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  • A propos de l'actuel retourde techniques psychosomatiques

    en vue d'une oraison contemplative chrtienne *

    Ce dont il sera question dans ces pages sans prtention scientifi-que aurait gagn tre replac dans un contexte plus gnral :celui de l'ensemble des mutations profondes qui s'accomplissentactuellement dans tous les champs et dans tous les milieux, parti-culirement en anthropologie (au sens philosophique du mot). Dansun dialogue vident avec les phnomnologies ou les sciences del'homme, cette discipline a ralis en effet une transformation con-sidrable, en remettant en cause les traditions que l'on groupegrossirement sous des vocables comme idalisme ou spiritualisme,opposs matrialisme. L'effort de plusieurs anthropologues con-temporains consiste de fait runifier l'humain en montrant com-bien est indissociable ce qui tait appel corps et me, ou chair etesprit. Le physico-chimique et le biologique, dans l'homme, sontsi troitement unis au psychique, au mental et au sociologique que, certains gards et condition de le bien comprendre, on doit direque les seconds ne peuvent exister sans des rapports troits avecles premiers, par lesquels ils sont ncessairement conditionns.

    Il n'est pas dans nos intentions de dvelopper ici ces considra-tions. Elles resteront, cependant, comme la toile de fond des remar-ques et rflexions qui vont suivre. Nous indiquerons seulement, enfait de repre rvlateur, une pense comme celle de Merleau-Ponty ou de Gabriel Marcel1. Le corps humain n'y a rien voir

    * Aprs lecture du texte que je propose, un confrre m'a fait remarquer quedes non-initis l'histoire des religions (et, particulirement, celle des diffrencesrrs grandes qui existent entre les multiples formes de procds psycho-somatiques visant une certaine unification et simplification de soi) risquentde tout mlanger : zen, yoga, hsychasme, etc. Que mon lecteur sache doncqu'il n'est pas question de prsenter dans ces pages une histoire de ces m-thodes , ni d'essayer de montrer ce que chacune a de trs spcifique. Au contraire,notre effort tend dsigner ce qu'il peut y avoir de commun entre : 1 lemessage crit d'un auteur qui ne pratique ni le zen ni le yoga, et qui n'est pashsychaste (l'auteur du Nuage de l'Inconnaissance dont il sera amplement ques-tion) ; 2 le tmoignage ou message qui nous vient de l'iconographied'Extrme-Orient, o rgne la pratique du yoga ; 3 certains lments du zen.L'important dans tous ces cas tant de montrer qu'une certaine vise de Transcendance , qu'un certain rapport au Tout-Autre (quels que soient sonnom et sa nature) tentaient de se raliser par le truchement d'un retour verssol-mme, impliquant la simplification et l' unification de soi : celles-citant donc la route vers l'Ailleurs de soi.

    1. Pour aborder aisment les thmes anthropologiques marcllens et leurs Im-plications d'ordre thique, religieux et proprement chrtien, on ne peut suivre

  • TECHNIQUES PSYCHOSOMATIQUES ET ORAISON CONTEMPLATIVE 511

    avec Vobjectivation que peuvent et doivent en faire certaines scien-ces, pour leur propre compte. Dans une anthropologie de typephilosophique, comme celle de Marcel par exemple, il s'agit d'unesprit incarn, de telle sorte que le corps propre n'est pas de l'ordrede l'avoir mais de l'tre : je suis mon corps , comme je suismon esprit , les deux tant ainsi tellement faits l'un pour l'autrequ'une situation comme celle de la mort apparat intolrable. Quandon aime vraiment, on dit l'autre : tu ne mourras pas pour tou-jours ; tu restes dans le monde mystrieux des supervivants .

    Nos rflexions seront donc guides par de telles certitudes. Ellesnous permettront de mieux comprendre le pourquoi du renouveauactuel de techniques psychosomatiques. Car celui-ci est, entre autres,le rsultat des changements qui se ralisent, depuis quelques dcen-nies, dans les mentalits occidentales.

    Qu'il existe, depuis les temps les plus anciens, dans les Egliseschrtiennes, ce que l'on pourrait appeler : des techniques demditation ou de prire, des espces de recettes , de type parfoispsychosomatique (pensons l'hsychasme), personne ne le mettraen doute. Par ailleurs, qu'il puisse y avoir un rapport de simili-tude et des convergences dont il faudrait videmment mon-trer aussi les diffrences qu'elles comportent entre les dites techniques et recettes chrtiennes et leurs homologues dans des rgions et des traditions fort loignes, tous gards, duchristianisme, c'est galement l ce qu'il serait fort difficile demettre en doute aujourd'hui. Il suffit de penser l'Inde et l'in-fluence, plus gnrale encore, exerce dans tant de pays par lebouddhisme.

    Discernement ncessaire

    Laissant ici de ct ce qui fait le propre des contenus de mdita-tion ou de prire chaque fois spcifiques, videmment , et nousfixant exclusivement sur ce que l'on pourrait appeler les condition-nements psychosomatiques (postures, rptition de mots, etc.) dela mditation et de la prire, il faudrait chercher mieux voir enquoi des rapprochements sont possibles et ce sur quoi il importealors d'insister, afin de ne pas tomber dans un confusionnisme ouun syncrtisme parfaitement inacceptables en thorie et profond-ment dommageables dans la pratique.

    de guide plus averti que le P. Roger TROISFONTAINES, dans son travail, fort loupar G. Marcel lui-mme. De la philosophie l'tre. La philosophie de GabrielMarcel. 2 vol., Louvain, Nauwelaerts - Paris, Batrice-Nauwelaerts, 1953 ; 2e d.1968 (avec Bibliographie annexe de 1954-1966 et un trs prcieux index desthpmpsL

  • 512 J.-D. ROBERT, O.P.

    Pour tre plus prcis, prenons un exemple : le yoga. Il est vi-dent et tout homme peut le reconnatre pour peu qu'il soit in-form qu'il y a un monde (malgr la liaison interne qui les soudedans la pense des crateurs) entre, d'une part, tout ce qui estimpliqu de rflexions, de techniques proprement mentales et Imagi-natives dans le yoga total, au sens plnier du mot, et, d'autre part,le simple Hta Yoga, appel tort souvent chez nous le yoga corporel.Il est clair en effet, qu'en Occident on est parvenu une dsacrali-sation et une scularisation indniables du yoga corporel ; celad'une manire qui rpugne au puriste , rest au contact des reli-gions spcifiques o le yoga est encore l'oeuvre de faon concrteet traditionnelle.

    Quoi qu'il en soit, certains psychothrapeutes ou techniciens dela relaxation se servent (le mot est juste) du yoga ; ils l'emploient des fins particulires, purement mdicales ou psychologiques :garder ou rtablir un quilibre humain, ncessaire en affaires commedans la vie quotidienne, une poque o l'on est particulirementvictime de stress , crateurs d'angoisses et pourvoyeurs d'asilesou de cliniques psychiatriques. Ds lors, le yoga est mis sur le mmepied que le training autogne de J.-H. Schuitz ou la mthode des sensations pures du Dr Vitoz ; ils peuvent rendre des servicesanalogues 2.

    Par ailleurs, se sont multiplis, depuis quelques annes, des mi-lieux ou centres chrtiens et s'est dveloppe toute une littratureo yoga et zen sont promus et recommands, en tant que techni-ques de prire et de mditation chrtiennes s. Or, c'est ici, videm-ment, que les confusions risquent d'tre le plus dommageables.Il importe donc de situer nettement la valeur, la porte et le rlevritables de semblables techniques, importes d'Asie. Certes et juste titre , on pourrait prtendre qu'en tout cela on ne fait

    2. Le Training autogne. Paris. PUF, 1968.3. La littrature du sujet est dj norme. A titre d'exemples, mentionnons ici :

    Mditation dans le christianisme et les autres religions, Rome, Gregorian Uni-versity Press, 1967. Des revues comme La Vie spirituelle et Le Supplmentsont revenues dj plusieurs fois sur le sujet ; citons la livraison rcente, quin'est pas la moins rvlatrice: Albert Besnard. Prre Prcheur (VSp. 1978,n. 627-628; voir p. 740-815). Dans NRT. 1972, 384-399, voir l'article deJ. MASSON, Le chrtien devant le Yoga et le Zen, avec ses indications biblio-graphiques ; dans Axes XI/1 (ocfc-nov. 1978) 3-13, de H.U. VON BALTHASAR,Une mditation-trahison.

    Moins connus du public, les noms d'Anawati et de Gardet devraient inciterle lecteur exigeant lire une excellente approche des techniques de prire etde mditation dans la tradition mystique musulmane, avec rapprochement desautres traditions, chrtiennes ou asiatiques. Voir G.C. ANAWATI 6 L. GARDET,Mystique musulmane. Aspects et tendances. Exprience et technique, coll. Etudesmusulmanes, VIII, Paris, Vrin, 1976 ; particulirement Les expriences sufies ,p. 77-124, et L'exprience du 'dhik'. Mthode ou technique, p. 187-280. Lanomenclature Ouvrages et articles cits , p. 295-303, offre des rfrences

  • TECHNIQUES PSYCHOSOMATIQUES ET ORAISON CONTEMPLATIVE 513

    que renouer vitalement avec de vieilles traditions connues depuislongtemps en terre de chrtient. Pensons l'hsychasme auquelnous avons fait allusion plus haut. Reste toutefois l'invitable etcomprhensible interrogation : pourquoi, en quoi et jusqu'o de-mander l'Asie une inspiration et des emprunts en un tel domaine ?Or cette question ne pourra vraiment tre comprise, dans son sensprofond, et rsolue, au moins thoriquement, que si l'on ne perd pasde vue une distinction ici capitale, comme elle l'est d'ailleurs end'autres matires. Il s'agit de celle que l'on doit poser entre, d'unepart, une activit humaine totale, de type esthtique ou religieux,et d'autre part, ses ncessaires, invitables conditionnements. Ceux-ci on le sait reposent sur le fait que l'homme est un espritincarn et que ses activits les plus apparemment thres im-pliquent des structures et des fonctionnements qui sont de l'ordredu corps. Evidemment, il ne s'agit pas alors du seul corps, en tantqu'objectivit et apprhend dans ses lments physico-chimiques,mais d'un corps-anim, c'est--dire le corps agi par la personne qui est son corps , selon l'expression de Gabriel Marcel.

    Reste que de tels conditionnements psy