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  • Valrie BO\5VERT

    ~ EMPREINTE COLOGIQUE :

    UN INDICATEUR DE DVELOPPEMENT DURABLE?

    ~ empreinte cologique , notion propose l'origine par Rees etWackemagel 1, s'est rcemment impose comme l'un des indicateurs environ-nementaux les plus priss. La prsentation d'un rapport sur ce thme tabli parle WWF en prlude au Sommet deJohannesburg de 2002 a ainsi fait grand bruit 2.Au dire de ce rapport, il faudrait trois plantes pour soutenir l'activit humainesi toute la population mondiale vivait comme les Europens ou les NordAmricains. Il n'est de runion ou de parution consacre l'valuation desimpacts de l'activit humaine sur l'environnement qui ne l'voque. Mais querecouvre cette antienne reprise par les acteurs et dans les contextes les plusvaris? Rarement un indicateur, outil d'ordinaire peu mdiatique, cantonn auxsphres de l'expertise et de l'valuation des politiques publiques, aura connuune telle fortune. Comment cet engouement peur-il s'expliquer, au-del d'op-rations de communication fort bien orchestres? Cet indicateur prsente-t-il uncaractre spcialement novateur? Permet-il de mieux rendre compte des imp-ratifs du dveloppement durable que les autres indicateurs conus dans ce but?Tandis que la plupart des indicateurs de dveloppement durable sont dcris etfont l'objet de dbats sur leur mode de calcul ou leurs possibilits d'application,l'empreinte cologique a t relativement prserve de critiques 3. Bien accepte

    1. Les travaux de rfrence en la matire datent de 1996 : Wackernagel M., Rees W. E., Ourecological footprint : Reducing human impact on the Earth, Gabriola Island B. c.; PhiladelphiaP. A., New Society, 1996; Rees W. E, ~ Revisiting carrying capacity : area-based indicatorsof sustainability M, Population and Environment, 17, 1996, p. 195-21. Les premires fonnu-lations de l'empreinte cologique se trouvent cependant dj dans des ouvrages antrieurs,par exemple Rees W. E., Wackernagel M... Ecological footprints and appropriated carryingcapacity : measuring the natural capital requirements of the human economy M, JanssonA.-M., Hammer M., Folke c., Costanza R. (Eds), Investing in natural capital: The ecologi-cal economics appmach to sustainability, Washington D. c., Island Press, 1994.

    2. WWF International et al., Rapport Plante Vivante, Gland, WWF, 2002.3. Cantonnes des publications scientifiques, les critiques ne semblent pas avoir compro-

    mis le succs de cet indicateur.

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  • VAURIE BO/5VERT

    par les milieux de l'valuation, suscitant l'adhsion de nombreux dcideurspublics et surtout plbiscite par des organisations environnementales, l'em-preinte cologique n'est pourtant - videmment - pas exempte de dfauts.D'ailleurs, les conomistes convis se pencher sur ce phnomne dans unforum organis par la revue Ecological Economies en 2000 se montraient pourla plupart nuancs son propos 4.

    Aprs avoir rappel les hypothses et fonctions gnralement associes lanotion d'indicateurs de dveloppement durable et prsent les grandes optionsen la matire, nous dcrirons l'empreinte cologique, ses modalits de calcul etses domaines d'application supposs et enfin nous reviendrons sur les nom-breuses questions qu'elle soulve, en particulier quand elle est adopte dans descontextes pour lesquels elle n'a pas t conue.

    LES INDICATEURS DE DVELOPPEMENT DURABLE:

    LMENTS DE MISE EN PERSPECTIVE

    Depuis la formulation de la notion de dveloppement durable dans le rap-port Brundand , se pose la question du type d'valuation instaurer pour ta-blir un diagnostic de dpart et guider des politiques publiques vers la durabi-lit. Diverses voies ont t suivies pour laborer des indicateurs, qui traduisentl'adhsion des acceptions diffrentes de la notion de dveloppement durableet relvent de diffrentes conceptions de la nature de l'information runir etde l'organisation adopter pour sa prsentation.

    Il est gnralement admis qu'un indicateur doit tre mesurable, c'est--diresaisir des dynamiques ou dcrire des situations qui se prtent la quantification 5.Il doit avoir des fondements scientifiques, tre relativement transparent, c'est--dire ais interprter, et doit rendre compte d'objets qui ont une pertinence poli-tique. Diffrentes fonctions sont traditionnellement assignes aux indicateurs:rvler des phnomnes ou des volutions, communiquer auprs du grand publicnotamment, et guider la prise de dcision politique. Quand il s'agit d'valuer dansune perspective de dveloppement durable, s'ajoute la ncessit de rendre comptedes multiples facettes de la durabilit: conomique, cologique, sociale et cul-turelle. Il convient galement d'intgrer une dimension historique et prospectivede faon mettre en vidence des tendances de long terme pour guider des poli-tiques. La ncessit d'introduire des normes, des seuils ou des jugements de valeur

    4. Voir Ecological Economies, n 32,2000, p. 341-394.5. Pour les principes runir dans J'laboration d'indicateurs et la prsentation critique de

    diffrentes options en la matire, voir Kuik O., Verbruggen H. (Eds),ln sem'ch of indieatorsof sllstainable development, Dordrecht, Kluwer. 1991; Potvin]., ~ Colloque sur les indica-teurs d'un dveloppement cologiquement durable - Synthse ~, Conseil ConsultatifCanadien de l'Environnement, 1991.

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  • f EMPREINTE COLOGIQUE : UN INDICA.TEUR DE D.VELOPPEMENT DURABLE?

    quant la dsidrabilit des faits observs est aussi frquemment voque. Cettedernire suppose la dclinaison de l'objectif de durabilit en quelques rgles op-rationnelles. S'ajoutent cela des critres relatifs la mise en UVTe des indica-teurs : ils doivent en particulier tre calculables plus ou moins court tenne.C'est ainsi qu'au nom du pragmatisme, l'exercice consiste souvent rorganiserde l'information existante plutt qu' mettre en place des systmes qui permet-traient de collecter des donnes vraiment nouvelles.

    De nombreuses tensions et contradictions existent entre ces fonctions etattributs des indicateurs, qui sont autant de dfis relever lors de leur labora-tion. Comment concilier clart et apprhension de la complexit, aspirationsdes dcideurs et questions scientifiques, caractre novateur et rutilisation d'in-formation existante? Face une introuvable demande sociale et au flou desattentes des dcideurs publics, quels choix doit faire le concepteur de l'indica-teur et lesquels doit-il laisser ouverts une dlibration? eexercice n'est en outrepas men dans un vide total, un souci de ralisme minimal incite penser l'ta-blissement d'indicateurs de dveloppement durable en rfrence aux indicateurs- principalement conomiques - dj couramment utiliss. La critique plus oumoins radicale de ces indicateurs, aux premiers rangs desquels les prix et va-luations montaires et le Produit National Brut (PNB), apparat comme le soclede la plupart des travaux sur la mesure du dveloppement durable. Ils ne don-neraient pas l'image d'une conomie dans ses limites, et n'inviteraient pas pen-ser la rorientation des activits.

    Les critiques majeures adresses au PNB sont le champ qu'il recouvre etl'unit de mesure dans laquelle il est exprim. Tout d'abord, nombre d'activitsqui contribuent au bien-tre collectif et la cohsion sociale ne sont pas prisesen compte tandis que les dgradations de l'environnement sont comptabilisesdans le PNB pour autant qu'elles donnent lieu une production ou un changemarchand. Ensuite, la monnaie est un talon jug particulirement impropre apprhender nombre de ralits sociales et physiques; l'expression montaireest le reflet de certaines valeurs et prfrences sociales et constituerait unemtrique inadapte quand il s'agit prcisment de rorienter celles-ci pour leurfaire intgrer des lments qui leur chappent. Beaucoup de critiques soulignentgalement l'aspect rductionniste d'une valuation qui ramne la complexit dumonde une seule dimension et une seule unit; elle ne peut s'oprer qu'auprix d'hypothses sur la commensurabilit, la substituabilit et, en l'espce, l'ali-nabilit des lments qu'elle mesure. Ce constat tant dress, les tuvaux sur lesindicateurs de dveloppement durable reCOUVTent tout le spectre des attitudespossibles par rapport l'valuation conorrIiql.le dOll1ina~te : de la figure du com-promis celle de la rupture, en passant pas un mimtisme de mthode ou deconstruction.

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  • VALIORIE BOISVERT

    Certains travaux s'attachent proposer des PNB corrigs ou PNB ({ verts ,o sont dduits une partie des dommages causs l'environnement par l'acti-vit conomique et o sont mieux comptabilises les dpenses de protection etde restauration d'cosystmes dgrads 6. D'autres recherches du mme ordreont, quant elles, pour objet essentiel l'intgration d'une dimension sociale dansla comptabilit nationale et s'attachent dfinir des mesures de {{ bien tre 7 .Il n'existe en revanche pas de tentatives abouties d'intgration de ces deux typesde correction dans une perspective d'valuation du dveloppement durable.Cette approche soulve en outre des problmes mthodologiques majeurs lisaux techniques mettre en uvre pour parvenir une expression montaire depertes ou de gains qui, par nature, chappent au march.

    D'autres indicateurs, penss comme des contre-valuations, empruntent lalogique et aux chelles des indicateurs plus traditionnels. Leur laboration relvede la qute d'un agrgat unique ou d'une nouvelle mtrique qui permette deconcurrencer les conclusions et classements tablis sur la base du PNB ou desprix s. l'expression montaire des flux, ces travaux prfrent une valuationnergtique ou matrielle. Le calcul nergtique 9, tabli en rfrence au prin-cipe d'entropie, est souvent mobilis dans un discours sur la dgradation, com-prise parfois dans une acception assez large. La comptabilit-matire et les indi-cateurs associs sont plutt utiliss pour promouvoir un type d'volution jug

    6. Repeno R., Wasting assets - Natural resources in the national income accounts, WashingtonD. c., World Resource Institute, 1989; Repeno R., Accounts overdue: Natural