Kant on History and Religionby Michel Despland; Immanuel Kant

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  • Canadian Journal of Philosophy

    Kant on History and Religion by Michel Despland; Immanuel KantReview by: Olivier ReboulCanadian Journal of Philosophy, Vol. 6, No. 1 (Mar., 1976), pp. 145-152Published by: Canadian Journal of PhilosophyStable URL: http://www.jstor.org/stable/40230611 .Accessed: 17/06/2014 10:56

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  • CANADIAN JOURNAL OF PHILOSOPHY Volume VI, Number 1, March 1976

    CRITICAL NOTICE

    Michel Despland, Kant on History and Religion; with a translation of Kant's "On the failure of all attempted philosophical theodicies;" McGill - Queen's University Press (Montreal and London, 1973), pp. 355; $20.

    Deux theses essentielles commandent le livre de Michel Despland: 1) II existe une philosophie religieuse de Kant, qui n'est pas, comme on le croit trop souvent, un simple appendice de sa morale, mais une syn- these originale et coherente qui eclaire, de nos jours encore, les rap- ports de la philosophie et de la religion. 2) Pour interpreter cette philosophie religieuse et en saisir toute la nouveaute, il faut la con- fronter non seulement avec la dialectique transcendantale et la philosophie pratique mais encore, mais surtout, avec les ecrits de Kant sur I'histoire.

    La premiere these emporte aujourd'hui I'adhesion; aucun historien sSrieux ne resumerait plus la pensee religieuse de Kant "by saying that there cannot be any theoretical proof of the existence of God, but there can be a moral one, and that the religious man accepted the imperatives of the moral law as coming from God himself and does not need to go to the church." La seconde these est plus ris- quee; et c'est bien elle pourtant qui rend le livre de M. Despland si at- tachant et si vivant.

    En fait, comme le montre I'auteur, les opuscules de Kant sur I'histoire ne sont pas des essais mineurs: ils forment un tout coherent dont on peut montrer qu'il s'intfegre dans la philosophie critique tout en la prolongeant. D'autre part, le debat sur I'histoire est au XVI Me sie- cle intimement life au debat sur la religion; athgeset Chretiens "joined in the belief that the true philosophy of history would firmly establish faith in Providence or definitively discredit the Christian faith." (p. 6). Kant lui-meme use (et abuse, sans doute) des concepts de Nature et de Providence d&s qu'il reflechit sur I'histoire, et les questions que lui pose cette derni&re confinent parfois a la theologie; ainsi I'origine du mal dans le monde ou la possibility qu'a I'humanite de devenir une

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  • O. Reboul

    communaute morale concernent la theodicee et I'eschatologie autant que I'histoire.

    Les quatre premiers chapitres de I'ouvrage vont done traiter de la philosophic kantienne de I'histoire: son evolution, son insertion dans le systeme critique, ses rapports avec la religion. Apres avoir montre le caractere teleologique qu'a revolution humaine pour Kant, M. Despland en retrace les cinq stades: 1) lavienaturelleinsinctive; 2) la liberte culturelle; 3) I'etat civil; 4) la republique cosmopolite; 5) la communaute humaine morale (cf. p. 42 ss). Comme le premier de ces stades n'est gu&re qu'un mythe explicatif, comme d'autre part les deux derniers ne sont pas prets d'etre atteints, on peut dire que revolution humaine est suspendue entre le mythe et I'utopie. En tout cas I'histoire n'est pas le simple developpement de la nature; la nature est ce qui pousse I'homme a sortir de son sein, a devenir un etre de culture. D'autre part, Kant ne tente pas de diviniser I'histoire, ni meme de lui aussigner une fin immanente. Le but de I'histoire n'est pas I'histoire, mais ('emancipation de I'homme et I'education de sa liberte.

    L'auteur s'attache alors a montrer les points d'insertion de la philosophie de I'histoire dans chacune des trois critiques. La Critique de la raison pure lui semble finalement assez decevante sur ce point, car si elle tablit les conditions de possibility des sciences de la nature, elle neglige les sciences historiques (a mon avis, il faudrait tout de meme faire un sort a la distinction entre le cours de temps et I'ordre du temps, qui peut fonder une theori de I'objectivite historique). La Critique de la raison pratique pose, mais sans le r^soudre, le probleme du rapport entre le souverain bien et les fins de I'histoire humaine, en- tre I'esperance morale et I'esperance politique. C'est surtout la troisieme Critique, dans sa "Remarque generate," qui eclaire le rap- port et permet d'inserer la philosophie de I'histoire dans la philosophie critique, notamment en remplacant le concept precriti- que de Nature par celui de Providence, qui d6coule logiquement de la foi de la raison (cf. p. 73 et 90). II reste que ce n'est pas dans I'histoire, mais dans la nature et dans I'art, que Kant puise le contenu de sa teleologie. Pourquoi?

    Certes, sa philosophie de I'histoire s'inscrit dans I'optimisme de VAufklarung: "In the future, man will perhaps escape the present limitations of his knowledge and the current burden of his obligations." (p. 77). Mais le "peut-etre" (perhaps) indique bien qu'il s'agit d'un optimisme passe au crible de la critique; I'idee que I'histoire est I'education du genre humain n'est pas une evidence, mais un principe regulateur, qui n'atteint m&me pas le degre de cer- titude subjective qu'a le jugement reflechissant dans les sciences naturelles; car I'histoire humains comporte une contingence qui ex- clut toute idee d'un progres automatique; cette contingence vient de la liberte de I'homme et du mal moral; done, si I'histoire a bien un but

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  • M. Despland Kant on History and Religion

    final, rien ne nous garantit qu'il sera atteint; il reste un devoir et un es-

    poir: "The very possibility of evil, inherent in human freedom, makes

    any guarantee of ending up with the best of all possible worlds im-

    possible." (p. 81). Ce qui se degage de l'6tude de M. Despland est I'impression que, si

    la philosophie de I'histoire est au depart de la philosophie de la

    religion, c'est que I'histoire a pour Kant une dimension religieuse. Le

    probleme qu'elle pose au philosophe n'est pas un probleme techni-

    que - de sources, de reconstitution, d'explication causale, etc.

    -

    c'est la question meme de la destinee humaine. Le sens de I'histoire est

    pour lui un problfeme pratique, voire existentiel: "The fate of the human race concerned him intensely" (p. 76). Sans doute Kant

    distingue-t-il le progres de I'espece, d'ordre ethico-juridique, du

    progres individuel, d'ordre ethico-religieux. Mais dans les deux cas, c'est le sort de I'homme qui est en jeu, et dans les deux cas un certain recours a la Providence s'avere necessaire. II est significatif que, des

    qu'il aborde le probleme de la destinee humaine, le philosophe medite de preference sur des figures bibliques: Adam, Cain, Job (cf. les belles pages sur Job que M. Despland a traduites en appendice de son livre: 291 ss), J6sus; autant de symboles qui, comme les images es-

    thetiques, "donnent a penser." (p. 96). En bref, le probldme du sens de I'histoire conduit a la philosophie

    religieuse. En quoi consiste celle-ci?

    Les chapitres 5, 6 et 7 exposent les fondements de la philosophie religieuse de Kant, analysant notamment les concepts de religion, de

    theologie, de foi, de liberty, pour en arriver au probleme du mal. Les

    chapitres 8, 9 et 10 constituent une etude approfondie de La religion dans les li mites de la simple raison: cette etude montre fort bien que les themes essentiels de ce livre - le mal radical et la conversion; le Christ archetype de I'humanite morale et vainqueur du mal radical;

    l'6glise, communaute 6thique universelle, destinee a vaincre le mal

    ici-bas; les dogmes Chretiens et les sacrements compris comme sym- boles de la pure moralite

    - que ces themes constituent autant d'in- novations dans le cheminement philosophique de Kant. Je ne puis tenter de resumer ces 6tudes, aussi riches que p^ne'trantes. Je men- tionne simplement les pages qui me paraissent les plus originates: sur le Christ (195 ss), sur le depassement du deisme par Kant (198), sur

    l'6glise (203 ss), sur la Trinite (333), sur la grSce (228 ss), sur la sincerite salvatrice (235), sur le role de I'analogie dans I hermeneutique kan-

    tienne, qui preserve le mystere de Dieu (148). Enf in et surtout sur la no-

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  • O. Reboul

    tion meme de religion. On sait qu'il existe pour Kant une religion un- iverselle et rationnelle, qui permet de juger les religions historiques, et qu'il definit lui-meme ainsi: "La connaissance de tous nos devoirs comme des ordres divins;" or cette definition fait probleme; car ou bien les devoirs emanent de Dieu, et e'en est fait de I'autonomie; ou bien le mot divin ne s'applique qu'a la raison pratique, et la religion est sans contenu propre, sans Dieu. Or M. Despland montre fort bien que, si Dieu ne cree pas la loi morale, Dieu fait que la loi morale n'est pas vaine: "To recognize duty as divine command means therefore to discern in it a truthful promise; the moral authority of the author of the moral law will ultimately prevail. Man can trust, humbly, that the moral law does not direct him towards illusions and impossibilities." (p. 113).

    Signalons enfin une excellente remarque sur I'ethique formelle, qui seule ouvre a I'homme un avenir (p. 326, n. 20); une ethique materielle, posant au depart le bien, ou telle valeur, predetermine I'avenir humain et le nie par la meme. Le formalisme, en refusant de soumettre la decision humaine a un systeme de valeurs, respecte pleinement la dignity humaine en confiant I'achevementde I'homme a sa seule liberte. Pourquoi faut-il que des remarques aussi essentielles soient confin6es dans les footnotes a la fin du livre? Ces editeurs anglais ont le gout de I'epreuve sportive . . .

    Un remarquable diagramme (p. 241), met en place tous les con- cepts kantiens s'articulant a celui de religion, avec leurs chevauchements et leurs ambiguites, notamment les "parerga," longuement analyses dans les pages precedentes, analyse qui pose en profondeur le probleme des rapports de Kant et du christianisme.

    Ce probleme doit etre rattache a celui qui commande tout le livre de M. Despland: en quoi la doctrine de la Religion prolonge-t-elle la philosophic de I'histoire? Car enfin, il s'agit d'une doctrine qui rejette, ou du moins tient pour suspect, precisement tout ce que le christianisme contient d'historique: les traditions, les recits bibliques; apparemment, elle se passe meme de I'historicite de J6sus-Christ. L'herm6neutique de Kant "de'mythologise" les dogmes Chretiens en les ramenant a des symboles de la raison pratique et de la victoire du bien sur le mal; ainsi peut-on recup^rer les dogmes, "all, or nearly all" (p. 215); mais il est pourtant une parole du Credo qui reste totalement 6trangere a Kant, celle qui donne a la foi chretienne son insertion dans I'histoire: "Sous Ponce Pilate" . . . Bref, pour Kant, I'histoire ne peut tre "sainte" qu'en cessant d'etre histoire.

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  • M. Despland Kant on History and Religion

    A ce probleme crucial, M. Despland trouve deux reponses, autre- ment dit deux attitudes bien distinctes de Kant face a la relation raison/histoire (p. 222 ss). La premiere fait de la "religion de la raison" le juge unique de toutes les religions historiques, christianisme y com- pris, qui ne sont alors que des illustrations plus ou moins heureuses d'une verite ethico-rationnelle qui les transcende et pourrait se passer d'elles. La seconde, sans doute posterieure et due a la decouverte du mal radical, admet que la raison pratique en rhomme doit etre edu- quee; la raison elle-meme a done une histoire, au niveau de I'esp&ce comme de I'individu, une "epigenese;" et si elle progresse, ce n'est pas, ou pas seulement, contre les religions mais par les religions, le christianisme "eclaire" etant le terme ultime et peut-etre non depassable de ce progres. Kant passe done, en vertu de sa propre logi- que, "from a rational theology with a God postulated as condition of the moral law to a historical theology with a God founding on earth the true community where men are at home with each other." (p. 226). Si la religion de la raison juge le christianisme historique pour I'epurer, elle ne peut ni le dpasser ni meme s'en passer. Car, apres avoir defcouvert le mal radical, Kant s'interdit I'espoir de voir rhomme progresser par ses seules ressources (cf. p. 228).

    Ce qui m'amene a une autre question, peut-etre en peu simpliste: ne peut-on voir dans la doctrine de la Religion une sorte de christianisme hergtique? Meme si I'auteur ne pose pas le probleme ainsi, il le resout d'une fagon tres nuancee dans ses chapitres 10 et 11 (lequel constitue la conclusion du livre): Kant ne red u it pas la religion a la moralite, mais il limite a la moralite le role de rhomme dans sa ren- contre avec Dieu; il rejette ladogmatiquechretienneen tantquetelle (en tant qu'expression d'une histoire reelle), mais il retient du christianisme I'idee de la grace, qui reste a la fois libre et divine. Kant red u it le christianisme a une foi naturelle, qui refuse tout sacrifice de I'intellect, toute atteinte a I'autonomie morale, toute tricherie avec sa conscience, mais il n'en fait pas un naturalisme: "Because (he) does not deny that God can help us to reach our destination" (p. 251). Aucune esperance ne doit determiner notre action, mais nous pouvons agir avec esperance. Bref, tout en voulant une reforme radicale du christianisme, Kant en retient le theme central de la justification et nous offre ainsi "a system of thought which remains true to one of the basic norms of the Christian tradition." (p. 251 ). Bref, Kant est heretique en tant qu'il "choisit" et rejette du christianisme ce qui ne lui convient pas; mais ce qu'il choisit est authentiquement chretien.

    D'autre part, si sa religion est centree sur I'homme et non plus sur Dieu, elle affirme la saintete de Dieu comme le correlat de la finitude humaine; dans la mesure ou I'homme accepte ses limites, celles de sa connaissance comme celles de sa volonte, il acquiert la certitude qu'il

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  • O. Reboul

    n'est pas seul: "The religious man remains a man and he is related to the wholly Other, or better the religious man becomes a man as he relates to the wholly Other, a relationship which can become the story of his humanization but never the story of hisdivinization."(p.269).

    [.'importance du sujet traits par ce livre, et I'importance meme de ce livre, m'imposent d'en critiquer les lacunes, qui sont d'ailleurs mineures.

    L'auteur confond (p. 150) le schematisme transcendantal avec le schematisme empirique, du moins d'apres I'exemple qu'il en donne: le scheme transcendental permet de reconnattre un chat comme sub- stance, mais non comme chat! L'expos6 de la difference entre Willkur et W/7/e est vici par une faute, dont on se demande si elle n'est pas d'impression; apr6s avoir montre' que Willkur est le pouvoir de choisir, qui se manifeste dans le temps, alors que W/7/e est la volonte rationnelle et intemporelle, il ajoute que la volonte: "unlike the former is not free since it prescribes to itself the eternally valid law of freedom" (p. 187). En supprimant le dernier not, on aurait le point de vue exact de Kant.

    D'autre part, un des probl&mes les plus difficiles de la philosophie religieuse de Kant est celui du rapport de la liberte avec le temps. La Religion decrit la vie morale comme une "chute" dans le mal et une "conversion" du mal au bien; neanmoins, consequent avec lui- meme, Kant considere ces deux choix comme "intelligibles," done se situant hors du temps. Comment comprendre la nature d'un ev6ne- ment intemporel? M. Despland pose certes le probleme, mais la solu- tion qu'il en donne est peu satisfaisante; il fait etat d'un "temporal moral world," entre le monde intelligible et le monde sensible (p. 190), et place le choix du bien ou du mal dans ce METAXU: "Moral evil cannot be rooted either in the noumenal or the phenomenal world. It can rise or maintain its power only in the in-between bridge of tem- poral free acts" ... (p. 190). Or je ne vois pas chez Kant de monde in- termediaire entre noumenes et phenomenes; il affirme d'ailleurs nettement que le penchant au mal est "un fait intelligible" (Religion, Idre partie, II, fin), "une action intelligible precedant toute ex- perience" ( III); de meme que la conversion est une virtus noumenon ("Remarque generate"). Disons que le choix moral, qui nous rend bon ou mauvais, est foncierement contingent; et e'est sa contingence meme qui nous force a I'attribuer au caractere intelligible de I'homme, a en faire un evenement intemporel; s'il se situait dans le temps, ce choix s'expliquerait par les causes antecedentes et ne serait plus un choix: "Nous n'avons pas a rechercher I'origine temporelle

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  • M. Despland Kant on History and Religion

    d'une constitution morale qui doit nous etre imputee, quelque in- evitable qu'elle soit, si nous tenons a en expliquer Texistence con- tingente" ( IV). Cette explication, et sur ce point M. Despland a raison, Kant ne peut la donner, ou plutot la tenter qu'en recourant aux symboles bibliques.

    D'autre part, peut-on laisser passer I'affirmation d'Albert Schweitzer: dans la Religion, "la pensee de rimmortalite est visible- ment absente" (p. 159). J'ai tentef de montrer ailleurs que Kant, dans ses derniers ecrits, dont la Religion, n'abandonne pas le postulat de Timmortalite personnelle, mais en transforme le sens: rimmortalite n;est plus post u lee pour un progres a Tinfini vers la saintete, mais pour un "jugement dernier" . . . 1 J'accorde toutefois a M. Despland que la Religion, avec sa doctrine de I'eglise, introduit la preoccupation toute nouvelle d;un accomplissement moral communautaire des ici bas.

    On regrette que I'auteur, sans doute par discretion, n'ait pas revetu plus souvent la robe du "theologien biblique" pour corriger certaines erreurs manifestes de Kant: par exemple son interpretation moralisante de la parabole des talents, ou sa definition des "moyens de grace" (Gnadenmittel, cf. p. 232), qui ne sont pas, dans la theologie lutherienne, les moyens par lesquels les hommes s'attireraient la grace, mais ceux par lesquels Dieu la leur accorde. Derniere remar- que: trouve-t-on chez Kant l'"aveu" (acknowledgement) que la philosophie peut etre nommee servante de la theologie. La suite du texte du Conflit des facultes, que cite I'auteur, me paratt eclairante sur la pensee profonde du philosophe: "La servante precede-t-elle la no- ble dame (gnadige Frau) en tenant la lumiere, ou la suit-elle en portant sa tratne?" C'est nettement plus ironique qu'irenique.

    *

    Reste que I'ouvrage de M. Despland est une oeuvre decisive et qui fait date. Si Kant est un pedestrian rationalist (p. 81), son commen- tateur a le merite de la suivre pas a pas, avec une sympathie clair- voyante et une etonnante liberte a regard de tous les partis pris. M. Despland interroge Kant lui-meme, sans passer par Hegel, ni Heidegger, ni saint Thomas. Ce qui n'empeche pas une connaissance approfondie des commentateurs, aussi bien anglo-saxons

    1 Pour les references: cf. O. Reboul, Kant et le probleme du mal, Presses de

    TUniversite de Montreal, 1971, p. 198-199; voir aussi J.-L. Bruch, La Philosophie religieuse de Kant, Aubier, 1969, p. 125-126.

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  • O. Reboul

    qu'europeens; I'ecole franchise, de V. Delbos a J.-L. Bruch, est d'ailleurs a I'honneur. Kant on History and Religion est non seulement un ouvrage de reference, mais un beau livre.

    OLIVIER REBOUL Universite de Strasbourg

    May 7975

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    Article Contentsp. 145p. 146p. 147p. 148p. 149p. 150p. 151p. 152

    Issue Table of ContentsCanadian Journal of Philosophy, Vol. 6, No. 1 (Mar., 1976), pp. 1-175Front MatterAristotle: Cognition a Way of Being [pp. 1-11]Diachronous and Synchronous Selves [pp. 13-33]The Justifiability of Violent Civil Disobedience [pp. 35-47]The Inference to the Best Means [pp. 49-58]Natural Rights, Equality, and the Minimal State [pp. 59-76]Functional Words, Facts and Values [pp. 77-94]Plantinga on Existing Necessarily [pp. 95-104]Necessary and Essential Existence [pp. 105-111]Convention: Reply to Jamieson [pp. 113-120]On "Should I Be Moral?": A Reply to Snare [pp. 121-126]Materialism and Evolution: A Reconsideration [pp. 127-138]Reply to Professors Martin and Rosenberg [pp. 139-141]Rejoinder to Puccetti [pp. 143-144]Critical NoticeReview: untitled [pp. 145-152]Review: untitled [pp. 153-159]Review: untitled [pp. 161-175]