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  • Extrait de la publication

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  • ditions Gallimard, 1991.

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    Lire me tint longtemps lieu de tout. Aussi me suis-jeinterroge sur le destin de ceux qui furent, entre tous,marqus de cet change fatidique1 par o la lettrevient se substituer au dsir, hritant de sa puissancejusqu' s'imposer sans partage et conduire parfois larclusion volontaire (Flaubert, Rilke) ou force (Sade,Proust). De quelle jouissance l'acte d'crire est-il donc lerecel de pouvoir tre ainsi prfre toute autre ?

    Les jeunes compagnes de Batrice questionnrent unjour Dante sur la nature de l'trange bonheur qu'ilprouvait aimer une dame dont il ne pouvait soutenir laprsence. Il leur rpondit que le regard dont elle le saluaitjadis suffisait alors le combler. Dsormais qu'elle le luirefusait, il trouvait sa batitude in quello che non mipuote venire meno , dans ce qui ne pouvait lui treenlev, in quelle parole che lodanno la donna mia2,dans les mots dont il louait sa dame.

    Que la lettre vienne prendre la place mme d'o ledsir s'est retir3 est loi commune, car personne

    1. J. LACAN, Jeunesse de Gide ou La lettre et le dsir , in crits, Seuil,Paris, 1966, p. 762.

    2. DANTE, Vita Nuova, XVIII.

    3. J. LACAN, crits, op. cit., p. 762.

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  • La vocation de l'crivain

    n'chappe au refoulement et ses effets de retour. Et,sans doute, chacun, par ses rves et ses symptmes, s'entrouve crit ( je serai crit , dit le hros des Cahiers deMalte Laurids Brigge, face son chec devenir crivain).Reste, justement, qu'crire ajoute l'acte la lettre donttous subissent la marque. Saint Bonaventure disait de laparole qu'en elle l'acte s'ajoutait la pense. L'crivainest le fils de ses oeuvres. Il s'engendre lui-mme et inventele chiffre de son origine.

    C'est ce parcours de la lettre, de ce qu'elle drobe cequ'elle restitue, que j'ai tent de suivre, guide par uneautre pratique de la lettre celle de la psychanalyse.

    L'hypothse selon laquelle la vocation de l'crivainrpondrait l'exigence de symboliser un certain typed'exprience subjective que l'on pourrait qualifier demystique ( y adjoindre l'pithte de laque) m'avait, audpart, oriente du ct des potes, au nombre desquels ilfaut compter, ce titre, Joyce et Hofmannsthal, rejoi-gnant Rilke et Mallarm. La nature de ces piphanies (ce terme joycien ne peut-il s'appliquer aux Erlebnissedont chacun tmoigne, pour diverses soient-elles?)m'avait retenue de leur nigme. Il s'avre aprs coup que,loin d'tre originaires, elles furent bien plutt, pourchacun, l'effet d'un certain rapport au langage, dterminpar la pratique potique elle-mme.

    De se soumettre l'empire des mots, le pote estconduit au cur de la structure, l o se rvle le non-sens

    qui habite toute signification. Ainsi de Joyce, jouant del'quivoque jusqu' l'implosion du sens, ou de Mallarm,cherchant dans la crise de vers remdier la contin-

    gence, qui confine pour lui l'absurde, du rapport du sonau sens. En cette zone aride, surgissent, du centre vide desmots, ces objets bizarres que sont une voix ou un regard,comme dtachs, supplants de la jouissance sans queue ni

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    tte dont ils sont le support, le sens aboli. Comme cesregards dont l'inquitante tranget traverse le texted'Hofmannsthal, ou ce regard intrieur de l'ange rilkenqui engendre l'espace du monde.

    A une rigueur aussi dpouille, sans doute faut-ilquelque disposition particulire de la subjectivit. Ce queLacan remarquait propos de Joyce semble avoir uneporte gnrale quant la vocation potique une particu-lire laxit du rapport au Moi, priv de la fiction qui en faitl'toffe et facilement laiss pour compte, notamment danssa fonction d'occultation.

    Les uvres romanesques offrent, en apparence, le gaged'une plus grande familiarit, permettant de s'identifierplus facilement l'auteur. Ici, les Erlebnisse, pour n'trepas absentes, ne semblent pas de mme nature, etoccupent, sauf peut-tre chez Proust, une place plusmarginale. Si j'avais t, de prime abord, captive par laconfirmation clatante que le pote apporte la thoriepsychanalytique, j'ai d m'avancer dans le labyrintheromanesque avec le texte pour seul guide, payant de moncot (la part de dsir que j'y engageais et qui prsida auchoix des auteurs ici runis) ce qui fut chaque fois unetraverse.

    Le dfaut de sens qui tait au centre de l'laborationpotique, fait, dans la fiction, place au dfaut de jouis-sance. L'criture a pour vocation d'y suppler, tentantd'apporter solution aux impasses du dsir.

    Freud dnonait chez l'artiste l'impuissance se satis-faire de la ralit, impuissance dont se motiverait le replisur la vie imaginative. L'criture m'a paru plutt procderd'une impossibilit, celle d'une jouissance au nom delaquelle toute autre sera rcuse, de lui tre par tropingale. Mais, pas plus que Flaubert ne se confond avecEmma Bovary, l'artiste n'est un rveur, et c'est d'une

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  • La vocation de l'crivain

    pratique de la lettre que l'crivain attend ce qu'il sait nepouvoir atteindre autrement. Qui n'est pas tant la gloireet les femmes' , pouvant certes venir par surcrot autitre de bnfices trs secondaires, si l'on en croit les

    crivains dont il est ici question que la satisfaction, loind'tre illusoire, de son acte lui-mme. Satisfaction nigma-tique que Freud a nomme sublimation.

    Le roman est sans doute la voie la plus directe quipermette la mise en scne des fantasmes. Mais l'criture,le travail sur le langage, introduit une dimension suppl-mentaire et rejoint cette construction du fantasme incons-cient qui s'opre dans une cure, isolant un objet pulsionnelparticulier. Faut-il s'tonner que la pratique de la lettreconverge avec l'usage de l'inconscient2 ? Cet objet, c'estici le texte qui le produit, permettant ainsi d'atteindre laBefriedigung de la pulsion, cet apaisement qui ne va passans dtachement, en quoi consiste la sublimation. L'effi-cace de l'opration que ralise l'crit rside en ce que lefantasme ne se dploie pas tant dans le contenu dumessage, qu'il ne se ralise en ce qu'il est convenud'appeler le style.

    Si le symptme est l'quivalent d'une lettre (ou d'unrbus) dont le sujet subit les effets jusqu' ce qu'elle soitrestitue comme telle par l'interprtation, l'acte d'crire,d'en rajouter du ct de la lettre, peut en venir prendre la place du symptme, devenu caduc de s'crireenfin autrement, tandis que cesse de ne pas s'crire ce quien faisait l'insistance, savoir la jouissance qui ytait prise. Il arrive, ainsi, qu'crire conduise au mieux

    1. S. FREUD, Introduction la psychanalyse, Petite Bibliothque Payot,Paris, 1961, p. 355.

    2. J. LACAN, Hommage fait Marguerite Duras du Ravissement de Loi v.Stein , in Cahiers Renaud-Barrault, n 52.

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    de ce qu'on peut attendre de la psychanalyse sa fin1 .C'est dans le parcours flaubertien que se montre, avec le

    plus d'vidence, le passage du fantasme du registre de lasignification tel que le dploient navement les uvresde jeunesse celui du style, qui en est la mise en acte.C'est la phrase mme de Flaubert qui enchane le sujetsous le regard d'un Dieu mort, dont le lecteur est appel occuper la place. Est-ce la rponse la question de Freud,interrogeant le savoir de l'artiste faire transmission de sajouissance particulire ? A rebours de son hypothse sur lestatut prliminaire du plaisir esthtique par rapport lasatisfaction fantasmatique qu'il autoriserait2, ce serait lestyle lui-mme qui raliserait le fantasme et permettrait larcupration de l'objet de la jouissance. Par lui s'accom-plit cette clbration laquelle l'crivain voue son officecelle des noces taciturnes de la vie vide avec l'objetindescriptible, tenant lieu de l'union des sexes djoints.

    1. J. LACAN, Lituraterre , in Littrature, n 3, Larousse, Paris, 1971.

    2. S. FREUD, Cration littraire et rve veill , in L'Inquitante trangetet autres essais, Folio/Essais, Gallimard, Paris 1988, p. 46.

    3. J. LACAN, Hommage fait Marguerite Duras. , in Cahiers Renaud-Barrault, op. cit.

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  • LE ROMAN TRAVERS

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  • La prsence relle

    Ce fut vers cette poque que Bloch bouleversa maconception du monde, ouvrit pour moi des possibilitsnouvelles de bonheur (qui devaient du reste se changerplus tard en possibilits de souffrance), en m'assurant que,contrairement ce que je croyais au temps de mespromenades du ct de Msglise, les femmes ne deman-daient jamais mieux que de faire l'amour'.

    C'est pourtant sur l'impossibilit de la rencontre desdsirs qu'est construite toute la Recherche. L'ironie duNarrateur envers la rvlation de Bloch nous est

    d'ailleurs indique par ce qu'il ajoute aussitt [Bloch]complta ce service en m'en rendant un second que je nedevais apprcier que beaucoup plus tard ce fut lui qui meconduisit pour la premire fois dans une maison depasse. Chacun sait que c'est avec les prostitues qu'onest le plus srement protg de l'mergence du dsirfminin, et c'est ce qui fait leur prix.

    Que la rencontre des dsirs dt tre toujours manquesemble avoir eu, pour Marcel Proust, la valeur d'un

    1. M. PROUST, A la recherche du temps perdu, tome 1, La Pliade, Gallimard,Paris, 1954, p. 575.

  • La vocation de l'crivain

    axiome, voire d'une profession de foi, et lui avoir imposl'exigence apostolique d'en rpandre la nouvelle. Emma-nuel Berl, rescap des tranches, qui lui rendit souventvisite au printemps de 1917, en fit les frais. Malgr lesraffinements de sa politesse, il ne m'a pas laiss uneseconde l'illusion qu'il aurait accept de perdre son tempsavec moi, n'et t ce devoir de prdication auquel j'ai eule sentim