l'amérique centrale et méridionale. (2)

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Auteur. Enault, L. / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Université des Antilles et de la Guyane, Service commun de la documentation. Conseil Général de la Martinique, Bibliothèque Schœlcher.

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  • CHILI

    I

    Si la race espagnole n'avait pas reu du ciel cette persvrance

    dans l'ide, cette constance dans les preuves, cette patience

    dans le malheur, qui finissent toujours par triompher des obsta-

    cles en leur opposant une nergie plus grande qu eux, il y a

    longtemps que les derniers dbris de leur colonie eussent quitt

    a tout jamais le Chili. Nulle part peut-tre leur domination n'a

    t, en effet, plus prouve. Depuis qu'ils s'y sont tablis, ils

    ont nu soutenir des guerres incessantes : guerre de la con-

    qute, guerre de l'Araucanie, guerre civile. Ajoutez une autre

    guerre non moins terrible, la guerre des lments, et la priodi-cit des tremblements de terre, que rend fatalement invitables

    'a prsence sur ce sol tourment de vingt volcans qui ns tei-

    gnent jamais.

    Le Chili est une de ces contres dont la gographie naturelle

    dtermine nettement les limites, indpendamment de toutes les

    Conventions civiles et politiques. Il a des frontires trs-nette-

    ment dtermines. Plac sur le revers occidental des Andes, il

  • 272 L'AMRIQUE MRIDIONALE.

    s'tend de l'est l'ouest entre cette montagne et l'ocan Paci-fique ; au sud, il confine la Patagonie, et vers le nord il est s-par de la Bolivie parle Rio-Salado et le grand dsert d'Atacama. Sa configuration gnrale est celle d'une bande de terrain

    troite et longue, obliquement divise par des contre-forts do

    montagnes et des valles profondes, se dirigeant de l'est l'ouest, partir des Andes jusqu' l'ocan Pacifique. Ses ctes

    .n'ont pas moins de cinq cents lieues d'tendue; treize mille

    quatre cent six lieues carres sont la mesure exacte de sa super-

    ficie. Toute la cte est borde de golfes, hrisse de promontoires

    et seme d'Iles. Des fleuves, des rivires et des torrents descen-

    dent des sommets de la Cordillre et l'arrosent dans leur cours. On nomme parmi les principaux le Rio-Salado, qui spare, nous l'avons dj dit, le Chili de la Bolivie; le Copiapo, le Huasco, le Coquimbo, le Limari, le Quile, l'Itata, au lit large et profond, mais encombr de rochers. Admirablement partag sous le rap-port des eaux, le Chili possde un assez grand nombre de lacs:

    lacs d'eau douce, lacs d'eau sale, qui ajoutent son paysage

    une grce singulire. Les lies de ces lacs sont couvertes de bois

    aux essences prcieuses et de pturages abondants. Les les de la cte marine offrent aux flottes des bois de construction excellents, au chasseur une abondance de gros gibiers, au pcheur tout ce qu'il put demander la mer, depuis le poisson dlicat, rserv la table des riches, jusqu'au phoque et la baleine, dont l'huile prcieuse enrichit tout l'quipage. Les Andes du Chili, ma-jestueuse barrire qui l'isole du ct de l'ouest, lui donnent un singulier caractre de grandeur. Bien n'est plus saisis-sant, en effet, que le contraste de leurs bases, couvertes d'une opulente vgtation, avec leurs flancs nus et dpouills, mais que la varit des productions minrales diapr des nuances les plus vives et les plus tranches des gneiss, des quartz, des

    basaltes et du mica tincelant, tandis que leurs sommets

  • LE CHILI. 273

    refltent la pure lumire qui resplendit sur leur couronne de

    neiges ternelles, sereines, immacules. Les volcans, qui par-

    fois les sillonnent du jet de leurs laves enflammes, sont au

    nombre de vingt, rangs en ligne presque droite, et leurs co-

    lonnes de feu et de fume ondoient comme des panaches sur

    les cimes hautaines. Ces volcans ont fait du tremblement de

    terre une sorte de mal chronique avec lequel il faut compter

    au Chili, comme on compte au Mexique avec la fivre jaune. On

    n'en a jamais moins de quatre ou cinq accs par an. ils

    entr'ouvrent le sol, secouent les difices, les renversent par-

    fois, et dtruisent des villes tout entires. On btit en prvi-

    sion du flau. Les maisons, au Chili, sont peu considrables :

    Oies ne consisten t qu'en un simple rez-de-chausse en briques

    et en bois. On se rsigne aux ruines, mais on ne tient pas essen-

    tiellement tre cras par elles. Les rues sont larges, tires au

    cordeau par un irrprochable alignement, et frquemment cou-

    pes par de larges places, sur lesquelles tout le monde se runit

    quand on voit commencer ces redoutables commotions, accom-

    plmes d'un roulement souterrain qui ajoute encore l'horreur

    Au elles inspirent. Un climat sain, agrable, gnralement tempr, que ne d-

    sole aucune pidmie, semble aux habitants une compensation

    suffisante aux dsastres des tremblements,de terre.

    On se plaint parfois d'une scheresse fort grande ; car il y a

    des contres o, pendant cinq mois, on n'aperoit pas l' ombre

    d' un nuage, o l'on ne reoit pas une goutte d'eau; les roses nocturnes supplent de leur mieux ces inconvnients. Comme

    fouie l'Amrique espagnole, le Chili abonde en mtaux pr-

    cieux. On y trouve des mines d'or, d'argent, de 1er, de cuivre,

    de plomb, d'tain, de mercure et de charbon, sans oublier les

    pierreries. Le nom de la province de Complaco suffirait r-

    vler sa richesse. Il veut dire, en langue chilienne, ppinire de 18

  • 274 L'AMRIQUE MRIDIONALE.

    turquoises. Du reste, ce n'est pas seulement dans les mines que l'on trouve les mtaux : les ruisseaux les charrient avec leurs

    eaux. Le rgne vgtal n'est pas moins favoris. Si, sous ce rapport,

    certaines parties du Chili prsentent d'assez nombreuses analo-gies avec l'Europe, d'autres, au contraire, talent aux yeux du voyageur toutes les splendeurs de la vgtation tropicale. Nulle part peut-tre les forts ne produisent de pareils colosses. Pour donner une ide de la puissance que la nature dploie en

    ces contres, qu'il nous suffise de dire que la violette, si mo-

    deste partout ailleurs, y devient un petit arbuste. Parmi les productions animales, infiniment varies du reste,

    ainsi qu il doit arriver dans un pays qui prsente des con-

    ditions climatriques si diverses, on remarque principale-ment l' animal du genre chat, que les habitants du pays appellent pugnix, et que les Espagnols ont surnomm, avec une certaine

    emphase castillane, le lion du Chili ; l'ocelot, qui appartient

    a la mme famille, vritable maraudeur nocturne dont les d-

    prdations ne sont jamais plus redouter que pendant les tn-

    bres et au milieu des dsordres de la nature. Malheur qui le rencontre dans une nuit de tempte ! il vaut mieux avoir affaire au chinchilla, inoffensif et doux, peu prs de la grosseur du

    lapin de garenne, et dont la charmante et soyeuse fourrure est

    aussi agrable l'il qu' la main. Le Chili compte encore parmi

    ses animaux utiles le lama, ou chameau de l'Araucanie, beau-coup plus petit que le chameau d'Afrique ou d'Asie, mais qui

    n en rend pas moins, comme moyen de transport, des service8

    signals aux habitants du pays. La vigogne ne vient qu'aprs

    lui. Le Chili possde encore le porc-pic et le guillino, espce

    de castor, malheureusement trop rare, car sa peau deviendrait

    un vritable lment de richesse entre des mains habiles

    l'employer.

  • LE CHILI. 275

    Les oiseaux du Chili offrent des chantillons de bien des es-

    pces diverses : on retrouve parmi eux beaucoup de races con-

    nues en Europe, et la plupart de celles dont le soleil des tropi-

    ques peint les plumes de si clatantes couleurs. Mais les plus

    nombreuses familles de ce monde ail appartiennent aux oiseaux

    de proie. Ces brigands de l'air trouvent d'inaccessibles refuges

    sur les cimes des Andes, d'o leur vol, rapide comme l' clair, les

    Prcipite sur une proie vainement cache au fond des valles, et

    qu'aucune distance ne saurait leur drober. C'est l que rgne

    condor, ce gant des oiseaux dont l'aigle est le roi ; le condor,

    qui enlve un mouton comme l'aigle enlve un livre, qui saisit

    Un enfant entre les bras de sa mre, et regagne son aire en se

    jouant de ce poids lger qui n'attarde mme pas son essor

    arien.

    II

    Le Chili est une de ces rares contres de l'Amrique du Sud

    que l'Europe n'a pas entirement soumise. A ct du Chili espa-

    gnol et vaincu, il reste toujours le Chili indien et indpendant.

    L'Espagne n'y possde que quelques points fortifis, les villes de

    Valdivia et d'Orsorno. Les ARAUCANS, qui dans leur langue se nomment les Mo-

    touches, sont aujourd'hui les matres d'un vaste sol qui mesure

    trente lieues de large sur environ cent cinquante de long. Bien

    diffrents du reste des Indiens, qui, aveugls par une insurmon-table terreur, semblaient courir d'eux-mmes au-devant de la

    servitude, les Araucans, qui se regardaient comme les fils et les

    matres lgitimes du sol qu'ils habitaient, opposrent la force a la force, et rsistrent avec un invincible courage aux envahis-

  • 276 L'AMRIQUE MRIDIONALE,

    seurs de leur territoire. Ce territoire commence au Biohio, vers le trente-sixime degr de latitude, et s'tend jusqu'au quarante et unime de longitude, la hauteur de l'archipel Chilo. Le nom de Molouches, qu'ils se donnent, veut dire brave; celui d Araucans, que leur donnent les Espagnols, veut dire brigands et hommes feroces. Ils rendent l'injure leurs ennemis en les appelant assassins et mauvais soldats.

    Les Araucans sont grands et forts ; leur visage aplati et leurs pommettes saillantes leur donnent une vague ressemblance avec les Mogols, dont les sparent d'ailleurs leur vigueur musculaire et leur haute stature. Leur signalement n'aurait, sur un passe-port, rien de particulirement flatteur. Ils ont le teint cuivr, le regard mfiant, le nez court, la bouche grande; ce s