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Lévy Bruhl préfacé par Keck

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  • Table des matires

    PRFACE DE FRDRIC KECK . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . V

    AVANT-PROPOS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . XVII

    PARTIE I. LEXPRIENCE MYSTIQUE DES PRIMITIFS. . . . . . . . . . . . 1Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3Chapitre 1. Chance et magie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25Chapitre 2. Linsolite, exprience mystique . . . . . . . . . . . . . . . 49Chapitre 3. Rves et visions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73Chapitre 4. La prsence des morts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101

    PARTIE II. LES SYMBOLES DES PRIMITIFS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125Chapitre 5. Nature et fonctions des symboles . . . . . . . . . . . . . 127Chapitre 6. Les modes daction symboliques . . . . . . . . . . . . . . 169Chapitre 7. La prfiguration symbolique . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197Index . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 227

  • Prface

    de Frdric Keck

    AU SEUIL DE CE LIVRE : ainsi commence lavant-propos du dernierlivre publi par Lucien Lvy-Bruhl, un an avant sa disparition.Chacun des livres de Lvy-Bruhl se situe au seuil de ce quil doit dcrire,mnageant un espace dintelligibilit sur une frontire entre des rgimesbien identifis. Ainsi, dans cet ouvrage, il ne sagit pas de dcrire lexpriencemystique en tant que telle, mais seulement la faon dont elle se transcrit ensymboles. Mais les livres prcdents de Lvy-Bruhl exploraient aussi les seuilsou les frontires. Frontire entre la philosophie et lanthropologie, puisquece professeur de philosophie la Sorbonne, ami dmile Durkheim, a passla moiti de sa carrire analyser les donnes ethnographiques issues dessocits les plus loignes. Frontire entre la France et lAllemagne, puisquecet enfant de la petite bourgeoisie de Metz na cess de penser ce qui sparaitet rejoignait les deux nations alors en rivalit. Frontire, enfin, interne auxdeux prcdentes, entre lirrationnel et le rationnel, puisque cet universitaireprofondment attach aux principes de la Troisime Rpublique a analysce qui dborde les cadres de la logique depuis ces cadres mmes.Nulle rupture, dans cette perspective, entre ce livre et celui qui fut publi

    titre posthume sous le titre Carnets. Au sortir de ce livre, quil ne concevaitdonc nullement comme le dernier, Lvy-Bruhl multipliait les notes poursaisir de plus prs ce qui lui avait encore chapp ici. Ces carnets sont

  • VI --- Prface de Frdric Keck

    souvent cits pour construire limage dun philosophe gar sur les terrainsde lanthropologie et prenant conscience de ses erreurs mthodologiques comme le terme prlogique auquel il finit par renoncer. Mais cest queLvy-Bruhl ouvrait ainsi les coulisses dun travail dont le prsent livre est lersultat provisoire, comme un peintre dont on pourrait observer les remords.Dans sa prsentation des Carnets, Bruno Karsenti notait trs justement cecaractre insolite des livres de Lvy-Bruhl : crits sur une sorte de seuil, ilspassent et repassent sur les mmes faits, approchant par touches successives lergime de clart qui les irradie de lintrieur deux-mmes1. Lexemplaritde Lvy-Bruhl, la dception que peuvent susciter ses travaux aussi, vient dela prudence critique avec laquelle il se tient au seuil de ce quil propose depenser. Lexpression quil emploie dans lavant-propos, constante dfiancede soi-mme , rsonne avec ce que Michel Foucault a dcrit quarante ansplus tard comme un effort pour se dprendre de soi-mme2 .Quel intrt y avait-il donc se tenir au seuil de lexprience mystique

    lapproche de la Seconde Guerre mondiale, et quelle actualit une telleposture peut-elle avoir aujourdhui ? La dmarche de Lvy-Bruhl tient dansla tension entre les deux options offertes par la sociologie franaise desreligions : celle de Durkheim et celle du Collge de sociologie. Durkheima ouvert le champ de la sociologie des religions en le redfinissant partir du concept de sacr, coupure primordiale entre ce qui relve delordre social et ce qui relve des passions individuelles3. Le sacr, dansla perspective durkheimienne, se manifeste comme symbole, cest--direpar un ensemble de reprsentations travers lesquelles les choses sontorganises et classes. Quant savoir comment les choses sont perues parles individus, affectivement vcues comme sociales, cela restait une nigme laquelle les lves de Durkheim, Marcel Mauss au premier chef, devaient

    1. B. Karsenti, Prsentation , in L. Lvy-Bruhl, Carnets, Paris, PUF, 1998, p. XXI-XXII.2. M. Foucault, Lusage des plaisirs. Histoire de la sexualit II, Paris, Gallimard, 1984,p. 15.3. E. Durkheim, Les formes lmentaires de la vie religieuse, Paris, Alcan, 1912.

  • Prface de Frdric Keck --- VII

    se confronter1. Les fondateurs du Collge de sociologie Georges Bataille,Michel Leiris, Roger Caillois reprenaient le programme durkheimien entudiant le sacr dans la vie quotidienne2 . Le concept dexpriencemystique, que Durkheim laissait rsolument de ct comme un effetsecondaire du social reprsent symboliquement, devenait alors central.On peut y voir linfluence dHenri Bergson, qui tirait parti de tout unensemble de travaux en psychologie des religions pour dpathologiser lamystique et en faire une ressource pragmatique3. Lexprience mystique,dans la perspective multiple du Collge de sociologie, cest la faon dontlindividu se laisse dborder par des nergies venues de la totalit sociale.Mais alors il fallait faire craquer les cadres de la rationalit collective pourdonner cette nergie toutes ses capacits dexpression : une voie que Mauss,ou plus tard Lvi-Strauss, regardaient avec suspicion.En plaant au cur de son titre la tension entre lexprience mystique et

    les symboles, Lvy-Bruhl vitait un tel dbordement. On peut comprendreainsi le mlange de fascination et dirritation que les crivains surralisteset les membres du Collge de sociologie pouvaient prouver lgard destravaux du professeur de la Sorbonne. Des passages de ce livre, ainsi quedes prcdents et des suivants, parurent dans la Nouvelle Revue Franaise,touchant ainsi un large public littraire4. Jean Paulhan, futur directeur dela revue, commenait alors une thse dethnologie avec Lvy-Bruhl sur lesproverbes malgaches. Andr Breton classa les livres de Lvy-Bruhl parmilAlmanach surraliste du demi-sicle, puis, sous linfluence dOlivier Leroy,sintressa davantage aux phnomnes de chamanisme. Si Michel Leiris luiattribue sa vocation ethnologique et son dpart pour lAfrique, Georges

    1. Cf. B. Karsenti, Lhomme total. Sociologie, anthropologie et philosophie chez MarcelMauss, Paris, PUF, 1997.2. Cf. D. Hollier, Le Collge de sociologie (1937-1939), Paris, Gallimard, 1979.3. Cf. H. Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, Paris, Alcan, 1932, etF. Keck Le primitif et le mystique chez Lvy-Bruhl, Bergson et Bataille , Methodos,n 3, 2003, p. 137-157.4. Cf. L. Lvy-Bruhl, Lexprience mystique chez les primitifs , Nouvelle RevueFranaise, L, n 294, 1938, p. 370-391.

    Dun

    odTou

    tereprod

    uction

    nonautoriseestu

    ndlit.

  • VIII --- Prface de Frdric Keck

    Bataille critiqua sa prtention enserrer la mystique dans les cadres logiquesde lexprience1.Le malentendu rsidait sans doute dans la faon dont Lvy-Bruhl tirait

    le vocabulaire mystique de la tradition religieuse pour tudier un grandnombre de faits ethnologiques. Les expriences mystiques ne sont plus le faitdindividus privilgis mais deviennent ainsi accessibles tous, constammententrelaces lexprience ordinaire. Lvy-Bruhl crivait ainsi dans le premierlivre quil consacrait ces donnes : Jemploierai ce terme, faute dunmeilleur, non par allusion au mysticisme dans nos socits, mais dans lesens troitement dfini o mystique se dit de la croyance des formesimperceptibles aux sens et cependant relles2. Entre les forces invisiblesde la vie sociale et lexprience quen fait lindividu, il y a donc la croyance,cest--dire un ensemble de reprsentations symboliques et de schmesmoteurs qui vont conduire lindividu agir en fonction de ces forces.On peut comprendre ainsi lavertissement que donne Lvy-Bruhl au

    seuil de ce livre : Je nai prtendu traiter de lexprience mystique et dessymboles chez les primitifs quen fonction de leur mentalit. Il ne sagit pasde dire que les primitifs ont une mentalit diffrente de la ntre ,au sens dun culturalisme vers lequel Lvy-Bruhl a souvent t caricatur :car cette mentalit, loin dune vision du monde incommensurable et fermesur elle-mme3, peut tre adopte par tout homme pour autant quil sesitue dans lorientation mentale et le tour desprit des primitifs4 . Il sagit

    1. Cf.F.Keck,Lucien Lvy-Bruhl, entre philosophie et anthropologie, Paris, CNRSditions,2008, p. 244-247.2. L. Lvy-Bruhl, Les fonctions mentales dans les socits infrieures, Paris, Alcan, 1910,p. 79.3. Voir la caricature de Lvy-Bruhl en culturaliste radical dans le livre de B. Wilson,Rationality, Oxford, Basic Blackwell, 1970, p. III : Le fantme de Lvy-Bruhl quichercha distinguer la logique de lhomme moderne de la mentalit prlogique delhomme primitif, tait pour beaucoup dauteurs dans ce livre la chose exorciser .Cette caricature a t construite par les philosophes Quine et Davidson pour poser laquestion des rapports entre ralit empirique et construction symbolique.4. Lvy-Bruhl le dira trs nettement dans ses Carnets, publis de faon posthume en1949 : Il ny a pas une mentalit primitive qui se distingue de lautre par deux caractresqui lui sont propres, il y a une mentalit mystique plus marque et plus facilement

  • Prface de Frdric Keck --- IX

    donc de dplier notre esprit de ses habitudes, par un effort que Lvy-Bruhldcrit comme une souplesse mentale , et de tourner son