littérature migrante francophone d’origine marocaine .que la littérature française est celle

Download Littérature migrante francophone d’origine marocaine .que la littérature française est celle

Post on 12-Sep-2018

213 views

Category:

Documents

0 download

Embed Size (px)

TRANSCRIPT

  • Zeitschrift fr Kanada-Studien 27.2 (2007) 9-29

    M E C H T I L D G I L Z M E R

    Littrature migrante francophone dorigine marocaine au Qubec

    _____________________

    Zusammenfassung Der folgende Beitrag stellt den Versuch dar, die Literatur frankophoner Autoren ma-

    rokkanischer Herkunft in Qubec in einem berblick zu erfassen und zu beschreiben. Damit ist zunchst eine kritische Reflexion des Begriffs der littrature migrante ver-bunden und die Annahme hinterfragt, es handle sich bei dieser Literatur um einen ein-deutig abzugrenzenden Korpus. Doch auch wenn die Voraussetzungen, Umstnde und Bedingungen der knstlerischen Aktivitten der in Qubec lebenden Autoren marokka-nischer Herkunft sehr unterschiedlich sind, so lassen sich doch einige interessante ber-einstimmungen feststellen. Es fllt zunchst auf, dass zahlreiche Autoren Medien und Gattungen bergreifend mit ihrem knstlerischen Anliegen umgehen. Jenseits dieser formalen Besonderheit sind auch thematische bereinstimmungen zu beobachten. In vielen Werken (vor allem der sefardischen Juden) spielt die Vergangenheit eine zentrale Rolle und dient zur Auseinandersetzung mit den eigenen Wurzeln und der eigenen Iden-titt. Andere Autoren wiederum verlassen den engen Rahmen nationaler, kultureller und religiser Identittsbildung und entwickeln neue knstlerische Formen, die als Ausdruck eines nomadisches Schreibens bezeichnet werden knnen.

    Abstract The following study tries to give a general outlook on the literature of francophone

    Moroccan writers in Qubec. It is introduced by a general and critical reflection about the meaning of the so called littrature migrante and discusses the concept of a ho-mogeneous corpus defined as national literature. However, even if the conditions for the Moroccan writers in Qubec are quite different from each other, one can find inter-esting similarities between them. A striking feature is that all these artists use and com-bine different literary forms and that they often amalgamate them in a unique way. Besides this formal resemblance one can observe a preference for historical topics (espe-cially in the works of the Jews in the Diaspora) which are used in order to reflect cultural and personal roots. Many of these authors leave the confinement of national, cultural, and religious identity and develop new creative forms of what might be called a no-madic writing.

  • 10 Mechtild Gilzmer

    Pralables

    Quand on aborde la littrature migrante dorigine marocaine au Qubec on est trs vite confront des questions dordre gnral. Quest-ce que la littrature mi-grante dorigine marocaine exactement? Vouloir constituer ou rechercher un cor-pus dune littrature migrante qui serait lie une appartenance dordre national nous ramne toutes les contradictions lies la notion de littrature nationale et aux concepts identitaires qui partent du principe quune origine (marocaine) d-termine la littrature. Cette ide ou ce point de dpart va en principe contre une perception de la littrature comme lieu dexpression universel. Parler de la littra-ture migrante dorigine marocaine doit nous amener dabord expliquer ce que nous entendons par cela, tout en restant critique par rapport cette notion simplifi-catrice. Autant il serait faux de parler de littrature marocaine (nationale) comme dun corpus dlimit et dtermin par lespace gographique (le Maroc) et/ou une unit politique (nationale) ou culturelle (religieuse) qui nexistent par ailleurs pas, autant il faut se mfier de voir dans le corpus que jessaierai de dgager et de d-crire par la suite une unit logiquement constitue par une appartenance ethnique ou nationale, cest--dire le fait davoir la nationalit ou une origine marocaine.

    Dans ma perception des choses, je suis les rflexions quUrsula Mathis-Moser d-veloppe dans son article sur Littrature nationale versus littrature migrante. crivains de langue franaise dans lentre-deux (cf. Mathis-Moser 2006, 111-120).

    Elle constate pour le cas analogue de la France que: Parler de lapport tranger au corpus de la littrature franaise ncessite tout dabord deffectuer un bref rappel de ce quon a convenu de dsigner sous le terme dEtat-nation et de littrature natio-nale (ibid., 112). Elle prsente les diffrentes conceptions de littrature vue comme formateur dune conscience nationale , ou expression dune volont nationale tout en sen distanciant et en offrant une dfinition autre: Par le terme littrature franaise, nous dsignons tout simplement la littrature produite sur le territoire national franais, production esthtique o se croisent des processus identitaires et des processus relevant de lautonomie littraire (ibid., 113). Mathis-Moser oppose son concept une vision qui distingue la littrature nationale (franaise) dune littrature francophone , qui elle, est base sur un critre linguistique: lusage de la langue franaise. Je ne peux quapprouver Mathis-Moser quand elle dclare que malgr cela: il serait vain de croire que les dfinitions du corpus franais sont uni-voques: les ttonnements terminologiques traduisent plutt un malaise profond (ibid., 113).

    La littrature migrante au Qubec

    En prenant comme point de dpart la dfinition de Mathis-Moser (qui est de dire que la littrature franaise est celle produite sur le territoire de la France) il convien-drait donc de parler dans le cas de la littrature migrante dorigine marocaine

  • Littrature migrante francophone dorigine marocaine au Qubec 11

    crite au Qubec tout simplement de littrature qubcoise . Mais dans le cas du Qubec il est de coutume de parler justement de littrature migrante qui

    dsigne [...] ds le milieu des annes 80, lapport des littratures dites ethniques la littrature majeure sans que lon fasse allusion lorigine des auteurs qui la produisent. Il sagit dune catgorie de pense stric-tement a-nationale qui simpose contre une foule dinventions lexicolo-giques rivales, toutes destines capter le propre de ces nouvelles cri-tures (ibid., 117).

    Il me semble pourtant que cette notion de littrature migrante qui est accom-pagne dautres termes tels transculturalit , hybridit , crolisation ou mtissage comporte aussi un certain nombre de contradictions et dambiguts. Lide de dpart tait dviter par cette approche de confirmer et soutenir lide dune littrature nationale dominante (centrale) et de meilleure qualit versus une littrature dauteurs venus dailleurs et dont la littrature serait en marge de ce qui est dfini comme la norme. Reste savoir si la volont dabolir cette hirarchie et de corriger un jugement de valeur traduit bien les ralits ou si au contraire il efface des diffrences quil faudrait lucider et analyser. En effet, le label littrature mi-grante tend aussi crer uniformit l o il y a diffrence: Selon les fondateurs du concept, la littrature migrante prsuppose en tout premier lieu que des auteurs se dfinissent comme des sujets migrants, unis par une mme exprience migratoire (ibid., 118). Mais quelle serait alors cette mme exprience migratoire des cri-vains francophones marocains vivant au Qubec ?

    Lmigration marocaine au Qubec

    En ce qui concerne les auteurs francophones dorigine marocaine qui crivent, vi-vent et travaillent au Qubec cette dfinition ne me semble pas reflter la ralit. Elle constitue au contraire une simplification quant aux diffrences majeures de leur vcu et de leur criture. Pour cela il convient de regarder de prs leurs contextes migratoires. Alors quun certain nombre de Juifs sont partis du Maroc aprs lIndpendance en 1956, (une migration qui schelonne jusqu la fin des annes quatre-vingts avec un temps fort dans les annes soixante), une autre migration, arabe celle-l, na commenc que plus tard. Par ailleurs la migration juive sfarade ne sest pas droule pour tous de la mme manire: alors que les uns sont alls directement au Canada, dautres ont fait des dtours soit par Isral, soit par dautres pays avant datterrir finalement Montral ou Qubec. Les uns taient des crivains avant leur migration et le sont rests, les autres ont exerc divers mtiers dabord et ont trouv une vocation dcrivain ensuite. La migration des Juifs marocains est due lvolution politique et historique, la crise entre Isral et ses voisins arabes, le conflit isralo-palestinien. Parmi les cent mille Juifs vivant au Qubec, on compte vingt mille Sfarades dont 78 % marocains francophones (cf. Heller-Goldenberg

  • 12 Mechtild Gilzmer

    1997, 171). On parle gnralement de 15 000 Juifs marocains vivant au Qubec. Comme le souligne Lucette Heller-Goldenberg: cest au Qubec quon a pris cons-cience de limportance de la culture juive marocaine, menace de disparition puis-quil ny a pratiquement plus de vie juive au Maroc (ibid., 179). Les crivains appar-tenant cette communaut tendent en partie sauver de loubli le patrimoine culturel.

    La migration des Marocains arabo-berbres est en gnral plus rcente et lie dautres facteurs que celle des Juifs marocains. Souvent il sagit de personnes qui aprs un premier sjour en Europe vont passer un certain temps au Qubec. Mais il y a aussi ceux qui sont venus directement du Maroc au Qubec dans le cadre de limmigration conomique ou qui sont rests aprs y avoir fait des tudes.

    Daprs un recensement du Ministre des relations avec les citoyens et de limmigration, 12 965 personnes originaires du Maroc ont t recenses en 1996 Montral.1 On peut facilement conclure que ce nombre a augment depuis et il est donc tout fait logique que cette communaut marocaine Montral et au Qubec en gnral se donne des moyens dexpression et daction : un journal men-suel Le Maghreb-Observateur a t fond il y a quatre ans, et il existe aussi une mis-sion de radio La voix du Maroc Montral sur les ondes depuis 1999. Plusieurs asso-ciations sont regroupes sous la Fdration des Marocains au Canada fonde en 1999 galement.2 La plus importante est l