(octobre 2013) - ?· des navires de toutes tailles ... la problématique de ma thèse...

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  • Complments de Michel Aumont pour son ouvrage intitul :

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    (octobre 2013)

  • 3

    Sommaire

    1 - Granville et ses corsaires _______________________________________________________ 4

    2 - Comment jai ralis mon travail _________________________________________________ 5

    3 - Les Granvillais au fil des conflits _________________________________________________ 7

    4 - Comparaison avec les autres ports ________________________________________________ 8

    5 - Armateurs __________________________________________________________________ 11

    6 - Navires ____________________________________________________________________ 15

    7 - Les hommes dquipage _______________________________________________________ 20

    8 - Les campagnes ______________________________________________________________ 22

    9 - Les rsultats ________________________________________________________________ 25

    10 - Bibliographie ______________________________________________________________ 26

    11 - Sources ___________________________________________________________________ 39

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    1 - Granville et ses corsaires

    Jusquau milieu du XVIIe sicle, Granville est un petit port qui ne se distingue gure des autres. On y

    pratique la pche ctire, surtout celle des hutres, et un peu la pche morutire Terre-Neuve. Cest au XVIIIe

    sicle, sous Louis XV, que la cit bas-normande saffirme pleinement dans la vie maritime, en fixant

    efficacement sa destine dans la pche morutire, au point de disputer prement la suprmatie Saint-Malo. Il

    faut dire que Granville ne manque pas datouts : un noyau darmateurs comptents et ambitieux, mais aussi un

    quartier maritime important, qui compte de nombreux gens de mer, dont les comptences sont clairement

    reconnues. Granville est alors considre comme une vritable ppinire dexcellents matelots, susceptibles

    dalimenter avantageusement les quipages des vaisseaux de Sa Majest.

    Mais lorsquune guerre clate, lactivit morutire se trouve aussitt interrompue. Il nest pas question,

    videmment, de prendre des risques inutiles en saventurant jusqu Terre-Neuve, quand on sait que lennemi

    navigue sur les mmes eaux. Cest l que Granville se distingue de bien dautres ports : il se lance dans la

    guerre de course, alors que dautres ne le font pas (Dieppe, Les Sables-dOlonne ou Le Havre par exemple) ou

    trs peu.

    compter du rgne de Louis XIV jusqu la chute de Napolon Ier, Granville pratique rgulirement la

    guerre de course. Toute une population littorale se retrouve ainsi implique dans une aventure maritime o le

    dsir de faire fortune ctoie constamment le risque dy laisser sa vie, son bien et ses illusions. Porte par des

    armateurs particulirement entreprenants et audacieux, lactivit du port bas-normand est clatante. Des

    navires de toutes tailles du simple lougre de 3 tonneaux aux grandes frgates, pouvant jauger jusqu 530

    tonneaux se retrouvent arms pour le meilleur et pour le pire. Les satisfactions des uns ctoient les dceptions

    des autres. Granville devient alors le 3e port corsaire mtropolitain franais sous Louis XVI par le nombre

    darmements et par la valeur des prises rapportes, de quoi contenter tout le monde.

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    2 - Comment jai ralis mon travail

    Une ralit recomposer.

    Quoi de plus naturel pour un Granvillais, qui vit au bord de la mer, que de sintresser au pass maritime de

    son port ? Quoi de plus naturel alors pour ce mme Granvillais (moi) que de sintresser aux corsaires de son

    port ? Surtout lorsque lon constate que le sujet na encore jamais t abord srieusement par les rudits locaux

    et par les historiens. Seulement voil ! Lintgralit des archives maritimes du port de Granville a disparu lors

    du bombardement de la ville de Saint-L, le 6 juin 1944. Tout a brl et lon na rien rcupr des archives de

    lAmiraut, de celles du juge de paix, celles du Tribunal de commerce ainsi que la grande majorit des archives

    notariales. Bref ! Tout ce qui aurait pu normalement constituer le fondement essentiel des sources pour un

    historien dsireux dtudier le phnomne de la guerre de course dans un port a dfinitivement disparu.

    Heureusement, javais encore les archives de lInscription maritime granvillaise ma disposition, au Service

    Historique de la Marine Cherbourg, et je savais quil existait des traces dans les archives voisines.

    Avec obstination, jai dcid de persvrer dans ltude des corsaires granvillais et de mettre au point une

    stratgie de contournement dont la logique me paraissait simple : puisque tout avait disparu, il me fallait

    rechercher autre part tout ce qui concernait Granville, pour recomposer cette ralit disparue la faon dun

    puzzle. Je partais du principe suivant : si les Granvillais avaient crit des lettres et des comptes-rendus, il

    suffisait de chercher ce courrier chez les destinataires pour en retrouver le contenu. En outre, en recherchant

    dans les archives du grand Ouest de la France, je pouvais retrouver les rapports que les capitaines tablissaient

    leur arrive dans les ports quils frquentaient.

    Jai donc consacr toutes mes vacances et mes temps libres parcourir les diffrentes archives entre Paris et

    Brest, entre Rouen et Nantes, plus Bordeaux, pour y reprer des renseignements susceptibles de mclairer sur

    les corsaires de ma ville.

    En province, je trouvais des rapports de prise, des liquidations de prises, de gros dossiers qui prcisaient le

    droulement des campagnes en mer. Dans les archives parisiennes, je retrouvais la correspondance entretenue

    avec le ministre de la Marine, que ce soit celle de Granville ou bien celle de Saint-Malo. Cest l que jai

    dcouvert les documents les plus prcieux, comme des tats de navires engags dans la course, des tats de

    prises avec leurs gains, des explications sur des campagnes ou des circonstances particulires, les directives

    ministrielles, des mmoires, des comptes-rendus dinspections, etc

    Paralllement toutes ces dmarches, je recherchais tout ce qui avait t crit sur les corsaires en gnral, des

    ouvrages de vulgarisation aux thses, non seulement pour augmenter mes connaissances personnelles sur le

    sujet mais aussi pour faire le point sur ce qui avait t tudi par les historiens et surtout, ce qui navait pas

    encore t tudi. Il ressortait clairement que les aspects juridiques et conomiques avaient t gnreusement

    abords, mais que laspect social ne lavait encore jamais t. Cela tombait bien. Cela correspondait ce qui

    me passionnait : laventure dans sa dimension humaine. Le fonds de lInscription maritime, conserv au

    Service historique de la marine de Cherbourg, contenait suffisamment dinformations pour travailler dans ce

    sens. Il mtait mme possible de me livrer une prosopographie. Cest pourquoi, jai trs vite entrepris la

    cration dune importante base de donnes sur mon ordinateur personnel. Je savais quelle me servirait par la

    suite.

    Ds lors, la problmatique de ma thse mapparaissait vidente partir des questions que je me posais : Qui

    taient les corsaires granvillais ? Quels efforts le port bas-normand a-t-il autrefois consenti dans la guerre de

    course ? Ces efforts furent-ils importants par rapport dautres ports corsaires, comme Saint-Malo ou

    Dunkerque ? Quelles taient les motivations des diffrents acteurs ? Quelle tait la vie mene bord par les

    quipages ? Les risques encourus ? et, corollaire de ce questionnement, quel regard critique peut-on jeter sur

    le destin des corsaires en gnral ? Ma problmatique devenait donc fondamentalement sociale et culturelle.

    En consquence, je devais dabord tudier Granville travers sa trajectoire, ses activits, sa population et ses

    infrastructures, pour resituer la cit dans son contexte historique, du XVIIe sicle jusquau Premier Empire.

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    Aprs quoi, je pouvais aborder prcisment la guerre de course granvillaise mme : dcrire lactivit, conflit

    par conflit, travers les armements, les actions ; comparer les rsultats aux autres ports pour mesurer lintensit

    des efforts granvillais.

    Ds lors, une rflexion samorait sur les diffrents moteurs de la course granvillaise, savoir les armateurs,

    les navires, les armes et les quipages. Elle dbouchait tout naturellement sur une vocation de la vie en mer.

    Grce ma base de donnes, il devenait mme possible de mesurer prcisment les risques encourus par les

    corsaires.

    Enfin, une sorte de bilan simposait celui des gains, des rcompenses et des honneurs pour savoir si cette

    guerre de course valait le coup dtre pratique dans un port comme Granville.

    Cest tout le fruit de ce travail que vous trouverez dans mon livre : Les corsaires de Granville. Une

    culture du risque maritime (1688-1815), publi en novembre 2013 aux Presses Universitaires de Rennes

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    3 - Les Granvillais au fil des conflits

    En 1688, clate en Angleterre la Glorieuse Rvolution. Lancien roi Jacques II Stuart, favorable aux

    catholiques, est chass du trne et remplac par sa fille Marie et par son gendre, le prince dOrange, qui

    deviendra roi sous le nom de Guillaume III dAngleterre. Il est galement le Stathouder (le chef militaire) des

    Provinces-Unies, ainsi que ladversaire acharn du roi de France. Marie et Guillaume sont tous les deux de

    confession protestante. Il ne sagit pas seulement dune rvolution dynastique, mais galement dune

    rvolution diplomatique, car lAngleterre redevient ainsi lennemie hrditaire de la France.

    En refusant dadmettre