Santana & Jean-Pierre Duret ?· Andréa Santana & Jean-Pierre Duret Des ateliers organisés par les…

Download Santana & Jean-Pierre Duret ?· Andréa Santana & Jean-Pierre Duret Des ateliers organisés par les…

Post on 25-Aug-2018

212 views

Category:

Documents

0 download

TRANSCRIPT

<ul><li><p>Andra Santana&amp; Jean-Pierre Duret</p><p>Des ateliers organiss par les auteurs &amp; ralisa-teurs de lARBRE, en collaboration avec Films en Bretagne et avec le soutien du Conseil rgional de Bretagne. </p><p>Cet entretien a eu lieu dans le cadre des Rencontres de Mellionnec le 28 juin 2009.</p><p>Brsil. Nordeste. tat du Pernambouc. Une immense station-service au milieu dune terre brle, traverse par une route sans fin. Cocada et Nego ont 14 et 13 ans.Cocada a un rve, devenir chauffeur routier. Il dort dans une cabine de camion , rend service et fait des petits boulots le jour. Son pre est mort assassin, alors il sest trouv un pre de substitution, Mineiro, un routier. Nego, lui, vit dans une favela, entour dune nombreuse fratrie. Aprs le travail des champs, sa mre voudrait quil aille lcole pour quil ait une ducation, mais Nego veut partir, gagner de largent. Le soir, il rode la station, fascin par les vitrines claires, les commerces aux den-res abondantes.Avec son copain Cocada, ils regardent le mouvement incessant des camions et des voyageurs. Tout leur parle de ce grand pays dont ils ne savent rien. Avec cette singulire maturit quon acquiert trop tt dans ladversit, ils sinterrogent sur leur identit et leur avenir. Leur seule perspective : une route vers So Paulo, vers un ailleurs.</p><p>Un film de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana2008, 90 minutes</p><p>Dsir de film#19</p><p>Puisque nous soMMes ns</p></li><li><p>Dsir de film # 19- p 2 </p><p>Andra Santana&amp; Jean-Pierre Duret</p><p>Puisque nous soMMes ns</p><p>Tout dabord il y eu RoMANCeS de TeRRe eT deAU puis Le Rve de SAo PAULo. Le cinma de ce couple franco-brsilien mavait conquis tant par sa proximit au sujet que le traitement quil en a fait. la sortie de PUISqUe NoUS SoMMeS NS, jy suis all avec lenthousiasme du souvenir des deux premiers films de cette trilo-gie. Avec simplement un lieu ou plus exactement un univers, une station-service, et deux gamins comme personnages, Jean-Pierre Duret et Andra Santana nous proposent un film o lexpression mme de cinma documentaire prend tout son sens. Ils rus-sissent, avec le rel de ces deux enfants, crer par la beaut des plans et la justesse du tmoignage - jallais dire des dialogues - une construction cinmatographique proche de la fiction.En slectionnant le film Mel-lionnec lquipe des Rencontres nous a offert la possibilit dun change. En tant que ralisateur, javais bien envie de comprendre ce qui animait leur travail et la manire dont ils oeuvraient tant au niveau de lcriture de leur projet que dans la mise en uvre du film.Avec PUISqUe NoUS SoMMeS NS, Jean-Pierre Duret et Andra San-tana nous livrent une vraie leon de cinma.</p><p>Jean-Jacques Rault</p><p>Bndicte Pagnotqu'est-ce qui vous a amens au premier film qu'on a vu hier soir, RoMANCeS de TeRRe eT d'eAU ?</p><p>andRa santanaJe suis Brsilienne et architecte de formation. Je suis tombe dans le cinma un peu par ha-sard lorsque j'ai rencontr Jean Pierre, qui lui tait dj dans le cinma. on a dcid de faire un premier film ensemble, Ro-MANCeS de TeRRe eT d'eAU. C'est un film sur les petits paysans au Nord est du Brsil, rgion o j'ai vcu une grande partie de ma vie. Ce premier film c'tait un peu l'cole du cinma pour moi. </p><p>C'est l o j'ai appris tout faire, parce qu'on a tout fait.</p><p>Jean-PieRRe duReton nest pas expert dans l'auto analyse des films mais on va essayer parce que c'est vrai qu'on a des raisons, des motivations profondes pour faire des films, sinon il n'y a pas de film, a c'est vident. </p><p>Mon histoire moi, c'est que je suis n dans une petite ville en Savoie o mon pre tait paysan. Il nous a levs dix personnes sur sept hectares de terres. J'ai travaill jusqu' vingt ans sur l'exploitation, tout en allant faire </p></li><li><p>Dsir de film # 19- p. 3 </p><p>Andra Santana&amp; Jean-Pierre Duret</p><p>Puisque nous soMMes ns</p><p>des tudes normales, mais toutes les vacances je les passais avec eux. et a c'est fondateur pour moi parce que je me suis assez vite rendu compte qu'il y avait un hiatus l'poque o j'tais enfant et que mon pre tait tout petit paysan. soixante ans il nous avait encore tous charge. C'tait en 68, poque o dj la communaut europenne avait dcid de liquider tous les petits paysans. donc il y avait quand mme un hiatus entre ce que j'tais, ce que j'ai connu de mon enfance, ce que j'ai vcu avec mon pre, ce que j'ai aim de cette vie, ce que j'ai compris de cette vie, de ces relations sociales, de ces ftes, de ces chants, de ces retrou-vailles, de ces travaux en commun, de ce que porte un peu ce monde paysan. Mais c'tait dj large-ment en train de disparatre, donc il y avait un hiatus entre a et moi. entre ce qu'on me poussait deve-nir et ce que je voyais de la socit en train de se faire. Il y avait aussi ce qu'on disait des petits paysans, dans quelle espce de parc rserv on commenait les mettre. a m'a beaucoup interrog tout en tant pas compltement conscient quinze ans, mais j'avais quand mme le sentiment qu'il y avait quelque chose qui tait injuste, faux et que ce n'tait pas normal. et puis j'ai fait mes tudes. J'tais militant aussi aprs 68. Militant d'origine chrtienne parce que mes parents taient chrtiens. J'ai rencontr un homme de thtre : Armand Gatti, anarchiste libertaire qui faisait du thtre et ce qu'on appelait des expriences de cra-tion collective. Je l'ai suivi pendant six ans et puis un jour il a fait un film et il a dit aux professionnels du cinma qu'il voulait prendre un cadreur, un ingnieur du son, un directeur photo. Il a dit : on vous prend, on vous paye votre tarif mais vous prenez les gens avec qui </p><p>je travaille. on m'a dit : toi tu es grand, tu feras la perche. voil comment j'ai fait mon entre dans le cinma.</p><p>Je suis devenu perchman grce un ingnieur du son formidable qui m'a initi au mtier. J'avais dj vingt-huit ans et la soif d'apprendre quelque chose qui m'inscrive dans la vie. Javais depuis longtemps envie de faire des films sur les petites paysanneries du monde, pour expliquer, pour montrer ce qu'ils sont, quelles sont leurs valeurs et que c'est pas normal de se dbarrasser d'eux comme a. Petit petit, en travaillant comme perchman, je me suis form. J'ai eu la chance de travailler avec de trs grands metteurs en scne, de comprendre de l'intrieur ce que c'tait que le cinma, de voir des images. Je me suis form en voyant des rushes, ce que chaque jour on tourne sur un plateau de ci-nma. A l'poque, on voyait tous les deux ou trois jours ce qu'on tour-nait, quel tait le dsir du metteur en scne et comment a s'imprimait sur la pellicule. on voyait ce que c'est qu'un cadre et comment on peut raconter une vie, une histoire, un rcit avec un cadre, dj, sans mme parler de lumire. donc toutes ces choses l, je me les suis un peu appropries, modestement. et puis j'ai russi faire un premier film sur mes parents grce une autre rencontre, un homme qui s'appelle John Berger, un crivain anglais. Javais lu de lui un rcit sur les paysans qui tait extraordi-nairement moderne pour l'poque, quelque chose o il contait vraiment la richesse, l'importance de cette vie... Ca rejoignait totalement ce que je cherchais. Grce lui j'ai os faire mon premier film, ensuite il y a eu la rencontre avec Andra au Brsil qui nous a donn le courage de commencer ce chemin qui nous </p></li><li><p>Dsir de film # 19- p 4 </p><p>Andra Santana&amp; Jean-Pierre Duret</p><p>Puisque nous soMMes ns</p><p>a amens aux films que vous avez vus hier.La vie est faite de rencontres. quand on les cherche, je crois qu'on peut les trouver. Ctait des rencontres formatrices pour moi qui vient de nulle part finalement, sauf de ce qui me fonde, je veux dire la campagne.</p><p>HuBeRt BudoR entre RoMANCeS de TeRRe eT deAU et PUISqUe NoUS SoMMeS NS, il y a une distance dans le temps et aussi une distance dans le travail cinmatographique. on a l'impression qu'il y a tout un par-cours dans l'criture documentaire. Je pense que le dernier film est un film qui se rapproche normment de la fiction de part son esthtique, par la mise en scne aussi, moi j'aimerais bien vous entendre un peu parler de comment on travaille un documentaire en relation avec la fiction ?</p><p>Jean-PieRRe duRetCes longs dbats qu'il y a autour de ces mots, je n'ai jamais voulu trop m'attarder dessus parce que je me sens impuissant devant tout a. Finalement l'histoire de nos films c'est une histoire o on se sent trs humble. dj il faut lier a l'arri-ve de techniques nouvelles. Si on n'avait pas eu l'arrive des petites camras vido, nous n'aurions jamais fait de documentaires parce que travailler partir du 16 mn ou du 35, c'est impossible et puis nous sommes timides, nous ne savons pas si ce que nous avons dire est si important que a. </p><p>Alors qu'est-ce qu'on met dans les films ? et bien forcment on met tout ce qu'on est. C'est sr que notre dernier film est le rsultat, d'une part, de tout notre parcours, mais aussi de notre vie, de toute notre histoire. C'est aussi le rsul-</p><p>tat des deux autres qui taient, je le crois, moins aboutis formelle-ment. Nous nous sommes autori-ss nous poser des questions de formes seulement sur le dernier parce que nous nous sommes aperus que si on voulait aller plus loin dans les sujets qu'on traitait, il fallait vritablement se poser les questions de la forme, quon ny arriverait pas seulement par la pa-role, par le langage, par la convic-tion. Il ne suffit pas de vouloir dire les choses. </p><p>Je suis un homme de la campagne. Mon pre parlait magnifiquement la langue franaise. dans le mi-lieu paysan on aime beaucoup les beaux orateurs, ceux qui parlent bien. Ctait une tradition des hommes politiques, aujourd'hui ils parlent comme des sagouins. Mais cette poque, on se dpla-ait pour voir un homme politique parler parce qu'on disait celui l il parle bien, on voulait dire par l qu'il racontait vritablement quelque chose de la vie. donc finalement dans les premiers films, il y a beaucoup de choses qui passent par la parole et puis en se faisant critiquer par les autres, en coutant les ractions, on s'est aussi aperu que si on se fondait beaucoup sur la parole c'tait aussi parce qu'on avait une certaine peur, un manque de confiance en nous-mmes. </p><p>Mais comment faire confiance son regard ? a doit s'apprivoiser a, c'est une longue histoire, c'est une longue aventure, on ne l'a pas tout de suite. on peut avoir une ide de ce qu'on cherche mais pas forcment la manire d'y arriver. vous vous approchez des autres et il faut avoir trs clair l'esprit qu'ils ne vous ont rien demand. donc il faut s'approcher petit petit, lentement, avec tendresse et </p></li><li><p>Dsir de film # 19- p. 5 </p><p>Andra Santana&amp; Jean-Pierre Duret</p><p>Puisque nous soMMes ns</p><p>puis on a peur un moment donn de les trahir. on a peur des raisons mmes qui font qu'on vient les filmer. Surtout quand il s'agit de plus pauvre que soi. Comme trs clairement on nest pas des jour-nalistes, on ne fait pas de l'inves-tigation, on est la rencontre de quelque chose de plus important qui s'apparente beaucoup plus autour du mystre de la vie, des hommes, de qu'est-ce qui illumine parfois la vie de chacun ? qu'est-ce qui les enferme ? qu'est-ce qui les empche de s'illuminer plus ? ... a a quand mme toujours voir avec quelque chose de l'illumina-tion, de l'tincelle, de ce qui fait que cette magnifique vie sur terre est vcue par l'Homme. et qu'il n'est pas seul, il est en liaison avec la nature, avec les animaux, avec toutes ces choses qu'on sent trs fort quand on vient de la cam-pagne. Les paysans ont toujours t trs lis au monde, l'univers complet, non segment. Ils savent ce que c'est que la terre, d'o on vient et que la nature, une plante, sont trs importantes, qu'il n'y a pas de hirarchie. La vie, la mort, dans le milieu paysan a a toujours </p><p>t extrmement li. </p><p>quand on aborde un sujet on a dabord peur, d'une certaine ma-nire, parce que la vie des autres, elle est complexe, toujours. Sinon quoi bon faire des films si c'est pour tre rducteur ? La majorit des images qu'on voit aujourd'hui, ou les discours qu'on entend, sont rducteurs. Ils cherchent nous faire aller quelque part, nous diriger. Ils ne nous disent que des bribes de vrit, ou des vrits intresses. Il faut tout prix viter a aujourd'hui quand on essaie de faire un film. on est jamais sr d'y arriver. et quand on voit la vie de ces gens Pour rester pauvre, sim-plement pauvre, il faut faire preuve d'une activit extraordinaire. Sinon vous tombez dans la misre. Pour rester juste au niveau de la survie il faut tre trs intelligent. Il faut regarder partout autour de soi ce qui peut arriver, o est-ce qu'il faut aller pour essayer de s'en sortir. et on arrive avec notre camra, un cadre qui est quand mme trs limit, un cadre de camra, com-ment filmer a ? Comment rendre compte de a ? C'est trs prou-</p><p> T</p><p>iago</p><p> San</p><p>tana</p></li><li><p>Dsir de film # 19- p 6 </p><p>Andra Santana&amp; Jean-Pierre Duret</p><p>Puisque nous soMMes ns</p><p>vant. donc nous faisons norm-ment confiance au temps pass. Il faut passer beaucoup de temps pour essayer de s'imprgner de tout a avant mme de commencer pouvoir trouver quelques images qui soient justes. </p><p>Bndicte PagnotAndra on a vu au gnrique que tu as sign l'image et le son avec Jean-Pierre sur le deuxime film, ce qui n'tait pas le cas du premier, donc a veut dire aussi qu'il y a eu une volution pour toi ?</p><p>andRa santanaoui, il y a eu une grande volu-tion pour moi et pour Jean-Pierre aussi. Pendant presque dix ans on a rflchi au sujet, ce qu'on voulait montrer. Je pense qu'il y a une diffrence entre ces trois films, une progression par rapport a aussi. dans notre travail, c'est Jean-Pierre qui fait l'image. Le son c'est souvent un micro coupl la camra. Moi je le fais parfois, comme sur le dernier, jutilisais un dAT pour enregistrer quelques HF qui sont sur les personnes mais l'image et le son sont faits par Jean-Pierre. Aprs, le reste du travail est vraiment trs partag entre nous. on discute beaucoup, tout le temps. on regarde tous les soirs les images. et puis aprs pour le travail de montage, il n'y a pas vraiment de rgle. vide-ment lui il est arriv avec toute son exprience de plusieurs annes de cinma et moi je ne savais rien. Je peux mme dire que c'tait lui mon grand matre. C'est avec lui que j'ai tout appris mais on a aussi appris beaucoup de choses ensemble, en faisant. </p><p>Jean-PieRRe duRetIl faut raconter aussi qu'on se forme beaucoup en voyant les films des autres. et puis quand on fait </p><p>un film, on le montre, on a des ractions. Les gens vous renvoient des choses, donc ils vous chargent de quelque chose, ils vous char-gent d'un regard, ils vous chargent de toutes les choses qui vous ont chapp. Ils vous apprennent des choses sur votre film et sur leur vie eux aussi, et le suivant s'en-richit de a. on est en recherche, on essaie de comprendre comment on peut franchir un peu plus la distance au del de la ralit. on s'aperoit trs vite en voulant fil-mer la ralit qu'il faut trouver des passages qui racontent d'une autre manire ; on se heurte une sur-face, on se heurte aux apparences et il faut trouver le moyen d'aller derrire les apparences, parce que sinon, on reste sur quelque chose d'objectif et dans lequel celui qui fait le film, qui a le dsir de film, n'est pas assez prsent, ne donne pas assez, n'apporte p...</p></li></ul>

Recommended

View more >