le cinéma un art cinéma païne (1)

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dominique païne

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  • L'image-rythme par Huberr Damisch

    Un siecle aura suff (ou falu-il dire : un siecle aura r ncessaire ?) pour que le probleme que le Seprieme Arr a pu poser ases dburs - savor, prcismenr, si I'on avar affaire la ou non aun " arr - fasse I'objer d'un dplacemenr donr il imporre de bien mesurer la porre. Avec pour corol1aire que la ou Walrer Benjamin a pu prrendre que l'invenrion de la phorographie imposai r de rviser la dfinirion rec;ue de l'arr, le paradoxe voud rait que nous cherchions aujourd'hui dans le cinma, rour rejeron qu'il fUr lui-meme de la phorographie, non pas ranr la confirmaron des valeurs rradirionnellemenr associes aI'ide meme d'" arr , que la relance anouveaux frais de quelquesunes des quesrions qui auronr fair, des I'aube de la modernir, le resson le plus consranr de la rflexion esrhrique. AI'heure ou. les prariques c1assiques, acommencer par celle de la peinrure, cedenr massivemem la place ades oprations qui om pour objer prncipal de baliser le champ dsormais impani aux activits dc1ares anisriques, er prrendenr en petvenir I'conomie par un brouillage systmatique des fromieres entre les genres, le paradoxe veur que, dans ce conrexre, le cinma paraisse prendre le reiais des ans rradirionneis er, rour en rravaillam admemir la rumeur de sa mort, rgulieremenr annonce al'insrar de celle de I'arr lui-meme, qu'il en vienne achercher du cor du muse des assurances que I'conomie de la disrriburion ne saurair lui garantir. Amons qu'j] ne faille voir les choses arebours, er que ce soir rour au conrraire le muse qui soir, par dfaur, port areconnairre I'un de ses objers privilgis dans cerre prarique anisrique qui semble aspirer, apres un siecle d'exisrence, a une conscrarion donr les aurres arrs - er au premier chef la peinrure, apparemmenr de rous le plus expos, dans rous les sens du mor, er pour des raisons qui resrent alucider - om appris aleurs dpens ase dfier ; au poinr d'esrimer, avec Dubuffer (lequel avrai dire n'apprciair guere le cinma), que I'art aura d'auranr plus de chances d'erre prsenr qu'on n'en prononcera pas le nomo

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  • Le cinema, un art modeme

    Dominique Pa'ini, 'acruel direcrcur de la Cinmarheque fi-an~ajse, le dciare sans ambages, lui qui n'aura pas cess de barailler pour que la confusion soigneusemenr en[[erenue enrre cinmarheque el' muse du cnma par Icur crareur, Henri Langlois, abourisse ala fusion de ces deux insrirurions sous le labe! uniq ue du muse : La djeme du cinma comme art, entreprise ptlr les critiques, les thoriciem et les historiens depuis longtemps, se confond aujottrd'hui aIJa la djeme de la cinmarheque comme musc ... 7elle est bien la j/.naflt de ceUe reIJendicalon rnwale : l'autonomie du film eomme ceuvre d'tlrt. ,,1 Mais auronomie ", qu'esr-ce adire ? El' an " ? El' ceuvre " I El' muse .. ) Le cinma, le ftlm, objers de muse ? Lenjeu serait, en premiere ligne, d'affranchir le film de ses drerminarions indus[[ielles el' commerciales, I'introducrion des ceuVres au muse ayant pour effer gnralcment admis de les sousrraire a leur foncron origineIJe - religieuse, polirique, ou de simple ;ouissance ou diverrissemenr - el' d'induire a leur gard des atrirudes el' un regard neuf Mais c'esr peur-erre aUer un peu vire en besogne que de raxer de " chic el' mlancolique " la racrion - en effer trOp bien faire pour rerarder la rransformarion de la Cinmatheque en muse - qui poree quelques "cinphiles .. a regrerter I'poque ou le cinma apparaissair au regard des insri[Urions (te muse, l'Universir) comme un rnauvais objer ", [[anger a la culrure l , un lumpenart comme parlait Clment Gteenberg a propos prcismenr de Dubuffer. Les rappores que le muse entrerient avec le march de l'arr sont loi n de la rransparence autaJ1t que de I'indpendance que semble lem prerer Pai'ni ; el' si la peinrure est paniculieremenr expose, encore une fois dans rous les sens du mol', au pojnr d'essuyer l'essentiel d'un feu longremps dirig conrre la norion el' les valeurs d'" are el' qui, par un rerournemenr signiflcatif, leur porre dsormais appui (mais sans pour auranr cesser de viscr la peinrure), c'esr que celle-ci (la peinrure) est en derniere instance rriburaire des mouvemenrs spcuJarifs que les insritLlrions nc sonr pas en mesure de comroler, alors qu'elle en appelle a une jouissanee essenriellemenr prive. Au lieu que si le Seprieme Arr ne connall pas le sorr gui csr aujourd'hui celui des arts ddars visuds , aroU[ le moins des prariques picrurales (car iI en va tour autrement, sinon par conragion, de la lirrrarure, de J'archirecture, de la musique, voire, aun moindre degr de la sculprure), ille daje ace que les condirions de sa rception SOnt radicalemenr diffremes de celles des autrcs arrs : le sueces commercial d'un film n'esr I'indice assur d',lllcune qualir esrhtique parriculiere, tandis qu'en rermes de lgil'imarion, les instirul'ions, pour

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    L'imagerythme

    la pluparr de crarion rcente, qui sonr en charge de I'archive du cinma ne jouenr pour I'hcure qll'un role [reS secondaire el' pour une bonne parr Jnecdorique, ou de repechage. Au poinr que l'oprarion qui fuI' celle de Marce! Duehamp, si elle peut avoir sa petrinence formel1e dans le champ qui esr celui du cinma, ne saurair etre d'aucune validir critique au regard aussi bien de l'insrirU[ion que d'un arr qui chappe massivemenr - la racrion chic" voudrair qu'on dise : " heureusemenr - a la juridicEon du muse, celle-Ia que visalr directement I'inrroduction du ready-made. On se rend au muse pour y voir des rableaux que I'on ne saurait s'offrir : I'expression dsormais suranne qui voulair qll'on ai!le au cinma pour " se payer une roile " disair assez la diffrence qui pouvait erre entre l'abord du film el' ce!ui de la peinrure. La difIrence conomique ; car pour ce qui ese de la forme, ou du fond (la l'oile sur laquelle le cinma comme la peinrure dvelopperaienr leurs figures), les ehoses sonr plus compliques.

    Ces remarques, pour banales qu'elles soienr, s'imposenr a la lecrure d'un livre comme celui danslequel Dominique Pa'ini a recueillj un certain nombre dc cexres critiques dOM la rdacrion s'tend sur une dcennie, en les assonissam de commenraires qui disent assez ce que l'originalir de son pro pos doir ala posirion qu'il a choisi d'assumer dans le cadre de 1'insriturion dom il a la charge, autanr gu'a la politique qu'i1 entend y mener. Une posirion qui lui assure cerre " bonne disrance ", ni trOp pres, ni trap (oin, saos laquelle iI n'esr pas de polirique qui vaille. Pas de poliriqlle, mais pas non plus de pense ; el', moins encore, de regard sut les choses et les ceuvres.

    Si l' on devalr en croire Pa'itl, la dfense du cinma devrair done en passer aujourd'hui pat le muse (mais si le cinma demande aerre dfendll, el' J I'ene en ram gu'arr, c'esr hien gu'i1 n'a pas arrendu d'e[re introduit au muse pour revendicuer ce titre ; pas plus que nombre de ralisareurs d'Hollywood el' d'ailleurs n'auront atrendu les Cahien du nma pour revendiquer le tirre d'" aureurs ", quoi qu'on doive enrendre par la). Or, sur ce poim encore, la diffrenee esr parente entre la siruarion faire, dans le conrexre du muse, aI'arr comemporain sous ses especes visuelles, el' celle que l'acruel directeur de la Cinmatheque fran~aise enrend rserver au cinma. Si, a I'insrar du muse, une cinmarheque assume bel el' bien des foncrions de conservacion el de prsemarion, son role sur le plan de la producrion ne saurait erre qu'insignifiant. La OU le muse, sousrrair qu'il se prrend au march de I'an. elHend dsormais s'imposer comme un lieu de producrion, sinon comme le

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  • Le cinrna) un art rnoderne

    ieu par excellence de la crarion qualifie d' ansrique ", er qu la programmerait de pan en pan, une cinmarheque ne connar en fair de progralllme, que celui des sances qu'elle organise a I'imention des amateurs, des rudiams, et des hisroriens, des critiques, voire des cinastes ou des gens du mtier. Ce qui ne signifie aucunement qu'on y vienne comme on irait au cnma, ni pour y assister au meme gente de programmes.

    L" effer-muse " (celui-la auquel vise explicitelllem la politique qui esr celle de Pni a la rete de la Cinmarheque) veur en effer que le film soit chose qui, non seulcmenr denunde J erre monrre, projete, er venruellemenr rperrorie (comme il en va dans les cinmas dirs, prcisment, de rpenoire), mais qui prere au jeu qui esr, ou peut erre celui de I'exposirion. Mais quel sens donner a la norion d'exposirion, s'applquanr au cinma (on n'expose pas un film, on le montre) ? Dans un rexre qu rever les allures d'une auro-analyse par procurarion, Pa"ini s'inrerroge sur la logique qui prsidait aux choix de son illusrre prdcesseur en mariere de programmes : rout programme, qu'il sor celu d'un jour, d'une semaine ou d'un mois, correspond aune manere d'exposirion remporare qui autOrse, ainsi qu'l peur en aller au muse, tOmes sorres de rapprochemenrs, de mises en perspecrves, d'exhumarions, mais aussi de renconrres, d'merfrences er d' chos plus ou moins dlibrs, et pas roujours marrisables. Linconscienr renanr en l'espece sa partie, COlllme il se doit s'agissanr d'un art qu, plus qu'aucun aurre, sollcre la mmoire, la mer en rravail. Aceci pres que si le magntOscope peur erre I'insrrumenr d'une confronrarion direcre, la comparason ne joue pas au registre du film comme tel, mas d'une squence ou d'un plan. Ainsi en va+il, en matere de cinmJ, d'une mmoire associative donr l'oprarion esr d'auranr plus fconde qu'elle pnetre plus avanr dans la substance filmique : ce qu'on retient d'un film, a premiere vue, c'est souvent un simple drail, un trait ou un lment qui servira venruellemem de prtexre a I'laborarion d'un programme, r3nds que I'analyse y rrouvera son dpart. Affaire, ici comme la, de montage, ou de mse a plat.

    Ou travail qui a pu erre celui de I'hisrore de l'arr pendant ce meme siecle Ol! est n le cinma, Dominique Pa"ini a rerenu l'ide, qui remonte Aby Warburg, de suivre les prgrnarions