gian-carlo menotti .gian-carlo menotti ... mon cœur, mon cœur, ... comme une flamme il écorchait

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  • Gian-Carlo MENOTTI VANESSA Opra en 4 actes de Samuel Barber Premire reprsentation au Mtropolitain Opera House, New York le 15 janvier 1958 Personnages VANESSA, une femme dune grande beaut ERIKA, sa nice, une jeune fille de vingt ans La BARONNE, mre de Vanessa et Grand-mre dErika ANATOLE, un beau jeune homme dune vingtaine dannes Le DOCTEUR NICHOLAS, Le MAJORDOME Un VALET de Pied Le Jeune Pasteur, des domestiques, des invits, des paysans Laction se passe dans une proprit de campagne, dans un pays du Nord, vers 1905 Note du traducteur : La traduction est base sur le livret original de 1957, et non sur la rvision de 1964 (trois actes, aprs fusion des deux premiers). Il sagit dune traduction littrale des dialogues. Cependant les airs et ensembles ont t adapts (et sloignent donc parfois de la littralit) pour les plier une meilleure adquation avec la musique, de faon tenter de rendre ce que pourrait tre un texte franais ajust la prosodie dorigine.

    ACTE I

    Une nuit au dbut de lhiver, dans le salon richement meubl de Vanessa. Une petite table est

    dresse dans un coin pour le souper. Tous les miroirs de la pice, ainsi quun grand tableau

    accroch su le manteau de la chemine, sont recouverts de voiles. Dans le fond, une large

    porte-fentre ouvre sur un jardin dhiver plong dans lobscurit. Vanessa est assise prs du

    feu, dos tourn au public ; le dossier de son fauteuil la dissimule presque entirement. La

    Baronne est assise face elle, et reste immobile pendant toute la scne, jusqu ce quelle

    sorte. A lautre bout de la pice, un groupe de domestiques, en tte desquels Nicholas, le

    Majordome, se tient face Erika ; un agenda la main, elle leur donne des ordres. Une

    tempte de neige fait rage lextrieur.

    ERIKA

    Potage crme aux perles.

    MAJORDOME (il note dans son propre agenda chaque suggestion)

    Potage crme aux perles.

    ERIKA

    Ecrevisses la bordelaise.

    MAJORDOME

    Ecrevisses la bordelaise.

    VANESSA (masque par le fauteuil)

    Trouvez quelque chose de mieux !

  • ERIKA

    Alors langoustines grilles sauce aux hutres.

    MAJORDOME

    Langoustines grilles sauce aux hutres.

    ERIKA

    Faisan brais au Porto.

    VANESSA

    Assez de faisan du canard !

    ERIKA

    Canard farci sauce Savoie.

    VANESSA

    Trop de sauces.

    ERIKA

    Palombes rties nature ?

    VANESSA

    Cest mieux.

    (ERIKA fait signe au MAJORDOME de linscrire, ce quil fait en rptant voix basse.)

    ERIKA

    Gteau damandes au miel.

    MAJORDOME

    Gteau damandes au miel.

    ERIKA

    Une bouteille de Montrachet ; deux bouteilles de Romane-Conti. Cest tout.

    VANESSA

    Noublie pas les camlias

    ERIKA (aux domestiques)

    Ah oui cueillir dans la serre, un nouveau camlia chaque matin pour sa table de nuit.

    MAJORDOME

    Oui, mademoiselle.

    VANESSA Noublie pas de faire sonner la cloche dalarme. ERIKA Ah oui, dites au gardien de faire sonner la cloche lentre du parc, toute la nuit, au cas o le traneau se perdrait dans la tempte. Merci, vous pouvez disposer.

  • (Les domestiques sortent.) VANESSA (lintensit de sa voix traduisant une sorte dangoisse) Non, je narrive pas comprendre comment il se fait quil ne soit pas dj arriv. Aucun message ? ERIKA (sans motion aucune) Ils ont quitt le bourg au couchant ; peut-tre se sont-ils arrter, le temps que la tempte sloigne. VANESSA Mon invent nest pas de ceux qui se laissent arrter par une tempte, et Karl connat la route par cur. Je le renverrai sils se perdent. ERIKA Il y a tant de neige que cela rend difficile la course des chevaux. VANESSA Oh, jen mourrai sil lui arrive malheur ! (portant les mains sa poitrine) Mon cur, mon cur, je nen peux plus dattendre. ERIKA Tu nas rien mang aujourdhui. VANESSA Je navalerai rien avant quil arrive. Mon cur, mon cur, je nen peux plus dattendre. ERIKA Veux-tu que je te fasse la lecture ? VANESSA Oui, Erika, lis pour moi. (Erika va chercher un livre, et revient sasseoir ct delle devant le feu. On entend au dehors la cloche qui commence tinter intervalle rgulier.) ERIKA Voil : (elle lit) dipe : Pauvre, pauvre de moi Malheureux que je suis ! O suis-je, o vais-je ? O me jette ce naufrage ? Vanessa se lve et arrache le livre des mains dErika.) VANESSA Tu nas aucune ide de ce que cest que lire. Tu nas aucune ide de ce que cest quaimer ! (Lisant son tour en faisant les cent pas) dipe : Pauvre, pauvre de moi Malheureux que je suis ! O suis-je, o vais-je ? O me jette ce naufrage ? (Elle jette le livre) Pourquoi ne vient-il pas ? (La Baronne se lve lentement, suivie dErika)

  • ERIKA (en lembrassant) Bonne nuit. VANESSA (se tournant vers sa mre) Mme maintenant, vous refusez toujours de me parler ! (Pendant quelques secondes elles se regardent en silence) Allez, allez : bonne nuit. (Pendant ce temps, Erika aprs avoir tir le cordon, reconduit lentement la Baronne vers la porte ; une soubrette surgit quand elles latteignent, qui escorte la Baronne. Elles sortent. Erika se dirige vers la porte-fentre qui ouvre sur le parc. Vanessa se rassoit sur son fauteuil devant le feu . On entend toujours sonner la cloche dans la cour dhonneur.) VANESSA Neige-t-il toujours ? ERIKA Oui, Vanessa. VANESSA Regarde, cherche bien au fond des bois ; naperois-tu pas la lueur dune lanterne ? ERIKA Non, Vanessa. VANESSA Va te coucher, je veillerai seule. ERIKA (sans bouger, scrutant toujours la fentre) Pourquoi lhiver vient-il si vite ? Nuit aprs nuit jentends le cerf aux abois Qui erre en pleurant dans les bois, La chouette gele hulule Sur le toit de friable corce. Pourquoi lhiver vient-il si vite ? Ici, dans la fort, laube ni le couchant Ne marquent le passage du temps. Cest un si long hiver. (On entend au lointain les grelots dun traneau.) Ecoute ils sont l Japerois les lumires. (La cloche du portail sonne plus vite et plus fort) VANESSA (dans un cri hystrique) Il est venu, il est l ! Va chercher tous nos gens. Fais allumer la cour. Jattends ici, et Erika, (elle lui prend les bras) Laisse-moi seule avec lui, quand il entrera. (Erika sort. Vanessa marche de long en large dans une grande agitation ; elle sarrte devant le portrait voil qui trne sur la chemine, elle teint la plupart des lumires. On entend au dehors le brouhaha et lagitation des domestiques, le bruit caractristique dun visiteur qui arrive. Elle sassoit prs du feu, dos tourn la porte. Soudain la porte souvre. Dans la demi-obscurit, on entrevoit la figure dAnatole, debout dans lencadrement, nimb par la lumire du hall)

  • VANESSA (se contraignant cacher son motion, sans se retourner, ni le regarder) Ne dis pas un seul mot, Anatole, Pas un geste ; Veux-tu ou non rester ? Car pendant ces vingt ans, Sans bouger, en silence Moi, je tai attendu ; Je nai jamais dout, Jai toujours su que tu reviendrais vers moi, Anatole ; Je respirais peine, Pour que la Vie glisse indiffrente et Que rien ne change en moi de tout ce que tu avais aim ; Et seule, cache Je nai fais que tattendre. Ah, horreur, et dsespoir, amer, Que laisser fuir les jours Sans fin, sans bornes ! Mal, si mal, en vain, vouloir Voler au cur qui bat Lespace, le temps ! Habiller de glace sa beaut dans le vide- Beaut, ce don sans lendemain. Jai russi, pour toi ! Ecoute, entends, comprends bien : (tendrement) Si tu ne maimes plus, Je tinterdis de me regarder, Anatole Sans amour Ne te risque pas plonger dans mes yeux Car tout tombe en poussire Ds que lAmour est mort. Dis-le Anatole, est-ce que tu maimes ? Du mme amour quaux jours passs ? Car si cest fini, je te supplie De ten aller, sans me revoir ! ANATOLE (avec simplicit) Oui, je crois, je vous aimerai. (Vanessa se retourne et le regarde.) VANESSA Ah, non, ah non ! Grands dieux ; qui tes-vous ? Tratre, imposteur ! (Elle hurle) Erika Erika, laide ! (Erika surgit.) Ce nest pas lui, ce nest pas lui. Un inconnu, je ne lai jamais vu. Fais le jeter dehors. Aide-moi, aide-moi monter, je vais mvanouir. (Erika la soutient pour sortir. Anatole, rest seul il na pas boug pendant toute la scne prcdente, avance sans vergogne, rallume plusieurs lampes, examine la pice avec curiosit. Erika revient, essouffle.) ERIKA Qui tes-vous ? Pourquoi tes-vous venu ? Il faut partir tout de suite.

  • ANATOLE Mais je nai pas menti. Je suis Anatole. Lorsque mon pre est mort ERIKA Quand votre pre est mort Oh non ! Pauvre Vanessa. Aprs tant de rves et une si longue attente ! Ah quel jeu de dupe est parfois la Vie, la Mort compte les points lenvi. Pourquoi ne pas lavoir prvenue, ne pas le lui avoir crit ? ANATOLE Dans ma jeunesse, ce nom rsonne, Vanessa. Comme une flamme il corchait les lvres de ma mre, allumait dans lil de mon pre le regret. Maintenant orphelin, on ma conduit ici pour voir enfin la femme qui hanta ma maison : Vanessa. Mais qui tes-vous? ERIKA Parfois je suis sa nice, mais plus souvent son ombre. Mais vous devez partir, vous lavez entendue. ANATOLE Vous naurez pas le cur de me renvoyer dans la tempte. Dites-lui qui je suis, elle permettra que je passe la nuit. (Il sapproche dun des miroirs voils et soulve le drap.) ERIKA Ne faites pas a. Elle ne supporte pas la vue des miroirs. ANATOLE (sapprochant de la table du souper) Ce couvert, ctait donc pour lui ? (Se saisissant de la bouteille) Ah, Romane-Conti, mon pre adorait ce vin. Puis-je allumer les bougies ? (en les allumant, comme sil pensait haute-voix) Moi aussi, jaime la bonne chre et le bon vin Mon pre a tout perdu force de rver, tandis que ma mre achetait De subtils poisons pour briser ses rves. Et je ne peux jamais goter quaux vins des autres. Maccompagnerez-vous pour dner ? ERIKA Ce nest pas ma place. Dailleurs ce nest pas pour moi que venez de si loin boire le vin des autres. ANATOLE Pas plus quon ne mattendait moi. Je suis le faux Dimitri, le Prt

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