littérature méridionale

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  • Institut d'estudis occitans de ParsDocuments per l'estudi de la lenga occitana

    N4

    Joseph ANGLADE

    Histoire sommaire de laLittrature mridionale

    au moyen-ge (des origines la fin du Xv sicle)

    Edicion originala : Paris, E. de BOCCARD, 1921-

    Document dins lo maine public numerizat per Archive.org

  • Documents per l'estudi de la lenga occitana

    Libres de basa numerizats e metuts a dispausicion sus un site unic.

    Des ouvrages fondamentaux numriss et mis disposition sur un site unique.

    Mesa en linha per l'IEO Pars

    http://ieoparis.free.fr

    http://ieoparis.free.fr/

  • PRFACE

    Il n'existe pas, en France, de Manuel d'histoire

    de la littrature mridionale ; cette constatation

    suffirait expliquer notre entreprise, qui n'aurait

    pas besoin d'autre justification. Nous n'adressons

    pas d'ailleurs de reproches nos prdcesseurs ;

    leur tche fut assez ingrate de faire connatre les

    textes indits; il n'est pas ncessaire de rappeler

    avec quelle conscience Paul Meyer et Chabaneau

    accomplirent cette besogne.

    Maintenant les textes les plus importants de

    l'ancienne littrature mridionale ont t publis.

    Beaucoup de troubadours ont t dits d'une ma-

    nire critique ; de nombreuses tudes historiques

    ont clair plusieurs points de leur vie; des prio-

    des compltes de l'histoire littraire ont t tu-

    dies fond ; le moment parat venu de tenter derunir ce qui jusqu'ici se trouvait dispers et de

    faire connatre dans un ouvrage d'ensemble une

    littrature qui a eu sa vie propre : vie brillante et

    phmre, mais importante par le rle de ceux qui

  • VI PRFACE

    l'ont vcue et l'influence qu'elle a eue sur les litt-

    ratures modernes.

    Nous avons d rpartir la matire en trois gran-

    des divisions, sans tenir un compte excessif de la

    chronologie. La plus importante de ces divisions

    comprend la posie lyrique ; c'est celle laquelle

    nous avions dj consacr notre livre des Trouba-

    dours; nous avons donn ici beaucoup plus de

    noms et beaucoup plus de faits, ces derniers autre-

    ment prsents d'ailleurs et souvent autrement

    rsums.

    Nous avons essay de grouper les troubadours par

    provinces, ce qui est relativement facile pour les

    dbuts et le xue sicle presque en entier ; au xme

    sicle, nous avons essay de les grouper autrement,

    en les rattachant aux grands vnements histori-

    ques du temps : Croisade albigeoise, changement

    de dynastie en Provence, progrs du pouvoir royal

    dans le Midi de la France, etc.

    La deuxime partie de notre tude comprend la

    posie non lyrique : didactique, morale ou reli-

    gieuse. L'intrt de ce chapitre de la littrature

    mridionale est moindre que celui du prcdent ;

    mais on y trouve encore relever de belles uvres

    narratives ou piques, comme Flamenca, Jaufre,la Chanson de la Croisade, etc. L'histoire de la

    posie religieuse est particulirement intressante,

    car elle nous fait assister la transformation des

    murs qui se produit dans le Midi au xm c sicle.Notre intention premire tait de nous arrter

    la fin du xiii" sicle et d'arriver tout au plus jus-

    qu' la fondation du Consistoire du Gai Savoir.

  • PRFACE VII

    Mais, d'une part, nous tenions tudier, au moins

    rapidement, l'cole toulousaine, laquelle abou-

    tissent les courants littraires de la priode de d-

    cadence; d'autre part, nous voulions au moins nu-

    mrer les uvres diverses o se manifeste encore la

    vie de la langue d'Oc, en dehors mme de l'coletoulousaine; car le xiv e sicle s'il n'a pas l'clatde la priode classique apporte cependant lalittrature d'Oc quelques contributions qui ne sont

    pas sans intrt; enfin, c'est surtout au xiv e et au

    xve sicles que sont rdigs la plupart des ouvrages

    en prose ; et nous ne voulions pas exclure la prose

    de notre revue. Pour toutes ces raisons nous avons

    conduit cette histoire de la littrature mridionale

    au del du but que nous nous tions d'abord assi-

    gn ; nous avons t amen la pousser jusqu'

    la fin du xve sicle, poque o la dcouverte de

    l'imprimerie marque dans tous les domaines une

    priode nouvelle.

    La troisime partie de notre travail a t la

    moins intressante rdiger. On aurait pu se con-

    tenter d'un simple catalogue, la plupart des uvres

    en prose n'ayant, en dehors des Biographies des

    Troubadours et de quelques autres textes, aucune

    valeur littraire. Mais il nous a paru bon de grou-

    per ensemble les uvres mdiocres crites pendant

    les deux ou trois sicles de dcadence qui suivent

    la priode classique des troubadours. Ces traduc-

    tions, ces chroniques, ces essais de littrature

    scientifique, ces traits didactiques, moraux ou

    religieux, montrent que la langue s'est maintenue

    un peu partout; soun mort li bu disire, comme

  • VIII PKFACE

    dit Mistral, les beaux potes sont morts , mais

    la langue qu'ils ont cre vit toujours; la pense

    des auteurs est mdiocre, les sujets sont pauvres,

    mais la langue garde sa vigueur et souvent sa pu-

    ret. Les gallicismes ne sont pas encore, mmeau xv e sicle, trop abondants.

    Nous avons eu sous les yeux, pour la rdaction

    de notre travail, les quatre manuels ou ouvrages

    fondamentaux consacrs l'ancienne littrature

    mridionale: le Grundriss de Bartsch, qui, quoi-

    que datant de 1872, est un relev prcieux des ri-

    chesses de notre littrature; les Biographies des

    Troubadours de Ghabaneau (1885) ', avec les notes

    de tout ordre qui les accompagnent, modles d'ru-

    dition et de sagacit; la petite Histoire de la littra-

    ture provenale de A. Restori 2 , lgante et prcise

    dans sa concision; enfin l'Histoire de la littrature

    provenale de A. Stimming, dans le Grundriss der

    romanischen Philologie (T. II, 2e partie, p. 1-59) de

    Grber (Srasbourg, 1893).

    Depuis cette dernire date beaucoup de textes

    mridionaux ont t l'objet d'tudes nouvelles et

    la plupart des textes indits ont t publis 8 .

    1. Histoire Gnrale de Languedoc, d. Privt, T. X, p. 209-409 ;quand nous citons d'aprs le tirage part, nous gardons letitre de Biographies des Troubadours.

    2. A. Restori, Letteratura provenzale. Milan, 1891. (ManualiHpli). La premire partie de cette tude a t traduite enfranais par A. Martel, Montpellier, Impr. Hamolin, 1895.

    3. On. peut en voir le relev dans le Kritischer Jahresberichlou Annuaire Critique des progrs de la philologie romane de Voll-MLLER (Dresde), o, pendant plus de quinze ans, nous avonsassum la tche peu agrable de signaler et d'apprcier toutesles publications qui concernaient nos tudes

  • PREFACE IX

    Quoique le domaine de l'ancienne littrature

    mridionale soit relativement restreint, il y a

    des parties importantes qui n'ont pas encore t

    traites tond et sur lesquelles nous avons t

    amen donner notre opinion ; elle n'est sou-

    vent sur ces points-l que provisoire.

    Le Grunclriss de Bartsch, vieilli depuis long-

    temps, tait sur le point de reparatre sous une

    forme rajeunie, au moment o la guerre a clat.

    Je ne sais maintenant quand il reparatra; en at-

    tendant, le prsent ouvrage aura rempli le rle que

    son auteur souhaite pour lui s'il contribue mieux

    faire connatre aux Franais du Nord comme ceux du Midi une priode importante de l'his-

    toire littraire de la France.

    Mais cette connaissance serait vaine si elle n'-

    tait complte par l'tude directe des textes. L'his-

    toire littraire est un guide ; seule l'tude des tex-

    tes est fconde et vivante ; l'une est un moyen,

    l'autre est le but et la fin.

    Toulouse, Janvier 1921.

    J. Anglade.

  • PREMIRE PARTIE

  • CHAPITRE I

    Les Origines.

    Les tudes mridionales; leur intrt. Origines de la languemridionale ; ses diffrents noms. Ses limites. Les plusanciens monuments de la langue mridionale : Boce, Chan-

    son de Sainte Foy ; monuments en prose l .

    Coup d'oeil sur l'histoire des tudes mri-dionales. Le pays qui a le mieux tudi la lit-trature des troubadours est l'Italie. Ds les ori-

    gines, on y fait des anthologies, comme celle deFerrari de Ferrare 2 (dbut du xiv e sicle). Dante et

    Ptrarque contribuent, en imitant les troubadours,

    rpandre leur gloire; les premiers provenalistes

    des temps modernes sont les commentateurs de

    Dante et de Ptrarque au xvi e sicle, en particulier

    Velutello. Les humanistes italiens de cette poque,

    comme Pietro Bembo et Barbieri 3 , ainsi que Castel-

    1. Bibliographie. La bibliographie sera indique en notedans le courant du livre. D'une manire gnrale on pourraconsulter les ouvrages suivants : Bartsch (K.), Grundriss zurGeschichle der provenzalischen Lileratur. Elberfeld, 1872. L'ou-vrage est vieilli ; une nouvelle dition tait en prparationavant la guerre. Chabaneau (C-), Biographies des Troubadours.{Hist Gn. Lang., t. X). J. Anglade, Pour tudier les Troubadours.Toulouse, 1916. A. Jeanroy, Bibliographie des Chansonniers pro-venaux. Paris, 1916. J. Anglade, Bibliographie de la grammaireprovenale. Barcelone, 1917. (Extr. des Estudis Romdnics). J. An-glade, Grammaire de Vancien provenal. Paris, 1924.

    2. Ms. D e de Bartsch, premier tiers du xiv sicle. Publipar Rossi et Teuli, Annales du Midi, XIII, XIV.

    3. Origine dlia poesia rimata. Ce livre, compos avant 1571,date de la mort de Barbieri, a t imprim seulement douxsicles plus tard par Tiraboschi (Modne, 1790). Cf. sur les

    1

  • 2 -

    vetro, ont tudi les troubadours sur les chanson-