l'Hémicycle - #441

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l'Hmicycle numro 441 du mercredi 4 avril 2012 Au sommaire : - La guerre des roses par Marc Tronchot - Au diable la ddiabolisation ! par Nathalie Segaunes >p. 4 - Bernard Murat au secours du spectacle vivant >p. 12

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  • Sur un point au moins, les avocatsde Dominique Strauss-Kahn ontraison : le dballage feuilleto nes -que des comportements sexu elsde lancien patron du FMI relvede la vie prive, accessoirement dela morale, mais srement pas de lapolitique. Et ne mrite pas les unesrptes qui alimentent coup srle voyeurisme de certains mais nont

    pas grand-chose faire dans le dbat prsidentiel.La campagne est-elle si pauvre que certains trouventncessaire dy ajouter le rcit glauque de faits qui m -ritent au mieux dtre rapports dans la colonne desfaits divers ? Laffaire Strauss-Kahn, si elle fut unmoment minemment politique puisquelle mettaiten scne un potentiel futur candidat la prsidencede la Rpublique, nest plus depuis belle lurette quunsi nistre dossier de droit commun.Quitte sintresser des dossiers sensibles, autantouvrir ceux qui peuvent encore fcher aussi bien droite qu gauche : Gurini, la corruption dans les fiefssocia listes du Nord-Pas-de-Calais, Karachi ou le dossierBettencourt, autant dexemples qui montrent que lacorruption, les croisements dintrts voire les pra-tiques illgales dans le financement des campagneslectorales nont pas disparu en France malgr lesptitions de principe de ceux qui affirment la mainsur le cur que la Rpublique est aujourdhuiirrprochable. Elle ne lest gure plus que dans lesdcennies prcdentes.Les droits nouveaux accords lopposition par ladernire rforme constitutionnelle et les nominationsfaites ici et l relvent du fonctionnement des institu-tions et de la vie dmocratique mais en aucun cas delthique. La Rpublique nest pas plus morale aujour-dhui quelle ne ltait il y a quelques annes. Cestun fait qui contribue largement la dcrdibilisationdu politique et qui, nen pas douter, pse lourd danslintrt que suscitent aujourdhui Jean-Luc Mlenchonet peut-tre encore Marine Le Pen. Les deux nont pasleurs pareils pour dnoncer la Rpublique des copainset des coquins et une socit dans laquelle certainspourraient pratiquement tout se permettre quanddautres voient lhuissier leur porte pour un impayde quelques euros.DSK, les Franais sen moquent. Ils se dsesprent enrevanche dune socit o la justice deux vitessessappuie sur une morale gomtrievariable. Le futur Prsident quel quil soitdevra sen souvenir.

    Les rgions

    ditorialRobert Namias

    Grant-Directeur de la publication : Bruno Pelletier Directeur : Robert Namias

    LHM

    ICYC

    LE

    www.lhemicycle.com

    Le dbat sur la scurit

    Un faux dbat ?

    Tous les sondages taient dac-cord : linscurit ntait pasla question prioritaire de cettecam pagne prsidentielle. Rgulirementinterrogs sur cette question, les Fran -ais la plaaient loin derrire la situa-tion de lemploi, le pouvoir dachat, lacroissance, la dette publique, la pauvre -t, lcole ou bien encore la fiscalit.Et si lon en croit les enqutes les plusrcentes, ces priorits nont gure vo-lu la veille de llection malgr lestueries de Toulouse et de Montauban.

    Les questions scuritaires ne consti-tuent toujours pas un enjeu majeur,comme si les Franais refusaient queces vnements tragiques soient ins -trumentaliss par quelque candidatque ce soit.Mais au-del de ce refus conjoncturel,nest-ce pas aussi parce que les citoyensont le sentiment que derrire les argu-ments lectoraux des uns et des autres,et derrire les batailles de chiffres, la s-curit cest plutt une affaire de moyensque didologie politique ?

    Et sil est vrai que ce qui oppose les can-didats (quil sagisse du fonctionnementdes institutions judiciaire et policireou de la lutte antiterroriste) est moinsimportant que ce qui les rassemble, lascurit apparat du coup sans douteaux yeux dune majorit de Franaiscomme un faux dbat. Et les candidatsseront plus jugs sur leur prsidentialit avre ou imagine que sur leurcoup de menton scuritaire.

    Alain Fournay>Lire p. 2 et 3

    Opration de police Marseille contre le trafic de drogue.

    NUMRO 441 MERCREDI 4 AVRIL 2012 2,15

    DSK on sen fout !

    GRA

    RD JU

    LIEN

    /AFP

    Coup de filet dans les milieux islamistes, polmiques autour des servicesde renseignement, la scurit divise nouveau droite et gauche. Maisdes voix se font entendre dans les deux camps pour affirmer que cesoppositions relvent plus dun effet de campagne que dune ralit.

    BERT

    RAN

    D LA

    NGL

    OIS

    /AFP

    Franois Bayrou nest pas lhomme dun mentor.Trop orgueilleux pour imaginer quil nest pasunique, il nen reconnat pas moins linfluencede nombreux hommes de pouvoir et de plume.Tous ont en commun une valeur cardinaleaux yeux du prsident du MoDem : la volontde rsistance et le courage de dire non .>Lire ladmiroir dric Fottorino p. 14 et 15

    Bayrou le rsistant Face aux inquitudes des lus, ltat a dbloqu une premire enveloppede 72 millions deuros en faveur du dploiement des rseaux numriquespublics en Bretagne et en Haute-Marne. quelques semaines de laprsidentielle, le challenge technique de la fibre optique est devenuun enjeu politique. > Lire larticle de Ludovic Bellanger p. 8 et 9

    Et aussi

    JEFF

    PAC

    HO

    UD/

    AFP

    Jean-PierreChevnement

    P. 3

    AlainBauer

    P. 2

    Les lus locaux pris dansla toile de la fibre optique

    Au sommaire La guerre des roses par Marc Tronchot Au diable la ddiabolisation ! par Nathalie Segaunes>p. 4 Bernard Murat au secours du spectacle vivant >p. 12

    BERT

    RAN

    D GU

    AY/A

    FP

    H441_P01:L'HEMICYCLE 2/04/12 17:50 Page 1

  • Dans laffaire Mohamed Merah,des critiques sur le travail du RAIDou des enquteurs vous ont-elleschoqu ?Non. La critique est naturelle. Ilest souvent plus facile de lmettreaprs les faits, depuis un confor-table fauteuil, que sur les lieux etpendant que les faits se droulent.Pour ma part, je ne retiens que larapidit dexcution des identifi-cations et des oprations ds quelon est sorti de lincertitude sur lesmotifs des deux premiers atten-tats commis contre des militaires.La vraie question en fait relveplutt de la capacit culturelledes services de renseignement intgrer les hybrides, le continuumcriminalo-terroriste (cest--direle fait quun dlinquant puissegalement se transformer en mili-tant sans rompre avec ses activi-ts criminelles), et de sortir des

    moules antrieurs pour ne pasrater les mutations en cours dansle milieu.

    En matire de lutte contrele terrorisme, faites-vousune diffrence entre la droiteet la gauche ?Aprs une priode de flottement,notamment sur la question dActiondirecte dans les annes 1980, lagauche a gr le pays avec appli-cation et sans rupture. Notammentgrce Michel Rocard, dans lapartie 1988-1990, qui a profond-ment modernis les appareils derenseignement tout en crant unmeilleur contrle dmocratique.Elle a adopt dans lurgence laLSQ (loi sur la scurit quoti-dienne) en 2001. Devenue opposi -tion, elle sest beaucoup opposeces dix dernires annes. Mais ellea aussi profondment volu avec

    Manuel Valls, Julien Dray ou en-core Delphine Batho.

    Et dune manire gnrale,diriez-vous quil existe encore unepolitique de scurit de droiteet une politique de scuritde gauche ? Si oui, commentles dnissez-vous ?Il existe des nuances importantes,notamment sur la mythologie dela police de proximit, un conceptimport du Canada, et dont le copier-coller marche trs im-parfaitement. Aprs un importantrecul de la rflexion interne, leParti socialiste retrouve peu prsle niveau de cohrence difficile-ment acquis au colloque de Ville-pinte, en octobre 1997. Mais lestensions subsistent sur lefficacitet le pragmatisme dune politiquede scurit quilibre et adapte des territoires, des missions et

    ensuite des effectifs. Pour la droite,la scurit lui semble un espacenaturel. Elle avait un peu aban-donn la rflexion et les dbatssur la garde vue ou la prison ontmontr des tensions internes im-portantes. Pour autant, le niveaude rflexion reste de bonne qua-lit. On notera tout de mme unecurieuse capacit confronter leConseil constitutionnel sur dessujets dont lannulation semblepourtant presque vidente

    Quelle est la plus grande russitedu quinquennat Sarkozy et de ladroite depuis dix ans en la matire ?Quel est son plus gros chec ?La russite, cest probablement laprise en compte de la ncessitde ne plus penser la police quentermes deffectifs et de moyenssans prendre en compte territoireset missions. Les deux missionsmenes avec Michel Gaudin pourrepenser la police, en 2007 et 2012,ont permis didentifier les pisteset dengager quelques dbutsdvolution. Le plus gros chec estpeut-tre lintgration des ex-RGdans la Scurit publique et lerenseignement oprationnel deproximit.

    Comment jugez-vous lvolutionde la gauche sur ces sujets cesdernires annes ? Le divorce entreles angliques et les fermes est-ilencore une ralit ?La gauche ferme, aprs avoir beau -coup rgress, a beaucoup repris.Mais nous ne sommes revenusquau niveau atteint au colloque

    de Villepinte de 1997. Il y a encoredes tensions et surtout des gran -des incohrences en gnral dues labus de Twitter

    Diriez-vous que, lexceptionde Nicolas Sarkozy, les grandsministres de lIntrieur ont-ilst plutt de gauche ces vingtdernires annes ? Si oui,comment lexpliquez-vous ?Les grands ministres de lIntrieursont dabord grands de leur fait.Je ne crois pas que ltiquette yfasse grand-chose. Pierre Joxe etJean-Pierre Chevnement ont beau -coup fait. Nicolas Sarkozy aussi.On jugera leurs successeurs avecle temps.

    La scurit va-t-elle tre selonvous dsormais le sujetde la campagne ?Je crois quil sagit plutt dunecampagne sur LES inscurits aupluriel. Inscurits criminelles,sociales, conomiques.

    Sur quelles nouvelles questions,la classe politique en la matiredevrait-elle se pencher en priorit ?Lapplication du Livre blanc de lascurit publique, et notammentla rforme de la Scurit publiqueen France.

    Ailleurs la scurit est-elle lobjetdun clivage ?Souvent. Mais cela se voit moins.

    Propos recueillispar Ludovic Vigogne