Espace & Société n°15

Download Espace & Société n°15

Post on 20-Nov-2015

72 views

Category:

Documents

6 download

DESCRIPTION

Espaces et socits : revue critique internationale de l'amnagement, de l'architecture et de l'urbanisation

TRANSCRIPT

  • Espaces et socits :revue critique

    internationale del'amnagement, del'architecture et de

    l'urbanisation / dir. [...]

    Source gallica.bnf.fr / Association pour le Dveloppement dEspaces et socits

    http://gallica.bnf.frhttp://www.bnf.fr

  • Espaces et socits : revue critique internationale de l'amnagement, de l'architecture et de l'urbanisation / dir. publ. Serge Jonas. 1970.

    1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numriques d'oeuvres tombes dans le domaine public provenant des collections de laBnF.Leur rutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n78-753 du 17 juillet 1978 : *La rutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la lgislation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source. *La rutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par rutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produitslabors ou de fourniture de service. Cliquer ici pour accder aux tarifs et la licence 2/ Les contenus de Gallica sont la proprit de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code gnral de la proprit des personnes publiques. 3/ Quelques contenus sont soumis un rgime de rutilisation particulier. Il s'agit : *des reproductions de documents protgs par un droit d'auteur appartenant un tiers. Ces documents ne peuvent tre rutiliss, sauf dans le cadre de la copie prive, sansl'autorisation pralable du titulaire des droits. *des reproductions de documents conservs dans les bibliothques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signals par la mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothquemunicipale de ... (ou autre partenaire). L'utilisateur est invit s'informer auprs de ces bibliothques de leurs conditions de rutilisation. 4/ Gallica constitue une base de donnes, dont la BnF est le producteur, protge au sens des articles L341-1 et suivants du code de la proprit intellectuelle. 5/ Les prsentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont rgies par la loi franaise. En cas de rutilisation prvue dans un autre pays, il appartient chaque utilisateurde vrifier la conformit de son projet avec le droit de ce pays. 6/ L'utilisateur s'engage respecter les prsentes conditions d'utilisation ainsi que la lgislation en vigueur, notamment en matire de proprit intellectuelle. En cas de nonrespect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prvue par la loi du 17 juillet 1978. 7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute dfinition, contacter reutilisation@bnf.fr.

    http://gallica.bnf.frhttp://www.bnf.frhttp://www.bnf.fr/pages/accedocu/docs_gallica.htmmailto:reutilisation@bnf.fr

  • ISSN 0014-0481

    DCEMBRE 1978 M 24"

    -1

    revue critique internationale

    de l'amnagement de l'architecture

    et de l'urbanisation

    MYTHE RURAL

    ET MYTHE URBAIN

    LE NUMERO 25 F.

  • REVUE CRITIQUE INTERNATIONALEDE L'AMENAGEMENT DE L'ARCHITECTUREET DE L'URBANISATION

    JANVIER-DCEMBRE 1978 N. 24-27

    DIRECTION : Henri LEFEBVRE, Anatole KOPP

    Collectif de Rdaction

    Bernard ARCHER, Andr BRUSTON, Manuel CASTELLS, Michel COQUERY, Jean-

    Louis DESTANDAU, Colette DURAND, Grard HELIOT, Serge JONAS, Bernard KAY-

    SER, Anatole KOPP, Raymond LEDRUT, Henri LEFEBVRE, Michel MARIE, Alain

    MEDAM, Edmond PRETECEILLE, Jean PRONTEAU, Henri PROVISOR, Pierre RIBOU-

    LET, Christian TOPALOV, Paul VIEILLE.

    Secrtariat : Manuel CASTELLS, Michel COQUERY, Serge JONAS, Raymond LEDRUT,

    Alain MEDAM, Jean PRONTEAU, Pierre RIBOULET

    SOMMAIRE

    Yves GILBERT

    Bernard KALAORA

    Franois GODARD

    Jean-Ren PENDARIES

    Vronique DE RUDDER-PAURD

    Franois VOURC'H

    A.B.C.I.S.

    Le mythe rural 3

    L'ordre et la nature le vert endimanch ... 29

    Rapports de proprit du logement et prati-

    ques de l'espace rsidentiel 39

    Le march de l'insalubre 53

    Pour une lecture plus objective de la ville :

    le concept de confort urbain 73

    DITIONS ANTHROPOS

    Direction Rdaction-Administration-Abonnements : 12, avenue du Maine. Paris 15, Tel. 548-42-58Abonnement annuel pour quatre numros : France 90 F-Etranger 100 F.

    Les abonnements peuvent se rgler par chque bancaire, mandat-carte, mandat-porte, chque postalfC.CP Paris 8 721 23).

    Directeur de publication : Serge JONAS

    1

  • Anne GOTMAN

    K.STEBLER

    P.WATIER

    Claudine QUENTIN

    Albert LEVY

    M.L.CANTELLI

    L'espace de travail 79

    De l'errance spatiale l'errance sociale ... 101

    L'imaginaire d'un vieux quartier 113

    NOTE MTHODOLOGIQUE

    Introduction une socio-smiotique de la

    perception de l'espace urbain 125

    COMPTES RENDUS

    Architettura, edilizia, urbanistica de Giovan-

    ni FANELLI 131

    AVIS A NOS LECTEURS

    Nous nous excusons auprs de nos lecteurs pour les per-turbations intervenues dans la priodicit de la revue. En

    effet, cause de difficults financires, aucun numro n'a

    pu sortir en 1978, Le numro actuel couvre donc toutel'anne 1978. Il est bien entendu que pour nos abonns,ce numro comptera comme un numro simple et non

    quadruple. A partir de l'anne 1979, l revue aura de nou-veau une priodicit normale.

  • yves gilbert le mythe rural

    Le rural se vend bien aujourd'hui.Il est la mode. Les rayons des librairies

    regorgent de littrature en sabots re-

    dcouvrant les mrites de la vie rurale

    et de son organisation sociale tradition-

    nelle (et conomique), voquant la m-

    moire des anciens, retraant la vie

    quotidienne des paysans ici ou l.

    missions de T.V. sur la chanson en

    Corse, sur les chtaignes cvenoles,

    base de visages rids et de voix che-

    vrotantes, cartes postales montrant

    les intrieurs noirs de fume, la vieil-

    le ^vaisselle, la table centenaire qui

    s'ignore en tant que telle et les m-

    mes visages rids.

    Histoires vcues des anciennes

    retraant la vie dans les villages de

    Bretagne, le lavage du linge au lavoir

    communal, les journes harassantes

    de travail, la tourne du patron sur-

    veillant ses serfs, la veille au coin

    du feu et son cortge d'histoires et

    de lgendes, les ftes... Dure mais

    vraie vie ! Idem en Occitanie, au Pays-

    Basque, dans le Jura, en Auvergne,

    etc..

    A la radio, tous les soirs, pen-

    dant une heure, on nous invite dpis-

    ter au creux des vallons boiss, sur les

    causses arides, entre les haies du bocage,

    une ruralit extraordinaire (1) Taren-

    telles, gigues, sardanes sont reprises au

    cours des ftes folkloriques o pourtantcertains s'ennuient...

    Tout ceci fonctionne comme un

    discours. Discours sans fonction explici-te sinon celle de parler du rural. On se

    contente de rendre compte (ou de dire

    qu'on rend compte) d'un rural qui a t car il n'chappe quand mme plus

    personne qu'il a tendance ne dus tre

    ce qu'il tait, (comme la nostalgie) ;I nnocemment ?

    Discours en ngatif qui fleurit au

    fur et mesure que se dveloppe le

    capitalisme urbain. Tout comme si de-

    vant la dstructuration sociale entrane

    par le systme (consommation indivi-

    dualise, got du spectaculaire mdiati-

    s, dsinvestissement politique et social,

    etc.. ), il fallait produire tout prix, sur

    une surface (un espace, un champ, un

    lieu, un groupe, peu importe), du sens.

    Au moins l, entend-t-on, du sens

    existait. Et ce qui nous est propos, au

    travers de ce discours, ce n'est peut-trerien moins que d'essayer de repartir sa

    conqute. Les temps modernes ont leur

    croisade : c'est celle du sens.

    Des pratiques viennent se glisserdans le champ de ce discours, donnant

    ou redonnant corps ce rural. D'abord

    celles des rsidents secondaires qui rac-

    tivent l'archasme en courant les mar-

    chands d'antiquits.pour se donner des

  • yves gilbert le mythe rural

    racines authentiques. Les plus clairs

    de ces rsidents, en retapant dans le

    style les vieilles fermes, prfigurentce que sera, plus tard, la politique de

    protection du patrimoine, de respectdes styles locaux et des sites. Viennent

    ensuite les rsidents critiques , les

    no-ruraux (qu'on devrait plutt

    appeler les no-urbains ), redcou-

    vrant les pratiques traditionnelles d'au-

    tarcie, de convivialit restreinte.de con-

    sommation rduite, etc..

    Et, puisqu'on est dans la produc-tion de sens, pourquoi pas faire du rural

    un objet du discours politique et idolo-

    gique ? Rgionalisme, culture et langues

    locales, autonomie, autogestion et co-

    logie, tous ces discours prennent corpsautour decetteactivationdu rural. D'une

    manire ou d'une autre, le rural leur sert

    de rfrent, explicitement ou non.

    Enfin, la sociologie ( critique ,en l'occurrence), achve I entreprise de

    la production de sens travers ses diff-

    rents discours : sociologie rurale, ethno-

    logie' de la France rurale, tude des mi-

    norits ethniques, du mouvement rgio-

    naliste, analyses sur la position des pay-sans dans la lutte de classe (sont-ils d'a-

    bord bretons ou d'abord exploits ?),

    sur l'identit culturelle et la construc-

    tion politique de l'espace, etc..

    Dans tous les cas, ou bien le rural

    apparat directement, quand il est posi-tiv dans le discours (qui devient domi-

    nant et qui se diffuse au travers de tous

    les mdia possibles) qui nous dit, nous

    redit et nous rpte encore le rural, ou

    bien il apparat implicitement, comme

    l'autre terme d'une situation de pouvoiret de domination dans laquelle la bonne

    place choit au Pouvoir, l'tat, au

    Centre, la Ville, aux classes dominan-

    tes, aux mdia, aux rseaux, aux multi-

    nationales. Si l'on a pu nommer Soci-

    t Urbaine cette figure du capitalisme,

    prenons acte de cette situation de do-

    mination dcrite dans les divers dis-

    cours critiques et donnons l'au-

    tre terme le nom de rural Comprenons-le dans une acception large : le ruraln'est pas le campagnard, l'agraire, le

    paysan, le local, il n'est pas que cela,il est aussi la victime du pouvoir, il est

    la fois l'espace, le social, le symboliqueet le rel authentiques et domins ou

    pervertis (alination oblige) par l'Autre.

    Il est l'espace de l'ethnicit, de la cultu-

    re et de la langue locales. Il est l'espacede la Raison partir duquel toutes sor-

    tes de stratgies rvolutionnaires vont

    pouvoir tre penses.D'un ct, le capitalisme urbain

    (ou le socialisme), productiviste, bureau-

    cratique ou no-capitalisme techno et

    smio-cratique , o le social fout le

    camp : indiffrentiation des masses, fin

    du politique et de la reprsentation, r-

    siliation (branchements individualiss

    sur l'univers des rseaux,.comme autant

    de petits terminaux et aussi rsiliation

    du Contrat social... ), de l'autre ct,comme en ngatif, du social ractiver,du sens produire pour tablir l'existen-

    ce d'un tat authentique, premier, rel.

    Et parler de domination ou de perver-sion, c'est tablir qu'il y a (ou qu'il ya eu et on va s'arranger pour que cela

    soit de nouveau ) quelque part, du

    Vrai. Ou du social vrai.

    Le rural n'est pas un concept. Rfrent spongieux du discours

    critique, cette notion mouvante servi-

    ra qualifier, le temps de cette rfle-

    xion, le ple malheureux de la situation

    de domination qu'elle autorise. Tant il

  • yves gilbert le mythe rural

    est vrai que c'est probablement plus la

    situation de domination que l'un ou

    l'autre des deux termes qui intresse

    l'analyse et la justifie. Tant il est vrai

    que la domination est la clef de tout

    discours critique contemporain.

    L'imaginaire du Prince fait recette, il

    faudra y revenir.

    Au sens o l'entend Barthes (2),le rural, tel qu'il est compris ici, prendl'allure d'un mythe. Nous savons

    dsormais que le mythe est une paroledfinie par son intention (Je suis un

    exemple de grammaire) beaucoup plus

    que par sa lettre {je m'appelle lion) ;et que pourtant l'intention y est en

    quelque sorte fige, purifie, ternise,absente par la lettre .

    Et le rural de fonctionner comme

    un exemple de grammaire sociale : il

    existe un espace de la socialit qui a

    t, qui est encore ou qui est retrou-,

    ver ou de l'authentique fonctionne

    (rapport l'espace, au temps, la

    production, au groupe, au symboli-

    que, etc.) et cette authenticit est mise

    en pril au travers d'une opration de

    domination brutale (colonialisme int-

    rieur) ou insidieuse (alination des mas-

    ses rurales) perptre par l'ennemi ext-

    rieur. a, c'est le travail de la sociologie critique .

    Mythe aussi au sens o l'entend

    Mircea liade (3) : Personnellement,la dfinition qui me semble la moins

    imparfaite, parce que la plus large, est

    la suivante : le mythe raconte une his-

    toire sacre ; il relate un vnement quia eu lieu dans le temps primordial, le

    temps fabuleux des commencements

    (...). Le mythe ne parle que de ce quiest arriv rellement de ce qui s'est

    pleinement manifest . a, c'est le

    travail de ceux qui nous racontent

    le rural. Ceux qui absenteraient l'in-tention du mythe par la lettre.

    Et la fonction sociale du mytherural apparat clairement. Rcem-

    ment dans tous les pays industrialiss,l'attitude l'gard de la paysanneries'est retourne : de curieuse reliquedes sicles passs a laquelle seuls des

    esthtes nostalgiques et des raction-

    naires impnitents pouvaient sint-

    resser soudain, elle est devenue une

    force rvolutionnaire historique, un

    dfi l'conomie industrielle et un

    modle humain qui fascine les jeunescitadins fatigus de leur ville. Cette

    dcouverte du paysan par les intellec-

    tuels amricains, les responsables des

    pays socialistes et la jeunesse occiden-

    tale, rpond l'apparition des masses

    paysannes du Tiers-Monde dans l'His-

    toire qui jusque-l, se faisait en de-

    hors d'elles. La rvolution chinoise,les guerres paysannes du Sud-Est

    asiatique et d'Amrique latine ont

    brutalement rappel aux nations indus-

    trielles que l'immense majorit de l'hu-

    manit avait toujours t, et demeurait,

    paysanne , et, plus loin Si I on peut

    esprer I avnement d'une socit post-

    industrielle, c'est pour qu'elle soit dli-

    vre des maux de la socit industrielle.

    (...) Maintenant que notre plante s'est

    rduite un jardin dont tous les recoins

    doivent tre cultivs pour nourrir l'hu-

    manit, il est temps que I homme, ces-

    sant d'tre le conqurant de l'univers,redevienne le jardinier de la plante

    (4).

    Quand ce n'est pas de l'avnement

    d'une socit paysanne que l'on rve,

    c'est de la libration des ethnies, de la

    culture et de la langue locaies, du rta-

  • yves gilbert le mythe rural

    blissement de la relation sociale sur des

    rseaux troits d'interconnaissances,d'un systme conomique d'autosubsis-

    tance relative, d'une dspectacularisa-tion du social, etc. Tout ceci tant ren-

    du possible par une lutte contre l'op-

    pression perptre par le Pouvoir.

    Les masses rurales et toutes les

    pratiques sociales plus ou moins nos

    qui vont s'inscrire dans le rural sont

    porteuses, comme autrefois la classe

    ouvrire, du sens de l'histoire. Leur

    libration annonce le crpuscule du

    capitalisme. Face la dperdition de

    sens du social dans la socit capitalis-te urbaine, on trouve du sens librer,du sens qui va exploser.

    Une hypothse majeure pse ce-

    pendant sur cette forme de ractivation

    du sens social ou, tout simplement :

    du social -- que propose le mythe rural :

    les ruraux . Qu'en font-ils, eux, du

    rural ? Subissent-ils une oppression qui,

    peu peu, les ferait disparatre ou bien,ne participent-ils pas, sciemment la

    destruction du rural ? Ne revendiquent-ils pas, et ne produisent-ils pas, au tra-

    vers de diverses pratiques, l'abolition

    du rural ? Pour forger le mythe, on a

    fig l'histoire sociale des ruraux. On

    ignore tout de la contingen...