propos de politique

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Par Alain. Philosophie.

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  • Alain (mile Chartier) (1868-1951)

    (1934)

    Propos depolitique

    Un document produit en version numrique par Mme Marcelle Bergeron, bnvoleProfesseure la retraite de lcole Dominique-Racine de Chicoutimi, Qubec

    et collaboratrice bnvoleCourriel: mailto:mabergeron@videotron.ca

    Site web: http://www.geocities.com/areqchicoutimi_valin

    Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"dirige et fonde par Jean-Marie Tremblay,

    professeur de sociologie au Cgep de ChicoutimiSite web: http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/index.html

    Une collection dveloppe en collaboration avec la BibliothquePaul-mile-Boulet de l'Universit du Qubec ChicoutimiSite web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm

  • Alain, Propos de politique (1934) 2

    Un document produit en version numrique par Mme Marcelle Bergeron, bnvole,professeure la retraie de lcole Dominique-Racine de Chicoutimi, Qubeccourriel: mailto:mabergeron@videotron.casite web: http://www.geocities.com/areqchicoutimi_valin

    partir de :

    Alain (mile Chartier) (1868-1951)

    Propos de politique (1934)

    Une dition lectronique ralise partir du livre dAlain, PROPOS DEPOLITIQUE. Paris : ditions Rieder, 1934, 2e dition, 348 pages. Collection Europe .

    Polices de caractres utilise :

    Pour le texte: Times, 12 points.Pour les citations : Times 10 points.Pour les notes de bas de page : Times, 10 points.

    dition lectronique ralise avec le traitement de textes Microsoft Word 2001pour Macintosh.

    Mise en page sur papier formatLETTRE (US letter), 8.5 x 11)

    dition complte le 6 novembre 200 3 Chicoutimi, Qubec.

  • Alain, Propos de politique (1934) 3

    Table des matires

    I Les lois sont les rapports ncessairesII Il ny a peut-tre pas un homme politiqueIII Lopinion relle est fort mal connueIV La libert daction, nul ne laV La Rpublique, dit le grand administrateur

    VI Nous allons lire, disais-jeVII Vouloir que la socit soit le DieuVIII Lorsque le commandement dcouvreIX Selon le systme de la reprsentationX Noublions pas que les fascistes

    XI Notre situation de citoyenXII Mon ami Jacques tapait sur son cuirXIII Lautre dimanche, comme jallaisXIV Il est clair que plus dun AmricainXV On dit souvent que les femmes

    XVI Que lon maudisse la Russie des SovietsXVII Une ide que je crois fausseXVIII Il faut lire ladversaireXIX Le camarade socialiste ma ditXX Il y a de la comdie dans la politique

    XXI Le communisme est un rgime naturelXXII Pilate tue lespritXXIII Lviathan est trangement btiXXIV Au fond nous navons dautre matreXXV Jamais je ne dirai que le redoutable

    XXVI Cest dans une armoire trs bien fermeXXVII Les passions sont comme la pesteXXVIII Le fameux pape JulesXXIX Le pouvoir clbrant la prise de la BastilleXXX Du premier regard je connus que le R. P.

    XXXI Les problmes politiquesXXXII Lorsqu'on me demande si la coupureXXXIII Si l'agent aux voitures voulait tre justeXXXIV Il arrive souvent qu'un grand de la terreXXXV Les puissances n'ont point d'ides

    XXXVI L'Europe est grosseXXXVII Une constitution politiqueXXXVIII Lamartine, ConstantinopleXXXIX On cherche une culture qui convienneXL Comme j'admirais la force pesante

  • Alain, Propos de politique (1934) 4

    XLI La trahison est naturelle dans un dputXLII L'homme de PlatonXLIII Un homme libre contre un tyranXLIV Toute manuvre plusieurs veut un chefXLV Il y a encore des socialistes

    XLVI Les pouvoirs lus ne valent pas mieuxXLVII Parmi tant de tableauxXLVIII Le congrs radical jette un beau dfiXLIX Si la guerre est le vrai de la vieL Le fougueux nationaliste a couru

    LI Comme je lisais le troisime volumeLII Pourquoi n'adhrez-vous pasLIII Avec un peu plus d'espoirLIV La politique est physiologiqueLV L'aristocratie est le gouvernement

    LVI Les lecteurs enverront la ChambreLVII Aprs la victoire lectoraleLVIII Tout homme qui vient au mondeLIX La droite pique maintenant les radicauxLX Du fond de l'Hads s'lve la voix

    LXI La politique extrieure n'est qu'un moyenLXII Tout gouvernement est fascisteLXIII Je ne sais si le prsident HerriotLXIV L'Europe manque de radicauxLXV Celui qui n'aime pas l'argent

    LXVI Dire que la dmocratie a fait son tempsLXVII Il me parat naturel que l'homme de la rueLXVIII Un ami me disait hier que deux ansLXIX en juger par les coups de poingLXX Il est pnible de penser que tous ceux

    LXXI C'est toujours une faute de ne pas voterLXXII Il faudra, dit le syndiqu, en revenirLXXIII Les fonctionnaires syndiqus ne me semblentLXXIV La colre de l'homme est prompteLXXV Je pense qu'en ce temps-ci on se moquera

    LXXVI La politique n'a gure changLXXVII L'ide de Marx revient toujoursLXXVIII Le sort de Victor SergeLXXIX Le mauvais esprit, c'estLXXX Par la comptition des pouvoirs

    LXXXI Nos fascistes ont le projetLXXXII Platon voudrait que les philosophesLXXXIII L'esprit de la terre estLXXXIV L'esprit nest jamais bien vu

  • Alain, Propos de politique (1934) 5

    Alain (mile Chartier)(1868-1951)

    PROPOS DE POLITIQUE

    Paris : Les ditions Reider,Deuxime dition, 134, 348 pages.

    Collection Europe .

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  • Alain, Propos de politique (1934) 6

    Propos de politique (1934)

    ILes lois sont

    les rapports ncessaires

    Retour la table des matires

    Les lois sont les rapports ncessaires qui drivent de la nature deschoses. Formule immense, dont je ne puis faire le tour ; mais je my heurtecomme un solide, dans le moment o je m'lance dsirer des lois qui meplaisent. Le matre, quel qu'il soit, est bien attentif cette multitude, et sesoucie de plaire, d'o j'aperois qu'il est flexible, en ce qui dpend de savolont. Mais quelque chose se montre derrire lui, au nom de quoi ilcommande, et qui le tient serr ; c'est cet engrenage des causes et desconsquences, dans lequel il est pris aussi bien que moi. Les dpenses faitessont faites ; nul ne peut faire qu'elles ne soient pas faites. C'est ce qu'exprimela dette, visage de pierre. La production est un fait ; la rcolte est un fait ; lechiffre d'affaires quotidien est un fait, de la mme manire que la pluie, lagrle et le vent sont des faits. Et, comme un certain vent renverse un certainarbre aussi invitablement que la terre tourne, ainsi la multitude des vne-ments passs et irrvocables, guerre, emprunts, rparations et le reste, exercesur nous tous une pression inhumaine, sans plus d'gards qu'une automobilelance qui va lancer elle-mme l'homme comme une pierre, s'il ne se rangepoint. Or, quand le matre m'avertit de me ranger, il n'est point matre en cela,mais plutt il est le hraut et le serviteur de la ncessit. Ainsi s avancent les

  • Alain, Propos de politique (1934) 7

    impts, la loi militaire, et le reste. Et le matre sait bien dire : Cela ne meplat pas plus qu' vous. Bref, on vit comme on peut, et non comme on veut.

    Trs bien, me voil ramen. En ce creux donc o je m'abrite contre toutesces pluies, jai loisir de penser. Je pense, c'est--dire je pse. Je doute. Celamne loin. La premire remarque que je veux faire est que les hommes setrompent aisment, et souvent s'obstinent ce qui leur plat, sans savoir si cequi leur plat est possible. Cette remarque de sagesse est bonne pour moi etpour tous. Il se peut bien que le matre ordonne comme il lui plat et noncomme il faut. Cela ne me plat pas plus qu' vous. Savoir. Il plat ausouverain d'avoir de largent dans ses coffres ; il ne me plat point tant depayer. Il plat l'tat-major d'avoir trois brosseurs pour une chaussure ; il neme plat pas tant de cirer des bottes. Enfin, dans ce que le matre me proposeet aussitt m'impose comme ncessaire, il y a certainement une partie, petiteou grande, qui n'est pas ncessaire, mais qui seulement lui plat. Comment lesaurai-je en cette socit serre comme feutre, o nul ne voit gure plus loinque sa main ? Que savons-nous de la volont de Dieu, dit Cofontaine dansl'Otage, quand le seul moyen pour nous de la connatre est de la contredire ? Parole lourde, et peut-tre imprudente, mais je ne suis point sourd. Et je dis : Comment savoir ce qui est vritablement ncessaire, sinon par une obstinersistance ?

    D'autant qu'une autre ide se montre, quand je pense ces lois aveuglesqui font le vent sur la mer et les vagues. Je cde, et il le faut bien ; mais jeparviens souvent aussi o je voulais, comme le bateau qui tire des bordes ;

    il cde la ncessit ; mais il avance enfin contre le vent. Et je ne vois paspourquoi on nous prcherait d'obir la premire sommation de la ncessitpolitique, quand l'homme navigue contre vent, par sa propre industrie, depuistant de sicles. Sur cette mer politique, il serait bien lche et bien au-dessousde l'homme de cder au premier flot, et d'aller d'abord comme une pave o lecourant me mne, et non point o je veux aller. Encore mieux si je formequipage avec des hommes qui vont justement o je vais. Hardi, donc, et tiensta route.

    Et je m'aperois quen cette courte mditation de politique, je me trouveport bien plus loin que je n'esprais. Car l'homme a appris ne pas adorer lavague ; simplement il en tient compte, et, sans scrupule, la fait servir ses finsautant qu'il peut. La ncessit est inhumaine ; il est fou de la har ; il n'est pasmoins fou de l'aimer. Eh bien donc, si je dcouvre dans les choses politiquesla ncessit aussi, qui est mon vrai et mon seul matre, me voil dcharg derespecter. Cette grande et terrible machine, je veux m'y mouvoir avec prcau-tion ; mais je ne vais point l'adorer. C'est un ennemi comme un autre. Monseul objet ici est de vaincre en obissant, comme je fais pour le vent et lavague. Et voil ma charte de citoyen. Je dois l'homme, oui ; mais lancessit je ne dois rien.

  • Alain, Propos de politique (1934) 8

    Propos