ouvriers et des employs.

    Ces fractures territorialesentranent-ellesdesattitudespolitiquesdiffrentes?Tous les Franais sont dans unelogique de prise en compte de lasocit multiculturelle et des pro-blmes que cela suscite. Llecteur bobo parisien peut voter pourBertrand Delano, mais veut viterle collge du coin pour ses enfants,afin de privilgier un endroithomogne socialement et ethni-quement. Il a le pouvoir drigerlui-mme des frontires culturelles.Llecteur frontiste dHnin-Beau-mont na pas les moyens drigerles mmes frontires, du coup ildemande ltat de le faire. Maischez lun et chez lautre, les de-mandes identitaires et culturellessont voisines.

    Lesclassesmoyenneset les classespopulairesont-ellesdes intrtspolitiquescontradictoires?La majorit de la population fran-aise est dans une logique deprcarisation. Jean-Paul Delevoye,lancien mdiateur de la Rpubli-que et prsident du Conseil cono-mique, social et environnemental,a estim entre 12 et 15 millionsle nombre de Franais qui sont 50 ou 150 euros prs pour bou-cler leurs fins de mois. Si bien quelon assiste deux phnomnes :dabord, lexplosion des classesmoyennes, un concept trop ancrdans la priode des Trente Glo-rieuses seule demeure la classe

    moyenne de la fonction publique.Ensuite, lmergence de nouvellesclasses populaires. Leurs caractris-tiques : des revenus faibles, souventlargement infrieurs au salaire m-dian, un chmage important, uneinscurit sociale forte, une dgra-dation des conditions de travail.Enfin, la classe ouvrire tait hierintgre au tissu conomique ; au-jourdhui, elle vit lextrieur desterritoires les plus actifs. Cela meparat un fait majeur. La Francedes invisibles, cest la France desterritoires invisibles. Les banlieuesnappartiennent pas cette France :elles se situent dans la France desmtropoles cest lintgrationmondialise par le haut et par lebas. La Seine-Saint-Denis est aucur de lre parisienne, la plusdynamique du pays. Mais cetteFrance reprsente 40% de la popu-lation franaise, quand 60% restent lcart. Lamoiti de la populationvit dans des communes de moinsde 10 000 habitants.

    Lespartisdegouvernement sont-ilscondamnsauxyeuxdunepartiecroissantede lapopulation?Schmatiquement, on peut direque la droite capte encore les re-traits, et la gauche une forte par-tie de la fonction publique, unecatgorie protge de la mondia-lisation. Je ne crois pas lidedune droitisation en Europe dueau vieillissement de la population.Non, le rempart au populisme, cesont les personnes ges, qui nesouhaitent pas renverser la table.En revanche,Marine Le Pen semble

    capter une part croissante de lapopulation active. Voil o nousen sommes : les deux grands partisde gouvernement sont soutenuspar des gens qui ne sont plus ni lapopulation active ni la jeunesse.

    NicolasSarkozya-t-il lesmoyensderetrouver lcoute, et la confiance,decesclassespopulaires?On a dit que Nicolas Sarkozy avaitt lu grce son discours sur lepouvoir dachat. Certes, mais sila obtenu 31 % au premier tour,cest grce un discours de typeidentitaire, sur des thmatiquesclassiques