littérature islandaise

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LIslande, cest avant tout un certain gout de labsolu quelque chose du bout du monde qui ne fait rien a demi-mots. Cest cette langue millenaire et solide comme la roche, qui est a la Scandinavie ce que le latin est a lEurope. Ce sont ces hommes aux yeux flottants de vieux pecheurs, le visage ronge par les matins trop froids. Ce sont nos reves de vide et de silence accroches aux paysages de lave et de pierres volcaniques, au cur des sources chaudes et des plages basaltiques. Cest enfin, au-dela de la puissance des images quelle suscite, et peut-etre grace a cet incroyable potentiel romanesque, la place inouie que lIslande accorde a la litterature.

TRANSCRIPT

  • DOSSIER SpEcIal

    p a R N a B B U . c O m

    entre ralisme et merveilleuxislandaiselitterature

  • sommairea V a n t - P r o P o s

    B a n d e - a n n o n C e

    d i t o r i a l

    i n t e r V i e W s

    La spcificit islandaise, entretien avec Rgis Boyer, spcialiste de la Scandinaviecrire contre loubli, interview de Jn Kalman Stefnsson, auteur

    Le polar, un genre politique, interview drni Thrarinsson, auteur

    La posie du prsent, interview dAudur Ava lafsdttir, auteur

    Une jeunesse islandaise daprs Gudrn Eva Mnervudttir, auteur

    C h r o n i q u e s

    Le septime fils, rni Thrarinsson

    Hypothermie, Arnaldur Indridason

    La rivire noire, Arnaldur Indridason

    Entre ciel et terre de Jn Kalman Stefnsson

    Rosa candida de Audur Ava lafsdttir

    Pendant quil te regarde tu es la Vierge Marie de Gudrn Eva Mnervudttir

    Cent portes battantes aux quatre vents de Steinunn Sigurdardottir

    B i B l i o G r a P h i e s l e C t i V e

    r e m e r C i e m e n t s & C r d i t s

    P.3

    P.4

    P.5

    P.6

    P.9

    P.13

    P.17

    P.20

    P.22

    P.23

    P.24

    P.25

    P.26

    P.27

    P.28

    P.29

    P.33

  • 3Ce dossier a fait lobjet dune premire publication en ligne sur NABBU.com en mars 2011, loccasion du Salon

    du Livre de Paris consacr aux littratures nordiques.

    rdaCtion et Coordination

    Salom Kiner

    Cet eBook vous est offert par NABBU avec laimable autorisation des auteurs et de leur diteurs ZULMA, GALLIMARD et MTAILI.

    aVant-ProPos

  • 4CliqueZ sur limaGe Pour Voir la Bande-annonCe du dossier sur naBBu.Com

    Bande-annonCe

  • 5LIslande, cest avant tout un certain got de labsolu quelque chose du bout du monde qui ne fait rien demi-mots. Cest cette langue millnaire et solide comme la roche, qui est la Scandinavie ce que le latin est lEurope. Ce sont ces hommes aux yeux flottants de vieux pcheurs, le visage rong par les matins trop froids. Ce sont nos rves de vide et de silence accrochs aux paysages de lave et de pierres volcaniques, au cur des sources chaudes et des plages basaltiques. Cest enfin, au-del de la puissance des images quelle suscite, et peut-tre grce cet incroyable potentiel romanesque, la place inoue que lIslande accorde la littrature: Certains mots sont probablement aptes changer le monde, ils ont le pouvoir de nous consoler et de scher nos larmes , dit Jn Kalman Stefnsson. Pas de plus justes termes pour dsigner les armes que nous avons choisi de prendre pour inaugurer NABBU. On nous avait parl des trop faibles

    lumires, des mes en berne, de linertie de Reykjavik une ville en faillite qui ne retentit que du bruit de ses dboires. A la lire, pourtant, lIslande est la promesse dune littrature fidle sa dualit : quelque part entre le faste de la tradition narrative et la frugalit des romans noirs, il y avait un mystre percer. Les yeux trous par nos propres clichs, alors mme que nous pensions y trouver des auteurs asctiques, monstres glacs veillant sur des acquis caducs, nous avons dcouvert des crivains panouis, hritiers digestes dune langue moyengeuse, et prcieux dcodeurs des doutes dont ils tmoignent. Janvier battait son plein, lEurope crevait de neige, et nous marchions illumins dans une Reykjavik printanire, nourris au naturel de ces gens pleins de gnie et dont la modestie nenlve rien la grandeur du talent.

    En faisant de lIslande notre premier dossier, nous mettons en avant un pays qui soigne ses sagas comme nous aimons nos cathdrales. Nous mettons en avant un pays longtemps connu pour ses excs la violence de ses crises conomiques et climatiques , mais qui camoufle ses trsors: la plus grosse production ditoriale au monde, le plus grand nombre de lecteurs.

    NABBU vient de Nab, dieu babylonien de lcriture et du savoir. En faisant de lIslande notre premier dossier, nous faisons le plerinage vers des terres sacres, o naquit Halldr Laxness, prix Nobel de littrature, pour qui celui qui ne vit pas en posie ne saurait survivre ici-bas. Dont acte.

    PA R S A L O M K I N E R

    ditorial

  • 6la sPCifiCit islandaise,entretien aVeC rGis BoyerPendant 30 ans et jusquen 2001, rgis Boyer fut professeur de langues, littratures et civilisation scandinaves la sorbonne. il est aussi traducteur du norvgien, du sudois, de lislandais et du danois en franais, et nous lui devons la publication des Sagas dans la Bibliothque de la Pliade, dj rdites cinq fois. il a enfin crit de nombreux essais et documents dhistoire sur les traditions nordiques et les vikings.

    i n t e r V i e W

  • 7 NABBU : Les littratures scandinaves taient lhonneur du Salon du Livre de Pa-ris en mars 2011. Daprs vous, est-ce que ce terme fait sens ? Rgis Boyer : Sans aucun doute. Ce sont des littratures originales, qui font partie de notre patrimoine, qui se sont illustres par de grands crivains, que malheureusement nous ne lisons pas, ou gure, mais qui doivent tre divulgues.

    A lintrieur mme de cette appellation, quelles seraient les particularits et les points communs propres ces diffrents pays ? LIslande est le pays le plus cultiv dEurope : un pays o il nexiste aucun analphabtisme. Un pays qui bat les records de publication de livres, journaux et revues, et de frquentation des bibliothques. Il sagit du pays le plus lettr du monde ! Prenez cette anecdote : une fois, avec ma femme ce devait tre en 62 nous prenons lauto et dcidons daller nous promener. Ma femme me dit quil faut acheter des ufs. Un dimanche aprs-midi, ce nest jamais gagn Soudain, japerois une maison avec une fe-ntre ouverte - ctait en plein t -, et un type

    dont la tte dpasse. Nous dcidons dessayer cette ferme. Je mapproche, je salue donc cet homme et lui demande sil vend des ufs. Il me rpond : Oui, mais laissez-moi dabord finir mon chapitre ! Il ne faut jamais oublier que lIslande est une espce de nucleus, de modle, de point direc-teur pour les autres. Les sudois ont subi dautres influences, ils sont plus orientaux. Les danois vivent en symbiose avec les allemands, puisquils sont frontaliers. Les norvgiens seraient les plus proches des islandais, parce que la majorit de la population islandaise est norvgienne.Mais vous ne pouvez pas rduire le phnomne danois, ou norvgien, ou sudois, au phno-mne islandais. Aprs, parmi ce quils ont de commun, il y a le culte de la nature, la volont de parvenir exprimer leur quid proprii le plus intime ils ont, de manire gnrale et la diffrence des franais bavards, beaucoup de peine se communiquer. Ils partagent aussi le respect et lattention autrui, un sens du pass et de lhistoire, qui les a fortement marqus, et sur-tout, surtout, le talent de conter et de raconter : ce sont des conteurs.

    Alors justement, les premires traces crites sont souvent celles dun travail de transcription des traditions orales pour la plupart des rcits de conqutes et daventure. Ce talent de conteur vient-il de l ? Nous ne sommes pas srs quil ait exist une authentique tradition orale germanique - les scandinaves tant des germains du nord. Le fait est quils nont pas eu d criture jusqu leur conversion au christianisme, autour de lan mille. Cest cette poque-l que les clercs chrtiens, en sinstallant, ont import leur reli-gion, bien sr, mais aussi leurs textes : la Bible, et toute la littrature classique grecque et la-tine. Ctait des gens bene litteratus, et de fait, ce fut un moment catalyseur. Brusquement, les Scandinaves avaient leurs propres histoires raconter. Dailleurs, les auteurs de sagas sont de vrais crivains : attentifs leurs textes et la manire dont ils le disent, plus quau simple besoin de relater je ne sais quelle tradition ! Aujourdhui, la littrature scandinave sest largement diversifie dans ses formes. Y au-rait-il, du coup, conflit entre les courants tra-ditionaliste et moderniste ? Cest une question difficile. Il ne faut pas

  • 8oublier quil sagit de pays lcart, et superbe-ment ignors par le reste de lEurope pendant de nombreux sicles. Aujourdhui, ils font du complexe, et cherchent toujours prouver quelque chose. Il y a notamment une grande influence des anglo-saxons sur les sudois, les danois et les norvgiens. Ils ont peur dtre ob-soltes, et ne veulent surtout pas quon pense quils nauraient pas pris le bon train.

    Plus rcemment, les polars nordiques ont connu un engouement sans prcdent. Peut-on identifier les raisons dun tel succs ? (avec colre) Ce sont les journalistes franais qui sont coupables de cette tendance, ou plus exactement, cest la mode des anglo-saxons ! Mais plus srieusement, le fait que le polar soit un succs est mes yeux temporaire. Mais il y a nanmoins deux choses dire : tout dabord, ce sont des polars bien crits. Dautre part, il se cache derrire ce courant une relle tradi-tion. Les sagas islandaises, ce sont des polars, et mme de grands polars ! Il y a un crime, une disparition, une nigme rsoudre. Aussi, je vois une conjonction entre le polar actuel et cette vieille tradition du rcit qui nous donne quelque chose entendre.

    Vous dites, dans lEncyclopdie Universalis, que l Islandais nest pas capable dun ralisme froid ou plat : il volue sans cesse entre deux mondes, le sensoriel et limaginaire, car tout est hant pour ces imaginations fivreuses . Quelles sont leurs sources dinspirations ? Il faut incriminer la lumire : difficile dex-pliquer a un franais ! La lumire, dans ces pays-l, est une chose magique. Elle abolit les distances, elle transfigure la ralit, elle fait que vous ne voyez pas ce que vous pensez voir : vous voyez autre chose, derrire ou en-dessous. Lisez les romans de Halldr Laxness (NDLR : prix Nobel de littrature en 1955) - il est celui qui a le mieux exprim a. Lisez les sagas, tout simplement ! Vous y trouverez un chevalier qui sen va de chez lui pour aller commettre un mauvais coup