la reine margot 2

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  • Alexandre Dumas

    LLaa rreeiinnee MMaarrggoott

    BeQ

  • Alexandre Dumas

    La reine Margot II

    La Bibliothque lectronique du Qubec Collection tous les vents Volume 220 : version 1.1

    2

  • La reine Margot a pour suite les romans La

    dame de Monsoreau et les Quarante-Cinq. Le roman est prsent ici en deux tomes, et

    reprend ldition numris par la Bibliothque Nationale de France, partir de ld. de Lagny : impr. E. Colin, [1903-1904].

    Photo de couverture : Isabelle Adjani, dans

    une adaptation pour le cinma en 1994 de La reine Margot.

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  • La reine Margot un roman dAlexandre Dumas

    Le roman dbute en 1572 avec le mariage de

    Marguerite de Valois, dite la reine Margot, avec Henri de Navarre, chef de file des Huguenots. Six jours plus tard, cest la Saint-Barthlemy, le massacre des protestants par les catholiques. Henri de Navarre y chappe en abjurant momentanment sa foi.

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  • La reine Margot

    II

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  • Deuxime partie

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  • 1

    Fraternit En sauvant la vie de Charles, Henri avait fait

    plus que sauver la vie dun homme : il avait empch trois royaumes de changer de souverains.

    En effet, Charles IX tu, le duc dAnjou devenait roi de France, et le duc dAlenon, selon toute probabilit, devenait roi de Pologne. Quant la Navarre, comme M. le duc dAnjou tait lamant de madame de Cond, sa couronne et probablement pay au mari la complaisance de sa femme.

    Or, dans tout ce grand bouleversement il narrivait rien de bon pour Henri. Il changeait de matre, voil tout ; et au lieu de Charles IX, qui le tolrait, il voyait monter au trne de France le

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  • duc dAnjou, qui, nayant avec sa mre Catherine quun cur et quune tte, avait jur sa mort et ne manquerait pas de tenir son serment.

    Toutes ces ides staient prsentes la fois son esprit quand le sanglier stait lanc sur Charles IX, et nous avons vu ce qui tait rsult de cette rflexion rapide comme lclair, qu la vie de Charles IX tait attache sa propre vie.

    Charles IX avait t sauv par un dvouement dont il tait impossible au roi de comprendre le motif.

    Mais Marguerite avait tout compris, et elle avait admir ce courage trange de Henri qui, pareil lclair, ne brillait que dans lorage.

    Malheureusement ce ntait pas le tout que davoir chapp au rgne du duc dAnjou, il fallait se faire roi soi-mme. Il fallait disputer la Navarre au duc dAlenon et au prince de Cond ; il fallait surtout quitter cette cour o lon ne marchait quentre deux prcipices, et la quitter protg par un fils de France.

    Henri, tout en revenant de Bondy, rflchit

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  • profondment la situation. En arrivant au Louvre, son plan tait fait.

    Sans se dbotter, tel quil tait, tout poudreux et tout sanglant encore, il se rendit chez le duc dAlenon, quil trouva fort agit en se promenant grands pas dans sa chambre.

    En lapercevant, le prince fit un mouvement. Oui, lui dit Henri en lui prenant les deux

    mains, oui, je comprends, mon bon frre, vous men voulez de ce que le premier jai fait remarquer au roi que votre balle avait frapp la jambe de son cheval, au lieu daller frapper le sanglier, comme ctait votre intention. Mais que voulez-vous ? je nai pu retenir une exclamation de surprise. Dailleurs le roi sen ft toujours aperu, nest-ce pas ?

    Sans doute, sans doute, murmura dAlenon. Mais je ne puis cependant attribuer qu mauvaise intention cette espce de dnonciation que vous avez faite, et qui, vous lavez vu, na pas eu un rsultat moindre que de faire suspecter mon frre Charles mes intentions, et de jeter un nuage entre nous.

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  • Nous reviendrons l-dessus tout lheure ; et quant la bonne ou la mauvaise intention que jai votre gard, je viens exprs auprs de vous pour vous en faire juge.

    Bien ! dit dAlenon avec sa rserve ordinaire ; parlez, Henri, je vous coute.

    Quand jaurai parl, Franois, vous verrez bien quelles sont mes intentions, car la confidence que je viens vous faire exclut toute rserve et toute prudence ; et quand je vous laurai faite, dun seul mot vous pourrez me perdre !

    Quest-ce donc ? dit Franois, qui commenait se troubler.

    Et cependant, continua Henri, jai hsit longtemps vous parler de la chose qui mamne, surtout aprs la faon dont vous avez fait la sourde oreille aujourdhui.

    En vrit, dit Franois en plissant, je ne sais pas ce que vous voulez dire, Henri.

    Mon frre, vos intrts me sont trop chers pour que je ne vous avertisse pas que les

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  • huguenots ont fait faire auprs de moi des dmarches.

    Des dmarches ! demanda dAlenon, et quelles dmarches ?

    Lun deux, M. de Mouy de Saint-Phale, le fils du brave de Mouy assassin par Maurevel, vous savez...

    Oui. Eh bien, il est venu me trouver au risque de

    sa vie pour me dmontrer que jtais en captivit. Ah ! vraiment ! et que lui avez-vous

    rpondu ? Mon frre, vous savez que jaime

    tendrement Charles, qui ma sauv la vie, et que la reine mre a pour moi remplac ma mre. Jai donc refus toutes les offres quil venait me faire.

    Et quelles taient ces offres ? Les huguenots veulent reconstituer le trne

    de Navarre, et comme en ralit ce trne mappartient par hritage, ils me loffraient.

    Oui ; et M. de Mouy, au lieu de ladhsion

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  • quil venait solliciter, a reu votre dsistement ? Formel... par crit mme. Mais depuis...,

    continua Henri. Vous vous tes repenti, mon frre ?

    interrompit dAlenon. Non, jai cru mapercevoir seulement que M.

    de Mouy, mcontent de moi, reportait ailleurs ses vises.

    Et o cela ? demanda vivement Franois. Je nen sais rien. Prs du prince de Cond,

    peut-tre. Oui, cest probable, dit le duc. Dailleurs, reprit Henri, jai moyen de

    connatre dune manire infaillible le chef quil sest choisi.

    Franois devint livide. Mais, continua Henri, les huguenots sont

    diviss entre eux, et de Mouy, tout brave et tout loyal quil est, ne reprsente quune moiti du parti. Or, cette autre moiti, qui nest point ddaigner, na pas perdu lespoir de porter au

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  • trne ce Henri de Navarre, qui, aprs avoir hsit dans le premier moment, peut avoir rflchi depuis.

    Vous croyez ? Oh ! tous les jours jen reois des

    tmoignages. Cette troupe qui nous a rejoints la chasse, avez-vous remarqu de quels hommes elle se composait ?

    Oui, de gentilshommes convertis. Le chef de cette troupe, qui ma fait un

    signe, lavez-vous reconnu ? Oui, cest le vicomte de Turenne. Ce quils me voulaient, lavez-vous

    compris ? Oui, ils vous proposaient de fuir. Alors, dit Henri Franois inquiet, il est

    donc vident quil y a un second parti qui veut autre chose que ce que veut M. de Mouy.

    Un second parti ? Oui, et fort puissant, vous dis-je ; de sorte

    que pour russir il faudrait runir les deux partis :

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  • Turenne et de Mouy. La conspiration marche, les troupes sont dsignes, on nattend quun signal. Or, dans cette situation suprme, qui demande de ma part une prompte solution, jai dbattu deux rsolutions entre lesquelles je flotte. Ces deux rsolutions, je viens vous les soumettre comme un ami.

    Dites mieux, comme un frre. Oui, comme un frre, reprit Henri. Parlez donc, je vous coute. Et dabord je dois vous exposer ltat de

    mon me, mon cher Franois. Nul dsir, nulle ambition, nulle capacit ; je suis un bon gentilhomme de campagne, pauvre, sensuel et timide ; le mtier de conspirateur me prsente des disgrces mal compenses par la perspective mme certaine dune couronne.

    Ah ! mon frre, dit Franois, vous vous faites tort, et cest une situation triste que celle dun prince dont la fortune est limite par une borne dans le champ paternel ou par un homme dans la carrire des honneurs ! Je ne crois donc

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  • pas ce que vous me dites. Ce que je vous dis est si vrai cependant, mon

    frre, reprit Henri, que si je croyais avoir un ami rel, je me dmettrais en sa faveur de la puissance que veut me confrer le parti qui soccupe de moi ; mais, ajouta-t-il avec un soupir, je nen ai point.

    Peut-tre. Vous vous trompez sans doute. Non, ventre-saint-gris ! dit Henri. Except

    vous, mon frre, je ne vois personne qui me soit attach ; aussi, plutt que de laisser avorter en des dchirements affreux une tentative qui produirait la lumire quelque homme... indigne... je prfre en vrit avertir le roi mon frre de ce qui se passe. Je ne nommerai personne, je ne citerai ni pays ni date ; mais je prviendrai la catastrophe.

    Grand Dieu ! scria dAlenon ne pouvant rprimer sa terreur, que dites-vous l ?... Quoi ! Vous, vous la seule esprance du parti depuis la mort de lamiral ; vous, un huguenot converti, mal converti, on le croyait du moins, vous lveriez le couteau sur vos frres ! Henri, Henri,

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  • en faisant cela, savez-vous que vous livrez une seconde Saint-Barthlemy tous les calvinistes du royaume ? Savez-vous que Catherine nattend quune occasion pareille pour exterminer tout ce qui a survcu ?

    Et le duc tremblant, le visage marbr de plaques rouges et livides, pressait la main de Henri pour le supplier de renoncer cette solution, qui le perdait.

    Comment ! dit Henri avec une expression de parfaite bonhomie, vous croyez, Franois, quil arriverait tant de malheurs ? Avec la parole du roi, cependant, il me semble que je garantirais les imprudents.

    La parole du roi Charles IX, Henri !... Eh ! lamiral ne lavait-il pas ? Tligny ne lavait-il pas ? Ne laviez-vous pas vous-mme ? Oh ! Henri, cest moi qui vous le dis : si vous faites cela, vous les perdez tous ; non seulement eux, mais encore tout ce qui a eu des relations directes ou i