Espace & Socit n15

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Espaces et socits : revue critique internationale de l'amnagement, de l'architecture et de l'urbanisation

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Espaces et socits :revue critiqueinternationale del'amnagement, del'architecture et del'urbanisation / dir. [...] Source gallica.bnf.fr / Association pour le Dveloppement dEspaces et socitshttp://gallica.bnf.frhttp://www.bnf.fr Espaces et socits : revue critique internationale de l'amnagement, de l'architecture et de l'urbanisation / dir. publ. Serge Jonas. 1970. 1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numriques d'oeuvres tombes dans le domaine public provenant des collections de laBnF.Leur rutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n78-753 du 17 juillet 1978 : *La rutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la lgislation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source. *La rutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par rutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produitslabors ou de fourniture de service. Cliquer ici pour accder aux tarifs et la licence 2/ Les contenus de Gallica sont la proprit de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code gnral de la proprit des personnes publiques. 3/ Quelques contenus sont soumis un rgime de rutilisation particulier. Il s'agit : *des reproductions de documents protgs par un droit d'auteur appartenant un tiers. Ces documents ne peuvent tre rutiliss, sauf dans le cadre de la copie prive, sansl'autorisation pralable du titulaire des droits. *des reproductions de documents conservs dans les bibliothques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signals par la mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothquemunicipale de ... (ou autre partenaire). 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En cas de nonrespect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prvue par la loi du 17 juillet 1978. 7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute dfinition, contacter reutilisation@bnf.fr. http://gallica.bnf.frhttp://www.bnf.frhttp://www.bnf.fr/pages/accedocu/docs_gallica.htmmailto:reutilisation@bnf.frISSN 0014-0481DCEMBRE 1978 M 24"-1revue critique internationalede l'amnagement de l'architectureet de l'urbanisationMYTHE RURALET MYTHE URBAINLE NUMERO 25 F.REVUE CRITIQUE INTERNATIONALEDE L'AMENAGEMENT DE L'ARCHITECTUREET DE L'URBANISATIONJANVIER-DCEMBRE 1978 N. 24-27DIRECTION : Henri LEFEBVRE, Anatole KOPPCollectif de RdactionBernard ARCHER, Andr BRUSTON, Manuel CASTELLS, Michel COQUERY, Jean-Louis DESTANDAU, Colette DURAND, Grard HELIOT, Serge JONAS, Bernard KAY-SER, Anatole KOPP, Raymond LEDRUT, Henri LEFEBVRE, Michel MARIE, AlainMEDAM, Edmond PRETECEILLE, Jean PRONTEAU, Henri PROVISOR, Pierre RIBOU-LET, Christian TOPALOV, Paul VIEILLE.Secrtariat : Manuel CASTELLS, Michel COQUERY, Serge JONAS, Raymond LEDRUT,Alain MEDAM, Jean PRONTEAU, Pierre RIBOULETSOMMAIREYves GILBERTBernard KALAORAFranois GODARDJean-Ren PENDARIESVronique DE RUDDER-PAURDFranois VOURC'HA.B.C.I.S.Le mythe rural 3L'ordre et la nature le vert endimanch ... 29Rapports de proprit du logement et prati-ques de l'espace rsidentiel 39Le march de l'insalubre 53Pour une lecture plus objective de la ville :le concept de confort urbain 73DITIONS ANTHROPOSDirection Rdaction-Administration-Abonnements : 12, avenue du Maine. Paris 15, Tel. 548-42-58Abonnement annuel pour quatre numros : France 90 F-Etranger 100 F.Les abonnements peuvent se rgler par chque bancaire, mandat-carte, mandat-porte, chque postalfC.CP Paris 8 721 23).Directeur de publication : Serge JONAS1Anne GOTMANK.STEBLERP.WATIERClaudine QUENTINAlbert LEVYM.L.CANTELLIL'espace de travail 79De l'errance spatiale l'errance sociale ... 101L'imaginaire d'un vieux quartier 113NOTE MTHODOLOGIQUEIntroduction une socio-smiotique de laperception de l'espace urbain 125COMPTES RENDUSArchitettura, edilizia, urbanistica de Giovan-ni FANELLI 131AVIS A NOS LECTEURSNous nous excusons auprs de nos lecteurs pour les per-turbations intervenues dans la priodicit de la revue. Eneffet, cause de difficults financires, aucun numro n'apu sortir en 1978, Le numro actuel couvre donc toutel'anne 1978. Il est bien entendu que pour nos abonns,ce numro comptera comme un numro simple et nonquadruple. A partir de l'anne 1979, l revue aura de nou-veau une priodicit normale.yves gilbert le mythe ruralLe rural se vend bien aujourd'hui.Il est la mode. Les rayons des librairiesregorgent de littrature en sabots re-dcouvrant les mrites de la vie ruraleet de son organisation sociale tradition-nelle (et conomique), voquant la m-moire des anciens, retraant la viequotidienne des paysans ici ou l.missions de T.V. sur la chanson enCorse, sur les chtaignes cvenoles, base de visages rids et de voix che-vrotantes, cartes postales montrantles intrieurs noirs de fume, la vieil-le ^vaisselle, la table centenaire quis'ignore en tant que telle et les m-mes visages rids.Histoires vcues des anciennesretraant la vie dans les villages deBretagne, le lavage du linge au lavoircommunal, les journes harassantesde travail, la tourne du patron sur-veillant ses serfs, la veille au coindu feu et son cortge d'histoires etde lgendes, les ftes... Dure maisvraie vie ! Idem en Occitanie, au Pays-Basque, dans le Jura, en Auvergne,etc..A la radio, tous les soirs, pen-dant une heure, on nous invite dpis-ter au creux des vallons boiss, sur lescausses arides, entre les haies du bocage,une ruralit extraordinaire (1) Taren-telles, gigues, sardanes sont reprises aucours des ftes folkloriques o pourtantcertains s'ennuient...Tout ceci fonctionne comme undiscours. Discours sans fonction explici-te sinon celle de parler du rural. On secontente de rendre compte (ou de direqu'on rend compte) d'un rural qui a t car il n'chappe quand mme plus personne qu'il a tendance ne dus trece qu'il tait, (comme la nostalgie) ;I nnocemment ?Discours en ngatif qui fleurit aufur et mesure que se dveloppe lecapitalisme urbain. Tout comme si de-vant la dstructuration sociale entranepar le systme (consommation indivi-dualise, got du spectaculaire mdiati-s, dsinvestissement politique et social,etc.. ), il fallait produire tout prix, surune surface (un espace, un champ, unlieu, un groupe, peu importe), du sens.Au moins l, entend-t-on, du sensexistait. Et ce qui nous est propos, autravers de ce discours, ce n'est peut-trerien moins que d'essayer de repartir saconqute. Les temps modernes ont leurcroisade : c'est celle du sens.Des pratiques viennent se glisserdans le champ de ce discours, donnantou redonnant corps ce rural. D'abordcelles des rsidents secondaires qui rac-tivent l'archasme en courant les mar-chands d'antiquits.pour se donner desyves gilbert le mythe ruralracines authentiques. Les plus clairs de ces rsidents, en retapant dans lestyle les vieilles fermes, prfigurentce que sera, plus tard, la politique deprotection du patrimoine, de respectdes styles locaux et des sites. Viennentensuite les rsidents critiques , les no-ruraux (qu'on devrait pluttappeler les no-urbains ), redcou-vrant les pratiques traditionnelles d'au-tarcie, de convivialit restreinte.de con-sommation rduite, etc..Et, puisqu'on est dans la produc-tion de sens, pourquoi pas faire du ruralun objet du discours politique et idolo-gique ? Rgionalisme, culture et langueslocales, autonomie, autogestion et co-logie, tous ces discours prennent corpsautour decetteactivationdu rural. D'unemanire ou d'une autre, le rural leur sertde rfrent, explicitement ou non.Enfin, la sociologie ( critique ,en l'occurrence), achve I entreprise dela production de sens travers ses diff-rents discours : sociologie rurale, ethno-logie' de la France rurale, tude des mi-norits ethniques, du mouvement rgio-naliste, analyses sur la position des pay-sans dans la lutte de classe (sont-ils d'a-bord bretons ou d'abord exploits ?),sur l'identit culturelle et la construc-tion politique de l'espace, etc..Dans tous les cas, ou bien le ruralapparat directement, quand il est posi-tiv dans le discours (qui devient domi-nant et qui se diffuse au travers de tousles mdia possibles) qui nous dit, nousredit et nous rpte encore le rural, oubien il apparat implicitement, commel'autre terme d'une situation de pouvoiret de domination dans laquelle la bonneplace choit au Pouvoir, l'tat, auCentre, la Ville, aux classes dominan-tes, aux mdia, aux rseaux, aux multi-nationales. Si l'on a pu nommer Soci-t Urbaine cette figure du capitalisme,prenons acte de cette situation de do-mination dcrite dans les divers dis-cours critiques et donnons l'au-tre terme le nom de rural Comprenons-le dans une acception large : le ruraln'est pas le campagnard, l'agraire, lepaysan, le local, il n'est pas que cela,il est aussi la victime du pouvoir, il est la fois l'espace, le social, le symboliqueet le rel authentiques et domins oupervertis (alination oblige) par l'Autre.Il est l'espace de l'ethnicit, de la cultu-re et de la langue locales. Il est l'espacede la Raison partir duquel toutes sor-tes de stratgies rvolutionnaires vontpouvoir tre penses.D'un ct, le capitalisme urbain(ou le socialisme), productiviste, bureau-cratique ou no-capitalisme techno etsmio-cratique , o le social fout lecamp : indiffrentiation des masses, findu politique et de la reprsentation, r-siliation (branchements individualisssur l'univers des rseaux,.comme autantde petits terminaux et aussi rsiliationdu Contrat social... ), de l'autre ct,comme en ngatif, du social ractiver,du sens produire pour tablir l'existen-ce d'un tat authentique, premier, rel.Et parler de domination ou de perver-sion, c'est tablir qu'il y a (ou qu'il ya eu et on va s'arranger pour que celasoit de nouveau ) quelque part, duVrai. Ou du social vrai.Le rural n'est pas un concept. Rfrent spongieux du discourscritique, cette notion mouvante servi-ra qualifier, le temps de cette rfle-xion, le ple malheureux de la situationde domination qu'elle autorise. Tant ilyves gilbert le mythe ruralest vrai que c'est probablement plus lasituation de domination que l'un oul'autre des deux termes qui intressel'analyse et la justifie. Tant il est vraique la domination est la clef de toutdiscours critique contemporain.L'imaginaire du Prince fait recette, ilfaudra y revenir.Au sens o l'entend Barthes (2),le rural, tel qu'il est compris ici, prendl'allure d'un mythe. Nous savonsdsormais que le mythe est une paroledfinie par son intention (Je suis unexemple de grammaire) beaucoup plusque par sa lettre {je m'appelle lion) ;et que pourtant l'intention y est enquelque sorte fige, purifie, ternise,absente par la lettre .Et le rural de fonctionner commeun exemple de grammaire sociale : ilexiste un espace de la socialit qui at, qui est encore ou qui est retrou-,ver ou de l'authentique fonctionne(rapport l'espace, au temps, laproduction, au groupe, au symboli-que, etc.) et cette authenticit est miseen pril au travers d'une opration dedomination brutale (colonialisme int-rieur) ou insidieuse (alination des mas-ses rurales) perptre par l'ennemi ext-rieur. a, c'est le travail de la sociologie critique .Mythe aussi au sens o l'entendMircea liade (3) : Personnellement,la dfinition qui me semble la moinsimparfaite, parce que la plus large, estla suivante : le mythe raconte une his-toire sacre ; il relate un vnement quia eu lieu dans le temps primordial, letemps fabuleux des commencements (...). Le mythe ne parle que de ce quiest arriv rellement de ce qui s'estpleinement manifest . a, c'est letravail de ceux qui nous racontentle rural. Ceux qui absenteraient l'in-tention du mythe par la lettre.Et la fonction sociale du mytherural apparat clairement. Rcem-ment dans tous les pays industrialiss,l'attitude l'gard de la paysanneries'est retourne : de curieuse reliquedes sicles passs a laquelle seuls desesthtes nostalgiques et des raction-naires impnitents pouvaient sint-resser soudain, elle est devenue uneforce rvolutionnaire historique, undfi l'conomie industrielle et unmodle humain qui fascine les jeunescitadins fatigus de leur ville. Cettedcouverte du paysan par les intellec-tuels amricains, les responsables despays socialistes et la jeunesse occiden-tale, rpond l'apparition des massespaysannes du Tiers-Monde dans l'His-toire qui jusque-l, se faisait en de-hors d'elles. La rvolution chinoise,les guerres paysannes du Sud-Estasiatique et d'Amrique latine ontbrutalement rappel aux nations indus-trielles que l'immense majorit de l'hu-manit avait toujours t, et demeurait,paysanne , et, plus loin Si I on peutesprer I avnement d'une socit post-industrielle, c'est pour qu'elle soit dli-vre des maux de la socit industrielle.(...) Maintenant que notre plante s'estrduite un jardin dont tous les recoinsdoivent tre cultivs pour nourrir l'hu-manit, il est temps que I homme, ces-sant d'tre le conqurant de l'univers,redevienne le jardinier de la plante (4).Quand ce n'est pas de l'avnementd'une socit paysanne que l'on rve,c'est de la libration des ethnies, de laculture et de la langue locaies, du rta-yves gilbert le mythe ruralblissement de la relation sociale sur desrseaux troits d'interconnaissances,d'un systme conomique d'autosubsis-tance relative, d'une dspectacularisa-tion du social, etc. Tout ceci tant ren-du possible par une lutte contre l'op-pression perptre par le Pouvoir.Les masses rurales et toutes lespratiques sociales plus ou moins nosqui vont s'inscrire dans le rural sontporteuses, comme autrefois la classeouvrire, du sens de l'histoire. Leur libration annonce le crpuscule ducapitalisme. Face la dperdition desens du social dans la socit capitalis-te urbaine, on trouve du sens librer,du sens qui va exploser.Une hypothse majeure pse ce-pendant sur cette forme de ractivationdu sens social ou, tout simplement :du social -- que propose le mythe rural :les ruraux . Qu'en font-ils, eux, durural ? Subissent-ils une oppression qui,peu peu, les ferait disparatre ou bien,ne participent-ils pas, sciemment ladestruction du rural ? Ne revendiquent-ils pas, et ne produisent-ils pas, au tra-vers de diverses pratiques, l'abolitiondu rural ? Pour forger le mythe, on afig l'histoire sociale des ruraux. Onignore tout de la contingence durural. Fig, le rural est condamn n'tre, dans le mythe, qu'un signifiantinstrumental. En devenant forme,le sens loigne sa contingence ; il se vi-de, il s'appauvrit, l'histoire s'vapore,il ne reste plus que la lettre. Il y a iciune permutation paradoxale des opra-tions de lecture, une rgression anorma-le du sens la forme, du signe linguis-tique au signifiant mythique (...) Maisle point capital en tout ceci, c'est quela forme ne supprime pas le sens, ellene fait que l'appauvrir,,!'loigner, elle letient sa disposition. On croit que lesens va mourir, mais c'est une mort ensursis : le sens perd sa valeur, mais gardela vie, dont la forme fyi mythe va senourrir (5).Mais loigner la contingence dusens, et c'est ce qui est l'oeuvre dansle discours critique urbain et fonc-tionnant plus partir de projections(puisque l'objet est en grande partie pro-duit par opposition l'urbain) que d'ob-servations relles , loigner la contin-gence du sens, c'est aussi s'interdire deconstater qu'en l'occurrence, elle n'estpeut-tre rien moins que sa mort. loi-gner la contingence du sens pour luigarder la vie , n'est-ce pas, en dfiniti-ve, l'opration essentielle du mythe ru-ral ?Figer un tat. Comme le fait laphotographie du rural des anciens. Sansautre fonction apparente que de nousdire : vous avez vu comment c'tait .Diffuser, reproduire, taler, reprsenter l'aide de tous les mdia possibles,comme pour nous faire ployer sous lepoids du sens. Laisser tomber ce quiest impertinent, ce qui est ambivalent,ce qui ne cadrerait pas avec la formedu mythe. Viser l'pure. Est-ce autrechose qu'une opration consistant occulter la contingence du sens (du ru-ral) quand elle est prcisment destruc-tion et mort ?En parler plus explicitement, com-me le fait la sociologie critique oules mouvements politiques n'est, aufond, pas trs diffrent. tablir que lerural est exploit, domin ou perverti(ou tout la fois), c'est tablir avanttout qu'il existe. Qu'il existe, ou bienqu'il est revendiqu par les ruraux .6yves gilbert le mythe ruralDu moins par ceux qui ont dj effectuune prise de conscience . Et qu'il serarevendiqu par tous lorsque, militantsaidant, la prise de conscience sera gn-ralise. Comme pour la classe ouvrire qui n'a d'ailleurs toujours pas pris cons-cience... . Quand je parle du temps, c'estqu'il n'est dj plus disaii Apollinai-re.Et si le discours rural n'existaitque parce que prcisment le rural n'e-xistait plus ? Et si au lieu d'examiner sadisparition en termes d'alination ou dedomination, c'est--dire en rfrence un autre ple, on l'examinait en termesd'abolition ? Abolition du rural commemot d'ordre de ceux qui le peuplent.Abolition par absorbtion de l'urbain.Absorbtion et rversion dans une d-marche d'un ordre suprieur celuiauquel se rfrent'tous les discoursruraux.C'est autour de cette double ques-tion qu'on peut organiser une rflexion.Promenons-nous d'abord l'ombre durural, de celui dont on nous parle et es-sayons de voir ce qu'on peut en dire'aujourd'hui. Et la premire questionqui se pose ici concerne la faon dontce rural et ce local vont pouvoir treapprhends.I - La Rancho, le colporteur et le ber-ger ; drives mthodologiques et orien-tations possibles pour une rflexion. Tous chemins mais non tousterrains, ds qu'on l'aperoit, elle don-ne envie d'explorer les sentes, de courirles layons tapisss de mousse, de roulerdans le lit des torrents sec. L'avant,avec ses phares grillags, son tablier pro-tecteur, les petits phares jaunes orienta-bles hauteur d'aile, les feux longueporte, plus que de nature parlent d'a-venture. Impression que confirme lebas de caisse entirement gain de plas-tique noir antichocs, nargue-cailloux.Une partie du toit se creuse en berceau(quip de galerie) et semble attendreles sacs et le matriel des randonneurs.La silhouette a du mordant, la lignede la race : tout cela est sympathique,dynamique, esthtique, par-dessus lemarch. La dception est au coin de laportire. En dpit des clapements rus-tiques des clignotants, l'intrieur estbeaucoup trop banal et civilis. Certes,on est bien assis et les appuis-tte ontjuste ce qu'il faut de fermet. Mais leska beige des siges ne fera pas datedans l'histoire de la cration et du sty-le. Dans un vhicule appel en voir desvertes et des pas mres, on a tendu laplanche paquets (option trs nces-saire) de moquette sable ! Un non-sens.Pour les quipes, les chappes, nulfourre-tout ou bac de rangement aurendez-vous. Deux planchettes, unebote gants ouvrant par le dessus,rien derrire, comme c'est maigre...Le volant est beau et agrable-ment rembourr sos les doigts. Las,la planche de bord est d'un classiquedcourageant et le levier de vitessene dparerait pas une utilitaire. On seprend regretter l'absence d'un riende rugueux, de rural : de la bche,du jute, du filet (rangement peu co-teux) de la toile cire ou impermabi-lise et, pourquoi pas, sur la planchede bord et les contreportes, une peinturepermettant d'crire comme au tableaunoir de notre enfance ? Esprons que cequi n 'est pas sera un jour (6).yves gilbert le mythe ruralC'est au coeur de i'espace parcourupar la jeep civilise pas assez rurale qu'on peut se situer tout d'abord. Navi-guant entre les projections urbaines lesplus diverses : rsidences, secondaires,parcs naturels, retour la terre, cam-ping la ferme, moto verte , prome-nades tous terrains, on peut se deman-der si le rural existe ailleurs que dans latte des urbains. Mais ce qui est intres-sant pour l'instant, ce n'est pas tant pas uniquement la faon dont les cita-dins se promnent dans les sentiers oudans le lit des torrents sec, que la fa-on dont les habitants de ces espacesse promnent dans la fantasmagorieurbaine.Il faudrait rendre compte - ta-blir une reprsentation du momentqui fait de l'espace autrefois rural oupaysan, une des inscriptions du mail-lage urbain. Du monde fodal, o lecorps du seigneur rsume l'appartenan-ce territoriale dans une relation sculai-re avec un pays , on passe une or-ganisation o le territoire est nommpar sa fonction et compris par sa rela-tion avec d'autres fonctions. La con-naissance que l'homme urbain con-temporain peut avoir par exemple d'une montagne peut parfaitementtre lie son usage comme supportpour l'exercice d'une activit physi-que donne. C'est le cas de certainstoponymes invents par les promo-teurs et qui ne sont connus que parla fonction qu'ils indiquent, abstrac-tion faite de toute autre caractris-tique de la rgion o ils se trouvent .(7).Il faudrait aussi rendre comptede la faon dont l'urbanisation s'op-re dans la vie quotidienne, dans lespratiques les plus diverses..., dans la ma-nire dont vivent les habitants de ces es-paces. Cette urbanisation se donne liredans les pratiques locales : . Tout sepasse comme si les fils de paysans nepouvaient ou n'acceptaient de rester la terre qu' la condition de nier lestatut et de renier les valeurs paysanneset leur appartenance au groupe villa-geois. L'adhsion empresse des jeunespaysans tout ce qui vient de la ville machines agricoles, vtements, appareilsmnagers, etc. - est avant tout ngationde la condition paysanne traditionnel-le c'est--dire ngation de l'oppositionrural/urbain qui s'exprime entre autresdans le refus de la dnomination de paysan pour celle, perue commenon pjorative, d' agriculteur oud' exploitant agricole . (...) L'adop-tion des modles culturels urbains tend briser l'indistinction entre lieu de tra-vail et lieu d'habitation, entre temps detravail et temps de loisirs qui rendaitnon pertinentes la plupart des opposi-tions spatiales, temporelles et socialesstructurant les shmes de perception,de pense et d'action des populationsurbaines : l'espace domestique est clai-rement marqu par des fleurs ou desbarrires ; parfois, on a construit un peu l'cart des btiments agricoles un pa-villon entour de massifs de fleurs, degazon et d'arbustes ; le dimanche estdsormais un jour de sortie, le jour o il faut sortir du village parce que,comme en milieu urbain, c'est un jourde loisir (8 ).Le modle tend prendre de plusen plus de force. Sa prgnance grandis-sante est associer l'action de l'en-semble des mdia, quels qu'ils soient,conscients ou non de leur rle, qui en8yves gilbert le mythe ruralfont la publicit. Que ce soit la tlvi-sion, publicit permanente pour la Vil-le, pour le parler pointu , pour uncertain type de consommation urbaineet surtout pour une adhsion imaginai-re la socit urbaine (9), que ce soientles touristes qui dpensent en un moisce qu'ils accumulent en un an, que cesoient les notables, charnires entre cequi reste du rural et la chose politico-conomique de la socit urbaine,leurs rles convergent tous : ils parlentet vantent la Ville.C'est non seulement le statut despaysans qui va se trouver modifi, lanature des rapports qu'ils entretiennentavec leur production mais la faondont ils se projettent dans leur espacequotidien. C'est ce moment sur lequelon peut s'arrter.C'est en marge des analyses, djlargement dveloppes, de la produc-tion conomique ou de la gestion desinstitutions politiques qui dlimitentprcisment cet espace et lui assignenttout un jeu de relations avec la soci-t englobante , qu'il faut se situer.Non pas que ces analyses dcriventdes situations fausses ou vraies,peu importe mais parce qu'ellessemblent ne pas rendre compte dela faon trs complexe, de l'alchimie,selon laquelle' s'opre la mutationde l'espace rural, du rural , en zonepriphrique urbaine.Il faut laisser aussi de ct lesexplications mcanistes qui, du haut_d'difices thoriques achevs et de-puis des postes d'observation souventbien loigns des faits analyss, prten-dent restituer des pans entiers de laralit sociale et o les sorties surle terrain servent plus confirmerles hypothses thoriques en choisissantdes fragments pertinents de la ralitqu' les mettre en question. Tant il estdangereux de s'exposer des remisesen question par trop radicales...Il faut plonger dans cet espace desdimentations et de fermentations ose croisent rseaux et flux imaginaires etrels, redondants ou contradictoires, dedirections et de sens convergents ou op-poss. Ce qui s'y lit devient complexe.L'exode prend alors un sens qui chappesouvent aux raisons rationnelles, l'orga-nisation de la vie quotidienne, des prati-ques les plus diverses, de la productionne trouve plus ses justifications dans l'-conomie ou le politique. On avancera toutes les raisonsraisonnantes que l'on veut, le colportagen'est pas dtermin uniquement par lebesoin matriel. Il obit dans son mobile une autre exigeance constante et salva-trice du monde rural traditionnel : le be-soin d'vasion. Ce que d'autres plussavants ont appel pulsion migratoi-re et que je nommerais, respectueuse-ment, la farouche envie de foutre lecamp , changer de maison, d'habitudes,de ciel et pourquoi pas de femme...Raliser sa personnalit, la confronterau monde extrieur, voil des motifssrieux et pleinement mobilisateurspour dplacer des milliers de personnesquand, au crpuscule, l'appel de rail-leurs se fait sentir. Ainsi, la mme pul-sion a sans doute invit les hommes audpart et la croisade : elle mettait hierles compagnons sur les routes et c'estl'envie qu'a toujours eu le monde rural imprativement attach sa terre de rompre les amarres et d'aller voirailleurs si ... le monde est meilleur (10). Un territoire nouveau est explo-9yves gilbert le mythe ruralrer, un territoire qui se dvoile peu peu, celui qui se dfinit par ce que l'onpeut appeler provisoirement et peut-tre faute d'un meilleur concept l'i-maginaire social. Territoire dont l'im-portance se rvle par exemple au tra-vers de la banale histoire d'un tui ra-soir : En 1873, un jeune berger de29 ans, Istvan Kiss, du village de Faze-kasdencs, dans la Puszta de Kisfakos enHongrie, se sculptait un tui de boispour son rasoir ; sur le couvercle, uneriche dcoration incise de cire rougeet sur les cts du rouge, du vert, dujaune, du bleu et du noir. Ces dcora-tions mritent toute notre attention ;elles nous introduisent dans le mondede leur auteur, ses penses qui taientcelles de toute la civilisation paysannede son pays et de son poque. Le bergerne fabriquait pas cet tui de rasoir pourquelqu'un d'autre, pour le vendre, maisseulement pour lui-mme, pour son usa-ge et son plaisir personnels. Et, en effet,il s'en servit jusqu' sa mort, en 1935.De quelles figures ce berger sesouvenait-il pour les sculpter ? Quellefigure souhaitait-il regarder tout au longde sa vie ? Un bandit de grand cheminlgamment vtu et le fusil au ct. Prt se battre ? Bien au contraire, puisqu'iltrinque, verre bien haut, avec sa belle,fort galamment vtue. Pourtant l'ge. des clbres bandits se voyaient sur lascne ou dans les chansons succschantes en ville, plus souvent qu'enchair et en os, dans les forts.Essayons d'imaginer les pensesd'Istvan Kiss au moment o il sculptaitson tui : pensait-il au pauvre hre detriste mine qui effrayait le passant, ouplutt au bandit romantique la mode travers toute l'Europe ? Les gestes ducouple suggrent la galanterie et la gaitdbride des oprettes et des chansonsexaltant l'image romantique d'une viecampagnarde pleine de charmes. Imagedans laquelle se complaisaient les paysanseux-mmes, qui chantaient ces chansons,et les bergers, qui sculptaient ces person-nages. Et pourtant cette vision romanti-que tait en contradiction complteavec la vie des campagnes, telle que labiographie de Istvan Kiss lui-mme nousla rvle. En 1881, il dut abandonnerson mtier de berger, les labours chas-sant les troupeaux des pturages, et ildevint garde forestier. Le nombre deses soucis augmenta avec chacun de sesenfants. Il n'eut plus jamais de tempspour dcorer ses outils.Toutes les faces de l'tui sontcouvertes de feuillages firement des-sins, garnis de tulipes, de roses et d'oi-seaux. Au-dessus du brigand et de sabelle, parmi les fleurs et les feuillages,les armes de la Hongrie, surmontes dela couronne royale : ce n'est pas parhasard que le bandit se trouve sous lesymbole de la loi et de la nation. Il estvrai que le dessin des armes magyarestrahit plus de sentiment que de prci-sion : ce sont des souvenirs de symbo-les demi incompris. Les deux dra-peaux tricolores qui flottent de chaquect de la couronne tmoignent d'unfragile enthousiasme, six ans aprs lecompromis de 1867 avec l'Autriche,au moment o les gens des campagnesentraient dans la vie politique (11).Pratiques sociales et imaginairelocal. Les inclinations, les rveries,les plus srieuses et pures mo-10yves gilbert le mythe ruraltions, les enthousiasmes orientsvers les fins se nourrissent d'un au-tre besoin que celui qui saute im-mdiatement aux yeux et qui nesont jamais... une creuse idolo-gie (12).Si, au lieu de plaquer des grillesd'analyse sur des aspects de la ralitconcrte d'un espace donn, dans undouble mouvement de quadrillage par-cellarisant et de thorisme , c'est--dire souvent sur la production ou sur lesinstitutions politiques ou encore la struc-ture familiale, ou toute autre catgorieanthropo-sociologique d'investigation,on s'intresse cet espace (socit) com-me un tout o se droulent un en-semble de pratiques dont on essaie desaisir les fondements, ne serait-ce pasdans l'exprience de rupture, c'est--dire dans l'irruption des divers lmentsd'une composition qu'il faut se situer ?Et c'est cette exprience de rupture quise donne voir dans l'imaginaire osont cristalliss les divers lments durel. C'est ainsi que l'imaginaire peutservir d'instrument dterminant dansl'articulation infra-superstructurelle quidemeure le pont-aux-nes de l'interpr-tation historique, tant il est vrai que lorsqu'on ne peut dterminer, dansune analyse, lequel des deux termesengendre l'autre, et qu'on est conduit les faire rflchir ou se produirerciproquement, c'est le signe qu'ilfaut changer les termes du problme (13) (14).Il convient de se demander sil'imaginaire local n'est pas ce lieu os'inscrivent et s'articulent les logiquesqui animent les diverses pratiques so-ciales d'un espace donn, dont la pra-tique de production relle , celle del'exercice du pouvoir local ou celle del'appropriation ou de -la conversationdu foncier n'en sont que quelques-unesparmi tant d'autres.Il convient de se demander com-ment fonctionne l'conomie de ces lo-giques parfois et mme souvent contradictoires, comment elles se ren-voient les unes aux autres, commentelles s'inscrivent dans les diverses pra-tiques, leur donnant plus ou moinsd'ir.iportance ou de sens un momentou un autre, les unes par rapport auxautres. Toutes ces logiques renvoientsans dtours au fait social total dont parle Marcel Mauss dans son Essai sur le Don . Total est le mot clef de l'Es-sai sur le don. Les changes des soci-ts archaques qu'il observe sont desmouvements ou activits qui relventtous du fait social total. Ils sont enmme temps conomiques, juridiques,moraux, esthtiques, religieux, mytho-logiques et socio-morphologiques. Leursignification ne peut tre saisie que s'ilssont vus comme une complexe ralitconcrte (15).Si la production et l'change, larente foncire et le pouvoir local nesont pas les seuls dterminants de laralit de l'espace observ, il devientaussi important, pour comprendre l'ar-ticulation des pratiques quotidiennes celles qui placent les habitants dans ouen dehors des processus d'industriali-sation, de mcanisation, de progrs ;de dveloppement rgional dedchiffrer l'ensemble des pratiqueslocales, d'articuler production, chasse,territorialit, exode, mcanisation, en-dettement, xnophobie, consommation,11yves gilbert le mythe ruraltlvision, tourisme, etc., comme toutcela est d'ailleurs articul dans la rali-t.Il semble que l'imaginaire l.ocalsoit un rfrentiel auquel renvoienttoutes ces pratiques et d'ailleurs,tout aussi bien, le discours quotidien tant il est vrai que l'organisation(ici l'articulation des pratiques ou lefajt social total) ne se pose comme su-jet qu'en s'identifiant une image.Dans cette imagerie organisationnellese trouvent stocks des mythes, desfables, des lgendes, tout un dcorfantasmagorique plus ou moins dis-crtement camoufl derrire des dis-cours rationalisateurs. La carte de cetimaginaire a besoin d'tre tablie carc'est ce territoire que nous croyonsoccuper et qui nous occupe (16). Par l, s'annonce l'efficacedynamique de ce que Sorel appellele mythe ou Baudrillard l'changesymbolique. Le dploiement de fic-tion qui constitue l'imaginaire social(H. Lefebvre) et qui peut s'observer, l'tat de traces, de multiples ni-veaux (vie quotidienne, argot, folklo-re, kitsch, gastrophie, ftes) s'articu-le sur ce qui tait utopie, ce qui taitplnitude innocente de la fantaisie,et qui se range, sans quivoque, dansle cadre de notre ordre naturel en ex-pansion (17) (18).C'est dans ce territoire imaginai-re rservoir des rfrentiels paradig-mes de la vie et des pratiques quotidien-nes, dterminant de l'organisation dufait social (des actions, des mouvements,des revendications, des protestations,des modes, des habitudes, des compor-tements, de l'esthtique, etc.) qu'ilfaudrait promener notre regard pour ylire les prmisses (ce qui rend possible)de ce qu'on peut appeler aprs d'autres,l'urbanisation de l'espace rural ou dela socit paysanne.C'est l qu'on peut lire dansce que certains pourraient appeler descontradictions l'opposition entre r-sistance et attirance pour l'urbain quise traduit par les oppositions entre certai-nes pratiques locales. Le sens de ces oppo-sitions nous chapperait si on ne savaitrapporter les' pratiques locales au lieude fermentation complexe, collectif,fait la fois de volont d'action imm-diate et d'indcision, de violence et dedouceur, de connaissance et d'ignoran-ce, de ralit et d'utopie, o elles trou-vent leurs origines. C'est par l qu'ilfaudrait recommencer une investiga-tion du rural.Il - Requiem pour le rural.Les Corbires viticoles ou la mono-production de l'urbain.Parlons, titre d'exemple, du vin.De nombreuses pages ont t critespour parler de la production du vin enLanguedoc. Concentration du ngoce,tablissement des cours,,barrires doua-nires, etc., tout a t dit sauf l'essen-tiel, nous semble-t-il : la place qu'occupele vin dans l'imaginaire collectif langue-docien, les rapports qu'entretiennent lesviticulteurs leur production. Or, c'estprcisment dans ce rapport et dans leslments qu'y s'y modifient qu'on peutlire - en ce qui concerne les vins lessignes de la mutation profonde qui nousfait parler d'urbanisation.La production du vin semble bienne pas souffrir de comparaison avecn'importe quelle autre production agri-12yves gilbert le mythe ruralcole. On peut penser que la fonctionsociale (matrielle et symbolique) duvin n'est pas absente dans les reprsen-tations que se fait de lui son produc-teur. Le vin est senti par la nationfranaise comme un bien qui lui estpropre, au mme titre que ses troiscents soixante espces de fromageset sa culture. C'est une boisson totemcorrespondant au lait de la vache hol-landaise ou au th absorb crmonieu-sement par la famille royale anglaise (19).Sa fonction symbolique n'est plus dmontrer : Le vin a toujours occu-p une place centrale dans les rites, fteset crmonies de l'antiquit paenne etde l'Occident chrtien. Sans vin, il n'estpas de repas qui vaille. Lorsque nous di-sons que le vin coula flots ou quele repas fut bien arros , nous vo-quons une qualit magique de la bois-son. Homologue de l'eau, de la semenceet du fluide spirituel, elle est fertilit, r-surrection et animation de la matire.Circulation de l'essence vitale, son ac-tion chez les hommes est comparable celle de l'irrigation dans le travail de laterre. Par ailleurs, elle est ce qui trans-met la sympathie : elle exalte, commu-nique, runit. Elle est la fraternit. Lacommunication est aussi communion :faut-il rappeler que dans le rite chrtien,le vin est la divinit incarne ? L'eucha-ristie est un mystre prsent dans tousnos rituels, qu'ils soient religieux ouerotiques. Les deux images les plus bel-les et les plus riches de sens que nousait laisses la tradition sont le Banquetplatonicien et la Cne du Christ. Dansl'une et dans l'autre, le vin est le symbo-le cardinal par lequel notre civilisationexprime sa double vocation : c'est l'ar-chtype de la communication avec lesautres, avec l'Autre (20).Ce n'est probablement pas pourrien qu'interrog un jour sur les pro-blmes viticoles, Andr Cazes, leaderdes Comits d'Action Viticole de l'Au-de, a commenc son intervention parune longue vocation de la fonctionet de la place du vin dans une socitde culture et de tradition chrtiennes.Bref, le vin n'est pas un produitcomme les autres. On sent bien celadans une rflexion de Barthes : Croireau vin est un acte collectif contrai-gnant ; le franais qui prendrait quelquedistance l'gard du mythe s'exposerait des problmes menus mais prcis d'in-tgration, dont le premier serait juste-ment d'avoir s'expliquer (21).Cette symbolique chappe-t-elletotalement au producteur de vin et ce-lui-ci se contente-t-il simplement de pro-duire, pourvu que cela lui rapporte,n'im-porte quelle denre, et, par hasard, duvin ? Probablement pas. D'ailleurs, levin ne se vend pas si bien que a ! Leviticulteur ne se projette-t-il pas un peucomme l'alchimiste de la relation socia-le ?Mais si l'on dcle, dans le rapportau vin des paysans languedociens, despratiques (rsistance l'ide de recy-clage par exemple, fabrication indivi-duelle de grenache dans les bar-ricots pour offrir aux amis, don duvin pour dpanner , etc.) indiquantla perdurance du rapport symboliqueau vin trs fort, on y lit aussi, dans lemme temps, des pratiques prfigurantun rapport totalement diffrent.La mise en place des caves coop-ratives a permis aux viticulteurs de se13yves gilbert le mythe ruraldfendre mieux contre le ngoce engroupant la production d'un mme vil-lage et de se dcharger du travail de vini-fication. Elle a permis en outre une cer-taine rgularit dans les rentres descooprateurs, les caves payant tous lesmois- ou tous les deux mois leurs adh-rents, mme si le vin n'est pas vendu,le Crdit Agricole prtant-- contre in-trt bien entendu . Certains viticul-teurs parlent dj de .fonctionnarisa-tion , conduisant peu peu vers unecertaine dsaffection pour la choseproduite. Quel viticulteur (c'est--direaujourd'hui, quel marchand de raisin)fera des prouesses pour viter d'em-ployer trop d'engrais chimiques dans savigne afin, dlaissant la quantit, d'am-liorer son degr quand cela n'est pasfinancirement avantageux et surtoutquand ses voisins ne le font pas. La cuvetant la mme pour tous ? Tous les dimanches, en sortantdes vpres, le digne homme allaitlui faire la cour ; et quand il taitl-haut, assis au bon soleil, sa muleprs de lui, ses cardinaux tout au-tour tendus au pied des. souches,alors il faisait dboucher un flaconde vin du cru ce beau vin cou-leur de rubis qui s'est appel depuisle Chteau-Neuf des Papes, et ille dgustait par petits coups, en re-gardant sa vigne d'un air attendri (22)Aujourd'hui, le brave pape Bonifa-ce a cd la place, dans la vigne, auxhommes verts, couverts de soufre ou desulfate qui arpentent mcaniquement etsans relche les alles rectilignes de leursexploitations, l'oeil fixe, pensant pi us auxchances du Crdit Agricole qu' ladgustation sensuelle du vin.Quand ce n'est pas pied queles hommes verts passent et repassentdans les vignes, c'est du haut de grandessauterelles non moins vertes quiont nom d'enjambeurs. La mcanisationrenforce le mouvement dont on a djlonguement parl. Mais si on a parl dela profonde mutation qui s'oprait dansl'organisation de la ferme ou de l'exploi-tation traditionnelle quand les paysansadoptaient des principes de gestion mo-derne (recours l'emprunt, investisse-ments, amortissements, gestion prvi-sionnelle, etc.), on a par contre peu par-l des profondes mutations que la mca-nisation a entran dans le rapport rel,symbolique et imaginaire du paysan laterre.C'est le rapport la matire qui setrouve modifi. Autrefois, le vignerontait en contact physique avec le raisinet ce contact sensuel n'tait probable-ment pas sans rapports avec l'attache-ment la vigne et la symbolique duvin avec ce que les vignerons y inves-tissaient --. Le raisin tait foul auxpieds et nombreuses sont les notationsde l'univers de sensations qu'tait lacave. Si un vendangeur ou une vendan-geuse oubliait une grappe de raisin surune souche et si les autres s'en aperce-vaient, il ou elle tait barbouill(e) dujus de la grapp'e crase. L'organisationactuelle des vendanges tend faire dis-paratre la manipulation du raisin. Lesmachines vendangerencore peu nom-breuses achvent totalement cette vo-lution. C'est d'une sorte de dtachementprogressif du produit dont il s'agit.La mcanisation renvoie sans d-tours l' extrieur . Les marques se14yves gilbert le mythe ruraldploient sur le rseau territorial au grde l'implantation des reprsentants, laspcialisation et la sophistication du ma-triel impliquent le recours aux spcia-listes, concessionnaires de la marque. Sion peut interprter cette volutioncomme une mise en dpendance des so-cits paysannes envers la socit urbai-ne, il ne faut pas pour autant l'interpr-ter comme une volution qui serait im-pose par une quelconque classe domi-nante une classe domine commeon a souvent tendance le faire - -. Duhaut de son enjambeur, le paysan n'est-il pas en train de prendre sa revanchemillnaire sur le fait que la terre est bas-se ?Distance est prise par rapport laterre et les chemins ouverts au bulldozer,pour faire passer les enjambeurs jusquedans les vignes les plus recules semblentplus tre les ramifications terminales desrseaux routiers de la socit urbaineque d'anciens chemins investis par les re-prsentations locales et leur gographieaffective : le long de la vigne de Jacas-sou, gauche dans celle de Gazagnol,sous la combe dans laquelle on a tir lesanglier l'an dernier, face au moulin deGastounet... .Nous voyons plus ces cheminscomme des segments du rseau territo-rial urbain fonctionnant (sous l'im-pulsion de l'instance centrale qui at-teint un rgime de croisire) commeun metteur d'urbanisation (auniveau du mode de vie) prenant ainsile relais du fonctionnement qui taitcelui de la Ville depuis le XIXmesicle jusqu'aux annes 60 (23).Le vin est mono-production. Ilconviendrait de s'interroger sur l'aban-don, depuis 50 ans, de toutes les pro-ductions annexes (levage de moutonset de chvres, cul Jure des oliviers etdes amandiers, entretien de basse-courset de potagers, etc.) qui confraient,dans son caractre d'autarcie, cet es-pace sa nature d'espace rural ou de so-cit paysanne. Il faudrait revenir endtail sur les raisons de l'abandon dela polyculture ou de la pluri-activitautrefois trs dveloppes et aujourd'huirsiduelles ou inexistantes.Istvan Kiss a du abandonner sonmtier de berger cause des labours,nous dit-on, les moutons et les chvresabment les nouvelles plantations de vi-gnes, salissent le village et y font rgnerune odeur qu'on voudrait ne pas con-natre en priode estivale quand il ya des estivants et mme pendant lereste de l'anne. Des rglements (ur-bains) d'hygine tendent interdiretoute prsence de btes dans les villages.Les oliviers ont gel en 1956. Oui, maisl'tat a accord des primes trs impor-tantes pour la re-plantation d'oliviers,dont personne n'a, semble-t-il, profit.Les moutons et les chvres ont des es-paces immenses pour leur pturage :les garrigues, loin des vignes...L'argument avanc du temps n-cessaire la polyculture ou l'levage temps qui serait nettement suprieur celui qui est employ dans la monopro-duction viticole ne semble pas, luinon plus rsister la critique. Il y a20 ou 30 ans les propritaires de mou-tons ou de chvres n'allaient pas lesgarder eux-mmes. Ils avaient des ber-gers communaux qui se chargeaientde ce travail contre paiement en nature.L'argument du temps ne tient pasnon plus, dans la mesure o, aujourd'hui,les viticulteurs qui nous disent -que la15yves gilbert le mythe ruralpolyculture prenait trop de temps n'ensont pas moins rivs leur vigne toutel'anne et tout le jour... (Mais cela ren-voie peut-tre plus directement unecertaine idologie du travail qu'il fau-drait aborder et qu'on lit dans la valo-risation machite de l'effort, de la vaillance , de l'acharnement spec-taculaire, etc.).Tout se passe comme si c'taitla condition paysanne qu'il fallait tout prix gommer. Le rapport la vi-gne monoculture commence, en biendes points, ressembler au rapport dusalari des villes son travail. La dis-tinction entre lieu de travail et espacedomestique s'accentue, une distinctionsexuelle du travail s'tablit, la femme,qui avait sa part d'activit dans la poly-culture ne participant plus aux travauxde la vigne qu'en de rares occasions(vendanges et sarmentage- fait de ra-masser au sol les sarments coups lorsde la taille de la vigne mais jamais lataille I), et se voyant confine aux t-ches domestiques.Tout semble se passer comme sidans le mme temps o la dpendanceau systme territorial urbain s'accrois-sait, la dpendance la communautlocale et la condition paysanne dimi-nuait. La monoproduction du vin, c'estaussi la libration de la salet et del'odeur paysannes. (Qui sont relayespar la salet et l'odeur urbaines : leshommes verts et l'odeur du soufre. Maisn'est-ce pas l'odeur du large ?).L'espace d'une mutation dans l'or-ganisation de la production rvle celuide mutations beaucoup plus profondeset fondamentales. C'est l'espace de l'i-maginaire. Celui qui dfinit les hommeset leurs pratiques dans tout un ensemblede significations, de reprsentations, derites, de symboles., qui fait vivre et qui,peu peu, renvoie de l'appartenance la communaut villageoise (adhsion la communaut des codes) la fusiondans la socit urbaine.Urbains donc mais profondment en-racins, comme les pieds de vignes, r-vant de rompre les amarres mais crai-gnant aussi de perdre pied, les paysanslanguedociens chappent aux descrip-tions manichistes, archasantes ou bu-coliques et sont bien, comme nous tous,migrants quotidiens urbains ou no-ci-tadins, faits d'ambivalence et de duplici-t, attirs par Tailleurs et le craignant.Des pratiques comme celle de lachasse, clbration du territoire, desfrontires, de l'espace connu et dominet mise en scne de la puissance et de lasolidarit (battues aux. sangliers), com-me celle de la chasse... aux escargots r-actualisant, contre la tendance gnralede consumation urbaine, la question desrserves (obligation de repeupler de gi-bier ou de lgifrer trs srieusement lachasse aux escargots) semblent maisil faudrait approfondir l'analyse ren-forcer l'appartenance la communautlocale paysanne. L'habitat signerait plu-tt une tendance inverse, les paysansquittent de plus en plus leurs anciennesfermes ou leurs maisons familiales etplusieurs fois centenaires, pour s'instal-ler, leur tour, dans des villas oudes maisons pr-fabriques. Combien demaisons Phnix ou Occitanes plantes ostentatoirement ct del'ancienne ferme ou en bordure duvillage ?Inutile de s'arrter longuementsur la fonctionnalit urbaine des mai-sons pr-fabnques (rpartition des pj-16yves gilbert le mythe ruralces, organisation interne de la vie do-mestique partie jour/partie nuit hygine sociale, statut de la nature en-vironnante, etc.).Un dbat actuel porte sur ces cons-tructions, critiquant leurs implantationssauvages et leurs styles. C'est celui de laprotection des sites, du patrimoine, bref,de l'authenticit locale. Il rejoint l lespropos de la nostalgie. Il peut mmetrouver ses lettres de noblesse dans unecertaine sociologie du signe et de l'os-tentatoire (un double escalier devant lamaison, une grille en fer forg, des mursavec des parements de pierre, des.mat-riaux aussi htroclites que coteux affichage d'une russite sociale, de l'ap-partenance un.groupe... ). Un autre d-bat porte sur la pression des promoteursde ces maisons et sur celle du pouvoirqui incite ce type d'habitat. Un autreencore, souligne dans la prolifrationdes maisons individuelles une forme derefus de la ville ce qui n'explique paspourquoi les paysans se mettent aussi pratiquer ce type d'habitat.Un aspect reste nanmoins dansl'ombre, aspect pourtant essentiel, pourparler encore en termes de rural, et delocal, c'est la mutation structurelle dela socialit locale qu'il rvle.C'est peut-tre l'habitat qui corres-_pond le plus la nature du systme (no-capitaliste, urbain, techno et smioerati-que). Habitat contemporain des rseauxet des flux. Paradoxalement, habitat dela mobilit. Si la mobilit trouvait au-trefois et trouve encore aujourd'hui,mais peut-tre de faon rsiduel le, com-me une queue de comte son inscrip-tion physique dans l'exode ou le voyage,elle a peut-tre, ou elle est peut-tre entrain de changer radicalement de nature. // faut voir, en effet qu' partir d'uncertain dveloppement des rseaux etdu classement des populations dans lessegments divers du socius, la mobilitcollective qui s'est impose comme mo-dle gnral de la socit peut cesser dese manifester sous la forme concrte dumouvement physique du sujet pour se raliser sous une forme fantasmati-que et imaginaire. Cette ralisation est rendue possible par le dveloppe-ment des rseaux qui permettent le d-filement des objets, ou de leur reprsen-tation devant le sujet immobile (24).Toutes ces maisons pri-urbaines,pri-villageoises, priphriques peuventapparatre comme autant de terminauxd'un grand ordinateur du social. Botesnoires branches sur des rseaux et desflux : route qui se termine parle garage,pice centrale et irremplaable de lamaison, lectricit, eau potable, eaux-usages, tlphone et, naturellement,mdia : radio, tl, abonnement auxjournaux, etc..Avec la production de cet habitat,on n'est plus tant dans une logique dela mise au travail (mme s'il faut travail-ler pour payer le crdit et si cela repr-sente un facteur non ngligeable de largulation sociale), que dans une logiquede la mise sur rseaux.Paralllement au dveloppement decet habitat, c'est la socialit localequi s'at-tnue. En particulier dans les villages. Com-me si la socialit locale (ptanque,bistrot,etc.) disparaissait au prof it d'une socialitplus largecompltementmdiatise.cet-te fois , dont l'apprhension s'opreraitpar le captage de ses flux l'aide de l'ins-trument de dcodage que serait la maison.Ce nouveau type d'habitat rvlele mme ordre de mutations que celui17yves gilbert le mythe ruralqui frappe la production locale et l'or-ganisation de la vie quotidienne (de lasocialit) qui y est lie. D'une certainefaon, il signale l'autoproduction del'urbain amorce par les ruraux. Associaux autres pratiques locales, il fait ap-paratre l'ambivalence, la duplicit duconsidrable travail d'involution ruralequi est en cours.Avant d'abandonner provisoire-ment (dans le cadre de cet article car ce-la conduirait trop loin) le type d'inves-tigations qu'on peut mener autour durural, on peut s'arrter sur un aspect desa ralit quotidienne : la destruction.Le pyromane le chasseur et la fa-talit.En Languedoc, toujours, le feu estun lment permanent du quotidien.Ravageur, il dtruit rgulirement deshectares de garrigues, de forts et par-fois de vignes.Faut-il croire que, chaque t,c'est l'irresponsabilit d'un touriste ouun stupide concours de circonstancesqui produit l'embrasement du territoi-re ? Faut-il croire cela, ou faut-il se de-mander si, de la ngligence la provo-cation, il n'y a pas une sorte de mani-pulation extraordinaire du feu ?Incendies criminels et vengeurs ?Ils existent. Des terrains de chasse, pri-vs ou communaux, sont parfois incen-dis- la suite de frictions entre chas-seurs patents et chasseurs indsirables.Cela arrive souvent. Des rsidences se-condaires connaissent parfois aussi desfins infernales.Mais ce qui frappe, ce n'est pastant J'incendie criminel perptr con-tre une chasse, une maison, autrefois unchteau, que l'incendie banal. L'exten-sion incontrle d'un petit feu de sar-ments. Quel jeu se joue quand on net-toie les bords de vignes en allumant desfeux dans un pays o le vent souffle fr-quemment 80 ou 100 km/h ? N'est-cepas le prlude cet autre jeu, que Ledru-Roll in observait en Angleterre au XIXmesicle, qui consistait pour les paysansmisrables incendier la terre ? Socitsincendiaires. Terre brle ? N'y a-t-il pasun certain dfi dans la manipulationd'une arme d'extrme puissancequi peut, la limite, se retourner contre son utili-sateur ?Mais le feu purifie : on peut repar-tir zro... gommer la ruralit qui enra-cine parfois trop profondment, qui em-pche l'identification urbaine. Quand lesfeux s'tendent d'un bord de vigne unbosquet d'arbres, du bosquet une gar-rigue, les paysans restent souvent trscalmes : la garrigue, ra .(Tant que ce n'est que la garriguequi brle, peu importe, le ruisseau ou laroute arrteront bien ce feu... ).Mais chaque fois, mme si le ruis-seau ou la route jouent bien leur rle,des arbres disparaissent (et il n'y en adj plus tellement), des bosquets, desplantes qui fixent la mince couche deterre, qui maintiennent un minimumd'humidit propice aux escargots etaux champignons ou, tout simple-ment, qui produisent des fruits.Les arbres disparaissent. Commeavec la mise en place de la monoproduc-'tion et de la rentabilisation maximumdes espces cultivables. Soit par le feu,soit par arrachage pur et simple parcequ'ils gnent les passages des machines.Exactement comme dans d'autres r-gions o le bocage disparat, o les fos-18yvesgilbert le mythe ruralses sont combls, les monticules aplanis.N'est-on pas en train de prparer lasur-. face lisse sur laquelle vont enfin pouvoirtransiter librement les flux urbains ?III Requiem pour les ruralistes.Quelles lectures, quelles hypoth-ses peut-on tablir l'issue de cette drive flottante au travers de ce ter-ritoire imaginaire/rel et dans le travailde dstructuration rurale qui y est l'oeuvre ?Certainement pas une lecture sim-ple, univoque, qui permettrait de situerles phnomnes' observs au sein*d'uncadre thorique scurisant, mais une s-rie d'hypothses, d'interrogations com-plmentaires, peut-tre contradictoires.Des interrogations qui, une fois levs lescadrs explicatifs classiques qui ont sou-vent pour fonction de les occulter, nousapparaissent dans toute leur force. Desinterrogations qui font apparatre qu'a-vec le travail de dstructuration rurale,ce n'est pas seulement de la disparitiond'une ethnie qu'il s'agit, disparition quidonnerait naissance tous les discoursmilitants possibles (protection, libra-tion ou, l'inverse, domination ou ali-nation), mais d'un travail qui remet encause le discours qu'on peut tenir sur lesocial en gnral. Qui casse quelque cho-se dans la reprsentation qu'on peut sefaire du social. Plusieurs pistes de lecfu-re s'ouvrent ce carrefour, dont on nepeut, pour l'instant que signaler les plusvidentes.Le dsir paysan. Ce qui nous pesait et qui, ren-dant intolrables tous les enfermementsdes stabilits villageoises, nous a pousss tous . nous en dbarrasser, nousprcipitant dans la mouvance gnrali-se des signes dcods (25).Dans le processus d'urbanisationet, par voie de consquences, dvolu-tion rurale, il convient rapidement,d'abord de restituer sa place au dsirpaysan. A bien des gards ce processus(autrefois matrialis par l'exode phy-sique, aujourd'hui, par la production del'urbain dans les consommations et lespratiques quotidiennes) est vcu commeun processus librateur dont la prise deconsidration doit conduire un rqui-librage des notions de pouvoir et de do-mination.largir ses connaissances et ses re-prsentations : Tout coup, la findu premier tiers du XIXme sicle, lanouvelle se rpand que des convois devingt diligences atteles les unes aux au-tres et tires par des monstres d'aciercrachant vapeur et grondant tonnerre,roulent des vitesses effroyables surdeux longues ornires de fer qui en-jambent les valles, sautent les rivireset perforent la montagne !Voil de quoi soulever une fameu-se vague de curiosit et un sacr enthou-siasme, n'est-il pas vrai ? Surtout dans cemonde si complexe et si actif des arti-sans et, particulirement, dans tes m-tiers du mtal : cette chaudire, o natl'nergie, ces pistons, ces embiellages quila transforment et la jugulent, ces orni-res de fer posent pour eux des probl-mes passionnants !Surtout des problmes de dtailset de spcialit, dont la solution les pi-que au vif ! Le forgeron de village, lechaudronnier, le serrurier, le compagnonajusteur veulent aller voir de prs la fa-on dont ces problmes ont t rsolus ;19yves gilbert le mythe rural, endant qu'ils ferrent les chevaux duvillage, qu'ils forgent la grille du bour-geois, qu'ils rafistolent le brabant oula herse du cultivateur, ils pitinenttous d'impatience. Ils piaffent touscomme de jeunes pur-sang qui l'onne demande plus qu' se laisser bter ! (26).Se librer du contrle social local :o l'anonymat urbain (dans la ville oudans la mobilit permanente) apparatcomme une faon d'chapper l'injonc-tion permanente d'identit exerce auvillage ( Tu sais, celui-l, c'est Roger,le fils de Jojo, celui qui faisait du mar-ch noir pendant la guerre... Lui aussiil en a fait des btises ! Et ils vont lamesse tous les dimanches... ), au contr-le. O l'anonymat apparat comme lafaon de se faire renvoyer de soi uneimage nouvelle, diffrente. D'ailleurs,certains esprits chagrins en taient bienconscients : Le journaliste ultramondainLuis Veuillot n'tait-il pas convaincuque cette invention allait provoquerla dmoralisation des campagnes, d'a-bord par l'invasion des travailleurs h-trognes, apportant parmi nos popu-lations franaises l'exemple d'une viede dbauche et de dpense, ensuite parla facilit des voyages, considre parcertains comme un progrs, qui allaitpermettre la jeunesse d'chapper tropfacilement l'autorit paternelle et lasage crainte du qu'en dira-t-on quiest le meilleur gardien de la vertu ? (27):Sans parler des rfrences perma-nentes la stabilit du travail urbain, la propret du pavillon prfabriqu,au pratique, au moderne, au conforta-ble qui ponctuent le discours local surl'exode ou sur les pratiques urbaines quis'introduisent dans les campagnes. Re-vendications paysannes poursortir d'unecondition dsormais.vcue commeinsup-.portable.Cette prise en considration du d-sir dans les processus d'urbanisation durural doit conduire relativiser les tho-ries de la domination et du pouvoir exer-cs par le centre sur la priphrie, par laVille, par les classes dominantes... En ce qui concerne l'analyse his-torique de la mtamorphose territoriale,nous sommes partis de l'ide qu'il existeune pulsion migratoire plus archaqueque la mise en place des moyens techni-ques de son coulement de masse, Lamise en place des grandes machines decirculation. (routes, canaux, chemins defer, etc.) est la rponse institutionnelleque donne le centre un territoire in-vesti parle mouvement. La mobilit, quia toujours t fantasme comme salva-tion de la clture paysanne prend ledessus avec la rvolution anti-fodalequi brise l'ensemble des systmes destabilisation existants. La mise en placedes rseaux de communication, quicommencent cette poqut assumerla forme de traduction de l'tat gnrald la Socit, sert assurer la mise enconvergence et la capture des flux, lesaccueillant dans ses coulements amna-gs en fonction de tel ou tel desseinpolitique ou conomique (28). R-quilibrage des thories sur la pompeaspirante du capital. Laissant supposerque le drainage des paysans vers les vil-les avait t ralis partir de la capturede prisonniers, de transports d'esclaves'qu'il fallait forcer monter dans leswagons du train. Comme si la constitu-tion des villes et de l'industrie n'avait20yves gilbert le mythe ruralpas pu s'oprer que parce que prcis-ment elle tait contemporaine d'une as-piration la mobilit.C'est aussi ce qu'en dit Foucault : ... il n'y a pas, au principe'des rela-tions de pouvoir, et comme matricegnrale, une opposition binaire et glo-bale entre les dominateurs et les domi-ns, cette dualit se rpercutant dehaut en bas, et sur des groupes de plusen plus restreints jusque dans les pro-fondeurs du corps social. Il faut plu-tt supposer que les rapports de forcemultiples qui se forment et jouent dansles appareils de production, les famil-les, les groupes restreints, les institu-tions, servent de support de largeseffets de clivage qui parcourent l'en-semble du corps social. Ceux-ci formentalors une ligne de. force gnrale qui.traverse les affrontements locaux, etles relie ; bien sr, en retour, ils pro-cdent sur eux des redistributions, des alignements, des homogni-sations, des amnagements de srie, des mises en convergence. Les gran-des dominations sont les effets hg-moniques que soutient continuellementl'intensit de tous ces affrontements(29).Premiers pas dans la mise en pi-ces de l'imaginaire militant du pouvoirqui suppose des positions bien tranchesentre dominants et domins, ces der-niers tant en passe de se lever pourmettre fin cette situation. Imaginairedes luttes : C'est probablement l'un des as-pects nouveaux des luttes sur l'espace :elles sont plus nombreuses et plus vio-lentes, la dimension des agressions dela bourgeoisie ; et nous savons mainte-nant que, chacun o nous sommes, nousluttons ensemble et que c'est la mmelutte. Cette unit, c'est l'esquisse d'unmouvement de rsistance l'occupa-tion capitaliste de l'espace et de recher-che, travers la lutte et par elle, denouvelles faons d'y travailler, de l'ha-biter, d'y vivre ensemble (30).Les militants croient la valeurd'usage du travail, du social, de la ma-tire, de l'histoire. Ils croient la ralit du social, des luttes, des clas-ses, que sais-je ? Ils croient tout, c'estleur moralit profonde (31). Mais,devant le travail d'identification l'ur-bain, devant une certaine forme de re-vendication du droit la ville, qui nepeuvent pour rester dans l'imaginairemilitant du pouvoir se traiter qu'entermes d'alination - ce que l'on refu-sera de faire -, les militants, les tenantsdu discours ruraliste ne sont-ils pas r-duits n'tre que les portes parolessans histoire des masses sans parole ?Il suffit de s'interroger quelquesminutes sur l'origine des mouvementsmilitants, sur l'origine urbaine des ana-lyses et des mouvements ruralisantset de constater l'tendue du clivage en-tre ces discours et les pratiques de massepour prendre conscience du statut relde ces discours. Discours de la misre etdu rtro. Ou, comment le mythe ruralest-il vcu dans les campagnes ?Mobilit et rseaux, absorption etrversion.Une autre lecture de l'urbanisationdes campagnes consiste l'interprteren termes de mobilit et de rseaux.Avec l'absorption urbaine, c'est la misesur rseaux qui s'opre.A ce niveau, on n'est plus dansune logique gographique ou physique21yves gilbert le mythe rurald'une domination de l'urbain sur lerural. Logique qui s'oprerait selon desprocessus de conqute de territoiresriches en images du style Far-West s'ac-compagnant a et l de gnocides (oud'ethnocides). Cette logique est dpas-se et nous sommes dans une logiqued'un ordre suprieur. Ce n'est plus tantla ralit des territoires (l'emprise phy-sique de l'urbanisation ,1a spculation fon-cire, l'amnagement du territoire, l'assi-gnation de fonctions prcises tel ou telespace), qu'il convient d'observer pourexpliciter ce que peut tre aujourd'huil'urbanisation du rural, que l'univers desrseaux et des flux qui vient structurerl'ensemble du corps social.Univers discret. Invisible pourbeaucoup. Fondamental pourtant, puis-que c'est l que se mettent transitersans fin les rfrentiels. Univers sur le-quel l'imaginaire paysan s'est dsormaisbranch abandonnant le cadre des repr-sentations locales. Univers du code. Surla route, c'est le code de la route qui r-git la circulation des individus et desmarchandises, ici, un code qui dfinitles rgles du fonctionnement de l'uni-vers des rseaux : la circulation de lasimulation.Un metteur central - la Ville,et singulirement Paris, pour le mo-ment - que certains appellent met-teur symbolique , ses multiples rseauxde diffusion et la reproduction infinieet indiffrencie des signes mis, du mo-dle. Les paysans se librent de leursobligations symboliques en se rsi-liant (en entrant sur les rseaux infi-nis). Ils deviennent l'innombrable termi-nal des modles (32)Univers qui affecte naturellementaussi le rel (33).Naturellement, les phnomnesterritoriaux' existent encore. La pressionimmobilire, l'extension urbaine, l'affec-tation du rural de nouvelles fins urbai-nes (parcs, stations de tourisme), etc.,existent encore. Mais comme structurecran. Peut-tre pour masquer l'essen-tiel, savoir qu'avec la rsiliation gn-ralise, il n'y a dsormais plus de rural.Ou alors, de faon rsiduelle. C'est icique les discours militants ou de la socio-logie critique , s'appuyant sur cequi est en train.de devenir trs large-ment secondaire, voire rsiduel, pren-nent figure de discours rtro. A moinsqu'ils n'aient pour unique fonction demasquer l'vidence...Premier travail, vis vis du code :sa saisie. Pour voir , comme au po-ker... Le saisir, le comprendre, le prati-quer, c'est d'abord rpondre la fasci-nation qu'il exerce, c'est peut-tre jouer le sduire, c'est peut-tre encore es-sayer de le contrler encore que celaparaisse une autre affaire , mais c'estpeut-tre aussi commencer le djouer, le dfier.En Amrique latine, au cours dela colonisation espagnole, les indiensse sont mis apprendre parler l'espa-gnol. Ils dlguaient un membre de latribu ou du village pour qu'il aille ap-prendre cette langue l'cole et qu'ilrevienne, ensuite, l'enseigner aux siens.L'autorit espagnole a vu d'un trs mau-vais oeil cette tentative de prise de con-trle sur le code celui des conqu-rants et a fait exterminer .tous les professeurs indiens d'espagnol. Ily avait un danger certain ce que les in-diens puissent accder au code. Com-me s'ils pouvaient se donner les moyensd'en user des fins non souhaitables.22yves gilbert le mythe ruralPremier travail des paysans vis vis du code (no-capitaliste, urbain,techno et smiocratique) : tout le tra-vail d'identification l'urbain d'ur-banisation du rural qui rend possi-ble la mise en place des rseaux quivont permettre sa diffusion et la cir-culation de la simulation des modles :l'habitat moderne, la voiture conforta-ble, l'exploitation gre selon des cri-tres rationnels de rentabilit, la socia-lit largie et. la fin des solidarits loca-les (on appuie sur un bouton, c'est leLiban, sur un autre, c'est New-York etses truands, etc.), comme pour voir .Le deuxime travail,et c'est proba-blement dans cet ordre de ralits qu'onse trouve aujourd'hui, quoiqu'on en dise,c'est ce qui est fait du code et des rseaux.Plusieurs hypothses sont possi-bles. Ou bien on pense que tout dsir- -comme le dsir paysan -- est immdia-tement absorb par le systme, modli-t par l'instance centrale l'metteurdit symbolique - et rediffus sousformes de signes reproductibles l'in-fini par les individus rsilis et c'est unenouvelle re du capitalisme qui s'ouvre,avec de belles annes devant elle ; rede la rcupration et de la manipula-tion sans fin.Ou bien on pense qu'il est possible,de contrler les rseaux, d se les appro-prier et de les utiliser afin de reconsti-tuer des convivialits restreintes (34),mais cela fait un peu penser une ba-taille qui se livrerait entre des cavaliers,casoar et gants blancs, sabre au clair etles blinds ennemis. Bataille dont l'issuen'est pas douteuse si l'on considre enplus l'importance de la cinquime colon-ne : ici. la majorit silencieuse qui ne ditmot et qui semble bien consentir...Ou bien, prcisment, on prendacte de ce consentement, cette indif-frence qui exigerait d'tre analysedans sa brutalit positive, au lieu d'trerenvoye une magie blanche (35),et on interroge le travail qui s'opre fa-ce l'institutionnalisation des rseauxpermettant la mobilit absolue et laflottaison des rfrentiels, travail d'ab-sorption et de rversion.Et l, tous les systmes de sens(rationalit militante et politique) sontpris de vitesse par les paysans qui semettent jouer la folie des modles.Mcanisation. Les conseillers agri-coles s'arrachent les cheveux devant lesphnomnes de surquipement en ma-triel agricole. Il est vrai qu'ils ont l-dessus une thorie, toujours fonde surl'alination d'ailleurs : celle de la persis-tance des mentalits paysannes, particu-lirement leur vieil individualisme chro-nique qui ne leur permet pas de s'asso-cier pour l'utilisation du matriel.Monoproduction. Ou quand la ra-tionalisation de la production selon lesprincipes de la spcialisation (simula-tion de l'conomie) conduit tt outard l'absurde. Tout est mis en oeu-vre aujourd'hui pour essayer de fairefaire- machine arrire aux paysans mo-noproducteurs et eux, les traitres, neveulent rien savoir ; o le plan Ben-tejac de rorganisation du vignoblelanguedocien rencontre les thses dela polyculture, de la pluri-activit etde l'autarcie relative chres aux co-logistes mais pas aux paysans.Consommation. Encore de quois'arracher les cheveux pour ceux quicroient dans la persistance des menta-lits paysannes : la consommation con-nat un assez bel essor dans nos cam-23yves gilbert le mythe ruralpagnes. Les paysans se mettent leurtour pratiquer le crdit. En Langue-doc, rgion passant pour tre pauvre,l'augmentation de la consommationdes voitures neuves et celle des postesde tlvision couleur est suprieure,depuis quelques annes, la moyennenationale !Habitat. Tous les signes de lamodernit urbaine et de la russite so-ciale runies fleurissent sur les villes et les pavillons prfabriqus qui semultiplient vive allure. La socialitlocale s'abolit dans la rsiliation. Lencore, on voudrait freiner ce mouve-ment d'acclration continue. Et pro-lifrent les rglementations pour pro-tger les styles, les sites, pour que lescots d'infrastructures soient moinslevs. Et prolifrent les propositionspour rtablir des espaces de convivia-lit et de solidarits restreintes.Et bien d'autres pratiques appa-remment irrationnelles, incompatiblesavec une prise de conscience raisonna-ble des mfaits de l'urbain et des mri-tes de la socit rurale.Et rien ne sert d'allguer qu'il ya de la mystification dans l'air : Hy-pothse toujours hypocrite qui permetde sauvegarder le confort intellectueldes producteurs de sens : les masses as-pireraient spontanment aux lumiresnaturelles de la raison. Ceci pour conju-rer l'inverse, savoir que c'est en pleine libert que. les masses opposent leurrefus du sens et leur volont de specta-cle l'ultimatum du sens. Elles se m-fient comme de la mort de cette trans-parence et de cette volont politique.Elles flairent la terreur simplificatricequi est derrire l'hgmonie idale dusens, et elles ragissent leur faon, enrabattant tous les discours articulsvers une seule dimension irrationnel-le et sans fondement, l o les signesperdent leur sens et s'puisent dansla fascination :le spectaculaire (36).D'un ct, des discours, des repr-sentations du rural, qui nous le dcri-vent comme l'espace de la .raison, dela tradition, des solidarits locales, l'es-pace vers lequel on finira bien par reve-nir tant il est meilleur que le reste. C'estl'espace dfini par le mythe rural. L,tous les scnarios classiques du sens, dela prise de conscience, de la libration,de la reprsentation politique (du poli-tique), de la rationalit conomique(dterminant en dernire instance), bref,du social, fonctionneraient loisir.De l'autre ct, un rel dont onne. sait plus trop bien s'il est encoredu domaine du rel. Un univers rba-. nis, rsili, dans lequel se pratiquentdes jeux dangereux (pour qui ?).Une sorte d'hyperconformisationaux normes du code qui semble bien letourner en drision et, finalement, lemettre en difficult. Un jeu qui n'a rien faire du sens, qui refuse de se faire en-fermer dans une logique illusoire. Unemanipulation, un bricolage entre ce quireste de rural et l'ordre actuel du syst-me (modles et simulation). Une absorp-tion sans limites de l'urbain.Du recyclage d'abord : Les mi-cro-groupes et les individus, loin de s'ali-gner sur un dcodage uniforme et impo-s, dcodent les messages leur mani-re, les interceptent ( travers des lea-ders) et les transposent (deuxime ni-veau), opposant au code dominant leurssous-codes particuliers, et finissent parrecycler tout ce qui leur parvient dansleur cycle eux, exactement comme les24yves gilbert le mythe ruralprimitifs recyclent la monnaie occiden-tale dans leur circulation symbolique(...) Cette faon de dtournement, d'ab-sorption, de rcupration victorieusepar les sous-ensembles du matriel dif-fus par la culture dominante, cette ruseest universelle (37).Du dtournement, par la suite. Lesprocessus de recyclage fonctionnentdans les groupes encore fortement struc-turs. Des groupes o la prgnance destraditions est encore forte. L'image laplus explicite de ces processus concerneles membres de tribus primitives quise servent des montres qu'on leur appor-te d'Occident comme de colliers ou demdailles, en les assemblant les unes auxautres. Avec l'urbanisation et la rsilia-tion, la socit rurale perd ses. sous-co-des et le recyclage n'a plus de raisond'tre. Le dtournement des messagesexiste cependant, et probablementd'une faon plus radicale : Les masses,elles, acceptent tout et dtournent touten bloc dans le spectaculaire, sans exi-gence d'un autre code, sans exigencede sens, sans rsistance au fond, maisfaisant tout glisser dans une sphre in-dtermine qui n'est mme pas celle dunon-sens, mais celle de la fascination/manipulation tous azimuths (38).Tout porte croire que c'est bienle dbut de ce jeu in-sens- avec le codequi s'opre aujourd'hui dans les campa-gnes. Le rural s'abolit, les sous-codesdisparaissent pour laisser place la cir-culation des rfrentiels flottants, dessignifiants sans signifis, du spectacle.Abolition du rural et aussi,--semble-t-il,du social.- La. rencontre tant souhaitedes paysans et des travailleurs est entrain de se faire. Cependant, ce n'estpas pour se lever, tous ensemble, contrel'oppresseur et conduire une lutte delibration, mais, bel et bien pour invo-luer en tant que social. Tous deviennentl'innombrable terminal des rseaux. Pasde luttes pour la libration des cultures,des langues, des ethnies, pas de recher-che d'autonomie ou d'autarcie mais desmanipulations de signes par des opra-teurs solitaires.Corollaire de ce jeu qui s'tend ets'acclre : les systmes de sens sont d-passs et ridiculiss. Et c'est probable-ment pour survivre et pour faire sur-vivre leurs porte-paroles qu'ils essaient tout prix d'injecter encore du sens.Ainsi du politique qui est oblig poursurvivre de croire, et de nous faire croi-re, qu'il existe un social (ici, un rural)avec des aspirations, des luttes, des re-vendications ou des espoirs qu'il faut sa-tisfaire et dont on peut se constituerles porte-paroles. Comme s'il fallait tout prix s'viter l'obligation de regar-der en face ce systme dans lequelnous, sommes. La simulation est ma-tresse et nous n'avons plus droit qu'aurtro, la rhabilitation fantomatique,parodique de tous les rfrentiels per-dus (39).Ainsi fonctionne le mythe rural.VI La trahison des paysans.Ce qu'on reproche aux paysans,aujourd'hui, ou ce dont on ne leur re-connat pas le droit en occultant sys-tmatiquement leur volution (involu-tive I) et en balanant du rural tort et. travers sur tout ce qui verdoie , Cequi revient au mme, c'est leur miseen route sur nos rseaux.yves gilbert le mythe ruralcomme irrmdiablement perdue, ali-mentant ainsi toutes les nostalgies (40).On ne veut mme plus reconna-tre que ce ft l le secret de notre pro-pre dynamique : ces mmes proces-sus de perte sont aussi des processusd'acquisition^ de gain, de libert, touteconsidration d'ordre socio-politiquemise part. Le processus de mise enreprsentation, le dracinement perma-nent auquel tout lment de notre uni-vers smantique est soumis sans cessesont aussi la manifestation d'une pul-sion dont on ne peut plus refuser delire la positivit (41 ).Tant qu'il y avait des paysanset du rural, nous tions tranquillesd'errer sur les rseaux. Quelque part,si l'angoisse venait nous prendre,un foyer nous attendait o rgnaientchaleur et convivialit. Trivialement :quel citadin, mme de longue date,n'a pas ses attaches paysannes ? Pen-dant qu'on trafique avec l'urbain, quel-que part on nous mitonne du rural surlequel on va pouvoir annexer la rvolu-tion qui va mettre fin aux dveloppe-ments du systme.Seulement voil, les paysans nousont trahis. Eux aussi, ils se sont mis enmarche, ils ne vivent plus au pass maisau prsent. Ils sabordent le rural et sa-pent les bases du mythe.Et dans leur disposition l'absorp-tion indiffrencie, ils vont jusqu' ab-sorber pour le court-circuiter le my-the rural : dans le living de leur villa,les paysans font installer des cheminespr-fabriques (style au choix, en g-nral, du plus pur style paysan) et des.cuivres qui ne verront jamais ni le feuni la pote...Devant l'engouement pour l'tudedu rural, aujourd'hui la question essen-tielle ne serait pas tant de savoir ce qu'iladvient du rural dans ses rapports l'ur-bain ou ce qu'il advient des nouvellesutilisations urbaines de la campagne (r-sidences secondaires, tourisme, parcsnaturels, installations de no-ruraux )- cela pourrait tre, la rigueur le tra-vail d'une sociologie d la prise encompte ou de la mesure, certainementpas celui d'une interrogation sociale ,que de savoir pourquoi cela fait mainte-nant problme.Pourquoi s'intresse-t-on soudain cela ? En quoi la fin du rural, ou lesentreprises d'injection de sens, nous'concernent, nous urbains ? C'est peut-tre une question qui permettrait decasser, une fois pour toutes, le pont-aux-nes de l'implication des cher-cheurs et de leur raport l'objet. Ceserait peut-tre une faon de montrerque, quoi qu'il en soit, c'est bien entoute subjectivit que la question estaborde, et que c'est bien pour a qu'el-le est intressante.Foin de la neutralit feutre d'undiscours scientifique labor l'ombrede concepts froids (et opratoires... ).Comme s'il s'agissait de situations danslesquelles on n'aurait rien voir etqu'on pourrait analyser lucidement avecdes matriaux neutres, si la fin du ruralnous intresse, c'est parce qu'elle nousoblige rviser nos propres reprsenta-tions du social et de nous-mmes.Notes(1) Claude Karnoouh, Les chantres dela rusticit, article paru dans la revue Au-trement , 14/78, Avec nos sabots .(2) Roland Barthes, Mythologies ,Seuil,1970.26yves gilbert le mythe rural(3) Mircea liade, Aspects du mythe ,Ides/Gallimard, 1963.(4) Henri (viendras, Socits paysannes ,Armand Colin, 1976.(5) Roland Barhes. op. cit(6) Le point de vue de Madame , !SsaiMatra Simca Rancho, Auto-journal, n. 9, 15mai 1977.(7) Thomas Regazzola, Scnario possi-ble d'une migration nationale , Centre deSociologie conomique et Politique (CSEP),1977.(8) Patrick Champagne, La restructura-tion de l'espace villageois , Actes de la Re-cherche en Sciences Sociales, mai 1975, n. 3.(9) Le terme est emprunt Henri Lefeb-vre dans Le droit la ville . Dans le chapi-tre industrialisation et urbanisme il exposel'ensemble des implications dans la vie quoti-dienne de l'avnement de la socit urbai-ne .(10) J.P. Laurent, prface Les colpor-teurs de l'Oisans au XIXme sicle , parE. Besson. Centre Alpin et Rhodanien d'eth-nologie (CARE) Grenoble, 1975.(11) Tamas Hofer, prface Socitspaysannes , Henri Mendras, Ed. Armand Co-lin, coll. U, 1976.(12) E. Bloch, Thomas Munzer, tholo-gien del rvolution , Ed. Gallimard, 1964.(13) Jean Baudrillard, Pour une critique-de l'conomie politique du signe , Ed. Galli-mard, 1976.(14) Michel Maffesoli, Imaginaire/reldans le devenir historique , in Espaces etSocits, n. 15,1975.(15) E. Evans-Pritchard, L'essai sur ledon .(16) Yves Stourdz, Organisation, anti-organisation, Repres . 1973.(17) Serge Moscovici, Essai sur l'histoirehumaine de la nature . Ed. Flammarion,1968.(18) Michel Maffesoli, Logique de la do-mination , d. PUF, 1976.(19) Roland Barthes, Mythologies ,Points, 1970.(20) Octavio Paz, Courant alternatif ,Gallimard 1972.(21) Op. cit.(22) Alphonse Daudet, Lettres de monmoulin , la Mule du Pape.(23) Thomas Regazzola, op. cit.(24) Thomas Regazzola.-op. cit.(25) Thomas Regazzola, op. cit.(26) Henri Vincenot, La vie quotidien-ne dans les chemins de fer au XIXme si-cle, Hachette, 1977.(27) Henri Vincenot, op. cit.(28) Thomas Regazzola, projet de recher-che.(29) Michel Foucault, La volont de sa-voir , Gallimard, 1976.(30) Espace et luttes , n. 1. 1er trimes-tre 1978 Place+GIAM.(31) Jean Baudrillard, Le P.C. ou les pa-radis artificiels du politique , Cahier cinqd'Utopie, 1978 .(32) Voir : J. Baudrillard, L'changesymbolique et la mort Gallimard 1976.(33) Encore qu' cette tape de l'volu-tion du systme il devienne difficile d'em-ployer encore des concepts aussi prcis etconntes (par les tapes antrieures) queceux de symbolique, de rel et mme... d'ima-ginaire. Qu'est-ce qui est rel ? Les pratiqueslocales qui apparaissent dsormais comme lareproduction infinie dlocalise, dsym-bolise des modles mis ou l'oprationna-Ih propre des rseaux qui induit les prati-ques comme des simulations sans fin ? Lanotion d'hyperrel correspondrait sans doutemieux ce stade.(34) Cf. l'humanisme des thses contenuesdans le rapport Nora : l'informatisation dela socit , Rapport Monsieur le Prsidentde l Rpublique, Simon NORA et AlainMINC, la documentation franaise, 1978.(35) J. Baudrillard, A l'ombre des ma-jorits silencieuses ou la fin du social ca-hier quatre d'Utopie, 1978.(36) Cf. 35.(37) Idem.(38) Idem.(39) J. Baudrillard, La prcession dessimulacres , in Traverses/10 1978 : Le simu-lacre.(40) T. Regazzola, Oublier les enfers ,C.S.E.P./S.A.E.I. 1978.27Bernard Kalaora l'ordre et la naturele vert endimanch Chaperon-Rouge, vois ces belles fleurs autour de nous.Pourquoi ne les regardes-tu pas ? J'ai l'impression quetu n'coutes pas comme les oiseaux chantent joliment.Tu marches comme si tu allais . l'cole, alors que toutest si beau ici, dans la fort... Elle quitta le chemin, p-ntra dans le bois et cueillit des fleurs. Et chaque foisqu'elle en avait cueilli une, elle se disait : plus loin, j'envois une plus belle, et elle y allait et s'enfonait tou-jours plus profondment dans la fort . Le Petit Chaperon RougeContes de Grimm.UNE VISITE EN FAMILLEToutes les enqutes (1) ont montrl'importance de la frquentation de typefamilial dans les forts pri-urbaines.Pour la majorit des urbains, la visite'en fort est d'abord une visite en famil-le. L'enqute nationale ralise en 1973par M. Ballion en collaboration avecl'INSEE sur un chantillon de 3 000 m-nages, reprsentatif de la population ur-baine, fait apparatre des chiffres biensignificatifs (2). Lors de leur dernire visite enfort, 85,4 % des Individus interrogstaient accompagns de personnes deplus de 14 ans et 55,1 % d'enfants demoins de Mans. Si l'on prend en compte la r-partition des individus qui au moins unefois durant l'anne coule sont alls enfort, les mnages qui frquentent lemoins la fort sont ceux qui n'ont pasd'enfants de moins de 14 ans, et ceux quisont les plus nombreux la frquentersont ceux qui ont- 2 ou 3 enfants demoins de 14 ans.Tous ces faits cohcourrent mon-trer l'influence qu'exerce le fait d'avoirdes enfants en bas ge sur la frquenta-tion de la fort.Sans doute ce phnomne est-ill'indicateur de l'insuffisance des espacesverts, du manque de lieux rservs auxenfants dans les villes, des conditions29bernard kalaora l'ordre et la naturele vert endimanchdgradantes de l'environnement urbain ;on devrait alors penser logiquementqu'il existe une forte corrlation entreconditions de vie (qui incluent le tra-vail, le logement, la nature de l'environ-nement, etc..) et la frquentation desforts. Et ce d'autant plus que la fortest un bien libre et sans matre ,c'est--dire un bien gratuit. Il n'en estrien. La frquentation est en relationtroite avec le statut socio-conomiqueet socio-culturel des individus (3). Lescadres suprieurs et les professions li-brales vont en moyenne deux foisplus en fort que les ouvriers et une par-faite concidence existe entre la fr-quence de la frquentation et le niveaudu diplme. Accession la proprit,bonne condition de logement et d'en-vironnement, (par exemple : habitat proximit d'un espace vert), posses-sion de rsidence secondaire, autant d'au-tres facteurs qui agissent sur la frquen-ce des visites en fort. Il en rsultedonc que tous les enfants des villes n'ontpas droit la fort et que ceux qui enbnficient le plus sont en quelquesorte des privilgis. Nous voudrions nousinterroger sur le type de rapports quevont avoir ces enfants-l (4), un espacequi de toute apparence devrait mieuxrpondre leurs dsirs, leurs attentesque l'espace urbain. Espace libre moinssoumis des exigences fonctionnellesque ne l'est la ville, les interdits devraienty tre moins heureux, les contraintesmoins ressenties. La fort peut-elle trevraiment terrain d'aventure pour l'enfant,espace conqurir et non totalementinvesti par les adultes, lieu de ses rveset de ralisation de ses dsirs, espacemythique qui renvoie un ordre socialo l'enfant avait sa place, espace ludi-que?...UNE PRATIQUE FAMILIALISTE OULE RITUEL FAMILIALLes forts pri-urbaines sont dansleur majorit relativement distantes del'agglomration. L'accessibilit des fortsest fortement lie la possession d'unvhicule priv (85 % de la populationurbaine utilisant la voiture). L'auto-mobile n'est pas cependant un quipe-ment purement utilitaire et rpond un mode de consommation centr sur lafamille. quipement familial, il est l'ha-bitacle des loisirs, o se nouent les liensd'intimit. Toute personne trangre la cellule familiale y est exclue car saprsence est un dfi et est synonyme derupture. L'enfant qui va en fort estdj pris dans ce crmonial, il n'ychappe pas, la contrainte de la voiturela lui impose. Il est sous le regard desparents pendant l'aller et le retour (1 2 heures en moyenne pour la Rgion pa-risienne) et' c'est ce mme regard quisurveillera ses bats dans la fort.O va-t-on s'installer ? L'enfant, fil-le ou garon, ne choisit pas l'endroitd'installation, car celui-ci, et toutes lesenqutes le confirment, est fonction deson accessibilit en voiture. Plus de 67 %ds utilisateurs des forts de la Rgionparisienne ont t interviews dans deszones de clairires, ou dans des zonesdgages et faciles d'accs, et 60 % desfamilles ne s'loignent pas plus de 50 mde leur voiture. La voiture est un desmarqueurs principaux du territoire occu-p. C'est par rapport ce dernier qu'estdlimit l'espace occup par l'enfantet sa famille. Les raisons invoques .duchoix sont le confort, la commodit dulieu, et la facilit que prsente un espaceouvert pour la surveillance des enfants.30bernard kalaora l'ordre et la naturele vert endimanchSans doute l'angoisse de la perte de l'en-fant, dans les profondeurs et tn-bres de la fort dtermine-t-elle pourune bonne part l'emplacement en bor-dures de forts.Cependant, ces aires traduisent lemieux un type de consommation, o lafamille et son confort, sont au centredes valeurs. Les espaces qui sont prf-rs, le sont PP fonction de leur capacit recrer l'atmosphre chaleureuse de lafamine, a favoriser l'unit conjugale, rconcilier parents et enfants autourd'activits communes. Les lieux les plusinvestis sont ceux qui prsentent destraits similaires l'espace pavillonnaire vcu sur un mode fantasmatique plu-tt que rel au jardin qu'on imagine ouqu'on reconstitue. On constate d'ail-leurs une trs forte fidlit des usagers un espace qui leur convient. On revien-dra la fois suivante au mme endroit.'Ainsi l'endroit choisi de manire pr-frentielle est celui qui se rapproche leplus du monde pavillonnaire, rceptableaccueillant et chaleureux, espace pour lafamille, seul lieu vritable du bonheurconjugal. Le territoire qui est dlimitlors de la halte en fort est codifi par desmarqueurs du mme type que ceux quel'on trouve dans le jardin un arbrefruitier, une balanoire suspendue avecprcaution, des chaises, une table, lecamping-gaz et l-bas, plus loin quel-ques mtres, la voiture. L'espace est ainsiappropri d'une manire symboliquepar la famille par l'intermdiaire de sesquipements.Le territoire de l'enfant est lui aus-si strictement ordonnanc. Ce sont lesparents-qui tracent les aires de jeux,'qui nomment les lieux permis et ceuxinterdits. Ce sont eux qui dfinissent lesrgles du jeu. Les plus tolrs sont lesjeux faits en famille, jeux qui rassemblentautour d'une activit commune (cartes,boules, ballons). Sont par contre pro-hibes toutes les activits violentes etdgradatrices. Quant l'opposition entrejeux permis, jeux dfendus, elle est pro-duite par l'obligation de ne pas troublerla paix familiale, de ne pas dranger l'in-timit des familles. En premier lieu,il convient de n'tre pas bruyant, et dene pas perturber les familles voisines.L'enfant se voit ainsi refuser l'accs auxautres territoires, lieux possibles de ren-contre. Mme si cet interdit n'est pas ex-plicitement formul, les marqueurs spci-fiques chaque territoire constituent unefrontire qu'il hsitera franchir. Res-pecter les espaces d'intimit et de voisi-nage, tel est le mot d'ordre. Tous cesfacteurs empchent l'enfant de s'accapa-rer un terrain qui lui soit propre. Il nepeut en aucun cas se grouper avec d'au-tres enfants pour constituer des bandes,s'aventurer dans la fort et trouver ldes conditions d'exercice de sa libertet de sa responsabilit. Pour lui la fort,c'est une srie d'interdits. Il est inter-dit de se rassembler, de former un groupede nature gner les autres, de faire u-sage d'une fronde, de faire du feu, dejouer d'un instrument de musique quel-conque, de grimper aux arbres, de ramas-ser du bois, de se battre avec, de cons-truire des barricades, de faire des caba-nes, de dnicher les oiseaux, de tirer descoups de pistolet, etc.. Pour tous ces en-fants l, la fort n'est qu' une boite habiter , comme la maison, comme lavoiture dont l'usage est familial.Qu'en est-il de ceux qui, avec leursparents, ont la chance de s'enfoncer dansla fort, de connatre d'autres lieux31bernard kalaora l'ordre et la naturele vert endimanchque les lisires, de faire des promenadesde longue distance ? Dans la fort deFontainebleau, seuls 7 % des visiteursappartiennent cette catgorie. Et ils'agit de la population dont le niveau'd'instruction est le plus lev (ensei-gnants, pour la plupart). Pour ceux quis'y promnent en compagnie de leurenfant, l'objet de la visite en fort1estmoins la dcouverte vivante et pratiquede la nature par exemple des activitsde cueillette ( peine 1 % de la popula-tion), la dcouverte de la faune ou dela flore que l'acquisition de l'attitude'cultive. L'intimit familiale ne se rduitplus au seul fait d'tre ensemble dans unespace dlimit et circonscrit pourl'occasion, mais s'y ajoute un lmentsupplmentaire, la participation une ac-tivit savante qui mobilise les ressourcessymboliques et le patrimoine culturelfamilial. L'enfant dans la- marche parexemple, apprend acqurir le got dela curiosit. Mis dans une situation qui. l'oblige avoir un change constant avecl'environnement, tre attentif aux si-tes les plus pittoresques selon les ca-nons lgitimes de la culture savante :anciennet, dominance, pittoresque, etc.. il est l pour dvelopper ses capacitsesthtiques, sensorielles, et intellectuelles.Il apprend utiliser les cartes d'tat-major, se servir d'un guide, discernerles paysages, distinguer le vrai du faux,le naturel de l'artificiel, le beau du laid.La dtente s'insre dans son apprentissa-ge d'un exercice cultiv dont l'cole estla conscration. La fort n'est pas l'es-pace ludique de ses rves, elle est un deslments du patrimoine culturel,.elleest un thme scolaire. .L'enfant donc, quelle que soit sonappartenance sociale, ne peut se projeterdans la fort qu'au travers des modlesfamiliaux de consommation. Il n'chap-,pe pas dans cet espace qu'on dit libreet sans matre la tutelle et l'au-torit parentale et ne peut satisfaire sondsir exploratoire, sa qute de lieux dcouvrir. L'espace mconnu, atti-rant et dangereux qui- peuple ses rvesn'a rien voir avec la consommationde fort telle qu'elle lui est propose.S'il lui est impos de consommer la fortsur ce mode (en famille), c'est parce quepour ses parents, il est le symbole de l'u-nit et du bonheur familial. Enfant alibi,il est la justification de toutes les prati-ques consommatoires familialists. C'estpour lui qu'on dsire'le pavillon, ou toutespace qui se rapproche le plus de ce mo-dle rsidentiel, c'est pour lui qu'on ach-te la voiture, les quipements de plein-air, en un mot, toute la panoplie fami-liale...Comme le dit Edgar Morin dansson livre L'esprit du temps . Le loisir n'est plus seulement lvide du repos et la rcupration physi-que et nerveuse... C'est aussi progressi-vement la possibilit d'avoir une vie con-sommatrice... La consommation des pro-duits devient en mme temps l'auto-consommation de la vie individuelle.Chacun tend, non plus survivre dansla lutte contre le besoin, non plus serecroqueviller sur le foyer familial, nonpas inversement consumer sa vie dansl'exaltation, mais consommer sa propreexistence, consommer la famille .UNE PRATIQUE HYGIENISTE. LEVERT ENDIMANCHEL'espace vert joue, depuis le Se-cond Empire, un rle de rgulation so-32bernard kalaora l'ordre et la naturele vert endimanchciale. Le Baron t'aussmann ne disait-ilpas lui-mme qu'il fallait les- amnagerpour occuper sainement les portionsdes heures de repos interrompant le tra-vail et pour permettre toutes les famil-les riches et pauvres de trouver des em-placements salubres et srs pour les -bats de leurs enfants (5). C'est le m-me discours que l'on retrouve aujourd'huisous la plume de Soulier, urbaniste offi-ciel. Nous voyons tout l'effet bnfi-que dispensent les espaces verts plantssur la sant de la population et celapour un prix d'entretien bien moindreque celui d'un hpital psychiatrique (6).Vert oxygnant, vert rgnrant lesfacults physiques et mentales, le vertproduit l'quilibre. En effet, pour beau-coup de consommateurs, le signifiantfort renvoie d'autres signifiants, telsl'hygine, la sincrit, le bonheur, etc..L'hygine renvoie son tour la santmorale et physique. De dplacement endplacement, la fort symbolise finale-ment l'quilibre, l'harmonie, le respect.Ce discours relve d'un langage de con-notation dont la fonction, en dfor-mant et dtournant la ralit, est defonder les choses en tat de nature ,et rciproquement l'ordre = la nature.Cette quation est productrice d'une re-prsentation o la fort quivaut unlieu originel o la puret s'oppose lasouillure et au dsordre, et o l'hygi-ne physique et morale se ctoient. L'or-dre et la discipline sont ainsi naturali-ss : c'est l'tat de nautre. Bon, qui-libr, sain, sont aussi les qualits que l'onprte l'enfance, celle-ci apparaissantcomme l'tat le plus proche de la nature.Par un renversement paradoxal de l'or-dre des choses, parents et nature s'asso-cient pour pacifier les corps des enfants,'pour assujettir leurs affects. Cette concep-tion hyginique voit aujourd'hui ses ef-fets majors sous l'influence des mdias,qui transmettent une image strotypede l'cologie. La vision apocalyptiqued'une destruction de la nature, la ncessi-t de la protger envers et contre tout,dtermine des comportements irration-'nels, ou non matriss son gard. Ainsicueillir, grimper aux arbres, casser desbranches sont des conduites qui sontl'objet d'une . dsapprobation gnrale,et ce au nom de la protection de lanature. Par contre, l'utilisation, de lavoiture, sa pntration mme dans lafort, est perue comme naturelle. Pourbeaucoup, il va de soi que des zones d'ac-cueil doivent tre accessibles.Plutt que de se voi.r interdire l'ac-cs en automobile, mieux vaut encorerenoncer la sortie en fort. On com-prend l'attachement ce vhicule, si'on le reconstitue par rapport au sys-tme gnrateur de la sortie en fort :le confort et l'intimit familiale. L'au-tomobile en .est la clef de vote. Pourtoutes ces raisons, elle ne peut trevcue comme une nuisance. Coquillefamiliale, refuge protecteur, on ne peutl'accuser d'tre la responsable des dgra-dations subies par la fort (par exemple,le pitinement). S'il faut chercher uncoupable, c'est l'enfant que l'on dsigne.L'cologie devient cologie familiale...L'espace vert, oxygnant, relve d'un nouveau moralisme social . Il cre le dcorum, la respectabilit, et il estd'autant plus digne qu'il est endimanchdonc interdit, inutilisable. Car s'il taitutilisable, il deviendrait sale, populaireet irait /'encontre de ce que l'on luidemande '(7). Nous faisons ntre cette33bernard kalaora l'ordre et la naturele vert endimanchconception de Fabio Rieti, qui convientparfaitement ce dcor respectablequ'est la fort pri-urbaine, antithsemme d'un espace ludique.LES AMENAGEMENTS RECREATIFSEN FORET, OU COMMENT PRODUI-RE L'ESPACE FAMILALBien qu'existent plusieurs typesd'amnagements rcratifs dont le prin-cipe de diffrenciation rside dans uneclassification des forts (parc d'accueil,fort promenade, fort normale, fortnaturelle), la fonction essentielle qui con-coure leur ordonnancement est la pro-duction de territoires familialistes jux-taposs. Espace collectionnant les fa-milles, il est dcoup selon les activitsdiverses et spcifiques propres chaquegroupe social. Des masses forestiresde dimensions varies sont conues pourrecevoir le public, ce sont les zones d'ac-cueil ou d'installation, d'autres sontamnages par des quipements l-gers pour satisfaire un public plus no-ble et mieux adapt la Nature ,'(marcheurs, cavaliers, cyclistes, varap-peurs).Toutes ces zones sont relies en-tre elles par des interstices. Dans leurensemble, ces quipements visent favoriser l'individualisme familial quetout contribue par ailleurs renfor-cer. Les zones d'a.ccueil, abcs de fixa-tion du public, sont conues pour rece-voir dans une aire dtermine, la mul-titude des familles. Elles permettent lajuxtaposition des familles, mais leur di-mension et leur structuration devraientviter le danger d la promiscuit, la foule. Dans un article intitul Lapression de l'homme sur la fort (8)M, de Buyer rsume bien l'idologie del'amnagement propre la fort de Fon-tainebleau. Enfin, il a paru intressant d'ap-profondir les motivations des prome-neurs. Parisiens pour la plupart, vivantdans un bruit perptuel et une atmos-phre appauvrie et pollue, ils se ruentle dimanche vers la Nature . Mais aulieu de se diluer dans la fort, loin dubruit et des gaz d'chappement, ils seconcentrent, stationnent le long des rou-tes et prouvent une sorte de peur l'i-de d'aller pied dans un endroit incon-nu, sans leur voiture. Aprs l'agitationde la ville, c'est une vritable micro d-pression qui atteint la plupart des pro-meneurs. Or, les donnes psychologi-ques les plus rcentes montrent bien que,plus la densit humaine est leve, plusl'agressivit devient grande .C'est pourquoi, en premire rgle,les amnagements touristiques devront,tout en conservant la fort son ca-ractre naturel, s'efforcer de rendrecertains secteurs accessibles et fami-liers aux promeneurs, afin d'amnagerce que l'on pourrait appeler des pa-liers de dcompression .L'amnagement d'aires de jeux, depique-nique, de petites clairires, dezones de silence sont des quipementsdestins produire l'espace d'intimitde la famille, rendre les secteurs fa-miliers . Ce mme auteur dfinit leszones de silence comme des espacesprivilgis o tous les vhicules moteuret instruments sonores sont bannis ;lieux propices au calme, la dtente etau repos, et comme leur dnominationl'indique, rservs aux enfants sages etsilencieux...La fort est ainsi transforme enun vritable oasis familial, o -les -34bernard kalaora l'ordre et la nature,le vert endimanchnergies agressives de l'homme sont su-blimes dans une reprsentation anes-thsiante et respectable de la natuie. La fort devient ainsi un outii de so-cialisation , et au lieu d'inciter la f-te et la rupture avec le social, elle enprolonge la quotidiennet rptitive. Dela fort donc il ne reste plus que sonaspect lnifiant et palliatif, mdicament,pilule ou drogue qui nous aide suppor-ter les contraintes. A J'oppose de la fo-rt sauvage, elle est un dcor une naturebien sage et rassurante. Ce qu'elle exal-te, ce n'est plus la violence de la beaut,mais le rgime rpressif dp la fonctionna-lit, de l'ordre,de la rationalit.L'enfant n'y est pas sa place, etde mme qu'en ville, il y est banni, caril est un perturbateur de l'ordonnance-ment fonctionnel de la fort loisir. Dansles quipements de plein-air, s'il estquestion de son existence, ce n'estqu'au travers des modles familiaux deconsommation : aires de jeux usagefamilial, sentiers pour marcheurs, pis-tes pour cyclistes, etc.. Il n'a pas droit un terrain qui lui soit rserv, un ter-rain qu'il puisse s'approprier avec d'au-tres enfants o enfin ils pourraient res-pirer et exercer ne serait-ce que momen-tanment, leur libert d'initiative etde cration.NOTES(1) Enqute SARES. Etude de M. Ballion :On trouve un rsum synthtique de ces tudesdans Ballion, La frquentation des forts in Revue Forestire , XXVI1, 2,75.(2) Ct. Revue Forestire X X V11.(3) Cf. Ballion, Sources dj cite, et SA-RES.(4) C'est--dire qui y ont zccs. ET effet,60 % de la population urbaine ne s'est jamaisrendue en fort durant l'anne coule (enquteBallion).(5) Mmoires du Baron Haussmann Napo-lon III(6) Sou li, cit dans CERFI, Gnalogiedu Capital y, (1973).(7). Esoace urbain contre espace vert de Fabio Ricti, 'n Ja.dins contre Nature Revue Traverses 5/6 (voir annexe, paye ).(8) De Buyer, La pression de l'homme surla foret , Revue Forestire , n22,1970.35bernard kalaora l'ordre et la naturele vert endimanchANNEXEDISPOSITIONS CONCERNANT TOU-TES LES PROMENADES DE LA VILLEDE PARIS ET DU DEPARTEMENT DELA SEINETenue et comportement du public.Art. 5 : L'entre des bois, parcs,squares et jardins et la circulation dansles promenades sont formellement in-terdites . toutes personnes en tat d'i-vresse ou dans un tat de malpropretflagrant, aux mendiants, aux musiciens,aux chanteurs, aux photographes am-bulants, aux porteurs d'affiches et auxpersonnes portant un fardeau quelconquepouvant incommoder les promeneurs.Les promeneurs doivent avoir une misedcente et une tenue correcte. La tenuesportive n'est tolre que pendant lesexercices, la tenue de bain est interditeen tout lieu, sauf au Bois de Boulogne,dans une zone limite aux abords despiscines.Art. 6 : Il est interdit,:1 ) de former aucun groupe ou ras-semblement de nature gner la circu-lation ;2) de marcher ou de s'asseoir surles bordures de gazon et sur les pelou-ses, seules les pelouses des Bois de Bou-logne et de Vincennes non interditespar une clture ou par un criteau sontaccessibles au public;3) de former des frays dans les pe-louses ou les massifs ;4) de franchir les barrages ou cl-tures et d'enfreindre les dfenses affi-ches ;5) d'allumer du feu, sous quelqueprtexte que ce soit, sauf dans les em-placements rservs au camping ;6) de faire usage de la fronde,de tirer.mme blanc, avec une armequelle que soit sa nature et de tirer oubrler les pices d'artifice, moins d'au-torisation spciale de M. le Prfet de laSeine et de M. le Prfet de police ;7) de jouer un instrument de musi-que quelconque, de faire usage de machi-nes parlantes (phonographes, postes deTSF, etc), de chanter en choeur, sansune autorisation spciale de M. le Prfetde la Seine et de M. le Prfet de Police ;toutefois l'usage de machines parlantes(phonographes,'postes de TSF., etc..)sera tolr dans les Bois de Boulogneet de Vincennes condition qu'il n'ap-porte aucun trouble la jouissance pai-sible de la promenade ;8) d'abandonner ou de jeter enaucun point des promenades et de leursdpendances, des ordures, papiers, dbris,denres putrescibles destines la nour-riture des animaux ou des objets quel-conques ;9) de battre des tapis ou des cous-sins, de carder des matelas, de nettoyerou graisser les voitures ; .10) de dtriorer ou d'effeuillerles arbres ou arbustes, de cueillir desfleurs ou des fruits, d'enlever quoi quece soit, bois, herbes, plantes, fleurs, etc...ou d'endommager tout ouvrage dpen-dant de la promenade ;11) de grimper aux arbres ou deles secouer, de monter sur les bancs,rochers, balustrades ou rampants d'es-calier, de descendre sur les berges ettalus des pices d'eau, de laver du linge,d'tendre ou de suspendre, linge et v-tements, d'installer des jeux prenant ap-pui sur les arbres et les constructions ;12) de se baigner et de jeter quoique ce soit dans les lacs,'tangs et rivi-36bernard kalaora l'ordre et la naturele vert endimanchres, ainsi que d'y placer, sans autorisa-tion de M. le Prfet de la Seine une em-barcation ou engin quelconque.13) d'effaroucher les oiseaux aqua-tiques, de les pourchasser ou de les fairepourchasser par des chiens et de gnerles couves ;14) de dnicher les oiseaux et d'em-ployer les piges, appts ou instrumentsquelconques pour s'en emparer ;15) de pcher sans autorisationde M. le Prfet de la Seine ;16) de faire du camping en dehorsdes emplacements rservs cet effet ;17) de faire des inscriptions et d'ap-poser des affiches sur les murs, grillesde clture, bancs, socles de statues,difices, monuments, ainsi que sur lesarbres et sur tout ouvrage dans l'intrieurdes promenades, des bois, et sur les bou-levards de ceinture ;18) de distribuer ou faire distribuerdes imprims, rclames ou prospectus,mme manuscrits ;19) de ramasser du bois mort oudes feuilles mortes sans autorisationde M. le Prfet de la Seine.37Franois GodardJean-Ren Pendariesrapports de propritdu logementet pratiquesde l'espacersidentielLes analyses sociologiques de l'es^pace urbain rsidentiel se rfrent gn-ralement deux grands types de dmar-che thorique : d'une part, celles qui se mnenten termes de rapports sociaux etqui se dveloppent de manire quasi-exclusive du ct d'une analyse de laproduction de cet espace. d'autre part, celles qui prf-rent la problmatique des relationssociales et ds pratiques et quiprosprent l aussi, de manire quasi-exclusive, dans l'tude de l'usage etde l'usager de l'espace.Ce clivage correspond le plus sou-vent celui de l'analyse des dtermi-nants sociaux , d'une part et de la di-mension psychosociologique d'autre part.Nous voudrions montrer qu'uneanalyse en termes de rapports sociauxpeut (et doit), moyennant certainsdveloppements thoriques, investir lechamp des pratiques concrtes et desformes de conscience de l'espace rsi-dentiel. Prcisons tout de suite, que,pour nous, les dveloppements tho-riques susceptibles d'largir le champd'investigation d'une analyse en ter-mes de rapports sociaux ne peuventconsister en un clectisme thoriquecherchant puiser ses concepts enmarge ou au-del de la probl-matique des rapports sociaux. Il s'a-git au contraire d'approfondir la d-. finition des rapports sociaux qui struc-ture l'usage de l'espace rsidentiel, ycompris les formes subjectives de cetusage.I ) LES RAPPORTS SOCIAUX DECONSOMMATION DU LOGEMENT(1)Le processus de concommsationprsente deux aspects indissolublementlis : le procs de ralisation de la va-leur et le procs d'appropriation rel-le des valeurs d'usage. Le premier estla mtamorphose du capital marchandiseen capital argent, le second est le procsconcret de consommation ou procsconcret de production du travailleur.Chacun de ces procs s'inscrit dans desrapports sociaux, d'une part les rap-ports de proprit des objets et moyensde consommation, d'autre part les rap-ports d'appropriation relle de ces ob-jets ou moyens de consommation. Les premiers peuvent tre saisistout d'abord travers l'achat des mar-chandises, pour ce qui concerne lesbiens consomms rapidement, et tra-vers l'tude du patrimoine des mna-ges, pour les biens durables (2). C'estdans la nature de ces rapports de pro-prit que se jouent les logiques con-39franqois godardjean-ren pendariesrapports de proprit du logementet pratiques de l'espace rsidentielsommatoires : la consommation mar-chande correspond la proprit privedes moyens de consommation, la con-sommation sociale la proprit socialedes moyens de consommation (par-fois la proprit sociale peut prendreune forme juridique prive commedans le cas des Comits d'Entrepri-se).C'est l'intrieur de ces rap-ports sociaux que se fixe dfinitivementle cot des consommations (3) et la for-me juridique dans laquelle se fixentces cots et sous laquelle se ralisentles consommations (proprit, accession la proprit, location avec ou sans bail,etc.).Ce sont ces rapports sociaux quidterminent non seulement le cotde la consommation du logement maisencore le statut d'occupation, la formejuridique de l'accs au logement. C'estainsi qu'une analyse dtaille des diff-rentes occurences possibles de ces rap-ports sociaux permet de dfinir diff-rentes filires d'accs la consomma-tion rsidentielle (types de propritdu logement, types d'accession, typesde locations...) (4).Les rapports d'appropriation relledes moyens et objets de consommationdfinissent les formes sociales d'appro-priation du produit l'intrieur de l'u-nit de consommation individuelle qu'estle mnage ou l'intrieur d'une unitsociale plus vaste tel que le groupe d'amis,la famille largie, l'association ou l'unitde voisinage.Il semble premire vue que l'-tude des pratiques concrtes de l'usagedu logement relve exclusivement de cedeuxime type de rapport social. Et,de ce fait, une pratique concrte d'ap-propriation de l'espace rsidentiel se faittoujours et de manire immdiate dansun systme de relations qui structurentl'espace selon les catgories de l'indi-viduel et du collectif, du familial et duvoisinage, du priv et du public...Mais on ne peut s'en tenir ceniveau en l'isolant de .celui des rap-ports de proprit. Toute situationrsidentielle particulire est toujoursune combinaison d'un certain type derapports de proprit-et d'un certaintype de rapports d'appropriation relle.Or, ce fait a de lourdes consquen-ces quant l'analyse de l'usage concretde l'espace.Il faut en effet revenir aux rap-ports de proprit et en prciser lecontenu.Les rapports de proprit compor-tent deux aspects troitement lis maisqu'il importe de distinguer (5).Ces deux aspects relvent desdeux facettes du logement commemarchandise : l'aspect valeur et l'as-pect valeur d'usage.Du premier point de vue on diraque : les rapports de proprit du lo-gement dfinissent des places par rap-port la ralisation de la rente immo-bilire, et en particulier, les deux prin-cipales places : celle d'une part, de l'a-gent support du capital immobilierpour qui la proprit immobilire cons-titue le pouvoir de s'approprier la ren-te immobilire, et d'autre part, cel-le du consommateur du logement .pourlequel le rapport de proprit signi-fie que l'accs la consommation r-sidentielle est conditionn par le paie-ment de cette rente au capital immo-bilier.40franqois godardjean-ren pendariesrapports de proprit du logementet pratiques de l'espace rsidentielCe premier aspect des rapports deproprit rsidentielle est dcisif, tant dupoint de.vue du capital immobilier, pourqui la proprit immobilire n'a d'autre fonction que la perception d'unerente, que du point de vue du consom-mateur, dont la consommation (appro-priation de la valeur d'usage) reprsented'abord un cot dont le paiement est lacondition de possibilit premire de touteconsommation rsidentielle.Il s'agit donc du premier rapportsocial de consommation celui partiret autour duquel vont s'organiser tousles autres, en tant qu'il dfinit les con-ditions sociales de l'accs la consomma-tion rsidentielle.Mais cet aspect ( aspect valeur )des rapports de proprit rsidentielle,s'il est premier et dcisif n'est pourtantpas opratoire , pratique seul etpar lui-mme. En effet, le pouvoirque constitue la proprit ne peut treeffectif que s'il s'articule sur une pos-session (6).Si la proprit immobilire repr-sente pour le capital immobilier le pou-voir de s'approprier la rente immobili-re, ce pouvoir n'est effectif, (la renten'est effectivement appropriable et appro-prie), que s'il constitue galement unpouvoir sur la deuxime facette de lamarchandise-logement, sur sa valeur d'u-sage. De la mme faon, le rapport deproprit n'est, pour le consommateurdu logement, un rapport de consomma-tion effectif, que s'il lui confre un pou-voir concret, matriel, sur le logement,celui de s'en approprier effectivement lavaleur d'usage.Nous appellerons ce pouvoir, lepouvoir de possession sur le logement.Et, en paraphrasant Charles Bettelheimdfinissant la possession comme cons-titue par la capacit de mettre en oeuvreles moyens de production (7) nous di-rons que la possession rsidentielle estla capacit ou le pouvoir de mettreen oeuvre le moyen de consommation-logement , c'est--dire, d'assurer lesconditions pratiques de la ralisation dela valeur d'usage-logement dans un pro-cs concret de consommation, c'est--dire encore, plus simplement, d'assurerles conditions du procs de consomma-tion rsidentielle.La question de la possession esttout particulirement importante dupoint de vue des rapports de consomma-tion rsidentielle en ce que pour le lo-gement, plus que pour tout autre biende consommation courant, la ralisationdu procs de consommation, loin d'treimmdiate, suppose, la mise en oeuvred'un' ensemble de processus sociauxd'organisation et de contrle d'autantplus importants que s'lve le degr desocialisation de cette consommation.La consommation rsidentielle n'est pos-sible qu' travers un procs de gestionde la valeur d'usage complexe du loge-ment, et selon une matrise et une or-ganisation-contrle des conditions d'ap-propriation relle de l'espace rsidentiel.L'appropriation relle du logementsuppose en effet d'une part, en tant quesa valeur d'usage est durable , untravail d'entretien et de reproduction-transformation (nettoyage, rparationsgrosses et petites, amliorations...), etd'autre part, en tant que sa valeur d'u-sage est galement compose , lafourniture de services constitutifs de laconsommation rsidentielle (chauffage,ascenseurs, espaces verts, enlvement desordures...)-. Autant de procs de tra-41franqois godardjean-ren pendariesrapports de proprit du logementet pratiques de l'espace rsidentielvail qu'il faut organiser, coordonner, g-rer.Le deuxime aspect des rapportsde proprit rsidentielle est donc qu'ilssont des rapports de possession-gestion,les rapports de gestion n'tant que laforme sociale concrte des rapports depossession.L'analyse des rapports de consom-mation rsidentielle ne peut donc s'entenir une tude des rapports sociauxd'accs la consommation de l'habitat,mais doit montrer comment ces rap-ports sociaux dbouchent et s'articulentsur des rapports de possession qui neplacent plus, en tant que tels, les agentsdu point de vue de l'appropriation dela rente immobilire mais du point devue de la gestion rsidentielle, c'est--dire, de l'organisation-contrle du procsde consommation du logement.Ces prcisions sont essentielles pournotre propos. Cela signifie en effet quel'appropriation relle de l'espace rsi-dentiel est indirectement conditionnepar des rapports de possession qui dfi-nissent les agents du procs de consom-mation par leur pouvoir vis vis de l'or-ganisation de ce procs. L'tude des mo-dalits concrtes de l'usage du logementnous invite donc approfondir l'ana-lyse des rapports de proprit commerapports de pouvoir sur l'espace rsi-dentiel.2 - PRATIQUES RESIDENTIELLESET RAPPORTS DE POUVOIR :De ce point de vue, on distinguera,tout d'abord, deux types de pouvoir.Le premier type est celui que con-fre la force, et dont la modalit limi-te est la force physique. Dans le contex-te de tels rapports de pouvoir, rien negarantit, socialement, la reproductiondes rapports de consommation, c'est--dire pour le propritaire la perceptiondu loyer et, pour le locataire la possi-bilit d'occuper le logement. Une tellesituation tait largement rpandue auxdbuts du 19me sicle, o les rapportsde force entre propritaires et locatai-res, par exemple, se traduisaient souventpar les pratiques, symtriques, des dm-nagements la cloche de bois aux-quels les propritaires rpondaient enbarricadant les entres afin d'empcherl'enlvement des. meubles.A ct et en opposition ce typede rapports de pouvoir fonds sur l'ar-bitraire des protagonistes, il existe d'au-tres rapports de pouvoir, profondmentdiffrents des premiers, et qui sont euxfonds sur un nouveau type de pouvoir :le pouvoir lgitime.La caractristique d'un pouvoir l-gitime est que son exercice est l'exerciced'un droit.Il s'agit encore bien d'un pouvoiret d'un rapport de force. Mais la diff-rence fondamentale est que ce nouveaupouvoir s'appuie d'une part sur sa repr-sentation dans la conscience des' agents,comme lgitime et justifi, d'autre partsur la garantie que confre une nouvelleforce : la force de 'loi qui, poseelle-mme comme lgitime, est senses'imposer tous et dispose pour celadu recours de la force publique com-me garantie de chaque partie contrel'arbitraire de l'autre.Le pouvoir lgitime est un pouvoirobjet d'une lgitimation : il est sensprendre appui sur une reconnaissancede sa justification.42franqois godardjean-ren pendariesrapports de proprit du logementet pratiques de l'espace rsidentielEt c'est le principe du Droit que dedistinguer le lgitime de l'illgitime enproduisant une dfinition de la lgiti-mit. La force de la loi s'oppose,par dfinition, celle du plus fort :le principe du Juridique est de refusertoute lgitimit au pouvoir du plusfort en-ce qu'il repose sur le droitdu plus fort , qui est, proprementparler, l'inverse de toute notion de droit,en tant que ce soi-disant droit est un droit de nature , qui s'impose de fait et endehors de toute proccupation de jus-tification.Un pouvoir n'est lgitime que lors-qu'il se fonde sur un dcoupage pra-lable des pratiques et pratiques lgiti-mes/illgitimes, dcoupage que produitle discours du Droit et de la lgalit.Les rapports de pouvoir au seindesquels se dveloppe l'exercice du pou-voir lgitime sont donc d'abord et fonda-mentalement des rapports idologiquesparticuliers : des rapports juridiques.Dans ce qui suit nous ne nous in-tresserons qu' ce type de rapportsde pouvoir : ceux qui sont rgis par leDroit, les lois et les rglementations af-frents aux rapports sociaux de l'ha-bitat.Ceci ne signifie.pas que l'autre ty-pe de rapports de pouvoir soient absentsde ces rapports sociaux. Il s'agit seulementde considrer que le Droit dfinit le lgi-time/illgitime, et que l'exercice d'unpouvoir illgitime ne se repre et nese dveloppe que dans le cadre d'unedfinition de la lgitimit. C'est le Droitqui dessine la fois le champ du droit etdu non-droit. De plus, et pour des raisonshistoriques et sociales que nous nepouvons dvelopper ici, les rapports depouvoir lgaliss sont massivement domi-nants par rapport ceux qui chappent cette lgalisation, ou s'inscrivent enfaux contre elle.Partant de l, nous pouvons alorsrsumer notre dmarche. Les rapportsde consommation caractriss par l'ana-lyse de filires d'accs au logementn'ont d'efficace pratique (d'efficace surles pratiques) qu'en tant qu'ils sont desrapports de pouvoir entre leurs agents-supports. Ces rapports, concernant l'exer-cice de pouvoirs lgitimes, sont d'aborddes rapports juridiques. Nous dironsalors que les rapports de consommationrsidentielle n'ont d'effets pratiques quepour autant qu'ils prennent la forme'de rapports juridiques entre agents duprocs de consommation. Comprendreles effets pratiques ( sur les pratiques)de ces rapports sociaux suppose alorsune analyse de leur moment juridique.De ce point de vue, nous dironsque les rapports juridiques comme rap-ports idologiques sont des rapportssociaux qui placent les agents dans lesystme de la lgitimit, systme d-fini comme l'ensemble des reprsenta-tions sociales cristallises dans les ins-titutions lgales et rglementaires et quidcoupe le champ des pratiques socialesselon les catgories du lgitime et de l'il-lgitime.Les rapports juridiques dfinissentdonc un systme de places. Et une placejuridique s'appelle un statut.Le statut d'un agent, en tant qu'ilconstitue son inscription dans les rap-ports juridiques, dfinit pour cet agentl'horizon de ces pratiques lgitimes etillgitimes.Il faut donc dire que les pratiquesrsidentielles de l'usager d'un logement,et en particulier celles, qui nous int-43francpis godardjean-ren pendariesrapports de proprit du logementet pratiques de l'espace rsidentielressent ici, au cours desquelles il s'ap-proprie concrtement l'espace rsidentiel,sont trs immdiatement rgies par lesrapports de consommation lorsqu'ils seprsentent sous la forme de rapportsjuridiques.C'est ce que l'analyse de la formejuridique des diffrents statuts d'oc-cupation montre.Prenons le cas du locataire parexemple (8). Le rapport de consomma-tion locative se traduit par un rapportjuridique de location dfinissant les sta-tuts du bailleur et du preneur par leurs droits respectifs c'est--direpar leurs pouvoirs respectifs.C'est ainsi que la premire dimen-sion du statut du locataire rside dansle fait que le logement appartient unpropritaire qui dispose du pouvoirde lui en cder ou non la jouissance.Le statut du propritaire trouve dans laproprit et dans les pouvoirs qui s'yattachent un contenu positif. Celuidu locataire n'a qu'un contenu, en quel-que sorte, ngatif : celui de non-pro-pritaire du logement. Et ce statut neprend de contenu positif qu' partirdu moment o, travers son rapportau propritaire du logement, il accde un pouvoir sur le logement : celui del'occuper et d'en jouir. Sur le fond, lelocataire se dfinit d'abord par son ex-propriation c'est--dire par le fait qu'iln'accde un droit sur le logement qu'ilconsomme que dans son rapport aupropritaire.Le locataire ne peut donc dvelopperde pratiques lgitimes que celles correspon-dant au droit que le propritaire lui a cdcontractuellement. Il s'agit donc biend'une structuration quasi immdiate' del'usage du logement par les rapports so-ciaux selon lesquels se droule la consom-mation de ce logement.Un autre exemple significatif est ce-lui de la coproprit. On sait en effet quele copropritaire se dfinit par l'articu-lation d'un double statut : celui de propri-taire (individuel) de parties privatives etcelui de co-propritaire de parties com-munes. Or cette dualit de statut dsi-gne d'emble deux horizons de prati-ques rsidentielles profondment diff-rents. Concernant ses parties privatives(en gros, son appartement (8)) lesdroits d'usage du co-propritaire sontceux, totalement libres, de tout propri-taire. Alors que concernant les partiescommunes (qui vont de la pelouse cer-taines tuyauteries intrieures en pas-sant par les ascenseurs et le chauffage...)les conditions de l'usage sont collecti-vement dfinies au sein du syndicat decoproprit fonctionnant sur le modemajoritaire et constituant en fait l'institu-tionalisation d'un rapport de proprit-possession collective et non plus indivi-duelle. Et le statut de copropritaire si-gnifie que sur toute une partie, sou-vent dcisive, de son espace rsidentiel,il est titre individuel, dpossd, c'est--dire ne disposant plus du pouvoir dedfinir personnellement les pratiques lgi-times et illgitimes.Nous ne pouvons ici multiplier etaffiner ces exemples comme nous l'avonsfait par ailleurs.Mais ils suffisent pensons-nous, montrer comment l'analyse des modesd'usage de l'espace rsidentiel ne peut sefaire sans la prise en compte des formessociales de la possession de cet espaceen tant que c'est selon ces forrpes quesont dfinis le possible et l'impossible,le permis et l'interdit, l lgitime et l'ill-44franqois godardjean-ren pendariesrapports de proprit du logementet pratiques de l'espace rsidentielgitime. On ne peut notre avis compren-dre comment un mnage organise l'usa-ge de son logement, comment par exem-ple les parents interdisent/autorisent tel-le ou telle pratique leurs enfants, sanscomprendre le processus social qui, di-rectement articul sur les rapports de con-sommation, distingue le lgitime de l'ill-gitime.Une telle problmatique articulantdirectement l'tude des pratiques rsi-dentielles sur le moment juridique desrapports de consommation dfinissant so-cialement les usages lgitimes et illgi-times de l'espace, permet, pensons-nous d'aborder d'une manire renouvelela question des formes sociales de cons-cience de cet espace.Il est en effet possible de montrercomment diffrents types de rapportde consommations rsidentielles induisentdiffrents types de reprsentation de l'es-pace travers la forme juridico-insti-tutionnelle de la maitrise sociale de cet'espace.3 ) PRATIQUE DE L'ESPACE ETCONSCIENCE JURIDIQUELa quotidiennet est le lieu d'ex-pression d'une violence plus ou moinsvisible et plus particulirement d'uneviolence portant sur les pratiques d'ap-propriation de l'espace rsidentiel.Cette violence peut atteindre desformes paroxysmiques avec l'expulsiondes occupants d'un logement ou la saisiede leurs meubles, avec l'occupation de celogement ou encore, au niveau plus imm-diat, avec l'affrontement physique avec le. concierge ou le gardien de l'immeuble.Dans l'immense majorit des casl'intervention directe de la force estinutile puisque le droit, expression cris-tallise d'un rapport de force, vite laralisation du coup de force en faisant une douce violence aux pratiquesquotidiennes.La douce violence du droit en co-difiant juridiquement une conjoncturedonne des rapports sociaux, se traduitau niveau de la conscience individuellepar la douce violence que l'on se fait soi-mme dans son rapport aux au-tres.Si l'on pose donc que les pratiquesinter-individuelles comportent toujourstout au moins l'tat latent une po-tentialit de conflits et que le conflitaboutit inluctablement l'liminationdes pratiques d'un des protagonistes (oudes deux protagonistes) quand ce n'estpas l'limination du protagoniste lui-mme, alors on comprend l'importancede l'tude des normes juridiques r-glementant les pratiques sociales rsi-dentielles pour l'analyse de la sgrga-tion rsidentielle.On rappellera que cette norme ju-ridique n'est pas une norme sociale abs-traite mais qu'elle est un des modesd'efficacit des rapports sociaux sur lespratiques sociales.En tout tat de cause on peut di-re qu'iL n'y a pas d'immdiatet psy-chologique ou psycho-culturelle des re-lations interpersonnelles rsidentiellesdans la mesure o toutes ces pratiquessont juridiquement normes (9). Lasgrgation rsidentielle interpersonnellen'est-elle pas alors une mise hors laloi de certains groupes sociaux donton considre qu'ils dpassent les bor-nes de la civilit. Cette morale pra-tique tablit sa jurisprudence quotidien-ne dont les sanctions se manifestent45franqois godardjean-ren pendariesrapports de proprit du logementet pratiques de l'espace rsidentielpar des attitudes de dsapprobation oud'exclusion. Elle rglemente trs stricte-ment les relations de voisinage et ce, nonsur le mode de l'interdiction propre l'intervention du propritaire ou du con-cierge-gardien d'immeuble lgitime par lerglement intrieur mais sur celui de ladissuassion-dsapprobation.Si le voisin est plus ou moins cons-ciemment peru comme sujet juridiquedfini par ses droits et ses obligations,il s'agit de s'interroger sur la dfinitionmme de ces droits et obligations. Or,comme nous l'avons vu, seule l'analysedes rapports sociaux de consommationdu logement permet de comprendre partir de quels enjeux les dfinitions etredfinitions du droit de proprit sejouent.Le droit de proprit du logementdfinit les conditions d'accs, de main-tien et de jouissance du logement et del'espace rsidentiel.Cette dfinition juridique du droitde proprit traduit institutionnellementles rapports entre consommateurs etpropritaires ou entre propritaires occu-pants et propritaires de rapport : le pro-cs concret de consommations pour lesuns correspondant au procs d'extrac-tion de la rente immobilire pour lesautres.La forme de proprit du logementqui permet de disposer de l'habitat etd'en fixer la destination , ainsi queles formes de possession de l'espace r-sidentiel qui fixent la place, de chacundans le procs d'administration-gestionde l'espace rsidentiel, dsignent trsprcisment les places assignes chacunpar rapport la consommation de cemoyen de consommation.Elles fixent galement le degrd'expropriation et de dpossession desoccupants du logement par rapport leur habitat et donc les conditions d'appa-rition de phnomnes sgrgatifs carac-trises par l'exclusion des pratiqueset des individus qui se manifestent' soitpar l'impossibilit d'accder la con-sommation d'un logement soit par l'ex-clusion d'un certain type d'habitat.Or le rapport l'habitat caractrispar un certain degr de maitrise de sonespace rsidentiel tente s'occulter dufait de la complexification des mcanis-mes juridiques rgissant la proprit etla possession de l'habitat.Paralllement la socialisation dulogement sur le mode marchand d'unepart et sur le mode tatico-technocrati-que d'autre part ainsi qu' l'apparitiond'antagonismes et d'incongruences en ma-tire de logement, les formes et les ni-veaux de conscience sont lis aux modes devie rsidentielle et par un dplacement dulieu idologique d'apprhension des pro-blmes.C'est ainsi que sur la base de la des-truction des anciens rapports sociaux deconsommation du logement tend s'oprer un dplacement des formes in-dividuelles et inter-individuelles de cons-cience de l'espace rsidentiel vers desformes collectives et organises.Jusqu' une poque rcente ola complexification et l'extension des r-glements d'urbanisme faisant suite lasocialisation des services affrents au lo-gement et l'intervention de plus en plusgrande de l'tat en la matire, les rglesjuridiques rgissant les rapports entrepropritaires ou locataires individuels res-sortissaient quelques principes relative-ment simples relatifs aux diverses rgles46franqois godardjean-ren pendariesrapports de proprit du logementet pratiques de l'espace rsidentielde mitoyennet, aux servitudes de passa-ge, d'coulement des eaux, de construc-tion, d'gout, de vue, etc.Ces principes variaient d'ailleurssouvent en fonction d'une sorte de droitcoutumfer propre chaque rgions (Cedroit coutumier encore.largement rpan-du dans un grand nombre de rgion dis-parait devant raffinement de plus en plusgrand des contraintes d'urbanisme pesantsur les maisons construites ou cons-truire).Or, les habitants avaient un rapportorganique ces rgles juridiques en cesens qu'il dterminait immdiatement lerapport l'espace rsidentiel et auxautres usagers de cet espace. La libredisposition du logement et la matrisedirecte du procs de travail rsidentielet domestique renforait galement lapossibilit de maitrise juridique directedu rapport l'espace rsidentiel, nonocculte par une institution ou un agentsocial spcialis. .Dans ces conditions les processus decontrle et de lgitimation des prati-ques passaient directement par une sortede consensus juridique implicite qui fai-sait des relations inter-personnelles devoisinage des relations toujours et imm-diatement juridiques (5). Point besoin derglement intrieur, de panneau de cl-ture (tout au moins en occitanie) commeceux qui .codifient l'usage de l'espacedans les banlieues pavillonnaires desgrandes villes, point besoin d'une orga-nisation extrieure juridiquement codi-fie, rappelant les rgles qui doivent r-gir le comportement de chacun.Dans cet espace, apparemment a-structur pour un citadin, rsidentielrural ou semi-rural, et o l'on peut appa-remment circuler librement tout eststrictement rglement suivant une rgledont la lgitimation'tire ses racines de lacoutume (6).Dans ces conditions la conscienceimmdiate de l'espace est immdiate-ment la conscience d'intrts et de con-flits d'intrts juridiquement perus. Lescatgories de perception des autres sontexprimes dans ls termes d'un rapportde force o la ngociation empiriquedes droits sur l'usage de l'espace est aufondement d'une morale du voisinage.L'introduction des rapports capi-talistes de consommation de l'habitatvient bouleverser un tel mode de rapport l'espace rsidentiel et ce, de diversesfaons.C'est ainsi que le droit de l'urba-nisme s'tend et se complexifie au pointque les habitants ne peuvent plus ma-triser juridiquement l'ensemble de la l-gislation "urbanistique (7). Peu peudes rgles extrieures matrises par desinstances plus lointaines viennent. s'in-terposer pour rgler la pratique de l'es-pace rsidentiel et par consquence desmodles de sociabilit qui y sont atta-chs.Le phnomne est fort net avec ledveloppement de la proprit d'occupa-tion en lotissement pavillonnaire puisavec la'co-proprit d'occupation d'ha-bitat collectif li l'extension de laproduction capitaliste du logement. Eneffet, la gestion de telles units collec-tives de consommation entraine non seu-lement une complexification du droit,elle entraine galement une complexifi-cation des processus de gestion desmoyens de consommation rsidentielleet donc l'appel des institutions de ges-tion: Formellement maitres de la dispo-sition et de l'administration de leur47franqois godardjean-ren pendariesrapports de proprit du logementet pratiques de l'espace rsidentiellogement, les copropritaires ne per-oivent plus directement cette maitrisecomme le montre d'ailleurs l'tude deN. Haumont et R. Raymond sur la copro-prit : il y a bien les institutions de lacoproprit, mais ce ne sont pas les ins-titutions du copropritaire. (...) ... cesinstitutions n'entrent pas dans le vcu del'habitat, elles sont plutt perues commeun ensemble opposable au co-propritai-re, un ensemble dont il faut tenir comptemais qu'il ignore comment utiliser (10).Ce qui est dit ici des propritaireset copropritaires occupants est tout aus-si valable pour les locataires pour quiil est peut tre encore beaucoup plusdifficile de concevoir les rapports so-ciaux (de proprit et d'appropriationrelle) qui rgissent leurs rapports l'es-pace rsidentiel.Dans ces conditions, le problmede la maitrise de l'espace rsidentiel m-di par la maitrise des rgles juridico-financires se dplace sur les relations devoisinage. Mais, et c'est peut-tre l unerserve que nous formulerions l'gardde l'ouvrage prcit, dire que les copro-pritaires ne peroivent plus les anta-gonismes lis leur place dans les rap-ports de- consommation que commedes incongruences pratiques lies desmodles culturels d'appropriation de l'ha-bitat, ne signifie pas que ces antagonis-mes objectifs ont disparu. Cela signifiesimplement qu'ils tendent disparatredans l'horizon de leur propre consciencepour se dplacer idologiquement. Ledplacement institutionnel du lieu degestion de la rente immobilire est cer-tainement dcisif dans le dcrochageperceptif des rapports sociaux et parl'effet d'occultation des antagonismes,derrire des incongruences pratiques (11).Cela ne signifie pas que les incon-gruences pratiques lies au niveau d'du-cation et aux idologies pratiques propres chaque filire de consommation n'aientpas d'existence propre. Cela signifie quetous les antagonismes marquant les rap-ports sociaux de consommation du loge-ment tendent se traduire sous la formed'incongruences pratiques. Dans ces con-ditions les conflits au niveau de l'usagelgitime de l'espace ne sont plus per-us que comme une forme de violencepratique et symbolique (ce qu'ils sontaussi) se matrialisant dans des rapportsi.nter-individuels ou inter-groupaux d typeconflictuel.La situation actuelle marque par lasocialisation de plus en plus grande dela production et de la consommation dulogement conduisant de nouvelles for-mes de consommation rsidentielle collec-tive ainsi que le dveloppement des or-ganisations de consommateurs dans unenouvelle conjoncture politico-idologiqueva Contribuer un dbut de modifica-tion du rapport de l'habitant son lo-gement. Dans ce cas les communautsde voisinage se transforment en groupesrevendicatifs sur la base d'une formenouvelle de conscience du statut d'occu-pant et des rapports sociaux qui le dfi-nissent.Le passage des formes individuel-les de conscience vers des formes col-lectives entraine, entre autres consquen-ces, l'apparition d'une nouvelle formede conscience juridique.Un des aspects de la socialisationde la consommation rsidentielle rsidedans la socialisation des modes de priseen charge du travail de consommationentranant une nouvelle division techni-que et sociale de ce travail de consom-48franqois godardjean-ren pendariesrapports de proprit du logementet pratiques de l'espace rsidentielmation qui rorganise au niveau de la ges-tion des immeubles ou des lotissementsun travail traditionnellement assur l'in-trieur de la cellule familiale.Du fait des rapports de propritdominants impliquant non seulementle pouvoir de disposer du logement maisencore le pouvoir de mettre en oeuvreet de grer le travail de consommationpropre au logement, la famille est d-possde de la capacit contrler etorganiser une partie du travail de con-sommation.Paralllement les nouveaux typesde gestion de l'habitat tendent forma-liser et institutionnaliser les rapportsrsidentiels. Ce faisant les relations devoisinage tendent galement changerde sens. La sociabilit de voisinagebase sur l'change de petits servicestend progressivement se formalisereh une communaut d'intrts.Mais en mme temps que la prati-que organise tend progressivement p-ntrer la sphre dite prive de la rela-tion de voisinage, se trouve pos le pro-blme de la participation, la gestion dulogement, caractrise par la revendica-tion de la mise en place de conventionscollectives du logement (la seule formejuridique rgissant actuellement le statutjuridique de l'occupant est le contratindividuel), c'est--dire d'un nouveaudroit du logement. La revendication deconvention collective de l'habitat viseessentiellement deux objectifs : le pre-mier concerne la dmocratisation duprocessus de gestion le second la re-connaissance d'un droit syndical ainsique la mise en place d'une juridictiondes conflits collectifs calqus sur lesconseils de prud'hommes ouvriers.Cette nouvelle forme de consciencejuridique part de la reconnaissanced'intrts spcifiques l'occupant du lo-gement. Cependant au risque d'en rester un certain positivisme juridique, on nepeut se contenter de constater la reven-dication d'un nouveau droit du logementcar comme nous l'avons vu la dfinitiondu contenu du droit au logement et dustatut de l'occupant est elle mme unenjeu politique et idologique. Ces ques-tions dans la mesure o elles sont posesle plus souvent par rapport au logementpublic dbouchent elles-mmes sur laquestion de la dfinition de la notionde proprit sociale du logement.Dans certains cas, ce problme estassimil celui de l'apparition de nouvel-les formes collectives d'appropriation dulogement. On insiste alors exclusivementsur le dveloppement de la solidarit etl'entraide entre les habitants dbouchantpar le moyen de la vie associative sur denouveaux modes de vie collectifs. Unetelle dmarche aboutit souvent unesorte de moralisation du collectif face l'individuel.Dans d'autres cas se pose le pro-blme de la dfinition de la propritsociale du logement par rapport au pro-blme plus vaste de la participation lagestion du logement. C'est ainsi en effetque certaines organisations considrentque le propritaire n'a aucun droit sesubstituer au locataire pour grer les di-vers services lis l'utilisation du loge-ment et ce d'autant plus que le bail nedonne aucun mandat au propritairepour grer ces services. Mais si le propri-taire n'est que le mandataire du locatai-re pour assurer le fonctionnement du lo-gement, le problme se pose alors desmodalits pratiques d'intervention de49franqois godardjean-ren pendariesrapports de proprit du logementet pratiques de l'espace rsidentiell'occupant du logement. Certains propo-sent d'tendre la location le principedu conseil syndical de coproprit, d'au-tres proposent la cration dans le secteurrglement de socits fermires, ou en-core de coopratives de consommation,fonctionnant comme socits de gestion,d'autres enfin suggrent la cration decomits paritaires dans les ensembles im-mobiliers de plus de 50 logements (9).Certains vont encore plus loinen sortant le problme des droits de l'oc-cupant du face face entre gestionnai-res et usagers, et en posant le problmedes politiques sociales du logement. Laconsquence immdiate de cette attitu-de est que le problme du statut de l'oc-cupant se trouve totalement dcentret se repose de faon entirement nou-velle dans la mesure o il dbouch surla question la plus large de la propritpublique du logement en liaison avecl'extension des droits d citoyen. (Lefinancement public du logement est lefait de l'habitant citoyen par le biais del'pargne ou de l'impt). .Une telle volution historique desformes de conscience de l'espace rsiden-tiel qui partant du droit coutumier del'espace rural aboutit la mise en ques-tion de la proprit sociale du logementet du rle de l'habitat-citoyen et per-met de bien mettre en vidence un faitessentiel : la complexification croissantedes rapports sociaux de Consommation del'habitat contrastant avec les relationsrsidentielles de types rurales et prca-pitalistes pour lesquelles les composan-tes des rapports sociaux de consomma-tion (rapports de proprit, rapport d'ap-propriation relle) se droulent sous lesformes sociales simples et immdiate-ment lisible; et maitrisables que sont lesrelations domestiques et les relations devoisinage.C'est l'analyse de ces rapports deconsommation qui nous a permis d'a-border l'analyse des pratiques et des for-mes de perception de l'espace rsiden-tiel.L'essentiel des tudes dj faitessur l'espace rsidentiel abordent la ques-tion du seul point de vue des grandesdterminations conomiques qui, r-gissant la production et la distribution desvaleurs d'usages rsidentielles, rgissentles conditions dans lesquelles un con-sommateur peut ou ne peut pas accderdans tel ou tel type de logement : cots,localisation...Nous avons pour notre part, tentd'aborder le problme partir de l'ana-lyse de la dtermination des procs con-crets de consommation par les rapportsde proprit.Partant de l, il resterait analyser,au moyen d'tudes empiriques, les pra-tiques d'appropriation relle du logementen tant qu'effets sur les mnages de cesrapports de proprit.Une telle comprhension du lien dia-lectique entre rapports sociaux, prati-ques sociales (procs concret de consom-mation) et formes de conscience, suppo-serait une relle dsectorisation et desp-cialisation des tudes empiriques. Au-del du simple problme de l'interdis-ciplinarit, la question est celle d'unredcoupage proprement thorique desobjets d'analyse.NOTES(1) Pour une analyse approfondie des fon-dements thoriques du concept de rapportsocial de consommation, cf., P. HERZOG,Politique conomique et planification en rgi-50franqois godardjean-ren pendariesrapports de proprit du logementet pratiques de l'espace rsidentielme capitaliste, Ed. Sociales, Paris 1971 ; P.G REVET, Besoins populaires et financementpublic; Editions Sociales, Paris 1976 ; C.BETTELHEIM, Calcul conomique et formesde proprit, Maspero, Paris 1970 ; F. GO-DARD, De la notion de besoin au concept depratique de classe. La Pense n 166, 1972 :et surtout, E. Petreceille (en collaborationavec M. PINSON et P. RENDU), Equipementscollectifs, structures urbaines, et consomma-tion sociale,C.S.U. Paris 1975.(2) E. PRETECEILLE, M. PINSON, P.RENDU, Op. cit.(3) Si la valeur des marchandises se dter-mine dans le processus de production, c'estdans ces rapports de proprit (qui couvre dansle cas des rapports de proprit prive que cel'on appelle habituellement le march) qui sejoue la valeur d'change montaire des mar-chandises qui peut fluctuer selon les conjonc-tures au-dessus ou en dessous de la valeur rel-le des marchandises.(4) Pour une analyse plus dtaille de cesfilires d'accs au' logement, nous renvoyons notre tude : Les rapports de proprit dulogement ; sgrgation rsidentielle et gestiondu logement. Plan construction, Laboratoirede sociologie de l'Universit de Nice, Dcembre.1976.(5) Dans cette distinction nous nous ins-pirons du travail de Charles BETTELHEIM dansson ouvrage Calcul conomique et formes deproprit, Maspero, Paris 1971 (Cf. en par-ticulier, p. 58 - 64, 98, 122:,- Uo). Il ne s'a-git pourtant ici que d'une simple convergencede proccupations qui, sur des rapports sociauxfort diffrents (rapports de production etrapports de consommation), ne conduit pas n-cessairement aux mmes rsultats dans le d-coupage analytique des rapports de proprit,du moins, dans l'tat actuel de la rflexion surce sujet.(6)"C. BETTELHEIM : Op. cit.(7) C. BETTELHEIM : Op. cit., p. 58.(8) Pour une tude plus dtaille des exem-ples qui suivent, cf. notre rapport Op. cit.(9) Le terme d'appartement est faux en ra-lit. Avec le dveloppement de la socialisationde la consommation du logement que ralisel'habitat collectif moderne, les parties relle-ment prives se rduisent si peu de chose quecertains juristes vont jusqu' se demander si, mis part, si la robinetterie et les papiers peints,tout n'est pas proprit commune.(10) La vie quotidienne n'est-elle pas cons-titue d'une trame de questions ayant pour ba-se les interrogations du type : ai-je droit de ? a-t-il droit de , fixant le possible et l'impos-sible en matire de pratique. Cette trame dequestions dsigne un problme thorique : ce-lui du rapport pratique entre thique et juri-dique.(11) Ceci ne signifie pas que ce type de re-lations excluait le conflit et les incongruencespratiques tendant vers la sgrgation de certai-nes pratiques et les haines ancestrales de ha-meau viennent nous le rappeler. Mais ces con-flits rgls suivant une sorte de jurisprudencelocale se posaient directement dans les termesd'un droit lmentaire certes mais directementoprant.(12) Cet espace est d'ailleurs d'autant plusrpressif que l'intriorisation des contraintesy est complte et qu'il n'est nul besoin de pan-neau (qui sont faits pour tre transgresss) d'in-terdiction pour rglementer des pratiques ido-logiquement parfaitement rgles. D'autantmieux rgles d'ailleurs que cet espace de laconsommation rsidentiel est souvent gale-ment l'espace de la production.(13) Les grands cabinets d'avocats-conseilsont maintenant des services spcialiss dans lesdivers secteurs du droit de l'urbanisme dont unedes principales tches est d'actualiser au jour lejour les nouvelles dispositions juridiques en ma-tire d'urbanisme.(14) N. HAUMONT, R. RAYMOND, LaCoproprit .CRU,1975,p.92-93.(15) Nous dfinissons ces concepts d'anta-gonisme et d'incongruence dans notre tudesur les rapports de proprit du logement (dcembre. 1976. Laboratoire dp sncioloqie del'universit de Nice). L'antagonisme dfinit lesrapports de proprit (des moyen:, ji: consom-mation) capitalistes et caractrise les rapportsentre un capital (en l'occurence, le capital im-mobilier)et le revenu des mnages. L'amago-nisme dbouche sur un premier type de sgrga-tion. L'incongruence dfinit les relationsd'appropriation relle des moyens de consom-mation et caractrise les rapports entre les pra-tiques sociales des mnages visant l'appropria-tion concrte des moyens de consommation etles modalits pratiques de reproduction desmoyens de consommation. L'incongruence d-finit un second type de sgrgation.(16) A notre connaissance aucune de cesformules n'a encore vu le jour.51Vronique de Rudder-PaurdFranois Vourc'hle marchde l'insalubreC'est par exclusion du march or-dinaire (neuf et ancien) que se cons-titue la clientle de l'habitat insalu-bre.Les prix, d'abord, liminent cer-taines catgories de population deslogements ordinaires , mme so-ciaux, et notamment la" partie la plusexploite de la classe ouvrire (manoeuvre,O.S....). La longueur des listes d'at-tente, les critres et les procdures d'ac-cs aux H.L.M. dfavorisent en parti-culier les familles ouvrires immigres.A ceci s'ajoute le rejet social dont ellessont victimes. Ainsi vis vis du marchdu logement, l'habitat insalubre joue lerle de soupape au parc social en abri-tant les populations immigres qui ensont exclues ( 1).La notion d' insalubre toute-fois reoit des acceptions variables.En tmoigne la diversit des synonymesqui lui sont attribus dans le domainedu logement : ancien, vtust, malsain,dfectueux, dangereux...Selon que l'approche privilgie estadministrative ou juridique, conomi-que ou urbanistique, les contours de cequ'il est convenu d'appeler par unapparent consensus l' habitat insa-lubre se dessinent diffremment.Ce sont les objectifs poursuivis : ac-tion sociale, politique, planification ur-baine, gestion de la main d'oeuvre etc.qui dfinissent en dernier ressort cet-te artificielle unit.Les organismes chargs de la r-sorption constituent, par leur prati-que (du recueil de l'information auxprises de dcision) I' habitat insalu-bre dans une homognit dpendan-te des hasards de la dcouverte et desmoyens juridiques et conomiques d'in-tervention. Homognit arbitraire, donc,contenue dans l'objectif de rsorp-tion, lui mme souvent dpendant d'au-tres finalits.La diversit concrte de l'habitatinsalubre s'oppose cette unit arti-ficielle et donc la pratique mmede rsorption. Types de logements,statuts d'occupation, degrs d'incon-fort et de surpeuplement, natures destissus urbains environnants... apparais-sent dans les dossiers administratifseux-mmes comme l'observation ex-trmement varis.53vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubreSans vritable unit matrielle,l'habitat insalubre n'en existe pas moinscomme ensemble de logements et deconditions d'habitation infrieures ceux de la moyenne de la populationfranaise et rservs certainescatgories sociales.Les caractristiques inhrentes l'insalubrit (inconfort, vtust, salet,voire danger...) ne fondent pas ellesseules la spcificit de l'habitat insa-lubre. . Au contraire, celles-ci sont leplus souvent produites par des condi-tions externes la nature de l'difi-ce et mme des units d'habitation.La distinction la plus importante nes'opre pas entre Iqgements ordinai-res et logements insalubres .Si une unit peut tre dceledans ce qu'on nomme l'habitat insa-lubre, elle rside dans le fait que ce-lui-ci s'organise en tant que march.L'lment essentiel, constitutif dece march est l'existence la cration d'une clientle, par exclusion des au-tres marchs du logement. La disjonc-tion entre le march de l'insalubre et lesautres n'est pas totale. Le passage del'un l'autre est possible et s'effec-tue parfois. Il n'en possde pas.moinscertains caractres fortement particula-riss-, parmi lesquels les conditions ju-ridiques, conomiques et sociales destractations qui s'y oprent et les ty-pes de populations en prsence ( of-freurs et clients ) jouent le rlele plus important.L'tude que nous avons meneen 1975 sur l'habitat insalubre et lesimmigrs en Seine Saint-Denis (1) a-vait un double objectif : analyser de ma-nire interne le march de l'insalubre,tel qu'il se prsente aux trangers, d'u-ne part, et la pratique administrati-ve de rsorption d'autre part.Ni le temps, ni les moyens nenous tant donns pour effectuer uneenqute de terrain approfondie, c'estsur la base des donnes administrati-ves elles-mmes que nous avons travail-l. Elles nous ont permis de mettre sys-tmatiquement en relation les cas- de logements insalubres avec les tenta-tives ou les oprations de rsorptioneffectues (3).L'expos qui suit tente de mon-trer que l nature, la fonction et lemode d'existence, en tant que march,de l'habitat insalubre s'opposent la pratique institutionnelle de rsorp-tion telle que la loi et les moyens co-nomiques qui lui sont donns la d-terminent.I - LES LOGEMENTS INSALUBRES(4)Nous l'avons dit, l'habitat insalu-bre est trs divers. Nous avons tentd'en dgager les principales caract-ristiques descriptives afin d'offrir u-ne image de ce qui constitue l'objetdes' tractations s'oprant dans ce mar-ch.1.1. Ls types de logement.Les logements que nous avons tu-dis sont situs dans la proche ban-lieue parisienne. Ils sont en gnralinsrs dans un tissu urbain plus oumoins dense mais continu, form depetits immeubles ou de pavillons plusou moins vtusts o loge une popu-lation trangre importante.Chacun des dossiers que nous a-vons examin constitue un cas con-54vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubresidr comme une unit par l'admi-nistration. Il s'agit en gnral d'un ensem-ble group une seule adresse. Ces cas ne sont toutefois pas toujourscomposs d'une catgorie de logementunique. Plusieurs types d'difices oud'lments de construction,, plusieurssortes de locaux (btiment en dur + baraques de construction prcaire+ caves...) peuvent coexister.C'est la raison pour laquelle lesproportions indiques ci-dessous (calcu-les sur les cas ) aboutissent > untotal suprieur 100 %.Les immeubles lous en garnis sont .majoritaires (69 % du total des cas ). Ils se dcomposent en trois.catgories- : les garnis homologus parles services prfectoraux (24,5 % du to-tal des garnis),'les garnis clandestins,de loin les plus nombreux (67,5 %),et les garnis dont une partie seulementest homologue, l'autre tant louesans autorisation (8%).Les micro-bidonvilles (les bidonvil-les importants de la Seine Saint Denisayant t dtruits) et les ensembles cons-titus au moins partiellement de ma-triaux prcaires, composent un quart(25,5 %) des dossiers examins.Certains des logements insalubresse trouvent dans ou autour de pavil-lons (7 %). -Les caves, combles et sous-sols habits reprsentent 3 % de l'en-semble. Certains logements sont iso-ls dans un immeuble non considrcomme insalubre ou au contraire inclusdans un difice insalubre, lui-mmeinsr dans un tissu urbain non dgra-d (12,5 %) ; ils sont en gnral lousvides.1.2. Les caractristiques d'insalu-brit.Les enqutes administratives por-tes aux dossiers n'ont pas de caract-re systmatique. Aucune mthode pr-cise ne s'en dgage, de telle sorte quenous n'avons pas pu savoir si le rele-v des caractristiques a t exhaustifou slectif (5).Malgr ce dfaut et faute d'infor-mation plus prcise, nous avons choi-si de prendre en considration toutesles donnes contenues dans les dos-siers, en supposant qu'elles taient aumoins les plus importantes. Nous ob-tenons ainsi une image globale, maisimprcise, de la nature de l'habitatinsalubre en Seine Saint Denis. Ces r-sultats, comme ceux qui suivent, doi-vent tre considrs comme des in-dicateurs de tendance . Le tableaun 1 (page suivante) prsente les carac-tristiques d'insalubrit les plus frquem-ment releves.L'insuffisance sanitaire est impor-tante : prs des 2/3 des difices ontdes W.C. insuffisants, c'est dire inf-rieurs en nombre ou en capacit defonctionnement la norme en vigueurdans les foyers pour isols, soit un pourcinq habitants ; et prs de la moitid'entr'eux sont mal desservis en eaucourante potable. Les rseaux lec-triques comportant des risques d'in-cendie sont galement frquents.7 % des logements tudis ne sontque surpeupls et 5,5 % ne sont quevtusts. Aucune autre caractristiqued'insalubrit n'est cite dans leurs dos-siers. Bien qu'il s'agisse d'une minorit,ces cas indiquent une tendance assi-miler le surpeuplement et la vtust55vronique de rudder-paurdfranois vourc 'hle march de l'insalubre l'insalubrit, tendance dont nous ver-rons qu'elle constitue une orientationlgislative ( Loi VIVIEN , voir ta-bleau n2 page ).La plupart des difices, toutefois,sont trs insalubres, ainsi qu'en tmoi-gne l'analyse du cumul des caractris-tiques d'insalubrit (tableau n2).Prs de la moiti des difices ru-nit au moins 6 dfauts. Plus du quarten totalise entre 3 et 5.L'insalubrit apparat donc dans sestraits les plus importants comme essen-tiellement cumulative.Elle provient d'une absence d'en-tretien que le surpeuplement et le rou-lement plus ou moins rapide des ha-bitants aggrave. L'abandon dont souf-frent ces locaux n'est pas ponctuel.Il s'tend l'ensemble des lments :toiture, murs, ouvertures, plomberie, -lectricit, propret...Il n'est toutefois pas total. Onpare au plus press. Ce sont d'ailleurssouvent les habitants eux-mmes qui bricolent pour tenter de limiterses effets. Ainsi on installe des fils -lectriques volants (non encastrs,mal isols) ; on remplace les tuiles pardu plastique, les vitres par du carton ;on isole avec du papier goudronn...Ces pseudo-rparations n'amliorent qu'trs"court terme les conditions deTableau ICARACTERISTIQUES D'INSALUBRITE W.C. insuffisants ou casss 60,6% des difices Chauffage insuffisant et/ou dangereux-, . . 54,9%" " Alimentation en eau potable courante insuffisante .. . 49,3%" Electricit dangereuse 47,9 %" Aration et/ou clairage insuffisants 46,5%" Humidit .- 42,2 %'" Parasites ou rongeurs 15,5%" Divers . . . 21,1%"Tableau 2LE CUMUL DES CARACTERISTIQUESD'INSALUBRITE- 1 seule caractristique 8,4 % des cas"- 2 caractristiques 11,3 %" "- 3"8,4 %" "-4"12,7%"' "- 5"5,6 %" "- 6"25,3 %" "-7 ." 16.9%" "- 8"5,6 %insalubrit non prcise 5;6 %" "56vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubrevie mais compromettent, en les retar-dant, des oprations d'entretien plusfondamentales.En s'engendrant ainsi elle-mme,en s'aggravant, l'insalubrit n'apparaitplus comme un tat du bti, mais com-me un processus qui devient peu peuirrversible.1.3. Le surpeuplement.L'ensemble des logements que nousavons tudis abritent plus de 3 000personnes. Beaucoup, parmi eux, sontsurpeupls. Le calcul du peuplementn'est pas ais dans l'insalubre. L'unitlogement n'a, ici moins qu'ailleurs, pasgrand sens du fait de l'absence de don-nes sur les surfaces habitables. Nousavons retenu pour base de calcul l'uni-t pice d'habitation . Cette uni-t est imparfaite, une pice pouvanttre plus ou moins grande. C'tait ce-pendant la plus fine et la plus homo-gne que nous puissions trouver dansles donnes des dossiers. Nous avons in-clus la cuisine, lorsqu'il y en avait, par-mi les pices d'habitation car, quand el-le existe, elle est presque toujours utili-se comme sjour ou/et chambre cou-cher. Nous avons videmment exclu lessanitaires.Les immigrs en insalubres sont,en moyenne, 2,5 par pice. La moitides logements ont une densit gale ou\ suprieure 2 personnes par pice. El-le-' est de 3 personnes et plus pour untiers d'entrer eux.L'occupation est diffrente selonles types de logement. Les micro-bi-donvilles ou .ensembles construits avecdes matriaux prcaires et les logementsisols sont plus peupls que les autres(respectivement 3,6 et 3,3 personnespar pice). Les garnis homologus lesont moins (1,7). Les garnis clandes-tins se situent la moyenne (2,5).Il-LES HABITANTSLes trangers, on le sait, consti-tuent une grande part des mal logs des villes franaises, notamment dansla rgion parisienne.Dans le dpartement de la SeineSaint-Denis, les immigrs reprsen-tent 22 % des inscrits au fichier desmal logs alors qu'ils forment 16,5 %de la population totale (6). Plus de lamoiti des trangers inscrits sont consi-drs comme prioritaires, ce qui repr-sente plus d'un tiers (37,5 %) du totaldes prioritaires.Bien que les logements insalubresmajoritairement habits par des tran-gers abritent aussi quelques franais(environ 10 15 %), ce sont les ma-ghrbins les plus nombreux, de loinavec une nette prdominance des alg-riens. Ils sont fortement sur-reprsen-ts dans l'habitat insalubre puisqu'ilsforment 36,5 % du total des trangersdu dpartement et 78,5 % de l'ensem-ble des trangers en insalubre (7).80 % d'entr'eux vivent en gar-nis . Ils sont le plus souvent maris,ayant migr sans leurs familles.Cette sur-reprsentation qui leurest propre ne s'explique pas seulementpar des raisons conomiques (obliga-tion du transfert d'argent au pays d'o-rigine), mais aussi par le rejet socialdont ils sont victimes, qui les exclutdes autres logements et les incite cher-cher dans les garnis des relations so-ciales'plus satisfaisantes.Les portugais viennent au secondrang et. sont au contraire sous-repr-57vronique de rudder-paurdfranqois vourc'hle march de l'insalubresentes dans l'habitat insalubre (26 % dutotal des trangers et 13,5 % des immi-grs en insalubre).Ils vivent peu en garnis mais plu-tt dans des pavillons ou des caves,des difices en matriaux prcaires etdes logements isols lous vides. Ilsconnaissent un surpeuplement particu-lirement accentu.On trouve aussi en insalubre desyougoslaves (pavillons et habitationsprcaires) et des espagnols (garnis).L'insalubre abrite plus d'isols quede familles (48 % contre 39 % du totaldes occupants), en particulier une ma-jorit d'hommes vivant seuls,en l'oc-,curence ayant laiss leur famille aupays d'origine. Nanmoins 13,5 % deshabitants de l'insalubre sont des en-fants.Les habitants trangers de l'insa-lubre apparaissent, dans ce dparte-ment comme ailleurs, comme une po-pulation laborieuse, de faible qualifi-cation, disposant de ressources trslimites (Les salaires variaient, en 1975,de 800 3 200 F. La moyenne se situait 1680 F, et 44 % d'entr'eux taientcompris dans une fourchette de 1 400 1600 F).Les charges conomiques pesant surcette population sont lourdes. Bienqu'en moyenne les familles ne soientpas trs nombreuses, certaines d'entr'elles comptent beaucoup d'enfants etne disposent frquemment que du seulsalaire paternel.Quant aux isols, ceux qui sont ma-ris subviennent aux besoins de leurs,familles restes aux pays d'origine, toutcomme une bonne partie des. cliba-taires qui aident leurs parents.III - SITUATION JURIDIQUE DEL'HABITAT INSALUBRELes infractions aux lois sont sinombreuses dans l'habitat insalubre qu'el-les en sont constitutives. Les livres d'h-tels non tenus jour, l'absence de d-claration de l'hbergement d'trangers,le refus de dlivrer des quittances deloyer... sont monnaie courante.Les recensements effectus par lesservices de police auprs des habitantsmontrent que ceux-ci sont rarementen situation irrgulire : carte de sjouret de travail sont presque toujours va-lides.Mais la proprit juridique des lo-caux insalubres est souvent mal dfi-nie. Les difficults d'identification despropritaires auxquelles se heurtent alorsl'administration ralentissent considrable-ment l'effet des dcisions prises pourla rsorption : un arrt prfectoralmal adress doit tre annul et rempla-c par un autre l'intention du (des)vritable (s) propritaire (s).Il existe souvent plusieurs propri-taires, soit que l'un possde le terrajn,l'autre les murs et un troisime le fondsde commerce (caf htel garni) ; soitque les biens soient en indivis. Les pro-pritaires peuvent galement s'tre, volon-tairement ou non, dsintresss de leurpatrimoine. Certains ont parfois disparu.Dans certains cas, le propritaire est d-cd et ses hritiers ne se sont pas mani-fests. Il y a aussi parfois des litiges desuccession interminables. Certains locauxsont lous d multiples locataires, prin-cipaux qui eux-mmes ont plusieurssous-locataires... On trouve des cas de fausse proprit : une personne croit58vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubreavoir achet des biens sans qu'elle en aitle droit (immeuble frapp d'arrt prfec-toral de dmolition, par exemple) ou sansqu'il y ait de trace juridique valable. Ontrouve aussi des cas d'usurpation pure etsimple, le grant encaissant les loyerspour lui-mme sans rien verser au propri-taire... On serait tent de dire qu'en cedomaine, tout est possible !Ce vide juridique est fortementli l'insalubrit. Plus de la moiti (56,5%) des difices que nous avons tudi ont(ou ont eu) des propritaires difficilementidentifiables.Nous avons tent de savoir s'il y a-vait une relation entre le degr d'insalu-,brit tel que nous l'avons saisi travers lecumul des caractristiques (tableau n 2)et ces problmes de proprit. Le tableaunc3 (page suivante) montre cette liaison.Prs des deux tiers des difices lesplus insalubres (ceux qui cumulent entre5 et 8 caractristiques) appartiennent-des propritaires qu'il a fallu rechercher,qui sont rests inconnus ou qui taient enprocs de succession. Les garnis sont plussouvent que les autres types de logementdans ce cas.On ne saurait attribuer ces parti-cularits du march de l'insalubre un rleessentiel dans l'insalubrit. Celle-ci, bienau contraire, est le fruit d'un ensemble defacteurs.Nous pensons toutefois que la pro-prit inassume est l'une des causes, par-mi d'autres, du processus d'insalubrisation.IV - LES MARCHANDS DE SOM-MEILSi les propritaires sont trs souventdifficiles identifier, les grants qu'ilsle soient de fait, ou de droit sont unpeu mieux connus.Comme on. pouvait s'y attendre,bon nombre des propritaires, et sur-tout des grants, sont trangers. Letableau n 4 (page suivante) en mon-tre les proportions.C'est dans les garnis que les pro-pritaires sont le plus souvent tran-gers, suivis par les ensembles avec cons-tructions prcaires et les pavillons.Seuls les logements ou immeubles iso-ls ont une majorit de propritairesfranais.La grance est le plus souvent as-sure par un tranger, mme si le (s)propritaire (s) est franais, La tota-lit des grants des pavillons dgradsest trangre et prs des 9/10 de ceuxdes garnis sont de la mme nationalitque le plus grand nombre de leurs lo-cataires .Il n'y a aucun type de logementdans lequel la majorit des grants soitde nationalit franaise. Ici encore ;le taux le plus lev de Franais se trou-ve dans les logements ou immeublesisols.Ces rsultats confirment ce quel'on savait dj sur l'habitat insalu-bre occup par des trangers. Il sembleque les transactions immobilires dansce type d'habitat se fassent pour unegrande part entre immigrs. Selon u-ne tude dj cite (7), Valenciennes,dans un quartier insalubre aucunachat fin d'habitation n'est le faitd'un Franais depuis 1960, aucun im-meuble possd une fois par un ita-lien ne quitte la population italienne .Nous n'avons pas pu tudier lestransactions dans l'habitat insalubre denotre dpartement. Les quelques chif-fres et lments dont nous disposonsnous permettent de penser que la situa-59vronique de rudder-paurdpanois vourc'hle march de l'insalubretion n'est pas trs diffrente et que lestransactions se font pour une grandepart entre Maghrbins (garnis) et en-tre Portugais (pavillons).Quelques marchands de som-meil (environ 10 % dans notre po-pulation) cumulent en proprit ouen grance plusieurs immeubles (8).Certains d'entr'eux possdent la foisTableau 3DIFFICULTES D'IDENTIFICATION DES PROPRIETAIRESET DEGRE D'INSALUBRITEDegr.^insalubrit1 2 34 5 6 7 8 ? TotalDifficults""-""-- caractristi- caract. caract. caract. % %d'identification quesIdentification 11,3 9,8 12,7 7 40,8aise.%-Identificationdifficile ou 8,4 11,3 16,9 15,5 4,2 56,3impossible oulitigieuse %? TA TA 2,8%= " = =:^= ,:TOTAL 19,7 21,1 31 22,5 5,6 100% :: L_ L I60vronique de rudder-paurdfranqois vourc'hle march de l'insalubreTableau 4NATIONALITES DES PROPRIETAIRES ET DES GERANTSSELON LES TYPES DE LOGEMENTSPROPRIETAIRES GERANTSFranais trangers Franais Etrangers__% % %%Garnis 27,5 . 72,5 13,5 86,5Pavillons 40 60 100Logements ou immeu- 75 25 33 66bls isolsCaves, combles, sous- 50 50 25 75solsMicro-bidonvilles ou 40 60 20 80difices en matriauxprcaires^- ^^ .^^ ^^ ____^_ __^^_^^ MOYENNE 37 63 17,5 82,5GENERALE61vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubredes locaux insalubres et des locaux or-dinaires (en gnral vtusts). Ils n'engrent parfois qu'une partie et fontalors exploiter le reste par un hommede confiance. Ceci est surtout le faitdes garnis clandestins.V - COUT ET RAPPORT DE L'HA-BITAT INSALUBREIci encore, pour calculer le prixde l'insalubre, nous avons eu recours l'unit la plus fine et la plus homo-gne qu'il tait possible de trouver, savoir la pice d'habitation, y com-pris les cuisines et non compris les sa-nitaires (9).3.1. Le rapport de l'habitat insa-lubreLes loyers (10) s'chelonnententre 90 et 500 F par pice. La majoritse situe entre 100 et 200 F (55 % de l'en-semble des loyers par pice sontcompris dans cette fourchette). Lamoyenne est de 209 F.Les prix varient toutefois beaucoupselon le type de logement. La pice engarni, et particulirement en garni clan-destin, est celle qui rapporte le plus(moyenne des garnis : 227 F ; garnisclandestins : 251 F). Les autres logementsont des loyers par pice comprisentre 120 et 170 F.Ces sommes (11) correspondent ce que touchent les loueurs pour la lo-cation d'une pice, qu'elle soit occupepar une ou plusieurs personnes, isolesou en famille.L'importance des patrimoines varieaussi avec le type de logement. Ce sontencore les garnis qui constituent les plusgrands (de 2 86 pices en location.moyenne de 18 pices par propritaire(12). Les pavillons, mme lorsqu'ils sontadditionns de locaux en matriauxprcaires (appentis...) constituent de pe-tites proprits (de 5 10 pices, moyen-ne 7). Les propritaires des caves, com-bles et sous-sols louent entre 2 et 18pices (moyenne 13). Ceux des dificesen matriaux prcaires en possdent entre10 et 15. Enfin, les logements et immeu-bles isols forment des patrimoines va-riant de 2 60 pices en- location c'est dire de l'appartement un ou mmeplusieurs immeubles contigus (la moyen-ne 21 pices n'est pas ici trs significa-tive).La faiblesse de l'entretien desconstructions, l'illgalit dans laquellese trouvent la plupart des marchandsde sommeil font que les bnficestirs de la location d'une pice sont depeu infrieurs aux prix pratiqus. Onpeut donc considrer que le rapport glo-bal pour chaque loueur est proche duproduit de la multiplication du loyer par pice par le nombre de pices poss-des.Ce produit varie de 360 13 000 Fmensuels, et dpend videmment del'importance du patrimoine immobilier.La corrlation n'est toutefois pas con-tinue. En effet, si le rapport global aug-mente rgulirement de 1 20 pices,la croissance n'est plus linaire pour lesproprits plus importantes.Cette variabilit n'est pas due,comme on pourrait le croire au plus oumoins grand degr de confort des loge-ments. L'implantation frquente des lo-gements insalubres dans des quartiersqui le sont aussi tend faire baisser l'en-semble des prix de ce quartier et fai-re payer le confort moins cher qu'ail-62vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubreleurs. La raret des logements de bonne qualit dans de telles zones n'entrainedonc pas une lvation conscutive deleurs loyers (13).La variation dans les revenus ti-rs de l'insalubre tient donc aussi l'articulation de deux lments fonda-mentaux : le type de clientle laquelles'adressent les logements et le surpeuple-ment qui y est ralis.C'est le logement pour isols quiest le plus rentable. En effet, les isols(en gnral des hommes seuls) sont adul-tes et salaris et paient tous un loyer.La pice loue plusieurs isols rappor-te plus qu'une pice loue une famille.Il est par exemple plus difficile d'obte-nir d'une famille qui ne dispose qued'un, ou mme de deux salaires, qu'elleverse 250 F pour une seule pice sans sa-nitaire ni confort. C'est pourtant ce querapporte la location d'une pice en garni,c'est dire habite par trois isols payantchacun 85 F par mois.Le surpeuplement, lui seul, n'estpas par dfinition rentable. Ainsi lapice en garni loue des isols rapporte70 % de plus qu'une pice en cave,combles ou sous-sol et 40 % de plus quela pice en pavillon o l'on trouve majo-ritairement des familles.Si le garni est le logement le plusrentable, notamment le garni clandestin,c'est aussi parce que les personnes qui yvivent ne bnficient d'aucune protec-tion , aucun contrle n'est effectu surl'hygine et le degr de surpeuplement ;le statut d'occupation est prcaire et l'ex-pulsion du jour au lendemain est toujourspossible, surtout lorsqu'il s'agit d'isolsplus facilement dlogeables que les fa-milles. Il n'est pas certain que cette pos-sibilit de renvoi soit frquemment uti-lise. Au contraire, il semble que les li-tiges ventuels s'arrangent souvent l'a-miable entre grant et habitant. Mais ilsuffit qu'elle existe pourcrer des condi-tions de surexploitation.5.2. Le cot de l'insalubreLe montant du loyer par piceindique ce que gagne le loueur, mais nedonne pas la somme verse par chaqueindividu, car le loyer est souvent par-tag plusieurs.11est donc ais de calculer la part que chacun paie en moyenne pour saplace lorsque la pice est habite par plu-sieurs isols.Nous avons effectu le mme cal-cul pour les familles, mais nous n'avonspris en compte que les occupants adul-tes, excluant les enfants (14). Le tableau5 (page suivante) prsente conjointementle loyer moyen par pice (ce que rap-porte la location d'une pice au loueur)et le loyer moyen pay par person-ne adulte et par pice (ce que cote chaque individu sa place dans unepice).Les cots moyens par personnepour l'habitation dans une pice repr-sentent entre 4 et 6,5 % des salairesdes immigrs (moyenne 4,5 %).Pour les familles, la proportion desressources consacres au logement (dansune pice et par personne) dpend del'ventuel travail salari de la femme(ou le cas chant, d'un autre membreadulte de la famille). Les femmes, en g-nral ont des salaires de 30 50 % in-frieurs ceux des hommes (15). Dansle cas o l'pouse n'a pas d'emploi, sa part de loyer pse sur le seul salai-re du mari.63vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubreLe tableau n 6 (page suivante)prsente, dans chaque cas, la proportiondes ressources salariales consacre l'ha-bitation dans une pice.Comme on pouvait s'y attendre,c'est dans les garnis que la proportiondes revenus consacre la location d'unepice est la plus leve. Elle est plusforte dans les garnis clandestins (8 %pour un isol) que dans les autres cat-gories de garnis (6 % dans les garnishomologus et 6,5 % dans les garnismi-homologus mi-clandestins pour unisol). Ce sont les pices en logementsdissmins dans le tissu urbain qui re-viennent le moins cher.Ces chiffres, ici encore, peuventparatre bas. Ils sont videmment le-vs si on les rapporte aux conditions d'ha-bitation offertes. Ils le sont d'autantplus que le caractre relativement abs-trait du mode de calcul adopt masqueici les cots rels et les conditions de vie.En effet, les isols versent en moyen-ne 4,5 % de.leur salaire pour une picequ'ils partagent le plus souvent - plu-Tableau 5PRIX DES PIECES EN HABITAT INSALUBRESELON LES TYPES DE LOGEMENT Loyer moyen Montant du loyer moyenpar pice par pice et par personne adulteGarnis (14). 227 F 90 100 FPavillons 160 F 80 90 FLogements ou immeubles 10-7 Cnc B7> 1Rrisols167'50F 67 75FCaves, combles ou sous-sols 133 F> 63 67 FEnsemble avec constructionsprcaires (y compris bidon- 140 F 70 80 Fvilles)MOYENNE GENERALE 209 F'65 85 F(14) Garnis clandestins 251 F'100 120 FGarnis ni homologus ni 150 F 95110.FclandestinsGarnis homologus 182 F 90 100 Fi i I i I iH64vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubreTableau 6PROPORTION DES RESSOURCES SALARIALES CONSACREESA L'HABITATION DANS UNE PIECE"-'-- " 'i i|m " ' -..ilSituations conomico- ISOLESFAMILLESfamiliales Avec un seul Avec deuxTypes de logement salaire salairesGarnis 6,5% 13% 13,5 8,7%Pavillons 5,2 % 10,4% 6 7 %Logements ou immeu- 5 6 %bls isolesCaves, combles, sous-sols 5,2% 10,4% 6 7 %Ensmbi^ayeVrcon^7tructions piecairesMOYENNE K0/ n _, ,, . 0/GENERALE ,4' 5 %|9 %|5 a6 %sieurs dans laquelle l'hygine, le confortet l'espace sont le plus souvent extrme-ment restreints, o la vie prive est pres-que impossible.Quant aux familles, elles consa-crent 5 9 % de leurs revenus pourune seule pice. Ces proportions doublentpour 2 pices, triplent pour 3... Ainsiune famille nombreuse peut-elle verserjusqu'au quart de ses revenus (de 15 27 %) pour trois pices sans beaucoupd'hygine, suroccupes, en ompi.-int lacuisine.VI - LE DISPOSITIF JURIDIQUE DERESORPTION DE L'HABITAT INSA-LUBREDepuis 1970, la Loi Vivien (16) constitue le texte de base de toutepolitique de rsorption. Deux autresprocdures, la rhabilitation et, plusindirectement, la rnovation urbaine con-cernent galement l'habitat insalubre.En modifiant le Code de la SantPublique et en remplaant la Loi De-br (17), la Loi Vivien tente des'attaquer deux, formes urbaines de l'in-salubrit : globale lorsqu'il s'agit de zo-nes entires, ponctuelles lorsqu'il s'agitd'difices isols dans un tissu urbainnon dgrad.Dans le premier cas, la loi instituela notion de primtre insalubre (18).. Une zone peut tre dclare in-salubre si elle comprend au moins 60 %d'immeubles insalubres. Lorsque le pri-mtre est uinii, toute nouveue .ui..a- -..r.-.est bloque. Les indemnits d'expropria-65vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubretion varient selon la nature de l'immeu-ble et son caractre commercial ou non.Une subvention de l'tat pouvant couvrirjusqu' 80 % du dficit de l'oprationest instaure.La procdure de rsorption desprimtres insalubres s'apparente cel:le de la rnovation urbaine. Les finalitssont thoriquement diffrentes : rsorp-tion et relogement social pour la pre-mire, restructuration urbaine pour la se-conde (19). Le mode de dfinition desprimtres et les financements sont -galement diffrents mais, dans la prati-que les deux types d'opration sont par-fois interchangeables. Cela tient plu-sieurs facteurs : les crdits de rnovation,stagnent ; les critres de dfinition del'insalubrit sont suffisamment largespour qu'une zone urbaine ancienne com-portant des difices dgrads et/ou sur-peupls puisse tre dclare primtreinsalubre . Les collectivits locales sontdonc amenes voir dans la procdurede rsorption une nouvelle source de fi-nancement. Ainsi, on constate que,comme dans les cas. de rnovation ol'insalubrit avait servi de prtexte,les lots sur lesquels.s'opre une rsorp-tion ne sont pas toujours les plus insa-lubres de la ville (20). Quant aux cons-quences, elles restent souvent les mmes :destruction "de quartiers entiers, dstruc-turation sociale et illisibilit (dispa-rition de points de repres) urbaine,,relogements proposs ne correspondantni aux moyens ni aux aspirations despopulations dloges...Ceci fait que les conditions danslesquelles s'oprent les rsorptions deprimtres insalubres tendent souvent provoquer le dplacement de l'insalu-brit vers d'autres zones urbaines, sou-vent plus priphriques (21 ).Dans le cas de l'insalubrit ponc-tuelle, la loi prvoit qu'aprs avis de laCommission dpartementale d'hygine(22), le' Prfet publie un arrt qui,selon l'tat et l'occupation de l'dificeordonne soit l'excution de travaux,assortie ou non d'interdiction l'habi-tation avant leur ralisation compltedans le dlai imparti, soit la dmolitionavec effet immdiat ou au dpart desoccupants (23).L'valuation de l'insalubrit peuttre faite l'aide d'un procd de cal-cul propos par la loi (24). Une listede critres est tablie au regard desquelsl'enquteur classe l'immeuble considrcomme bon , mdiocre ,ou mau-vais . Chaque critre mauvais donne3 points d'insalubrit, le critre bon en retire 1. Le critre "mdiocre n'est pascomptabilis. Les critres choisis (envi-ronnement, desserte de l'immeuble, pros-pect, clairement...) et la manire de cal-culer la cote d'insalubrit rduisent l'extrme les possibilits d'amliora-tion de l'habitat dgrad par une proc-dure de rhabilitation.-La non prise enconsidration du caractre mdiocre et le fait qu'on ne demande pas auxenquteurs d'valuer les possibilits tech-nique et conomique de rsoudre cer-tains dfauts (chauffage, circuits d'eau,alimentation en lectricit, liminationdes parasites...) sont ce sujet clairants.De plus, il faut souligner que le modede calcul de la cote d'insalubrit renforcela tendance des critres inclure toutl'habitat ancien dans l'habitat insalubre (25).La rhabilitation permettrait de re-mettre en tat certains des logementsconsidrs comme insalubres mais quine sont que surpeupls (26) et/ou incon-66vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubrefortables. Cette procdure est une exten-sion de la restauration des difices consi-drs comme patrimoine historique. Ellepermet de faire mettre aux normes mi-nimales d'habitabilit des btimentsconsidrs comme dignes d'tre conser-vs. Dans les faits, c'est une oprationtrs rare. Les financements sont trs fai-bles et ne s'adressent qu'aux propritai-res. Les collectivits locales n'en bnfi-cient que rarement. Par ailleurs, les nor-mes imposes aux organismes publicsqui effectuent ce type de travaux sontmal adaptes la rhabilitation (tailledes pices, chauffage central) et la ren-dent de ce fait techniquement et cono-miquement impossible.La lutte contre l'insalubrit ponc-tuelle ne bnficie donc d'aucun finan-cement de l'tat. L'action est unique-ment administrative et s'effectue par l'in-termdiaire des arrts prfectoraux.Mme la procdure d'excution d'officedes travaux exigs est trs rare. Quant aurelogement, considr par le texte de laloi comme un objectif prioritaire, il resteaussi la charge des administrationsprfectorales et municipales auxquellesil est conseill de faire un effort parti-culier.Enfin, la loi prvoit des poursui-tes judiciaires rencontre des marrchands de sommeil ; amendes, empri-sonnement, expulsion hors de France s'ils'agit d'trangers.VII - LA PRATIQUE INSTITUTION-NELLE ET LES OBSTACLES A LARESORPTION. Dfinis par la Loi, les moyens del'action institutionnelle ne sont tou-tefois pas tous utiliss avec la mmefrquence. C'est dans un double rap-port : l'arsenal juridique d'une part,aux cas de figure particuliers d'autrepart que s'organise la pratique concr-te de rsorption (27).L'analyse de cette pratique montre la fois la diversit des situations aux-quelles elle se trouve confronte,.les obs-tacles qu'elle rencontre et le caractreslectif des procdures utilises.La diversit est manifeste : du gar-ni aux caves, de. la clandestinit totale la location bourgeoise , d'une col-lectivit structure de 200 personnes. un petit groupe d'habitants, ds isolsaux familles, des marchands de som-meil aux propritaires insolvablesetc. chaque cas apparait comme uniqueen son genre et semble appeler une solu-tion particulire.Un premier blocage l'action pro-vient du flou juridique dont nousavons vu (para III) qu'il tajt fortementcorrl l'insalubrit elle-mme. Aucune. opration ne peut aboutir si la propritjuridique ou le statut exact des logementsne sont pas clairement tablis. Dans ungrand nombre de cas, ces difficults ontfrein toutes les procdures administra-tives pendant un temps variable, pouvantaller jusqu' plusieurs annes. Les enqu-tes, notamment celles effectues par lapolice, se multiplient alors jusqu' ceque le recueil de l'information nces-saire dbloque la situation (28).Une fois ces problmes surmonts,l'action devient juridiquement possible,la rsorption n'est toutefois pas assure.Le nombre et les .caractristiquesdes occupants ont aussi une importanceconsidrable. Moins les habitants sontnombreux, plus l'action administrative ade chance d'tre efficace. En effet, la p-67vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubrenurie de logements sociaux (chambresen foyers, appartements dans les diff-rents programmes sociaux) qui est l'o-rigine mme de l'existence de l'insalubrerend difficile le relogement simultand'un grand nombre de personnes. Seu-les, les oprations de rsorption de p-rimtres insalubres entiers s'accompa-gnent d'un programme de constructionvisant au relogement. Les rsorptionsponctuelles, quant elles, se heurtentaux capacits d'accueil des ensemblesexistants et l'opposition de certainsde leurs gestionnaires accueillir destrangers supplmentaires (29), ceci d'au-tant plus que les inscrits au fichier desmal logs sont nombreux et attendentsouvent depuis plusieurs annes.Faute de pouvoir reloger en mmetemps tous les occupants d'un difice,l'administration procde parfois des op-rations de dlestage de locaux trssurpeupls et reloge une partie des habi-tants en surnombre. Ces tentativessont rares, sans doute parce qu'elles sesoldent toujours (au moins dans les casque nous avons tudis) par un chec,les relogs tant malgr les interdic-tions formelles et, parfois les mura-ges (obturation des ouvertures) trsrapidement remplacs. Seules ont aboutiles oprations qui ont t suivies d'unedestruction totale des difices. Dans no-tre chantillon cela ne s'est produitque pour quelques constructions prcai-res (baraques), et dans un cas pour ungarni.Par ailleurs, les propositions de re-logement sont parfois quasi-impossibles ;notamment pour les familles dont lesrevenus sont insuffisants pour accder un logement H.L.M., et pour lesquellesles solutions doivent alors tre trouveshors du secteur traditionnel ; dans descatgories de logement encore plus rares.Enfin, les relogements offerts sont quel-quefois refuss par les isols qui neveulent pas habiter en foyers, ce qui mon-tre une fois de plus l'inadaptation rela-tive de ce type de logement aux besoinset aux aspirations des habitants desgarnis (30). Ceux-ci opposent d'ailleursparfois un mouvement collectif visant empcher ou contrler l'opration dersorption les ocncernant.Intervenant sur un terrain gn-ralement dvolu aux experts et aux au-torits politiques., ils provoquent des si-tuations inattendues dont l'issue n'estplus commande par une procdure r-glemente mais par une ngociation as-sociant de multiples acteurs.D'autres obstacles proviennent aussiparfois de l'interaction des diffrentesinstances administratives (municipalits,directions dpartementales de l'actionsanitaire et sociale, services du logement...)entre lesquelles des incomprhensionsdues au manque de coordination provo-quent des retards, voire des conflits,concernant les choix dcisionnels et leurapplication.Incertitude juridique ou difficult reloger, les cas d'habitats insalu-bres que nous avons tudis combinentgnralement plusieurs obstacles la r-sorption.C'est galement en fonction de cesproblmes, en particulier celui du relo-gement, que s'effectue le choix de pro-cdures de rsorption.En effet, l'utilisation des possibi-lits offertes par la loi est.trs ingale.Nombre d'entr'elles ne sont jamais oune sont que trs rarement utilises.68vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubreAinsi, les interdictions l'habita-tion sont toujours repousses au dpartdes occupants et ne sont jamais pres-crites avec effet immdiat . L'excu-tion d'office des travaux n'est jamaisordonne...Chacune de ces procdures, en ef-fet, oblige l'administration relogerimmdiatement les habitants.L'expropriation des locaux insalu-bres, pour destruction ou remise en tatpar les collectivits locales elles-mmes,n'est pas non plus utilise dans la rsorp-tion ponctuelle. Outre qu'elle, pose lesmmes problmes de relogement desoccupants que les procdures prcden-tes, son cot parait le plus souvent troplev pour l'avantage qui peut en tretir, ceci d'autant plus qu'aucune opra-tion urbaine ne peut tre ralise avec unbudget quilibr sur des surfaces troppetites.L'excution d'office des travaux seheurte un autre obstacle : celui durecouvrement des frais engags par lapuissance publique. La loi prvoit queles propritaires doivent rembourser cesfrais, assimils aux contributions direc-tes, par voie fiscale. L'habitude de vivreen marge de la lgalit (rares sont lespropritaires de logements insalubres quipaient des impts sur les bnficestirs de l'exploitation de leur patrimoi-ne), la facilit avec laquelle ils dispa-raissent soudainement lorsque leursituation devient dangereuse rendentd'autant plus illusoires les effets decetteprocdure, qu'elle est relativement lente.C'est la mme difficult ques'oppose la rpression des marchandsde sommeil . Des poursuites judiciairesont souvent t lances dans l'anne quia suivi la, promulgation de la Loi Vi-vien . Elles sont rares aujourd'hui, eton peut penser que cela provient de leurrelative inefficacit. Les deux seuls exem-ples de tentatives de rpression que nousavons pu trouver concernaient des person-nes qui d'autres dlits que la simpleexploitation de logements insalubrestaient reprochs : vol dans un cas, vio-lences physiques dans un autre.L'action de l'administration se limi-te donc quelques unes des possibilitsoffertes par la Loi.Les arrts prfectoraux d'interdic-tion l'habitation au dpart des occu-pants sont loin d'tre toujours suivisd'effets. Ils le sont d'autant plus que lenombre d'habitants est plus faible.- Dansles quelques cas o ces arrts ont trespects, les habitants se sont gnra-lement relogs par leurs propres moyenset on ignore par quels procds les pro-pritaires les ont fait partir. On peut entous cas penser qu'isl sont alls grossirles effectifs d'autres' logements insalu-bres. Nous l'avons dit, les quelques casde rsorptions effectives que nous avonsrelevs concernaient des locaux cons-truits en matriaux fragiles abritant autotal peu de personnes. Les btiments en dur ne sont jamais dtruits. Ils sont,au mieux, murs partiellement, avec l'ef-fet que l'on sait.Les arrts ordonnant la ralisa-tion de travaux et la diminution du nom-bre d'occupants sont parfois excutspar les propritaires, qui, ds lors, deman-dent gnralement une homologation pr-fectorale en tant que garni. Toutefois,l'opposition par simple rsistance passi-ve est plus frquente. Les enqutes ad-ministratives se multiplient et montrentalors que l'occupation et l'tat des di-fices restent inchangs pendant des69vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubrenistrative. des difices insalubres qui constitue artificiellement I', habi-tat insalubre du dpartement en estune illustration supplmentaire. Seulesles oprations urbaines de quelque en-vergure (rnovation, rsorption de pri-mtres entiers...) semblent donner l'i-mage d'une politique cohrente. Nousavons vu qu'en fait elles aboutissent sou-vent comme les oprations ponctuel-les un simple dplacement de l'in-salubrit.La capacit de rsistance du mar-ch de l'insalubre tient aux faits mmesqui sont l'origine de son existence etqui le constituent dans son mode defonctionnement interne.L'impossibilit de l'accs au mar-.ch ordinaire ancien (du fait de la lib-ration des loyers au dpart des occu-pants) surtout pour ls immigrs en-voyant de l'argent au pays ou dsirant'constituer une pargne en vue de leurretour dfinitif, et les difficults d'ac-cs au logement social contraignentles immigrs se loger en insalubre ; La vie quotidienne partage a-vec des compatriotes, des gens de mmesituation conomique permet une circu-lation de l'information (emploi, logementetc.!.) et une solidarit qui aident sup-porter l'exil et la condition d'immigret, de ce fait, contribue la fixation decette population dans l'habitat insalu-bre; les qualits particulires del'insalubre (accs ais indpendant desfilires administratives, faible contrlesocial et surpeuplement possible, situa-tion souvent proche des centres villesfacilitant l'accs aux commerces, servi-.ces, moyens de transport et lieux de loi-sirs...)' expliquent galement la grandeannes. Rares sont les propritairesqui font appel aux dcisions prfectora-les, selon la procdure juridique prvuepar la loi. Nous n'en avons trouv qu'unseul exemple. Le recours auprs du Tri-bunal administratif en vue de faire annu-ler l'arrt prfectoral a eu, dans ce cas,bien que n'tant pas suspensif, l'effet debloquer la situation en l'tat pendantplusieurs annes.Faute de moyens- matriels pourassurer l'efficience des procdures les pluscoercitives, l'administration finit par re-noncer les employer. Il faut relever, cet gard,, ( travers les documentscontenus dans les dossiers) que la pro-mulgation de la Loi Vivien avait suscitdes espoirs d'efficacit qui ont t dus!Depuis la fin de 1970, jusqu'au milieude 1971 environ, la volont d'appliquersvrement et totalement la Loi est ma-nifeste. Passe cette priode, l'appli-cation partielle, et moins svre, devientla rgle.La question pose par le traitementinstitutionnel de l'habitat insalubre n'estpas celle d'une inertie administrative.Malgr des retards et des oublis, l'admi-nistration se proccupe activement despossibilits de rsorption. C'est celledes moyens d'une politique.La Loi prvoit des mesures quisont, de fait, inapplicables dans un d-partement forte population immigreo l'habitat insalubre prend des propor-tions importantes.Dans un tel contexte, la pratiqueadministrative de rsorption ne peut sefaire qu'au coup par coup ,avec deschances ingales et hasardeuses de succs,sans jamais dominer l'ensemble du pro-blme dans le dpartement. Le carac-tre alatoire de la dcouverte admi-70vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubrecapacit de l'habitat insalubre retenirses occupants (31).Cette capacit de rsistance estdonc lie au fait que l'habitat insalubreconstitue un march. La seule politiquede rsorption ne saurait modifier pro-fondment ce mode de fonctionnement.C'est en dernier ressort la politiqueglobale du logement que se heurte la lut-te contre l'habitat insalubre (32).NOTES(1) ARDtTTI (S.), ROGER-FAYMAN (S.),ROUSSILE vronique de rudder-paurdfranois vourc'hle march de l'insalubredu comit de patronnage des H.L.M. quinomme des rapporteurs.(19) La circulaire aux prfets du 27.08. 71,dj cite, stipule : ces oprations (de rsorp-tion de primtres insalubres) doivent .tredistingues de la rnovation urbaine. Encoreque les considrations d'urbanisme ne doiventjamais tre ngliges, il s'agit ici de supprimerl'habitat insalubre et non de remodeler un quar-tier. La finalit sociale doit, en outre, tre trsmarque, ce qui implique que le relogement et. la promotion des populations concernes cons-tituent un objectif essentiel .(20) Cf. ARDITTI (S.) et al. tudes duS.A.E.I.Op. c/'r.,p.98.(21) (La population) qui trouve place dansles logements dfinitifs n'est pas celle que l'onavait prvue. Les anciens habitants peuventtre minoritaires in A.C.T. : Emploi et loge-ment des travailleurs immigrs. Paris, Minis-tre de l'quipement et du Logement (S.A.E.I.), 1973. Rapport final, p. 106.(22) La commission dpartementale d'hy-gine sige en Prfecture et statue sur la based'un rapport du Directeur dpartemental dela sant ou de son reprsentant.(23) L'excution d'office des travaux peuttre ordonne si les propritaires s'y refusent.Le recouvrement des frais alors engags par lacollectivit publique se fait auprs des propri-taires par la voie fiscale.(24) Annexe II la Loi Vivien. In JournalOfficiel Op. cit.(25) ARDITTI (S.) et al. tude du S.A.E.I.Op. cit., p. 27.(26) La Loi Vivien assimile le surpeuplement l'insalubrit.(27) Nous avons, pour cette analyse du trai-tement institutionnel de l'insalubrit, utilisla fiche historique constitue sur chaquedossier et effectu une dizaine d'tudes de casapprofondies. Le prsent expos reprend lesconclusions de cette double tude.(28) Dans l'un des cas .tudis, par exemple,il a fallu 5 ans et 5 enqutes de police sur placepour tablir que les locaux taient lous meu-bls et non vides et qu'il s'agissait donc d'ungarni clandestin et non d'un immeuble lou bourgeoisement .(29) L'argument le plus frquent est l'in-vocation du fameux seuil de tolrance (ar-bitrairement fix 10 ou 15% d'trangers dansl'ensemble des habitants) comme empchementexprs et scientifique cet accueil, alorsque plusieurs tudes rcentes ont montr quele seuil de tolrance n'existait pas. Cf. Le-seuil de tolrance aux trangers Col-loque du CIRDOM in Sociologie du Sud Estnspcial 5/6 Juillet-octobre 1975.(30) Cf. ARDITTI et al. . Le remplissagedes foyers n'est gure le produit d'un mouve-ment spontan de la part des migrants isols,mais plutt l'aboutissement des filires renduesobligatoires op. cit., p. 53. cf. galement deRUDDER-PAURD (V.) : Les aspirations desimmigrs concernant leur logement en France in Comptes rendus de recherches et bibliogra-phie sur l'immigration, E.R.S.M.O.I.C.N.R.S.fascicule 7 Avril-Juin 1975.(31) ARDITTI (S.) et al. op. cit., p. 53.(32) Nous rejoignons sur ce point l'tudeA.C.T. Op. cit., p. 107 du rapport final : Cet-te contradiction entre cette exigence d'ordrepublic (lutte-contre l'insalubrit) et cette n-cessit conomique (prserver, tout au moins court et moyen terme, la fonction cono-mique de l'habitat rsiduel) est attnue prati-quement par :l'impossibilit budgtaire de mener unecampagne intensive de rsorption de l'habitatinsalubre... I' vasion trs importante des habi-tants qui repeuplent d'autres poches d'habitat rsiduel .72A.B.C.I.S. pour une lectureplus objectivede la ville -le conceptde confort urbain.Espace vert, agricole, rsidentiel, in-dustriel..., quelle que soit son importance,une agglomration recouvre une mosa-que d'espaces que l'on peut caractriserde manire spcifique. Toutefois, ces es-paces ne sont pas hermtiquement isolsles uns des autres. Bien au contraire, cha-cun d'eux est interdpendant de ses voi-sins. De plus cette interdpendance, n'estpas que fonctionnelle, elle est aussi qua-litative. Par exemple, un secteur rsiden-tiel n'a pas la mme signification s'il estsitu proximit d'une zone industrielle,d'une zone verte ou d'une zone de bu-reaux. Cependant parler de la qualitd'un espace en fonction de. celle de sesvoisins nous apparat insuffisant ; sescomposants internes sont galement prendre en compte ainsi que les diff-rents services et quipements d'accom-pagnement.Ainsi, confront un espace, unusager pourra donner son apprciationsuivant ses propres besoins et ceuxqu'il confre aux autres individus. Enoutre, il est important de ne pas oublierque cette apprciation est aussi fonctionde la conjoncture dans laquelle elle estmise.En consquence et partant de lafonction rsider qui apparat tre la seu-le concerner tout individu dans' un es-pace urbain quel qu'il soit, nous pouvonsdfinir ce que nous appelons le conforturbain : image, la plus prcise possible,des conditions matrielles et psycholo-giques de la vie des individus par rapport leurs propres murs ainsi que par rapport tout leur environnement immdiat.Le confort urbain a donc trait l'habitat lui-mme, son quipement in-terne, ainsi qu'aux conditions de vie pro-pres l'espace d'habitation et la possi-bilit d'accs aux divers services et qui-pements.Ce concept de confort urbain s'ins-crit donc dans deux champs de rechercheprincipaux : le premier utilisera des don-nes tangibles,quantifiables dans la mesu-re du possible ; le second, issu de la prati-que, fera rfrence des donnes psycho-sociologiques.Il serait vain de prtendre que l'ana-lyse d'un tel concept peut avoir pour fina-lit de donner l'image d'un quelconqueidal de confort urbain. En effet, commenous l'avons dj signal plus haut, lescritres dtermins pour cette analysene sont justifis que dans la conjoncturedans laquelle ils sont choisis ; l'imageobtenue sera donc celle du confort ur-bain un moment donn de l'histoired'un espace, de son extension et de sesusagers.Cette prsentation rapide du con-cept thorique parat suffisante pour73A.B.C.I.S. pour une lecture plus objective de la ville :le concept de confort urbainl'instant. Le cadre thorique que nous ve-nons de tracer, sert de toile de fond l'tude que nous avons effectue sur laville de Marseille. Ainsi, esprons-nous,en apparatront plus clairement les possi-bilits, les limites et la problmatique non limitative dans laquelle nous l'a-vons utilise.La prsentation de cette tude sedcoupera en trois phases : tout d'abord,une liste des critres que nous avons re-tenus, puis, les rsultats de l'analyse quenous avons faite et les difficults rencon-tres, enfin la place de cette analyse dansla problmatique gnrale de notre tra-vail.Notre tude se situe dans le cadred'un doctorat de 3me cycle, nos moyensmatriels limits nous ont fait retenir lequartier comme unit spatiale. La ralisa-tion de cette recherche au niveau de l'lotaurait t prfrable. En consquence,nous pouvons d'ores et dj signaler'unepremire limite notre analyse du con-fort urbain : le dcoupage par quartiercomme celui par arrondissement ou parcirconscription lectorale, n'a pas de ra-lit dans la rue. D'une part, le passaged'un type d'activit un autre se fait ra-rement de faon brutale, et de toutesfaons certainement pas en respectantles frontires administratives ; d'autrepart, certains quartiers ont des caract-ristiques diffrentes en leur sein propre,ils ne sont pas rellement homognes,seules les statistiques leur confrent cettequalit.Nous pensons devoir prsenter l'en-semble des critres retenus pour notretude du confort urbain Marseille. Ence qui concerne les critres facilementquantifiables, la principale source derenseignements statistiques est, bien sr.l'INSEE, mais il a t galement ncessai-re de se rfrer des,donnes disponiblesdans les grandes administrations dparte-mentales et municipales (D.D.E., Agenced'Urbanisme, Chambre de Commerce,etc....). Dans la masse d'informationsdisponibles nous avons t amens effectuer un tri afin de dgager cellesqui nous semblaient particulirementpertinentes.En ce qui concerne l'habitat, nousavons retenu : le nombre total de logements le nombre de logements indivi-duels l'ge des logements (construitsavant 1871, de 1871 1914, de 1914 1948, de 1948 1961", de 1961 1968, aprs 1968.) le nombre de logements confor-tables (eau courante, W.C. intrieur,douche ou baignoire.) le.nombre de personnes par pice le pourcentage de logements ensurpeuplement accentu ou modr le pourcentage de logements ensouspeuplement accentu ou modr le nombre de chambres meubles le nombre d'HLM suivant leurcatgorie (HLM 0, ILN, PSR.etc... ) le nombre de propritaires oc-cupants le nombre de locatairesPour ce qui concerne la populationde chaque quartier, ont t retenus : le nombre d'habitants la proportion d'trangers l'ge de la population (tranchesd'ge de 0 19, de 19 64, et plus de64 ans) la densit de population le nombre d'actifs.74AJB.C.I.S. pour une lecture plus objective de la villele concept de confort urbainPour ce qui est de l'aspect gnraldu quartier, de son rle dans la ville, nousavons fait rfrence sa fonction princi-pale qui peut tre : rsidentielle (impact de la promo-tion immobilire publique et priv) industrielle (emprise au sol dessurfaces industrielles) commerante (analyse des com-merces : nombre de caractristiques prin-cipales) d'affaires (succursales de ban-ques, de groupes, financiers ou siges so-.ciaux d'entreprises) administrative (directions rgio-nales de grandes administrations publi-ques :D.D.E.,P.T.T., S.N.C.F., etc..) de pouvoir (Prfecture, Palais deJustice, Htel de Ville, etc.. ) universitaire de loisirs ou de spectacleLes emplois engendrs par ces diff-rentes fonctions sont chaque fois analy-.ses.Quelques fonctions secondaires ontt prises en compte lorsque leur impactsur un quartier est dterminant. Parexem-ple :' Fonction de transit pour les tra-vailleurs immigrs de la Porte d'Aix. Fonction d'hbergement pourcertains quartiers centraux.. De plus, il nous faut signaler quedans de nombreux cas, certaines fonctionsprincipales se superposent.En ce qui concerne les quipementset services de base, nous avons tenucompte, pour chaque quartier, non seule-ment de ceux qui existent dans son pri-mtre, mais aussi de ceux situs en proxi-mit immdiate. Nous pensons pondrerainsi les distances ingales parcourir sui-vant la situation spatiale et l'quipementdans le quartier. Aussi, nous avons relevla prsence ou la proximit de crches,maternelles, coles primaires, collges,maisons de jeunes ou de quartier, centresde soins, annexes de mairie, commissa-riat de police, bureaux de poste, banques,lignes de transport en commun, etc..Pour les donnes psycho-sociologi-ques, nous tenons signaler qu'elles pren-nent dans notre tude un tour particulier.En effet, la mise en opposition du grandnombre de quartiers de la commune deMarseille (III) et de sa population impor-tante, avec le nombre que nous tions(6), les. moyens dont nous disposionset le temps qui^ nous tait imparti (en-viron un cycle universitaire) pour mener bien ntre recherche, a empch l'ap-proche de ce type de donnes. Prci-sons, en outre, que l'objet de cet articlene reprsente que le tiers environ de notretravail. Aussi, afin de ne pas ngliger cetaspect important, nous avons choisi denous rfrer la vision que nous mmes(marseillais de naissance ou installs Marseille de longue date) et notre entou-rage pouvons avoir d'un quartier en cequi concerne la structure de son habitat,la typologie de ses rues et l'ambiance quiy rgne.Ceci tant pos par rapport notretude, nous sommes parfaitement cons-cients qu'une mthode plus labore estncessaire pour la prise en compte desdonnes psycho-sociologiques du conforturbain. Par exemple, aprs avoir choisiun chantillon de population reprsen-tatif du quartier, faire parvenir chaqueindividu un questionnaire ou encore uti-liser la mthode des interviews. Cette d-marche est pour nous encore au stade ex-primental et nous l'abordons avec toutela prudence requise.75A.B.C.I.S. pour une lecture plus objective de la ville :le concept de confort urbainAvant de donner les rsultats denotre analyse du confort urbain, nousallons prciser brivement la mthodeutilise pour l'exploitation des critres.D'une part, chaque donne a tcartographie en cherchant le procdle plus lisible et le moins dformant dela ralit, ce qui est ni simple ni sr. Parexemple, le nombre total de logementsa t reprsent pour chaque quartierpar un carr dont la surface est propor-tionnelle au nombre. Pour la reprsen-tation des donnes du logement, nousavons dtermin une gamme de couleur ;pour chaque donne considre, elletait centre sur sa moyenne et tenaitcompte de son cart-type. Les HLMont t symboliss sur un fond de laville au 1/10 OOOme, par des rectanglesproportionnels au nombre de logementsde chaque cit. Les industries ont tretranscrites au travers de leur emprisefoncire. Des points sans nuance nousont servi pour cartographier les quipe-ments et les divers services.D'autre part, nous avons constitudes fiches par quartier regroupant l'en-semble du matriel statistique l'tatbrut.Ces documents tablis, une premi-re approche a pu tre effectue par la vi-sualisation des cartes. Des similitudes im-portantes sont alors apparues entre deuxou trois quartiers limitrophes, ceci tantpar ailleurs confirm par notre connais-sance empirique de ces secteurs. Aussiil nous a sembl judicieux de procder un regroupement de quartiers en zonesdites homognes .D'ores et dj, de nouvelles limites notre tude se sont rvles. Vu l'outildont nous disposions, ces zones regrou-paient des quartiers entiers alors que cer-tains, en position charnire, auraient m-rit d'tre dcomposs en deux ou troissecteurs.Ce terme d'homogne est symboli-que dans la mesure o les diffrents quar-tiers d'une mme zone ne sont jamais to-talement superposables selon tous les cri-tres de regroupement. Certains de cescritres ont pris le pas sur d'autres selonles circonstances, selon les valeurs quenous leur avons attribues avec une ri.-gueur toute relative tributaire de notrepropre pratique.Quoiqu'il en soit, cette tape fran-chie, nous nous sommes attachs affi-ner et rectifier les regroupements effec-tus, notamment ceux induits par les car-tes utilisant le procd des gammes decouleurs. Par exemple, deux quartiersreprsents par deux teintes conscuti-ves de la gamme, pour une donne spci-fique, peuvent tre beaucoup plus pro-ches que deux quartiers affects de la m-me couleur. Aussi la rfrence aux don-nes de base regroupes dans les fichespar quartiers tait le seul moyen d'viterde trop grosses erreurs.Il n'en reste pas moins vrai quebeaucoup de choix effectus sont sujets discussion et que le fait de regrouper di-vers quartiers ensemble peut tre contes-t. C'est la limite d'un procd qui se re-fuse quantifier l'infini, attribuer descoefficients chaque critre, d'autantplus que certains d'entre eux sont issusdes recensements INSEE dont la fiabilittrs relative est connue de ceux qui lesont utiliss au cours d'une recherche.Des corrlations trs nettes entrecertains critres sont apparues ds. cestade de la recherche. Par exemple, dansun quartier o le nombre de logementsconfortables est lev, le nombre de loge-ments surpeupls est faible.76A.B.C.I.S. pour une lecture plus objective de la villele concept de confort urbainEn second lieu, nous avons pumettre en valeur les spcificits commu-nes aux zones de fonctions semblables.Par exemple, les zones' industrielles an-ciennes sont parmi celles o les logementssont le moins confortables et o lenombre de personnes par pice est le pluslev. Se dessine alors une modulationspatiale qui fait apparatre de grandes si-militudes entre plusieurs zones loigneset qui permet de diffrencier deux zonesvoisines. Chacune d'elle par l'ensemblede ses caractristiques constitue une enti-t bien distincte mais l'on passe raremententre deux zones voisines d'un aspect son contraire.Donc, en aucune faon, nous neparvenons dfinir des blocs tanchesdont les spcificits sont telles que l'onpuisse localiser parfaitement le passaged'un type de confort urbain un autre.L'entremlement des fonctions, la mul-tiplicit des phases dans lesquelles elles'se trouvent ne permettent pas non plusde circonscrire des secteurs gographiquesayant des monopoles fonctionnels.La ralit d'un espace .urbain-estdonc le contraire d'une caricature. Leconfort urbain, diffrent selon les sec-teurs, se module dans l'espace mais aus-si volue dans le temps.Notre tude a permis de conclure une rpartition nuance du conforturbain. Ainsi sur Marseille cette analysenous a conduit une vision plus soupleet moins schmatique du phnomneurbain. Nous contestons par exemplela rfrence la traditionnelle coupu-re nord-sud, systmatiquement introdui-te dans tout dbat sur Marseille.Nous avons tent,dans la suitede no-tre travail, de connatre les tapes de la miseen place de cette rpartition nuance duconfort urbain, les facteurs qui en sont res-ponsables, et surtour la stratgie dvelop-pe par les diffrents intervenants.Ceci a constitu la premire tape denotre recherche directement appuye surconcept de confort urbain et sa dynami-que ; dans un second temps cette notion at tudie en fonction de la rpartitionspatiale des classes sociales. Plus explicite-ment, nous avons essay d'observer les cor-rlations ou les non corrlations qui peu-vent exister entre le poids d'une classe so-ciale dans un espace donn et la qualitdu confort urbain de cet espace.La mthode utiiise permet doncde donner une lecture de l'espace autreque celle qui procde de l'utilisation priori des concepts de classes socialeset de sgrgation spatiale.77Anne Gotman l'espace de travailL'espace de.travail ? voici un ob-jet qui rebute et qui n'intresse pas. Lessociologues s'en occupent peu sinon pouren extraire l substance la plus noire quicomporte des qualits dramatiques vi-dentes. Les architectes classent les. usinesdu XIXme sicle au muse de l'archo-logie industrielle et parent les bureauxqui gagnent les centre-villes de faadesrflchissantes. M est vrai que sont asso-cies aux liens de travail les ides de d-plaisir, de contrainte et de domination...La dvalorisation d'un espace quiest en quelque sorte l'autre lieu de toutnotre confort et de notre bien-tre ma-triel, et qui dtermine.trs largementnotre mode de vie, est pourtant de plusen plus contradictoire au fur et mesureque les annes passent. A la fin du XVIIIme sicle et dans le courant du XIXmesicle, lorsque l'industrialisation l'a emportde faon dcisive sur le mode de produc-tion artisanal, l'atelier, la fabrique, lamanufacture, quelle que fut l'chelle deces nouvelles units de travail, reprsen-taient une solution radicale au pro-blme social de la production : les tra-vailleurs tant les uniques ouvriers de laproduction et cela, seulement, l'usineconstituait bien cet autre monde duqueltait exclue toute jouissance de la partproduite.Rien d'aussi clair ce jour. Lesouvriers de la production de plus en plusnombreux travailler en bureaux d'ail-leurs, sont de plus en plus consommateursde la part produite. Autrement dit letravail et son lieu d'actualisation de-viennent de plus en plus substantiels dansnotre socit, et pntrent la vie quoti-dienne avec une force croissante. D'ola familiarit du bureau et mme de l'u-sine pour chacun d'entre nous. On n'aplus besoin de nos jours de ces missionsde mdecins-hyginistes dpches par legouvernement auprs des entreprises in-dustrielles pour savoir ce qui se passe dansce que l'on dsigne cependant volontierscomme le monde du travail . On n'at-tend plus des romanciers qu'ils nous fas-sent les rvlations d'un Zola ; quant auxcinastes ils nous habituent progressive-ment une peinture aimable de la vie autravail.L'espace de travail ddramatis est,il est vrai,- fortement investi par la so-ciologie du travail. Ainsi le partage entrela vie hors-travail, dont les divers terri-toires suscitent l'abondante rflexion desurbanistes et sociologues urbains, d'unepart, et la vie de travail d'autre part, semaintient-il au niveau des sciences socia-les : reflet d'une certaine ralit, certes ;l'opposition entre le travail et le nontravail est ce point consomme, et so-79annegotman l'espace de travailcialise, que la reprsentation de soi dansl'une et l'autre rgion pour em-ployer les termes d'E. GOFFMAN-suit des rgles tout--fait propres cha-cune d'entre elles. Une des formes de biensancetudie dans les organisation sociales,est celle que l'on appelle le semblant-de-travail . Il est tabli que, dans beau-coup d'tablissements, les ouvriers sonttenus non seulement de fournir une cer-taine quantit de travail dans un certainlaps de temps, mais encore de donnerl'impression, quand on les appelle, qu'ilssont en plein travail Inversement, dans le logement de lapetite bourgeoisie du XIXme sicle, ilconvenait de ne point tre surpris tra-vailler, soit le semblant d'inactivit Au-del de cet exemple et son con-tre-exemple, ceci nous indique que lapratique quotidienne du travail impli-que une srie de normes, ou plus simple-ment de conventions, qui, pour tre asso-cies l'activit de travail elle-mme nedcoulent pas, pour autant, des contrain-tes techniques ou conomiques de l'ef-fectuation d'une tche. De l'examen du semblant-de-travail on passe facilement l'examend'autres normes de travail dont il fautconserver les apparences, telles que lacadence de travail, l'intrt personnelpour la tche qu'on accomplit, le soucid'conomiser, l'exactitude, etc.. Et del'examen des normes de travail en gn-ral on passe facilement l'examen d'au-tres aspects majeurs de la biensance,morale et instrumentale, dans les lieuxde travail, tels que la faon de s'habil-ler , les limites supportables du bruit,l'interdiction de certaines distractions,certaines complaisances et certaines mam\festations affectives Nous sommes bien en prsenced'une situation de travail qui ne se limi-te pas l'effectuation du travail, et quisuppose notamment une certaine prsen-tation du travail. Il est clair que la prati-que sociale de l'espace de travail n'estpoint rductible non plus aux contrain-tes socio-conomiques de la production,et que s'ouvre tout un champ d'analysede la vie quotidienne.L'espace de travail se prsente alorscomme le territoire de pratiques spcifi-ques, dont la fonction est notamment depermettre leur reproduction. Et si un telespace demeure, ct de celui du loge-ment par exemple, inexplor ( tel pointque le logement apparait comme un -tablissement consacr par la snrininqipou la psychologie), n'est-ce parce qu'il estencore trop frais dans nos mmoiresque les rgles de biensance qui rgissentla vie de travail constituent ' une obli-gation particulire des gens de bassecondition ( 1 ).Il n'est point ici de "rconciliationpossible entre les hommes, et le contactentre les travailleurs et les non-travaij^leurs s'effectue selon un rituel bien pr-cis ; qu'on fasse la visite d'un tablisse-ment industriel, visite guide bien enten-du, et commente en termes de rentabi-lit conomique et de donnes techni-ques, et il semble que tout est dit. Maispour peu que l'on se dtourne de l'ex-plication donne et que l'on soit attentifaux travailleurs que l'on a en face de soi,les commentaires schent d'eux-mmes,tandis que ressurgit peu peu la mmoi-re exile des choses de la vie cel-le aussi des personnes que le guide ometsystmatiquement de mentionner tant lesmachines et les manipulations occupentle devant de sa dmonstration.80anne gotman l'espace de travailOn se trouve ds lors enfermdans la proposition suivante : si l'on p-ntre dans un lieu de travail sans y avoirde contrat ou de salaire, on est forc-ment en visite. Derrire l'cran d'une ma-chine qui tourne rond, on devine unemenace dont le guide protge le visiteur :l'espace de travail ne serait pas unique-ment l'espace d'une rationalit techniqueet conomique ; les travailleurs ne se-raient pas entirement installs dans leurtche. J. DOUASSOT dans La Perru-que montre qu'il existe une vritableligne de dmarcation entre le travail etle non-travail, et que les travailleurs, deleur ct, garantissent leur territoire l'aide d'un langage d'initis. En contournant l'glise, je m'a-perois que j'ai rarement pris ce che-min-l. Pour aller dans les terrains ou aubois, plus loin, avec les copains, lorsquenous joutions, nous prenions les raccour-cis. Tous les copains sont au boulot,comme mzigue ce matin. Certains de-puis longtemps. S'en trouvent bien !Ds qu'ils sont devenus ouvriers, ou plusexactement des arptes , ils ont cessde me parler. Nous ne causions plus lamme langue. Ils parlaient de planque,de pices, de pointage, de cavalcades dechefs, de gardiens. Tout un langage que jeconnaissais par mes vieux. Mais ils ont d-cid que, ne travaillant pas, je n'tais pasaffranchi (2).Ainsi camp l'espace de travailcommence, prendre figure, et l'on ten-tera d'en restituer quelques fragmentsnon pas partir du travail, mais de toutce qui n'est pas obligatoirement le tra-vail.Nous inscrivons-nous dans le mou-vement, dj bien entam de la dcouver-te, de la reprise des espaces de travailtelle qu'elle se manifeste de faon trsvisible dans les ralisations architectura-les prestigieuses des fameuses cits d'af-faires ? Si la qualit architecturale est ac-tuellement de mise pour les bureaux, ellereste encore extrmement sommaire dansles units de production. Il n'est plus con-venable par contre de concevoir un espacede travail sans un minimum de confortni mme sans un supplment d'agr-ment qui rende le travail plaisant. Toutnous indique en effet que l'architecturedes espaces de travail, et en particuliercelle des bureaux,est d'un rapport substan-ciel dans notre socit. Et pour apprcierce qu'une telle entreprise rapporte, ef-fectivement, il conviendrait de se deman-der sur quel terrain elle opre, quellesituation elle rpond ; autrement ditquelle est sa lgitimit. Ce faisant nous nesommes dj plus dans l'optique selonlaquelle cette nouvelle architecture don-nerait un supplment d'me la vie detravail ; nous faisons l'hypothse au con-traire qu'une certaine conception mo-derne des espaces de travail vise cor-riger une situation problmatique.L point de dpart de notre rfle-xion tant que l'espace de.travail n'estpas uniquement l'espace de la rationalitconomique, nous avons essay de mon-trer dans un travail prcdent (3) com-ment l'organisation rationnelle du travailembraye sur des lments soi-disant ir-rationnels, qui ne sont pas issus direc-tement du schma de production, et quid'ailleurs peuvent constituer une mena-ce sur la ralisation de la production.Ce qu'une premire exploration de l'es-pace de travail a fait ressortir, c'est quecelui-ci a t l'objet d'une vacuationmassive, par l'vacuation culturelle, cor-porelle et symbolique des travailleurs.81anne gotman l'espace de travailet la liquidation matrielle de l'espace.C'est sur cette base que paradoxalement,va embrayer la mise au travail de la masselaborieuse.L'espace de travail apparat biendes gards comme l'espace le plus contra-dictoire qui soit...Nous tenterons ici d'indiquer, tra-vers des exemples, quelques unes de cescontradictions. A commencer par cellesqui affectent les non-travailleurs. Raressont ceux d'entre nous en effet qui sa-vent o les usines sont situes et ce quel'on y fabrique. Les produits industrielsdisponibles sur le march ne portent pasde manire gnrale le nom du lieu deleur fabrication. Nos cartes nationales,et fortiori touristiques mentionnentles glises, chteaux, villages, moulins,carrires, mais jamais les usines. Qui netravaille pas dans une usine, n'a pas de raison d'en connatre l'existence.Car depuis fort longtemps les entrepri-ses industrielles ont quitt les agglomra-tions urbaines, et si certaines d'entreelles subsistent encore proximit deszones rsidentielles, il s'agit l d'un ar-chasme.1 - L'USINE HORS LES MURS...DANS LA ZONEIl est remarquable que l'urbanismehaussmannien soit, dans bien des cas,considr comme la figure caractristi-que de l'urbanisme du XIXme sicleen France. On oublie facilement que sonterrain d'action tait Paris, alors premi-re puissance industrielle du pays, tantl'intervention d'Haussmann s'est centresur les quartiers rsidentiels de la capi-tale. Cependant si le Baron oeuvrait aucentre, il laissait ses prfets le soind'urbaniser la priphrie, lieu d'affronte-ment des capitaines d'industries avec lepouvoir.municipal et dpartemental. La Villette tait devenue, au coursdu XIXme sicle, l'entrept gnral dela capitale. Cette volution avait t fa-vorise par la cration des Chemins de Ferdu Nord et de Ceinture, et du Bassin de laVillette, reliant le canal de l'Ourcq ce-lui de Saint Denis. Cette importante ag-glomration d'entrepts et d'industriesn'allait pas sans prsenter des inconv-nients et des dangers pour la population.C'est ainsi qu 'en Aot 1858 un grave incen-die ravagea une importante scierie situe au5 de la rue d'Allemagne, l'actuelle avenueJean Jaurs (4).La commune de la Villette ne repr-sentait pas un danger pour ses habitants'seulement. Facteurs de pianos, raffineursde sucre, parfumeurs, matres de forgesl'occupaient puissamment, et s'oppos-rent l'annexion de leur commune parcelle de Paris afin d'chapper au prl-vement des taxes d'octroi pour les mati-res premires et les marchandises entre-poses destines la revente dans Paris, la suite du report aux fortifications dela ceinture fiscale qui protgeait Paris.L'annexion fut cependant prononce, lesuns se dispersrent qui .. Saint Denis,qui Saint Ouen.Quelques dcades aprs, le Prfetde Police Andrieux (5) procdera unsecond train de fermetures par voie d'au-torit cette fois en s'appuyant sur desmesures non plus fiscales, mais de salu-brit : s'adressant au Ministre de l'Agri-culture et du Commerce le 22 avril 1881 : Au mois de septembre dernier, lasuite de plaintes nombreuses qui m'-taient parvenues au sujet des manationsrpandues sur Paris, j'ai pri le Conseil82annegotman l'espace de travaild'Hygine et de Salubrit de la Seine dem'indiquer les causes de cette infection.Le Conseil, dans un rapport qui a tinsr au Journal Officiel, a mentionndeux causes principales : les gouts etles tablissements classs .Malgr les mesures nergiques de ceprfet, au dbut du XXme sicle, les -tablissements en question demeurent en-core trs nombreux Paris comme entmoigne, en 1906, Emile Chautempsdevant le Snat ; Nulle part, les tablis-sements classs ne sont plus nombreuxqu' Paris et dans sa banlieue, mais nul-le part l'Administration prfectorale n'aauprs d'elle, pour l'assister dans les ques-tions dlicates que soulve l'applicationdu dcret de 1810, un corps aussi savantet aussi autoris que le Conseil d'Hy-gine et de Salubrit de la Seine, nullepart non plus le service de l'Inspectiondes tablissements Classs n'est aussinombreux et aussi bien organis et re-prsente autant de garanties de comp-tence (6).Le dcret de 1810 auquel l'orateurfait rfrence et qui tablissait trois clas-ses de manufactures et d'ateliers cons-'titue l'ossature de la lgislation actuel-le tablie" par la Loi du 19 dcembre1917 relative la Nomenclature destablissements dangereux, insalubres ouincommodes . Selon cette loi, les troiscatgories d'tablissements demeurent.(La premire regroupant les activits quireprsentent de graves nuisances et quidoivent tre loignes des habitations ;la seconde, les activits dont la gne pourl'environnement est quivalente cellede la catgorie prcdente, mais qui peuttre attnue par des prcautions techni-ques ; la troisime comportant les tablis-sements dont les nuisances sont faibleset susceptibles d'tre supprimes par lemme type de prcautions). C'est l'Ins-pection des tablissements Classs que re-vient la charge de faire appliquer lesdispositions rglementaires prconisespar la loi, et pour ce faire ses membresdoivent tre assez averti (s) des chosesde l'conomie pour apprcier si l'entre-prise peut demeurer, disparatre ou setransformer (7). Tout tablissementainsi class se trouve soumis de par la loi une autorisation prfectorale ou unedclaration pralable au prfet.Dispositions hyginiques et contrleautoritaire sont, dans les cas des tablis-sprnpnts industriels aussi, intimement lis,comme en atteste cette vocation histo-rique \I : Chacun le sait, le problmedes tablissements classs est n de lapremire rvolution industrielle... L'in-dustrie s'est comporte comme en terrainconquis avec d'autant plus de facilitque ni les cadres juridiques, ni les pra-tiques administratives, ni la mentalitdes nouveaux matres de l'conomien'taient adapts pour rgir et guider lemouvement tumultueux qui transformaitles structures ancestrales. Ce fut un desgrands mrites de l'Inspection des ta-blissements Classs de la Seine d'avoir suformer autant par l'empirisme, l'habiletet la haute technicit de ses membresque par la vertu contraignante des textes,une jurisprudence qui a largement ouvertla voie l'organisation de prventionde contrle et de rpression que nousconnaissons aujourd'hui (9). Et cesont les mmes inspecteurs que le Direc-teur de l'Expansion Industrielle au Mi-nistre de l'Industrie alerte sur ta di-mension nouvelle des problmes que posela croissance dsormais rapide de notreappareillage industriel lorsqu'il s'agit83anne gotman l'espace de travailde faire cohabiter sur un mme espaceles usines et les hommes (10).Les proccupations des inspecteurset des urbanistes se ressemblent s'ymprendre ; et, bien que la loi de 1917ne porte ni le nom ni l'idologie duzonage, il est permis de penser qu'elle aen quelque sorte prpar la pense ur-banistique moderne. Devant la contra-diction manifeste que constitue l'espacede travail par rapport l'urbanisation,la loi stipule l'exclusion, la sparation.La thorie urbanistique va plus loin en na-turalisant la proposition : Le zonageest l'opration faite sur un plan de villedans le but d'attribuer chaque fonctionet chacun individu sa juste place. Ila pour base la discrimination ncessaireentre les activits humaines rclamantchacune leur espace particulier : locauxd'habitation, centres industriels ou com-merciaux, salles ou terrains destins auxloisirs (11).Classification et discriminationconstituent la base de l'urbanistique mo-derne. Il est sous-entendu dans ce textequ'il est dans la nature de certaines activi-ts humaines de rclamer un espace par-ticulier. La zone industrielle, la premi-re zone qui ait vu le jour, et qui est issue,de fait, du rapport entre le pouvoirtatique et le pouvoir conomique desentrepreneurs, devient ainsi une ncessitfonctionnelle. Ce qui s'applique l'usinepourra dsormais s'appliquer touteautre catgorie d'activit humaine.En lyoj (encore) les grandes vil-les rsistent la modlisation rve desurbanistes, et l'Inspection des tablisse-ments Classes voit son problme.ampli-fi : La plus grande difficult que sou-lve la mise en application du zoningrside moins dans la possibilit de refou-ler les installations industrielles nouvel-les dans les zones rserves que dans cel-le d'vacuer les habitations des zones in-dustrielles. Il faudra encore de nombreu-ses annes avant de rorganiser cetteimbrication habita-industrie qui s'estconstitue au cours du sicle dernierdans la ban lieu parisienne ( 12).Il faut dsormais attaquer le pro-blme'sur deux fronts : refouler les in-dustries, et vacuer les habitations, oule nettoyage par le vide...Que s'est-il pass de 1917 au-jourd'hui : l'espace urbain n'est-il pas entrain de devenir tout entier un espacede travail ; c'est--dire un ensemble dezones. Quel est ce jour le vritableproblme des villes, sinon l'engorgementet la circulation. Comment comprendrela hantise que manifestent les autoritsmunicipales vis--vis du stationnementdes automobiles, la mobilisation des pos-tes metteurs quand surgit l'tranglementdes accs des agglomrations, sinon com-me une raction ce qui reprsenteraitune remise en cause, mme temporaire,du zoning ?2 - CONCEVOIR UNE USINE : UNSIMPLE PROBLEME TEHCNIQUE ?...Le spectacle d'une usine en fonc-tionnement laisse transpirer des imper-fections quasi permanentes ; il estfrquent de constater que sitt aprsl'installation d'une nouvelle unit indus-trielle, apparaissent et ( les signesd'un certain dsordre. Les cours d'usinessont souvent et anormalement encom-bres ; la matrise technologique de l'es-pace n'est pas si forte qu'on le pense,mais il semble que ce soit finalement i-nvitable : carence prvisionnelle.84anne gotman l'espace de travailc'est aussi la marque d'une grande rigi-dit de conception.Schmatiquement l'objectif rem-plir lorsqu'on conoit un espace de tra-vail, bureau ou usine, est de mettre enadquation l'espace et la dispositiondes moyens et machines par rapport aucircuit de fabrication. Il s'agit l d'unproblme essentiellement technique, dumoins premire vue, et en consquen-ce rserv aux ingnieurs. La caractris-tique principale, de la conception del'espace de travail commence par l'-tablissement d'un programme technique;ensuite seulement on en dduit le cadre.Ce que nous avons observ au ni-veau urbanistique se reproduit l'chel-le du lieu de travail : celui-ci inaugureun processus de conception typique :l'espace programmatique, qui de plusen plus prfigure toute la dmarche con-ceptuelle mise en oeuvre dans l'espaceen gnral. Cette technique opre endeux temps : d'abord le dcoupage desoprations qui ont lieu dans l'espace,puis la conception de ce qui n'est plusqu'une simple enveloppe.Ce mode de ralisation est aboutilorsque financirement cette enveloppeest elle-mme intgre la catgoriedes machines. Ainsi de l'usine au com-plexe industriel, l'espace change de na-ture, matriellement et aussi conomi-quement. Car le calcul de son amortis-sement est, dans le cas du complexe,rapport celui des machines ; le dlainormal d'amortissement d'une installa-tion industrielle qui est par exemplede vingt ans peut descendre, toujoursdans le cas du complexe, huit ans,dlai d'amortissement des machines. Lors-qu'on sait que l'intrt d'une entrepri-se est d'amortir le plus possible, on peuts'attendre ce que la construction desusines tende au maximum vers le com-plexe . C'est un complexe, un tout....c'est l'installation d'un complexe chimi-que qu'il faut amortir... et les btimentsfonctionnant... tout dans le mme tempsdoit tre amorti en mme temps... envi-ron huit ans... c'est un complexe, untout... a fait cent mtres de long...tout ceci c'est une srie de machines quidmarrent en cascade... Les amortisse-ments sont rglements, par exemplecertains btiments s'amortissent en vingtans, mais le btiment n'existe que pourprotger la machine... C'est comme uneboite qui la recouvre... et ne dpend quede la machine. On ne peut pas sparerdans un complexe les diffrentes partiesqui la composent, partie chauffage, -clairage, etc.. tout est en fonction dela machine elle-mme.... A supposerque cette halle fonctionne automatique-ment, sans le recours d'un ou de plusieurstravailleurs, il ne faudrait pas en dduirepour autant que sa conception est elleaussi automatique ; ce qui semble au-jourd'hui aller de soi dans la rationa-lisation technique, est en ralit rendupossible par un certain type de fonction-nement (vident I), savoir que lestravailleurs, quand il y en a, ne doiventfaire que travailler, une fois rendus surles lieux de travail.Le mouvement de progressive int-gration, que dcrit un ingnieur respon-sable de l'installation d'un importantcomplexe chimique montre, en dpitdes apparences que le processus program-matique n'est pas directement issu ducircuit de fabrication, mais qu'il est enquelque sorte pr-form et prdterminpar une autre donne, historique, qui est85annegotman l'espace de travaille mode de travail. Ce que donne voirl'usine moderne, derrire la fabrica-tion de tel ou tel produit, c'est le tra-vail post, c'est--dire un certain typede mobilisation du travailleur sur sa t-che. Le comble du progrs tant que le.poste soit totalement absorb par le pro-cs de fabrication, et que ne subsistequ'une cascade de machines .Mais en attendant, on peut pen-'ser que c'est de ce double systme queproviennent les soi-disant archasmes, in-cohrences et encombrements de nom-breux lieux de travail.3 - ... ATTENTION DANGER !Le poste en effet reprsente cequi est fixe, et qui rsiste l'innovationtechnologique, non pas tant dans l'es-pace que dans le temps ; c'est ce quidemeure quand les techniques voluent ;c'est le lieu d'affectation du travailleur,quand bien mme son intervention s'ins-crit dans un circuit.Le premier outil du concepteurd'un espace de travail, n'est pas le circuitde fabrication mais une.certaine confi-guration, panoramique, de l'espace.Pour s'en convaincre, observons cequi se passe depuis que l'atelier de mon-tage, automobile, par exemple, moder-ne a remplac l'atelier de chaudronneriede la fin du XIXme sicle, qui a lui-m-me remplac la forge au dbut du XIX-me sicle, toute fabrication mise part,si l'on peut dire : la surface s'agrandit, semonolithise, ce qui donne l'ensembleune impression d'ordre croissant ; lenombre des ouvriers diminue, mais sur-tout leur position se fixe et devient uni-forme ; la mobilit dans l'espace paraitincongrue dans un espace panoramiquecomme celui de l'atelier de montage mo-derne o les ouvriers sont en poste au-prs de leur unit ; c'est qu'en effetl'espace n'est plus le mme : le plusancien est organis en alle, dont lecentre n'est affect aucun usage prcis,dans laquelle sont disposes des ma-chines et des outils ; on y dambuleaisment ; dans l'atelier de chaudronne-rie, les ouvriers sont parmi les machi-nes et les poutrelles qui saturent l'espa-ce ; entre temps, les charpentes de cons-truction sont devenues des poutrelles-'ponts-outils ; enfin, dans le derniermachines et supports se sont ordonnan-cs en pleins et en vides ; point de cir-culation' qui ne soit dicte par les op-rations de montage. Les palans d'abordsur pied, sont suspendus et librent ain-si un,espace maximum pour l'implanta-tion des machines ; ils n'arrtent plus nile mouvement des gens ni leur regard.L'clairage d'abord indirectement obtenupar des ouvertures latrales, vient ensuitedu plafond vitr lui-mme, ou de sim-ples lampes suspendues au plafond.Les outils se rarfient, et deviennent sim-ples et rduits en volume.Les vtements personnels ont laissla place aux uniformes.Le corps est relgu l'arrire-plan. Le travailleur travaille directement la machine, et manie des outils de plusen plus rduits ; mais surtout son regardne rencontre plus que la machine la-quelle il travaille ; la lumire lui en in-dique la direction. Ses gestes sont deve-nus en position ; et sa mise n'a plus d'au-tre signification que celle de travailler.Enfin l'espace dans lequel il volue de-vient tranger l'architecture famili-re des lieux qu'il pratique hors le travail,et ne renvoie qu'aux oprations de tra-vail qu'il est tenu de faire.86anne go tman [ 'espace de travailL'atelier n'engage plus dsormaisque la squence travail ; on n'y lit plusrien de ce qui pourrait renvoyer d'au-tres squences de la vie quotidienne.Individus et machines s'y ordonnent dansune conomie commune.L'espace peut ds lors se subdi-viser en postes, et il sera dcoup defaon rajuster le dsengagement ducorps au fonctionnement de la machine.Le poste au fond, est l'espace dutravailleur et, c'est le plus petit espacepossible. L'architecture industrielle "doitpermettre de loger l'homme en mmetemps que la machine (13). Cet, enmme temps dnote une contradictiondans la cohabitation de l'homme et dela machine. L'encombrement des espa-ces industriels est une des faces visiblesde cette contradiction. Une autre, ce sontles accidents de travail.Or les accidents de travail appar-tiennent au processus-mme de concep-tion du poste de travail ; conu partirde la configuration spcifique de la ma-chine, il est galement le produit d'unejuridiction particulire : l'hygine et lascurit du travail. Et parmi les disposi-tions prvues par le Juris Classeur duTravail, celles qui ont trait la pr-vention des accidents dcrivent essen-tiellement les conditions d'accessibilitdu travailleur son poste. Ainsi :- Art, 38 du 1 paragraphe (rela-tif l'installation des ateliers et sal-les de machines ) : Les salles des ma-chines gnratrices et machines motri-ces ne doivent tre accessibles qu'auxouvriers affects la conduite et l'en-tretien de ces machines. Les moteursdoivent tre isols par des cloisons oubarrires de protection .- Art. 40 du 2 paragraphe (re-latif aux Cuves, bassins, rservoirs ) : Cette installation ou ces dispositifsde protection doivent tre tels qu'ilsempchent les travailleurs d'y tomber . Art. 41 du mme paragraphe : Des mesures appropries doivent ga-rantir les travailleurs contre les risques dedbordement, d'claboussures ou de d-versement par rupture des parois, descuves, bassins, rservoirs, touries etc.. Art. 48 du 4 paragraphe .(re-latif au travail dans les puits, condui-tes, fosses et cuves ) : Les ouvriersappels travailler dans les puits, con-duites de gaz, canaux de fume, fossesd'aisance, cuves ou appareils quelconquespouvant contenir des gaz dltres,doivent tre attachs par une ceintureou protgs par un autre dispositifde sret . Art. 50 du mme paragraphe : Les puits, trappes et ouvertures doiventtre clturs . Art. 52 du 5 paragraphe (rela-tif aux ascenseurs, monte-charges,lvateurs ) : (ils) seront installs demanire que les travailleurs ne soientpas exposs tomber dans le vide, tre heurts par un objet fixe ou non,ou en cas de chute d'un objet, treatteints par celui-ci .Art. 54 du mme paragraphe ; Les portes des cabines et des puitsdevront tre amnages de sorte qu'ellesne puissent s'ouvrir que si l'appareiln'occupe pas une position telle que lesaccidents envisags ci-dessous soient vi-ts .Art. 62 du 6 paragraphe (relatifaux machines dangereuses, pices mo-biles, cbles, courroies ) : Les cbles,courroies et toutes pices mobiles desmachines doivent tre munies d'un dispo-sitif protecteur ou spars des ouvriers87anne gotman l'espace de travail moins qu'ils ne soient hors de portede la main.Art. 65 du mme paragraphe : ...En outre, ces machines devront tre dis-poses protges ou utilises de tellefaon que les ouvriers ne puissent de leurposte de travail toucher involontairementla partie travaillante des instrumentstranchants .Art. 72 du mme paragraphe : Ilest interdit d'admettre des ouvriers setenir prs des machines s'ils ne portentpas des vtements ajusts et non flot-tants .Cette fastidieuse numration mon-tre bien comment dans un espace prio-ri considr comme vide et o sont con-fronts hommes et machines, le contr-le d'agressions mutuelles leur chappetotalement, ne peut venir que de dispo-sitifs intercals entre eux ; l'accidenta en effet une double origine : soit que lamachine est dfectueuse, soit que le tra-vailleur ne contrle pas la stricte appli-cation de sa tche, c'est--dire que sonautomatisme soit dfaillant. D'aucunepart, un processus adaptatif cognitif nepeut rgir leur rapport.Par ailleurs la conduite des machi-nes, leur entretien, leur mise en trainet leur arrt sont exclusivement acces-sibles ceux qui sont affects l'une oul'autre de ces tches ; ils'ncessitent desinscriptions trs apparentes de rgime ;ils s'assortissent de signaux de comman-dement ; ils sont dicts par avance, etgrce les dispositifs ou affectations in-termdiaires..Toujours dans le jurisclasseur duTravail, l'espace lui-mme n'apparait quesous la rubrique des circulations entremachines : largeur minimale de passerelles,solidit et rampes d'escaliers, .gardes-corps des chafaudages, protection desencorbellements, plate-forme et surlva-tion et ponts volants, charge, maximaledes lvateurs.Protection des machines, il s'agitaussi d'une protection contre le travail-leur lui-mme, c'est--dire d'une restric-tion et mme d'une interdiction de semouvoir en dehors des rgles capablesde surseoir son propre morcellement.Ce qui se prsente comme une rhabili-tation de l'intgrit corporelle des tra-vailleurs est aussi une protection contreleur propre dsengagement vis-Lvis dutravail en poste.4 - J'ECLUSERAI MIEUX UNE FOISQUE J'AURAI ETE AFFECTE ! AH !OUI, C'EST LE PERE QUI PARLECOMME A (14)A ct de la rglementation duposte qui installe le travailleur dans sontravail, mais surtout l'empche d'y som-brer physiquement, une srie de conven-tions tendent baliser et rtrcir l'es-pace et la pratique des travailleurs, demanire que tout signifie le travail; l'exclusion du non-travail. Ces conven-tions concentrent le travailleur sur satche, mais en mme temps limitent sonengagement dans le travail. Ce n'est pasvers un surcrot d'investissement dansle travail que ces conventions prennentsens, mais au contraire vers la minimi-sation du rapport au travail. Le bonusage de l'espace de travail veut qu'onn'y soit pas moins que la rgle, mais pasdavantage non plus. Des observationstout--fait banales en tmoignent :l'espace de travail est un espace o l'onarrive heure fixe, que l'on quitte, heure fixe. C'est un endroit o l'on s'ac-88anne gotman l'espace de travailtive en mme temps que tout le monde,o l'on s'arrte en mme temps quetout le monde. C'est un espace o la plu-part ne circulent na* pf o d'autresne font que circuler. C'est un lieu onombre de choses sont transmises parl'intermdiaires d'avis, de communiqus,ou bien de hauts-parleurs ; o l'on separle la faveur de la proximit, occa-sionnellement ; il existe aussi des en-droits spcialement conus pour parler,etc.. Ces observations, et bien d'autres,montrent le caractre obsdant de la mi-se distance du travail pour les travail-leurs, par la prolifration de tout ce quigarantit la. prsence au travail, et d'in-sistants rappels qu'on est bien au tra-vail. Etre au travail, et non plus seule-ment travailler.Ainsi la rglementation du travailincorpore dans le Droit Social soumetles entreprises certain nombre d'obli-gations parmi lesquelles celles qui sontrelatives aux locaux et qui sparent ri-goureusement les espaces en deux cat-gories. Il y a d'une part les locaux detravail, pour lesquels sont exigs ; un.cubage d'air minimum, un systme deventilation, d'vacuation des poussires,gaz et vapeurs, une protection contreles manations dltres, le chauffage etl'clairage, le nettoyage et l'entretien.Et d'autre part les locaux dits annexes,comme les cabinets d'aisance qui nedoivent pas communiquer avec les lo-eaux de travail, dont les sols et paroisdoivent tre recouverts de matriaux im-permables ; ces cabinets ne doivent pasnon plus connatre la mixit. Ce sontaussi les bains et les douches, l'infirme-rie et le service mdical, les rfectoireset cantines. Il est interdit de prendreles repas dans les locaux de travail, l'ac-cs du rfectoire tant par ailleurs inter-dit hors des heures prvues par le r-glement intrieur.Les vtements de travail sont re-quis quand il y a lieu.Si dans le code Civil il n'existe pasd'quivalent l'habiter bourgeoise-ment pour l'espace de travail, s'y bienconduire, c'est savoir se tenir sa place.Il n'est qu' prter l'oreille aux ex-pressions courantes comme chercherune place , tre plac chez quel-qu'un , ou encore trouver une plan-que .5 - L'ARCHITECTURE DE L'EF-FET CONTRE LES EFFETS DU TRA-VAILContre les mauvais effets du poids,de la rglementation, contre l'absentis-me sous toutes ses formes, un mouve-ment de revalorisation du travail s'estamorc, qui veut rendre le travail hu-main. En 1970, la revue Entreprise titre : Condition de Travail, grand d-bat des annes 70 (15), et annoncel'avnement de l're qualitative du tra-vail : le centre des problmes sociauxsoulevs par le travail serait bien davan-tage les cadences, le bruit, le transport,la hirarchie, les horaires que les pro-blmes salariaux ou de dure de tra-vail.En 1972, la revue Architectured'Aujourd'hui (16) consacre un num-ro entier L'environnement du Tra-vail . Ce faisant, l'architecture se mani-feste et sort du mutisme dans lequell'avaient confine les ingnieurs pour po-ser le problme de son intervention dansl'espace de travail ; Peut-on parler d'en-vironnement du travail ?... Environne-89annegotman l'espace de travailment du travail, cela voudrait dire quel-que chose comme : ensemble matriel,extrieur l'activit sociale travail ,l'entourant comme un cocon, ou commeun mollusque sa carapace. Ou bien ils'agit d'un aspect fortuit, secondaire,accidentel des choses, et il n'y a rien en dire, ou bien il s'agit de quelque cho-se comme les conditions d'existencedu travail ... (...) Pour viter toute con-fusion, nous emploierons dsormais seu-lement le terme habituel conditionsde travail et non pas environne-ment .Voici poss les termes selon lesquelsles architectes introduisent une res-ponsabilit dans la mise en conditiondu travailleur au travail, pour se dpar-tir du rle de simples dcorateurs quijusque l leur avait t confi.Voici galement poss les lmentsqui font de l'espace de travail un nou-veau territoire, c'est--dire un territoirenon seulement rgi par les dispositionsrglementaires et autoritaires de l'effec-tuation du travail, mais aussi par l'in-clusion d'autre chose, comme le bien-tre et le confort. L'amnagement de l'espace detravail est une des ralits les plus diffi-ciles cerner. Elle doit rpondre plu-sieurs critres : confort, facilit de com-munication et rapidit d'excution destches (17).Une premire faon d'installer,lestravailleurs confortablement dans leurlieu de travail, et ainsi leur donner unvritable cadre de vie , consiste para-doxalement, les en rendre absents.A titre d'exemple considrons la rali-sation-vedette des Usines VOLVO, qui,en 1974 ont inaugur leur premire u-sine sans chane. Le commentaire decette exprience publi dans Le Mon-de dit notamment ceci : D'emble,trois surprises pour le visiteur qui pn-tre dans l'usine : le silence qui permetau personnel de communiquer sans le-ver la voix, l'espace sensible partout, etla dcontraction apparente des ouvriers (18).- Le travail se fait discret, l'espacedevient apparent. Dans cette usine o les anciens halls ont clat en vingt-cinq ateliers dans chacun desquels tra-vaille une quipe de quinze vingt-cinq ouvriers, qui disposent d'une airede travail rserve (18), on a recr l'ambiance artisanale qui caractrisaitles petits ateliers mcaniques d'antan .L'organisation spatiale offre une illu-sion, une ambiance en surimpression la technique moderne. Chaque -quipe dispose d'une pice consacre aurepos, recouverte de moquette, avec ar-moire de cuisine, rfrigrateur et perco-lateur, le tout proximit immdiatede l'aire de travail, ce qui vite les dpla-cements inutiles. On a mme pens ausauna I (18).L'espace de travail n'est plus l'es-pace exclusif du travail. Ce qui est unlargissement par association d'lmentshors-travail est aussi une neutralisationdu travail par ces rapports extra-produc-tifs dans la mesure o tous deux restentnettement spars (ces nouveaux espa-ces sont strictement consacrs au non-travail) et en mme temps en proximitimmdiate. Enfin on arrive au travaillui-mme : Les posts de travail sontdisposs le long des murs, proximitde larges baies vitres donnant sur lacampagne (18). Les travailleurs sevoient octroyer la possibilit d'vasionsimaginaires, institues qui peuvent ven-tuellement faire l'conomie des cartes90anne gotman l'espace de travailpostales colles a et l sur les endroitsdisponibles.Quant l'exprience des bureauxpaysages, elle engagerait un enjeu nonmoins dramatique que celui de l'alter-native l'espace, prison ou paysage (19), face au problme dlicat : commenttre au travail sans y tre vraiment.Les caractristiques des bureauxpaysages, qui au demeurant connais-sent une certaine infortune, sont essen-tiellement : des circulations courtes, unclairage naturel (20), la disparitiondes cloisons (il reste cependant des cloi-sonnettes hauteur d'homme). Lesforts de piliers sont remplaces par desforts de plantes vertes, le tout dans un dsordre savamment tudi bien sr (21 ) : le respect de la hirarchie demeureintouch, dans une organisation trs ri-goureuse des groupes dits naturels (c'est--dire les groupes de travail). Mais l'ga-lit l'emporte dans le droit la lumire,l'atmosphre et l'insonorisation. galitpour tous et aussi uniformit ; la lumi-re doit tre identique du matin au soir,et comme elle est naturelle, il ne faut pastrop ouvrir les bureaux sur l'extrieur.Les crans phoniques sont parfois si effi-caces, qu'il est ncessaire de recrerun bruit pour tuer un silence trop pro-fond (21). Le conditionnement del'air est impratif.. Le bureau paysageest dpouill de tout obstacle, de toutediffrence, de toute opposition. Il estunifi et panoramique, d'o sa facilitde contrle. Les signes extrieurs de lahirarchie sont abolis. Finis les cou-loirs Jongs de plusieurs kilomtres ! Celarefltait la crainte de l'homme devantce qu'il est, devant son propre travail,devant sa propre performance (21).Le panorama paysager subtilise ce par-cours de combat et constitue une protec-tion fantasmatique de l'homme devantson travail : l'employ peut ne pas voir ceque son travail reprsente socialement. Lasuppression des crans sociaux, la mise enplace d'crans naturels facilitent la ccitau travail.Il en est d'autres qui facilitent lasurdit au travail : c'est la sonorisationactive (22), procd dj employ danscertains ateliers, dans les supermarchs etaussi dans toutes sortes de lieux publics.Selon l'article cit, 20 % de la surface debureaux nouvellement livrs en Franceauraient t sonoriss: la fin de l'anne1975. Cette innovation de taille a,dans une entreprise trangre, accru lerendement du personnel de 18%, pour a-voir enray la fatigue due au travail intel-lectuel ncessitant une attention soute-nue. Le procd est simple : il faut que lesemploys puissent entendre les pro-grammes de musique sans les couter (22). La mise en application est plusdlicate car un niveau sonore trop levcapte par trop l'attention, tandis qu'unniveau sonore. faible entraine un effortd'coute. Ce n'est pas le lieu ici d'analyserle mcanisme psycho-sociologique de cesystme qui n'est d'ailleurs pas spcifique l'espace de travail. On peut cependantavancer qu'il permet de faire jouerl'ici et Tailleurs, le rel et l'imaginaire,le travail et le non-travail dans un rapportde prsence-absence perptuellementmouvant. C'est par la suggestion d'unevasion (imaginaire) que se ralise uneplus grande attention au travail.6 - LA GREVE NOUVEL ESPACEPOUR LES TRAVAILLEURSCes lments quelque peu parssur l'espace de travail, son organisation,91anne gotman l'espace de travailet son architecture nous intressent pource qu'ils peuvent nous dire sur le tra-vail dans notre socit.Or, travailler c'est aussi tre autravail, avoir une place quelque part.C'est tre mobilis ; c'est encore gar-der quelque chose, la production, et ladfendre. Le degr le plus expressif,pourrait-on dire, de l'espace de travailnous est rendu lorsque celui-ci esten crise ; il se produit alors une inver-sion des pratiques qui rvle en ngatifce qu'est ordinairement l'espace de tra-vail. La grve, puis l'occupation des lo-caux, la squestration des membres dupersonnel : ces modalits de luttes im-pliquent de nouvelles rgles d'accessi-bilit et d'usage des lieux de travail.Ainsi Flins, en 1968, la grves'est droule selon un processus qui acontribu renverser les rgles d'usage :1) l'ouverture des circulations tra-vers toute l'usine. Pour dclencher lagrve on a donc dcid de passer dansles ateliers. On a prvenu les gars orale-ment en vingt minutes... Dans toutel'usine, on a t dans tous les ateliers,faire toute les chaines et dire aux garsde dbrayer 10h15 (23), 2) puissurvient l'ordre d'vacuation et de ras-semblement : Ds le dbut j'ai bloqules gars la sortie de l'atelier, pour nepas qu'ils sortent a l'extrieur de l'u-sine (...) On les a rassembls au piedde la cantine (...) la direction... elle acommenc se barricader dans le bti-ment (...) Au dbut quand on est passsaux ateliers, certains cadres essayaient pas tellement des cadres, non des r-gleurs ! des contrematres de garderleurs gars avec eux... Mais 3 h 30 ilsont mis tous ceux qui n'avaient pas d-bray la porte. Il restait trs peu demonde l'intrieur . 3) garder l'usine ; Il devait y avoir peu prs huit pi-quets de grve dans toute l'usine ; il yavait des rondes d'une porte l'autre,des tours de garde etc.. On avait le droitde circuler dans la cour, dans les couloirs,aux vestiaires, mais pas dans les ateliers .4) L'occuper ? Les cadres ont votpar appel nominal 80,8 % la grve a-vec occupation des locaux. Le reste separtageant entre la grve sans occupa-tion et les autres . 5) Investir les lo-caux pour procder l'action de lutteproprement dite : Les cadres sontarrivs quatre heures trente (...) Etpuis on les a dirigs vers l'aquariumc'est le grand btiment en verre l'en-tre qui fait salle de rception (...)Quand les cars de ramassage des travail-leurs sont arrivs, ils se sont dirigs lpour les canaliser vers les bureaux devote installs dans l'aquarium . 6)S'installer dans les locaux, les maintenirdans un tat convenable, et pour celales entretenir la place du personnel denettoyage : Les travailleurs et lestravailleuses surtout ont tenu ce quel'usine qu'ils occupent soient propre.Des mtres carrs de carrelage ont t la-vs grande eau. Le parking et la cour,qui ne sont pas petits, ont t balays .En occupant l'espace de la sorte,les travailleurs ont port atteinte l'ins-titution elle-mme : les forces de l'ordreont pu intervenir'; il y avait eu violationdu territoire, et donc violation de l'ins-titution. En effet, l'espace de travailest devenu le symbole de la lutte entreles ouvriers, le patronat et les forces del'ordre. En tant que tel il cristallise lespoints de lutte en une opposition entredes groupes sociaux qui se disputentune entit territoriale. L'auteur rappor-92anne gotman l'espace de travailte que l'occupation de l'usine a t unlment important pour faire avancerdans la conscience des travailleurs l'ideque la libert du travail ne se pose pas entermes d'individus, mais qu'il s'agit d'unequestion pose l'ensemble des travail-leurs collectivement . Le poste estdonc bien bris. Et avec lui l'entire con-ception de l'espace patronal.Cette grve s'est solde par l'ob-tention d'un local syndical, l'autorisa-:tion d'tablir des moyens de liaison n-cessaire au travail syndical ; et par lerefus de la reprsentation des travail-leurs au niveau de la direction gnrale.L'institution sauvegarde pouvait s'incor-porer un territoire d'opposition l'in-trieur mme de sa rgle.Au symbole institutionnel espace detravail-terrain de luttes, il a t r-pondu par un espace concret octroyaux travailleurs par la direction. Lo l'espace a pris sens pour les travail-leurs par rapport la socit, s'est substi-tu un espace ne renvoyant qu'aux tra-vailleurs dans l'entreprise.L'espace de travail demeure enfait l'espace du travail.Dans le mme temps, la grve nese limite pas un simple arrt de travail ;elle est aussi le gardiennage des atelierspar les travailleurs eux-mmes, l'utili-sation de ces ateliers ou de locaux ext-rieurs pour la discussion : sans le dser-ter ni le dtruire, il s'agit bien d'occuperl'espace de travail et de donner sa fr-quentation un sens diffrent de sa signi-fication habituelle. L'affectation des lieuxest si rigide que sa modification entrai-ne un renversement intgral des usages :les travailleurs contrlent l'accs de l'en-treprise, retiennent le patron et instau-rent une rgle qui leur est propre. Lagrve est une profanation de la rgleinstitutionnelle car le vritable crime des insurgs n'est pas tant de porter at-teinte aux richesses de l'entreprise qued'branler la certitude selon laquelle cesrichesses sont bien dtenues par le pa-tronat, et de contester un droit.Lgalement, l'entreprise n'a pas deralit juridique distincte : en droit ellen'est que la proprit de ceux qui la pos-sdent.7 - UNE CIRCONSCRIPTION AD-MINISTRATIVE NATIONALECependant on constate l'heureactuelle un accroissement de l'inser-tion du tiers institutionnel dans unespace, il est vrai, encore rgi par le co-de la proprit prive.Le rapport de l Commission des In-galits Sociales prparatoire aux orien-tations du VII Plan laisse apparatredes actions faisant intervenir l'environ-nement de l'entreprise ; ce sont : l'aug-mentation du personnel de l'Inspectiondu Travail, le renforcement de la lgisla-tion relative la protection de la scu-rit et de la sant dans le travail, et l'ac-tion mdicale et sociale prventive desadministrations publiques en milieu detravail. Le temps journalier pass en de-hors du travail proprement dit, sur le lieude travail et dans le milieu de travaildoit tre valoris sur le plan social.Il devrait tre davantage utilis par cer-taines administrations publiques commesupport d'une action prventive visant accrotre la capacit de rsistance phy-sique et morale des personnes activesde toutes catgories professionnelles auxagressions de la vie sociale. L'incitation93anne gotman l'espace de travail des bilans de sant systmatiques danscertaines professions en est un exemple.L'amnagement d'installations sportivesmme sommaires, d'accs journalier faci-le, dans les zones de forte concentrationd'activit conomique en serait un au-tre, orientation ne pas ngliger au pro-fit des zones exclusivement de plein airpriurbaines, dont l'utilisation est parla force des choses beaucoup plus limite.Les liaisons entre les administrationssociales et les comits d'entreprise oud'tablissement enfin sont un moyenprivilgi de diffusion de l'informationsur les droits sociaux (24).Le milieu de travail devient ainsiun observatoire sociologique, (25), unorgane de liaison entre le citoyen-tra-vailleur et les institutions de son pays,et un centre de prvention contre le dis-fonctionnement social interne au tra-vail et externe lui : une sorte de dis-pensaire social qui inscrit le travailleurdans un rseau institutionnel globalcapable de circonscrire l'aptitude autravail et la socit entire.L'espace de travail prendrait pourfonction seconde d'tre le support d'u-ne rgulation sociale qui dborde, en lesincluant, les objectifs de la productionau sens strict du terme. Organismesd'embauchs, agences pour l'emploi con-tribuent parfaire le cercle institution-nel qui va affiner le rpertoire des apti-tudes l'intgration sociale. Bastionde la dfense nationale rig contreune vie sociale dfinie comme tant uneagression, le lieu de travail est dcentrpar rapport son espace. La socialisa-tion dans le travail est reporte sur lasocialisation par le travail.'La Commission prparatoire au Planrend de faon explicite l'espace detravail sa valeur intgratrice, en dehorsde toute considration sur le travaillui-mme. L'espace de travail n'est ma-nifestement pas dtermin par de seulescontraintes technologiques du point devue de l'tat, dsireux de roccuper unespace que la bourgeoisie du XIXmesicle a voulu le plus libral possible.'Ceci nous permet de comprendreencore mieux, que les dcouvertes tech-nologiques les plus avances expliquentnanmoins si mal les derniers dvelop-pements de l'espace de travail, parcequ'ils sont en contradiction avec ellesparfois. (Ceci vaut galement pour lespriodes prcdentes). En ralit nouscroyons qu'il y a une contradiction appa-rente seulement. En effet la dtermina-tion technologique est plus fictive querelle, et elle permet aussi des analyses-fictions, comme celle de la disparitionds lieux de travail : Certains auteursont pu voquer une socit sans travail,ou tout au moins une socit sans lieu,de travail. W.L. LIBBY suggre que lesdveloppements des tlcommunicationset les mthodes de transmission des don-nes distance seront tels qu'il sera pos-sible la majorit des humains de travail-ler domicile. (...) Une telle hypothsevaut qu'on s'y arrte en raison des cons-quences qu'elle aurait sur le mode de vieurbain (26).anne gotman l'espace de travail8 - LA TOUR PRENDS GARDEA ct des propositions institu-tionnelles qui tendent reprendre l'es-pace de travail dans le rseau de ce quel'on peut appeler l'action sociale ,on assiste en effet un assaut continudes centres d'affaires dans l'espace ur-bain.L'affirmation de cette tendance neva pas d'ailleurs sans une certaine contre-partie critique opre dans la politiquedes villes nouvelles, par exemple, ose poursuit un effort de mixit des lieuxde travail et d'habitation, pour rendreles lieux de travail la fois plus prsentsdans la ville mais aussi plus discrets.Les zones industrielles de leur ctsont ramnages en espaces intgrs,sur des initiatives aussi bien prives quepubliques.En 1973, J. Monod dclarait (27) Ce que nous visons travers cette po-litique des zones industrielles (...) c'estl'intgration beaucoup plus vidente dela vie industrielle et de la vie sociale . Evident est bien le terme qui con-vient lorsque l'on voit quelles sont lesapplications de la nouvelle politiqueadopte en 1972 et qui vise en particu-lier favoriser la cration de centresde- vie dans les zones importantes pourne pas se limiter aux quipements stric-tement utilitaires. Par exemple, dans laville nouvelle du Vaudreuil, les zones in-dustrielles prennent le nom de parcsindustriels ; cela signifie notammentqu'une usine dsireuse de s'implanterl devra obligatoirement planter un mi-nimum d'arbres afin de rendre les lieuxacceptables sur le plan esthtique. Voiciattribue aux espaces de la productionune valeur promotionnelle, intgratricedes valeurs esthtiques qui prvalent dansla socit l'heure actuelle.Les promoteurs privs ont de leurct pris des initiatives hardies ,qui vont dans le sens de l'incorporationd'lments hors-travail (ces centres devie auxquels les textes de 1972 fontallusion) dans les zones de travail ; ainsicette annonce publicitaire pour unezone de bureaux : PDG et employs enfin d'ac-cord ! une situation stratgique... des jardins de bureaux... 30 hectares de parcs. Piscine,gymnase et solarium, au bord mme ducentre d'affaires, dans le parc urbain deBlanc-Mesnil. A l'intrieur du centreon trouvera ds la premire trancherestaurant (...), centre mdical, galeriemarchande, banque, poste etc.. amnagements la carte le tout lectrique . Paris au prix de la province .Dans cet espace clos est imaginai-rement reconstitue l'alliance des in-trts de tous dans la mesure o il fonc-tionne dans un temps limit et unrythme unidimensionnel (celui du tra-vail seulement).En dehors de telles oprations pi-lotes , les bureaux semblent s'implan-ter dans les villes de faon trs contra-dictoire et se multiplier autant en diffusdans le tissu existant qu'en grosses con-centrations. Les relations face-to-face qui ont t massivement invoquespour justifier les centres d'affaires, sontde moins en moins nombreuses. Ellesrestent l'apanage d'une fraction extr-mement restreinte des travailleurs (situeau sommet de la hirarchie profession-nelle) notamment en raison de la diffu-95anne gotman l'espace de travailsion des nouveaux procds automati-ques d'information. Par ailleurs les rela-tions au sommet sont celles qui s'ac-commodent le plus aisment de dplace-ment importants et rapides (et donc co-teux). Et pourtant, l o des relationsextrmement rgulires et rptitives in-terviennent dans le travail relation un moindre niveau hirarchique , onobserve une politique d'implantation desactivits qui les rend impraticables.Ainsi une compagnie d'assurance trans-fre la Dfense, ne peut plus entre-tenir avec ses courtiers les relations fonc-tionnelles qui les runissent, pas plusd'ailleurs qu'avec les compagnies voisi-nes avec lesquelles se nouent des rapportsde co-assurance. La situation gnraledes banques et des assurances Parisest la suivante : Ce sont les principesde contrle, d'organisation, d'action con-certe et de hirarchisation stricte despouvoirs et des dcisions qui dominentl'exercice de ces deux professions . Lesimpratifs du secteur bancaire dans lesens d'un regroupement en cit sont peut-tre moins accuss que pour les assuran-ces dans la mesure o la distribution descrdits et des dpts suppose une rpar-tition gographique optimale des ta-blissements parmi la clientle . Cescontraintes fonctionnelles interdisent unetrop grande dispersion hors de la capi-tale. Nanmoins elles ne semblent pasjustifier une telle concentration des -tablissements financiers et des emploisdans un espace aussi restreint que celuide quelques quartiers . En effet Lesbureaux de Paris s'accumulent et s'en-tassent dans un petit noyau centraide la ville (28).Ce sont les 1, 2, 8 et 9 arrondis-sements d'une part, les 16 et 17 arron-dissements d'autre part. Il s'agit d'uneaccumulation au profit des firmes deluxe. La saturation ne diminue pas lapression de la demande sur les mmesquartiers en dpit des prix levs de ven-te et de l'troitesse des terrains lib-rables.Paralllement au renforcement d'u-ne accumulation historique des bureauxdans un quartier, de nouveaux quartierss'ouvrent l'implantation des bureaux,comme les 12, 13, 14 et 15 arrondis-sements, desquels petits commerces, pe-tits artisans, anciens ateliers, entreptsgarages, moyennes industrie et un habi-tat mdiocre disparaissent. Ce qui doncne mrite pas de se situer dans les quar-tiers anne gotman l'espace de travailFrance un ple d'attraction pour les si-ges des grandes affaires multinationalesqui deviennent de plus en plus nombreuxses dans le monde actuel (socits indus-trielles, groupes bancaires, commer-ciaux..:) et qui ont besoin d'une implan-tation de voisinage d'autres grandes af-faires analogues, est un. fait qu'il ne fautpas ngliger: (...) La capitale, place for-te de l'administration , ... Les servicesd'tat continuent de se localiser surtoutdans les zones traditionnelles d'implan-tation des administrations, et participentau glissement vers l'Ouest du centre degravit de la ville. La puissance publiquese droberait-elle ses propres directi-ves .Ce principe d'organisation contientessentiellement un principe de confor-mit ; d'identit avec l'image que luirenvoie la puissance conomique interna-tionale. Le centra parisien sera le mi-roir de celui de New York ou de Milan,et inversement , Miroirs aux. alouettesentre l'ici et Tailleurs, mais aussi l'in-trieur du centre d'affaires. Le voisi-nage auquel il est fait rfrence ne sup-pose aucune liaison pratique entre lesdiffrentes firmes,- mais que chacuned'entr elles soit l'image des autres quil'entourent.Partout sont constats l'austritdes centres d'affaires, leur aspect mor-tifre, la dsertion des lments ordi-naires de la pratique urbaine. On parlede menace de strilisation de la vieurbaine (30) dans cette partie de lacapitale (Les centres d'affaires tradition-nels comme les nouveaux) et Ton vou-drait pour elle un nouveau style urbain. Enfin certains promoteurs soucieux derendre l'opration plus prestigieuse adjoi-gnent l'ensemble de bureaux un centrecommercial, un drugstore ou une gale-rie marchande... Si une forme tradi-tionnelle de commerces, de boutiques,de promenades est chasse par la pres-sion des bureaux, du moins des qui-pements de cette nature peuvent-ilsfavoriser l'apparition de nouveaux pointsd'attraction, coup sr d'un style biendiffrent, mais susceptible de maintenirune certaine vie dans ces quartiers (30).trange situation o l'implantationd'une ralit de la vie quotidienne aussi paisse . socialement que le travail,strilise la pratique urbaine en rejetanttout ce qui ne se destine pas directementou indirectement aux travailleurs, eten phagocitant ce qui leur est jug n-cessaire. Souci de fonctionnalisme, soucid'ordre, de prestige, de pouvoir... c'esttout cela qui s'exprime dans cette pr-sence retranche du travail dans la vil-le. Au travail qui occupe le centre,on passe au centre qui quipe le travail,qui n'est plus centre mais le. Et pour-quoi aussi les tours ? bien sr, la renta-bilit foncire. Mais aussi la tourprends-garde ... Derrire l'affirmationd'un nouveau style, de la modernit, les.stratgies de sduction sont aussi desrappels Tordre ; car l'espace de travaildemeure celui de la contrainte, de l'ex-ploitation. Ma premire journe de travail esttermine. J'ai une main en compote, mesculottes entortilles autour de mes jam-bes sous mes bleus de boulot, ma muset-te avec ma gamelle vide, et je n'ai pasbouff depuis ce matin. J'enfonce mesmains dans mes poches comme un vraitravailleur, et je siffle devant Paris. Y atellement de types qui ne foutent rien, unde plus, un de moins, a ne se verrait pas,me dis-je en regardant l'tendue de la97anne gotman'l espace de travailville. C'est plus grand qu'une usine, uneville. Il y a des femmes en masse et desmecs qui sont plus malins que nous tous,et qui le resteront . J. Douassot LaPerruque.Dans le rpertoire des lieux urbainsla discrtion des espaces de productions'accompagne du caractre largementdclaratif des espaces de bureaux ; auvisage cach des uns succde la monu-mentalit des autres, dans ce que cettedernire peut contenir d'imposant, d'di-fiant et aussi en ce qu'elle renvoie sonobjet au souvenir, l'archive. Pour lecitadin, le bureau aussi bien que l'usinesont des espaces impntrables ; s'ils nesont pas gards, leur singularit confre Tinaccessibilit, Tailleurs. Pour lestravailleurs ces espaces signifient essen-tiellement qu'ils sont au travail. Entreles citoyens et les travailleurs se dresse .un miroir sans tain qui se substitue lagurite des gurites des gardiens d'u-sine et des huissiers de bureaux.La production est infiniment tropmorcele pour que chacun de ses proc-ds, chacune de ses tapes ne constituentun secret de fabrication, et seuls quel-ques uns d'entre eux s'y enferment ;l'invention faisant par ailleurs l'objet ducommerce des brevets, vhicules de diffu-sion mais paralllement de rtention desprocds de fabrication. Dans le mmetemps, la production qui s'est dmulti-plie, banalise, standardise, s'est auto-matise en tant que catgorie opratoirede' la socit, et partant s'rige en abs-traction ; de rgle elle est devenue nor-me ; elle n'alimente plus la vie quotidien-ne, elle la balise et la garantit. Alors,l'espace de travail prend signification derserve : la production y est au secretpour les travailleurs comme pour lesnon-travailleurs, cependant que le travailest soumis aux exigences de' la transpa-rence, qui est la forme de la rgulationsociale en vigueur dans la socit capi-taliste.G. Bataille dans La Part Mau-dite nous dit que l'abdication de lasouverainet morale du monde reli-gieux (la lacisation est le produit dela classe capitaliste du XIXme' si-cle) dans le domaine de la productionreprsentait alors une volution qui ne pouvait se produire efficacementqu' une condition, d'tre d'aborddissimule . Le libralisme ne pouvaits'exercer sans que par ailleurs les mar-chands et les- producteurs se lient une position morale dominante. Enconsquence de cette contradiction, Ilest remarquable que l'esprit et la moraledu capitalisme n'aient presque jamaist exprims l'tat pur . Ainsi, parexemple, on aurait pu imaginer queles usines soient les palais du capi-talisme.C'est derrire la structuration spa-tiale rglementaire, et une rglemen:tation'qui se prsente comme tantcelle de Teffectuation de la production,comme tant technique strictement que la classe dominante s'exprime l'exclusion de toute autre, tout en seprsentant comme la seule expressionpossible. L'espace de travail tel qu'ilest tabli apparat comme le seul espa-ce possible. D'o sa transparence maisen mme temps son opacit. Son mo-nolithisme n'excluant pas des arran-gements et mme des concessions dedtail aussi longtemps que les conditionsde sa pratique seront fortement dter-mines par les conditions mmes de laproprit capitaliste.98anne gotman l'espace de travailNOTES(1 ) E. GOFFMAN : La mise en scne de lavie quotidienne ; tome I, La reprsentationde soi. pp. 108 et 109 Paris, d. de Minuit1973.(2) J. DOUASSOT : La Perruque. Paris, d.Grasset 1969.(3) A. GOTMAN, L'espace de travail ; thsede troisime cycle. Parix-X-Nanterre, 1977.(4) Allocution prononce lors de la comm-moration du Centenaire de l'Inspection destablissements classs de la Seine, en 1963.Paris, Association Nationale de l'Inspectiondes tablissements classs.(5) Cit lors de la crmonie commmora-tive de l'Inspection des tablissements classs.(6) Id.(7) Commmoration du Centenaire destablissements classs de la Seine, Paris 1963.(8) Id.(9) Id.(10) Id.111) Le Corbusier : Chartes d'Athnes,Paris d. de Minuit. 1957.(12) Commmoration du centenaire de l'Ins-pection des tablissements Classs de la Seine,Paris, 1963.(13) A. HUGON, R. TRAVERSE : Le com-plexe usinier. Constructions Industrielles Paris,d. Eyrolles, 1962.(14) J. DOUASSOT, Op. cit.(1 5) ENTREPRISE n92.(16) ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUIn165,Dc. 1972,Janv. 1973.(17) LES ECHOS, supplment au n 11606,Mars 1974.(18) LE MONDE - 11 Juin 1974 / En Su-de, VOLVO inaugure sa premire usine sanschaine .( 19) LES ECHOS - Op. cit.(20) C'est bien ce que nous lisons dans lesrevues spcialises ; en dehors de la dfinitionde sa source, on remarque d'ailleurs un secondparadoxe, savoir que la distribution de cetclairage naturel doit tre uniforme surl'ensemble de la journe et des espaces,le soleil n'est plus dehors, il est dedans !(21) LES ECHOS Op. cit.(22) ENTREPRISE n 979 La musiqueau bureau . Paris, Juin 1974.(23) LA GREVE A FLINS - Documents,tmoignages rassembls par J. Ph. TALBO.Paris, d. Maspero, 1968.(24) Prparation de l'orientation prlimi-naire du VII plan. Paris, Documentation Fran-aise, 1975.(25) Une enqute parlementaire sur la si-tuation du monde du travail prconise par Cle-menceau concluait en faveur d'une organisationde statistique sociale permanente dont la for-mule resterait imaginer. En 1891, l'Officedu Travail nait, dont la fonction est d'tre unobservatoire des conditions de travail.(26) P. MERLIN, Vivre Paris 1980, Pa-ris 1971 (et W.L. LIBBY, La fin du trajetquotidien).(27)' in VHABITATION n 57-58 : Les zo-nes industrielles. Janv. Fv. 1974.(28) PABIS-PROJET hs I et II. Paris 1969et 1970.(29) Dans PARIS-PROJET n2.(30) PARIS-PROJET n2.99K.SteblerP. Watierde l'errance spatiale l'errance sociale.Au XIXme sicle, les villes ouvrires se constituent con-tre le nomadisme, c'est--dire tentent de raliser une fi-xation d'abord spatiale, de la colonne mobile de la pes-tilence . Peu peu, cette fixation devient sociale et, pa-ralllement, le nomadisme est exprim lui aussi en catgoriessociales, psychologiques ou mdicales.De cette errance, on trouve encore la trace dans la vie noc-turne des villes : les noctambules en leurs drives sont-ilsles, derniers nomades, ctoyeurs des vagabonds du sexe,de la drogue et des illgalismes obscurs trams dans la nuit ?Si l'on s'en rfre aux taxinomies qui structurent la per-ception du social, en effet, le nomade, le louche, la nuits'opposent au travailleur rgulier, au normal, au jour. Unetude du nomadisme au XIXme sicle nous permettra decomprendre les termes de cette mtaphore, de la com-paraison entre les nomades du sicle dernier et les oiseauxde nos nuits actuelles. Et c'est le questionnement de cet-te mtaphore que nous mettrons l'oeuvre dans la suitede cette tude.ORIGINE ET GENERALISATION DULOGEMENT UNIFAMILIAL.1. Nomadisme, vagabondage, migrations Sous l'Ancien-Rgime,,'la bou-geotte prend diffrentes formes, plusou moins organises, allant du Tour deFrance des Compagnons aux bandes cons-titues de brigands, en passant par les mi-grations saisonnires et les grandes diset-tes qui jettent sur les chemins nombred'errants occasionnels. En simplifiant,on peut distinguer le nomadisme laborieux (colporteurs, marchands, compag'nons) les migrations lies aurythmes saisonniers, la complmentarif des ressources ville-campagne migrations qui font partie du modde vie (1) et le vagabondage de crisqui jette sur les routes des troupes affames en qute de pain ou de travail que la misre peut parfois conduire unir leur sort dans une mendicit de plu101k. steblerp. watierde l'errance spatiale l'errance socialeen plus agressive (2) dbouchant surle brigandage organis.Ajoutons-y une forme particulirede migration, plus limite dans le tempset l'espace ; il s'agit de migrations encorecanalises de l'exode rural, qui ne peu-vent se confondre avec l'errance des p-riodes de disette, dans la mesure o ellessont jalonnes jusque dans leurs ta-pes (3), c'est--dire qu'elles prsententbien des points communs avec le pro-cessus actuel de l'immigration, l'immigrayant souvent des points de chute con-nus, o il retrouve sa parent, voire sonvillage Paris par exemple devenantainsi une collection de grands villa-ges (4).D'autre part, ct de ces formesorganises et conjoncturelles des mou-vements des populations, subsiste uneautre varit de vagabonds, mendiantsou malades, enfants trouvs, dont lenombre augmente en priode de crise,mais qui existe en dehors d'elles, defaon permanente. A l'gard de ceux-ci,catgorie marginale' et non intgre,contrairement aux catgories prcdentes,aux circuits conomiques de l'poque des mesures sont prises ds le XVIImesicle. Ces mesures se fondent sur le trou-ble que cette population apporte dansles familles, chappant aux changesmatrimoniaux et se caractrisant par unedouble opposition aux intrts de l'-tat et de la famille. Les couvents de pr-servation, les maisons closes, les hospi-ces d'enfants trouvs, les hpitaux g-nraux tendent concilier les intrtsdes familles et ceux de l'tat, tout enamorant le processus d'expertise, de mi-se en tutelle et d'observation qui d-bouchera sur la psychiatrisation des no-mades.Les dlits de vagabondage et demendicit relvent encore sous l'AncienRgime du pouvoir royal, une ordon-nance royale suffit fonder l'HpitalGnral ou condamner un vagabond. Ces gens qui campent dans laville, en vritables nomades, bien plusqu'ils ne l'habitent (5).Nomades, car ils ne sont pas fixsen un lieu prcis, arrachs aux campa-gnes par l'exode rural, mobiles au grdu chmage et des alas de l'emploi,les ouvriers et les ouvrires du 19mesicle sont aussi des barbares qui vivent en marge de la loi, parce que naissant,s'unissant, procrant et parfois mmemourant, sans tre reconnus et enregis-trs par elle (6).A. Travail et nomadisme Laconstitution du proltariat urbain.A la fin du XVIIIme sicle, lapopulation urbaine en France est passede un dixime 20 % de la populationtotale. C'est l'poque des manufactures ;mais ce mouvement d'exode rural, s'ilfournit la main d'oeuvre de l'industrienaissante, fournira galement celle del'essor industriel : Les paysans fournis-sent la masse des ouvriers sans quali-fication des industries naissantes (manu-factures du XVIIIme sicle), ou en pleinessor (mines du milieu du XIXme si-cle) (7). Les caractristiques de cettemain d'oeuvre attestent l'existence encette fin du XVIIIme sicle et cettepremire moiti du XIXme sicle desvritables proltaires ns du dveloppe-ment de l'industrie capitaliste (...) Gran-des villes ou petits centres manufacturasdissmins dans la campagne abritent102k. steblerp. watierde l'errance spatiale l'errance socialedonc, au cours de cette poque, unepopulation ouvrire dont la vie est trsprcaire, car elle n'a pour toute propritque sa force de travail, pour toute res-source que son salaire (8).1) Le recrutement de cette maind'oeuvre n'est pas l'oeuvre du hasard, nide la seule volont consciente des indi-vidus dsertant une campagne incapablede les nourir pour une ville aux salairesmirifiques. Les dracins sont surtoutmthodiquement recruts. Un rseau d'a-gents stipendis officie travers le glo-be ; son habilet n'a d'gale que celledes officiers recruteurs des armes del'Ancien Rgime (9). C'est ce que Tonvoit aussi dans l'exemple des industriestextiles du Jura, o le fabricant selivre une prospection systmatique dansles rgions voisines de la principaut,envoyant dans les villages des recruteurschargs de vanter l'embauche (10).D'autre part, les travaux publics qui sedveloppent en France (chantiers du che-min de fer, construction de canaux)embauchent eux aussi de nombreux jour-naliers agricoles.L'hrdit professionnelle n'est ma-nifeste, au milieu du XIXme sicle,que pour les mtiers hautement qualifisdu textile et de la mtallurgie : le recru-tement industriel se fait, dans ce cas,dans des milieux dj constitus d'ou-vriers et ce, depuis plusieurs gnrations.Comme le note Tremp,- cetenca-drement sera aussi un personnel instruc-teur (11). Mais c'est l'origine pay-sanne qui caractrise la main d'oeuvresans qualification, dont le recrutementrural se poursuivra jusqu'au dbut duXXme sicle, en mme temps que seconstituera le milieu ouvrier industrielavec ses familles ouvrires qui donnenttous leurs membres l'usine ou la minr>2) Nomadisme d l'exode ruralet l' immigration (rgionale, natio-nale voire trangre), mais aussi l'ins-tabilit de la main d'oeuvre : L'ou-vrier se dplace facilement et il n'a d'or-dinaire aucun lien naturel avec le payso il travaille. Dans ces conditions il n'ya rien qui le force pargner : il est en-tirement livr lui-mme et son li-bre-arbitre (...). Nous n'osons pas punir,rptent les directeurs, pour un rienles ouvriers nous quittent. Et de fait,quelles sanctions appliquer ? L'amende ?Aussitt l'ouvrier demande son compte.La mise pied ? L'ouvrier chme delui-mme. Le renvoi ? Voil qui est biengal un ouvrier qui est sr de trou-ver, ds le lendemain s'il le veut, s'em-baucher la mine voisine et pour lequeld'ailleurs le changement est une distrac-tion ! (12). S'ajoute cette mobilitle mouvement de la main d'oeuvre saison-nire qui ne travaille dans les usines et lesmanufactures que certains mois de Tan-ne, passant le reste aux travaux deschamps, ces filles de la campagne lo-ges en internat (ce sont des ouvriresdes filatures du Rhne) et qui ne partentchez elles souvent fort loin ou ces mineurs du bassin stphanois qui peu-vent aller la moisson tardive des hautsplateaux vellaves (13).Cette population nomade fait peur : Lorsque commence, dans la secondemoiti de la Restauration, l'immigrationpuissante que nous avons mesure, lesnouveaux venus sont communment dsi-gns par des mots qui voquent lesdiffrences que nous qualifierions au-jourd'hui de raciales ou d'ethniques. Plusque jamais misrables, barbares, sauva-ges, nomades, ces nouveaux venus, tran-gers aux moeurs et aux lois de la com-103k. steblerp. watierde l'errance spatiale l'errance socialemunaut (14). Et Thiers de distinguerle peuple de cette multitude com-me si classes laborieuses et classes dan-gereuses se distinguaient sur de tels cri-tres , cette multitude confuse, cettemultitude de vagabonds dont on ne peutsaisir ni le domicile, ni la famille, si remu-ante qu'on ne peut la saisir nulle part,qui n'ont pas su crer pour leur familleun asile apprciable : c'est cette multi-tude que la loi a pour but d'loigner (discours du 24 mai 1850) (15).3) Dans quelles conditions vivaient-ils, ces nomades, pour qu'on les traittaussi de barbares et de sauvages ?Le dveloppement de l'industrie mcani-que et des machines a pour consquen-ces la prolongation de la journe de tra-vail et la mise au travail des jeunes et desenfants ds lors l'ouvrier ne peut plussubvenir aux besoins de sa famille : Lavaleur de la force de travail tait dter-mine par les frais d'entretien de l'ou-vrier et de sa famille . Si la machinepermet l'emploi des jeunes et des en-fants, il en rsulte que, pour une famil-le de quatre personnes, il faut main-tenant que quatre personnes fournis-sent non seulement du travail, maisencore du travail extra au capital, afinqu'une seule famille vive. C'est ainsique la machine, en augmentant la ma-tire humaine exploitable, lve enmme temps le degr d'exploitation (16). Ds quatre ou cinq ans, les en-fants travaillent ; les ouvriers travail-lent treize quinze heures par jour,sans repos hebdomadaire ni jours f-ris. Vivant dans des caves sans plan-chers, ni meubles, ni chauffage, lestravailleurs sont la proie de la phtisieet d'une mortalit leve. Voyez.Examinez d'abord l'homme qui n'arien. L'ouvrier, le proltaire, l'homme quiremue ses pieds, ses mains, sa langue, sondos, son seul bras, ses cinq doigts pour vi-vre ; eh bien, celui-l qui, le premier, de-vrait conomiser le principe de sa vie, iloutrepasse ses forces, attle sa journe quelque machine, use son enfant et lecloue un rouage (...). Aucun repospour cette partie agissante de Paris ! Ellese livre des mouvements qui la font segauchir, se grossir, maigrir, ptir (...). Puisson plaisir, son repos est une lassante d-bauche, brune de peau, noire d tapes,blme d'ivresses ou jaune d'indigestion,mais qui vole le pain de l'avenir, l soupede la semaine, les- robes de la femme, leslanges de l'enfant tout en haillons (17).Vivant dans la prcarit,.les ouvriers sorti-.. brent dans la misre ds que le salaire'vient manquer', faute d'avoir pu consti-tuer, la moindre pargne'. Si la crise seprolonge, certains d'entre eux tombentirrmdiablement dans l'indigence et vontgrossir les derniers rangs de l'arme indus-trielle de rserve (18).C'est ce qui se produit notammentlors de la crise de 1830, o le chmage etla mendicit atteignent de nombreux ou-vriers, dbouchant sur les meutes et lesinsurrections; comme celles des canuts Lyon en 1831 et 1834, alors que l'pid-mie de cholra de 1832 provoque une v-ritable dcimation. Mis', insalubrit,taudis, et immoralit se fondant en unseul mot barbares ! , qu'avec horreurles bourgeois envahis par les masses ou-vrires prononcent, craignant autant les -meutiers rvolts que les agresseurs desrues boueuses.Dans cette plthore de descriptionsquasi biologiques d'une autre race, cer-tains traits particuliers sont relever, quiqualifient le monde bestial de la sexualit104k. steblerp. watierde l'errance spatiale l'errance socialeouvrire, instable et inquitante commetout le reste de cette vie sauvage et mis-rable.B. Le concubinage ouvrier, l'illgiti-mit La mortalit infantile et les aban-dons d'enfants.Jusqu'au dbut du XXme sicle, le concubinage s'enracine dans les moeursouvrires (19). A la fin du XVIIImesicle, on avait assist une augmentationconsidrable du nombre de naissancesillgitimes, dues l'immigration dans lesvilles des populations rurales et aux d-buts de la constitution d'un proltariat sans feu ni lieu ; l'isolement'loin ducadre villageois et de ses traditions sembleavoir facilit des unions illgitimes,-sou-vent peu durables, car le chmage et lesalas de l'emploi poussent sur les routesles ouvriers nomades la recherchedu' travail. C'est ce que Ton note parexemple ' Nantes, dans les dernires an-nes du XVIIIme sicle, o Ton observeune forte augmentation des unions et desnaissances illgitimes (20). Mais le draci-nement n'est pas la cause essentielle decette monte de l'illgitimit.Pourquoi se maintenaient-ils, en ef-fet, ces ouvriers misrables ; quoi bonse lancer dans les stratgies matrimonialesque prescrivait la tradition, le mariagene pouvant tre contract , comme lenote J.L. Flandrin (21), que par despossdants si peu d'ailleurs qu'ils pos-sdassent mais les ouvriers ne poss-daient rien, c'est la dfinition mme duproltariat. Ce mouvement de l'illgitimi-t, qui s'accompagne de l'augmentationdu nombre des abandons d'enfant, sepoursuit et s'amplifie durant toute lapremire moiti du XIXme sicle, at-teignant des points culminants danslespriodes de crise : fin de la Restauration,dbut et fin de la Monarchie de Juillet ;et dans les poques de chmage, de diset-te ou de grand froid. Car le concubinageouvrier est autant union durable de deuxmisres que provisoire palliatif la geled'un hiver rigoureux. Concubinage et promiscuit, cor-rollaires de certaines conditions d'existen-ce, se trouvent galement redoubles parelles : le taudis implique en effet pres-que ncessairement une ngation de toutepudeur, une promiscuit rvoltante, untalage de nudit qui est moins de l'hom-me que de la bte (22). Villerm com-me Engels, comme tous les observateurset enquteurs du XIXme sicle, consa-crent au taudis et au lit commun des des-criptions o la misre, la salet et la pro-miscuit sexuelle sont confondues dans lamme inquite perception. Consquencedu dracinement, du travail et de la mi-sre car le mariage ne saurait scellerune union de biens mobiliers ou immobi-liers, puisque (les ouvriers) n'ont riend'autre transmettre que leur propreforce de travail ; le mariage se veut aussicration d'un foyer o s'duquent les en-fants ; mais qu'en tait-il pour un coupleo la femme comme l'homme passaientplus de douze heures l'usine ? (23),le concubinage ouvrier, assimil lapromiscuit des corps, rendu responsa-ble de la criminalit et des mouvementsinsurrectionnels, devient peu peu le malqu'il faut radiquer.- Le nombre des enfants abandon-ns, recueillis dans les hpitaux, avait bais-s entre 1789 et 1799 - ce que Louis Che-valier explique par la plus grande tolran-ce vis--vis des filles-mres et par l'affreuxdnuement de l'Hospice des Enfants-Trou-105k. steblerp. watierde l'errance spatiale l'errance socialevs o la mortalit tait bien plus fortequ'ailleurs , mais une augmentation con-sidrable marque la premire moiti duXIXme sicle ; elle est due l'immigra-tion massive de main d'oeuvre dans les vil-les et la misre des mnages ouvriersassorties des prescriptions du Code Civilinterdisant les recherches en paternit.Ces abandons d'enfants sont une des cau-ses de vagabondage des enfants, que LouisChevalier dcrit dans la ville de Paris : L'enfance errante cesse (dans la premi-re moiti du XIXme sicle) d'tre unecuriosit pour devenir un fait social (24),ce qu'il y a lieu de mettre en relation avec la fragilit du bien familial dansles classes pauvres et avec l'illgitimitqui sont elles-mmes mises en relationavec cette forte fcondit dont la famillede Gavroche est un bon exemple (25). La mortalit des enfants du peu-ple est, au dbut du XIXme sicle, trsleve ; les causes en sont diverses : L'ac-croissement de l'infanticide et de la mor-tinatalit Paris au cours de ces annesne peut tre mis en relation qu'avec ledveloppement des classes populaires. Aureste, c'est dans les principaux arrondisse-ments populaires que les morts-ns sontles plus nombreux. Ne parlons pas de cesmilliers d'enfants abandonns lgitimesou illgitimes, appartenant dans leur qua-si totalit aux classes populaires et quel'administration hospitalire envoie ennourrice ou en apprentissage en des r-gions o la mort les dcime (26). Cesenfants du peuples, et ces adultes des clas-ses populaires, ce sont des malheureuxau dpart (27). Pourquoi les grands enquteurssociaux du XIXme sicle commencent-ils, en dehors des considrations morales, s'inquiter du grossissement des rangsdes uiiiuiilb iiieyiimias el/uu dUdiiLloiincEn analysant la criminalit de la premiremoiti du XIXme sicle, Louis Chevaliernote d'aprs les observations de Villermet de Parent-Duchtelet, entre autres, que les statistiques de criminalit montrentque, pour des pourcentages importants,les criminels ont t des enfants naturels ,l'illgitimit assurant en permanence lerenouvellement d'une population qui,sans tre ncessairement promise au cri-me, est place ds le dpart et biologique-ment en dehors de la cit. En marge de laloi, dirons-nous encore, et de ce fait etplus facilement qu'une autre, contre laloi (28).C. Enfants illgitimes, vagabonds,insurgs et criminels.Contre la loi, qu'est-ce que cela si-gnifie ? Mls dans la mme apprciationcraintive ou rprobatrice, les insurgs quidescendent dans la rue encore que,des caves insalubres o ils survivent, ilsauraient plutt y monter , et les cri-minels (voleurs, tueurs, prostitues) quierrent dans la nuit malsaine des coupe-jarrets. Classes laborieuses et classes dan-gereuses, la frontire est tnue qui lesspare : Pour les bourgeois de Paris,les classes laborieuses sont et restenten marge de la ville, de la mme mani-re qu'aux poques anciennes, ces cat-gories de population que l'on confondaitavec les groupes criminels (29). Et,concluant son analyse, Louis Chevalierprcise cette relation entre l'illgitimit dont on sait qu'elle est surtout l'origi-ne populaire et le dsordre social ce-lui d aux malfaiteurs, mais aussi desmeutes et ds mouvements collectifs : Pendant toute la premire moiti du106k.steblerp.watierde l'errance spatiale l'errance sociale.XIXme sicle, l'illgitimit devait partici-per chaque anne au renouvellement des. effectifs dangereux, pour un total qui nepouvait gure tre infrieur celui-l (30). On n'exprime pas mieux les craintesqui commenaient alors assaillir les bour-geois : criminels, dlinquants, prostitueset insurgs sont des enfants illgitimes ;l'illgitimit provient du concubinage,durable ou non ; et le concubinage estouvrier. La lutte contre T immoralit ouvrire sera une croisade aux justifica-tions hautement valorises : hyginiques(lutte contre l'insalubrit, la morbidit,la mortalit), sociales (lutte contre le d-sordre public et pour l'amlioration desconditions d'existence des classes populai-res), morales (luttes contre la promiscuitet la sauvagerie de la sexualit barba-res ), philanthropiques (sauver ces chresttes blondes au demeurant pouilleuses ;constituer une famille ouvrire dans lemagma quasi tribal o se dveloppe unerace dangereuse).Lutte qui, dj amorce avant 1850,se poursuivra au XXme sicle, appuyesur la mdecine, la pdagogie et les scien-ces humaines et dont on trouve la tracedans ces observations de classes d'en-fants anormaux , aux parents harcelspar le chmage et la misre, oss, offen-sifs, bistrs, dguenills, les traits durs (31) ; mme race de barbares, mme terresauvage o il s'agit prsent d'entrepren-dre une mission civilisatrice. L'usine, iamine ou l'atelier ; le logement et le jar-din ; le patronage et Touvroir ; le dispen-saire et l'cole ; tels sont les espaces o seprcise une entreprise de domesticage, desurveillance et d'inculcation de normes etde valeurs.Avant de passer plus directement aunomadisme et au vagabondage au XIXmesicle, il nous faut raliser un rapide sur-vol de la transformation du droit, pourcomprendre la nouvelle manire d'envi-sager le vagabond, celle qui oscille entrela reconnaissance pleine et entire de saresponsabilit et sa dchance non moinscertaine. Ambiguit de la nouvelle repr-sentation du contrat, le devoir de l'in-dividu envers la socit se double de ce-lui de la socit envers ses membres, c'estgrce la dcouverte de dfauts dans lapersonnalit mme (imprvoyance, d-bauche ) d'un individu que le contratse trouve rompu et que les seules mesuresapplicables sont rpressives et vont d-boucher terme sur la mdicalisation.2. Nomadisme spatial, nomadisme social. Nomadisme, criminalit, patholo-gie. Au XIXme sicle, le nomadisme,de spatial et gographique, tend deve-nir essentiellement une catgorie sociale.La citation ci-dessus de Louis Chevalierest clairante ce sujet. C'est l'cart,le rapport la loi qui devient le critredu nomadisme. Il nous faut d'ailleursdonner une extension trs grande ceterme de loi, ce n'est pas seulement laloi de l'ordre juridique, mais la loi deTordre social id est la norme! Le noma-disme, les qualificatifs pour le dsignerl'indiquent amplement, se rapproche dece que Ton pourrait nommer une diva-gation sociale il ne menace pas seulementune rgle sociale (la proprit par exem-ple), il les menace toutes, son existenceest une vritable provocation pour Tor-dre social, dont il montre au passage la limite, les fondements, id est sur l'ex-clusion de quelles conduites, actes, rap-ports la vie, soi, celui-ci s'institue(32). Le nomade se situe alors du ct107k. steblerp. watierde l'errance spatiale l'errance socialede l'archasme (le barbare) ou de la folie ;il est intressant, au passage, de signalerque la folie de la fin du XIXme sicleest entirement sociale lorsqu'elle sert caractriser le nomade. Ainsi Charcotpose le diagnostic des fugures et mdica-lise l'errance en l'appelant automatismeambulatoire (33).En mme temps que les compor-tements dlictueux de ces barbares (lesvols, chapardages, meurtres, etc..) sontpnaliss, ce processus de criminilisa-tion va se doubler peu peu d'un pro-cessus de mdicalisation qui finit par re-couvrir le champ mme de la dlinquance.Mdicalisation du nomade contagieux,porteur de germes dont il assure la cir-culation (le nomade est suspect de pro-pager toutes les pidmies : il n'est pasatteint par les lois de l'hygine ; il smepartout et malgr tout les germes d'in-fection ) (34) ; mdicalisation de sonmode de vie tout entier, le refus du travailindustriel, de l'intimit du foyer, deshabitudes rgulires, devenant autant desymptmes d'une pathologie psychique ;enfin mdicalisation- de ses dlits, car nombreux sont les dlirants en libert.La socit est assez bien arme pour lesarrter ds qu'ils deviennent dangereux.Mais alors ce ne sera pas sur la prisoninutile qu'il faudra les diriger, mais surl'asile (35). Criminalisafi.on et mdica-lisation en rprimant des actes illgauxsur le mode d'un code dj connu ou encrant une nosographie nouvelle quiappellera symptmes pathologiques desformes de rsistance Tordre social,peut-tre aussi la manipulation de cemilieu et l'extension du contrle social.Mais si la socit met ainsi en scnele spectacle de ce qui la nie, pour mieuxassurer ses fondements, il nous faut n-anmoins reconnatre la'rvolte qu'expri-ment ces comportements. les qualificatifs de la barbarie.Seul le droit au travail et l'assis-tance peut imposer des devoirs aux mis-reux et faire de ses actes asociaux desdlits (36). Vers le milieu du XIXme.sicle, toute une typologie du barbarese prcisera la fois descriptive et utiliseen guise de repoussoir : -l'ouvrier nonfix, nomade et accabl de tous les vices,les textes de l'poque opposent l'ouvrierpre de famille, jardinier, sobre et travail-leur.Ces oppositions mettent en viden-ce la disparition progressive du critrespatial du nomadisme le campementest dj une forme mineure de fixation ,auquel se substitue peu peu un critresocial ou mme psychologique. La spatia-lit n'est alors plus saisie que sous l'espcedu mouvement , dans la taxinomie quiplace en vis--vis, par exemple, le danseuret le jardinier, ou le tumulte et le havrede paix que doit tre le foyer. L'entrepreneur traite toute la co-lonie, comme si, au lieu de rsider, elle nefaisait que camper (37). Le nomadismeest une lutte contre le nouveau com-portement qui tente de s'imposer et rede-vient errance spatiale de par ce refus. Cescatgories vont se fondre dans celle del'instable, mais restent toujours en toilede fond.3. Fixation des ouvriers, mort des noma-des, naissance des instables. L'ouvrier, varit sauvage et vari-t domestique.108k. steblerp.watierde l'errance spatiale l'errance socialeIl fallait encadrer et civiliser la co-lonne mobile de la pestilence qui vaga-bondait de mine en mine, d'atelier en tau-dis ; constituer un milieu ouvrier quiserait aussi un rservoir permanent demain d'oeuvre ; solidifier une famille ou:vrire qui serait centre sur le foyer ; con-trler ces alles et venues, rgler ces con-duites dsordonnes. Le patron tend modeler le tra-vailleur en fonction des impratifs du ca-pital. Pour faire du profit, il lui faut obte-nir des ouvriers Un travail de qualit, sou-tenu et rgulier, condition d'un prix derevient avantageux. Docilit, conscience-et habilet professionnelles, rgularit,stabilit et sobrit sont les vertus cardi-nales que la discipline d'entreprise, expri-me par les rglements intrieurs, tented'inculquer aux nouvelles recrues, parmilesquelles on prfre les hommes marisaux clibataires plus nomades que leschefs de famille et les hommes faits auxadolescents plus indpendants et plus ins-tables (38). De telles ncessits suppo-sent d'abord une rglementation du tra-vail lui-mme, une hirarchie et un con-trle au sein mme de l'atelier, mais pouravoir des ouvriers stables, rguliers et so-bres, encore faut-il leur fabriquer une vieen dehors de l'usine qui soit elle aussi la mesure des exigences du capital. L'ou-vrier aura une femme et puis des enfants,et puis une maison avec un jardin ; il nepourra plus quitter son emploi commebon lui semble. Nanti d'une famille quine pourra plus vivre sans lui, il ne pourravivre sans elle : L'ouvrier ne sera stableque lorsqu'il aura la fois le logementqui lui agre, la famille qui le retient (39).A Mulhouse/on spare les clibatai-res des pres de famille, car quant ceux qui sont maris, il est bon qu'ilsvivent dans leur mnage. Le pot-au-feuest en dfinitive une des pierres angulai-res de la famille (40). La constitution du mnage puisque telle est la cible prsupposel'invention de la bote habiter, l'limi-nation des femmes et des enfants du pro-cs de production, leur placement enfinen rsidence surveille qui l'cole, quiau foyer (...). Assainissement de l'espacemanufacturier, squestration des non pro-ducteurs, ordre et conomie dans le m-nage, voil la cit pacifie. Travail et hors-travail, jusque l tanches, glissent l'unvers l'autre et communiquent travers unjeu rgl d'changes et d'emprunts rci-proques (41). La loi du 13 avril 1850,relative l'assainissement des logementsinsalubres, marque le point de dpart dumouvement des habitations bon marchdestines aux familles ouvrires. Le dbatdevait se prolonger entre les tenants de lacit ouvrire et les promoteurs de la mai-son monofamiliale qui craignent quel'agglomration des ouvriers en un mmelieu ne contribut dvelopper par larunion des hommes, des foyers de sdi-tion et, par la confusion des sexes, desfoyers d'immoralit (42).Ainsi Mulhouse, la socit des ci-ts ouvrires n'accordait un logementqu' la condition qu'il ft occup par unseul mnage : On ne voulait pas laisserse runir sous un mme toit un trop grandnombre de personnes trangres les unesaux autres (43). Ce qu'il s'agit de met-tre en place, c'est le chez-soi dontl'ouvrier n'aura plus envie de s'vaderpour le cabaret ou d'autres lieux de d-bauche et de subversion ce qu'illustrecette anecdote d'A. Penot ; Lorsqu'en1864, M. Daruy, Ministre de l'Instruction109k.steblerp. watierde l'errance spatiale l'errance socialePublique, vint Mulhouse, il voulut voirla Cit ouvrire. Ayant rencontr la fem-me d'un ouvrier dans la maison qu'il avaitdemand visiter dans tous ses dtails, illui adressa plusieurs questions, celle-ci en-tre autres : O votre mari passe-t-il ses soi-res ? Avec nous depuis que nous avonsnotre maison, rpondit la femme, rsu-mant navement d'un mot ce qui fait leplus grand mrite de l'oeuvre .Il faut aussi diviser le chez-soi lui-mme, en lieux rservs aux activitsspcifiques de la vie quotidienne : dsen-tasser les corps, supprimer la promiscuithirarchiser les individus. Dans la maison,c'est l'apprentissage de Tordre,de la rgu-larit et de l'pargne ; c'est aussi la spara-tion des individus, la rivalit institue enrgle de vie rivalit qui passe par lesfemmes, par le soin pris du logis, des en-fants, de l'argent. C'est le renfermementsur la vie familiale, la stabilisation des re-lations, la naissance de l'intimit du fo-yer. On peut voir, ds 1835, se dessinercette stratgie disciplinaire du logementouvrier, par exemple dans le rglementde la cit construite Mulhouse par An-dr Koschlin, industriel et maire de laville : il fallait, pour jouird'un logementdans cette cit dont le loyer tait lamoiti du loyer qu'ils paieraient ailleurs entretenir les cultures du jardin, ne pascontracter de dettes, faire chaque semai-ne un dpt la caisse d'pargne, envoyerses enfants l'cole (entre 7 et 12 ans),s'affilier la caisse maladie de l'tablis-sement, ne pas sous-louerune partie desa maison, etc.. Par ailleurs, ces condi-tions se trouvrent rapidement redoublespar tout un processus de surveillance etd'mulation, que rapporte A. Penot: A-fin de faire natre une utile mulation en-tre les familles rsidant aux cits, le con-seil d'administration a ouvert un concoursentre lves et distribue chaque anne desprimes en argent et des mentions honora-bles celles qui se sont distingues parl'ordre, la propret et en gnral par labonne tenue de leur habitation, commeaussi par la bonne culture du petit jardinqui en dpend... L'examen sur lequel lacommission assied ses jugements, embras-se l'aspect extrieur et intrieur de l'habi-tation et du jardin, l'tat du mobilier,l'ordre et l'conomie dans le mnage, latenue des enfants et l'effet de leur fr-quentation des coles (44).Le logement ouvrier ainsi dfiniremplit une double fonction : sparationde la famille du dehors de la rue etdes autres familles ; permettre la surveil-lance de la cit ouvrire : Il faut d'abordque le logement disciplinaire soit bienclos dans ses murs, il faut qu'il fuie la rue,afin d'opposer la pesanteur de son intimi-t l'attraction du cabaret, de la runion,du pav : comme une bote, il faut que lelogement garantisse l'intimit familialecomme un espace de retranchement. Maisen mme temps, il doit, bien qu'opaque,tre entirement transparent, pour quepuissent s'exercer les surveillances et lescomptabilits, pour que l'ordre soit assu-r (...) Comme la cage, il faut que le loge-ment garantisse l'intimit familiale com-me un espace de squestration (45)(soulign par les auteurs).Les nomades sont surtout des ru-raux dracins. La cit de Mulhouse sesitue alors dans cette deuxime acceptiondu terme de nomade qui renvoie l'aso-cial, dans son sens le plus large, le prol-taire (46). La fixation gographique estune fixation morale ; dans le nomade,c'est le barbare qui est vis et c'est en cela110k. steblerp. watierde l'errance spatiale l'errance socialeque s'explique aussi le choix du logementumtamilial, dont l'utopie sculaire du r-formisme la bourgeoisie sans prolta-riat (47) est parfaitement exprime parA. Penot lorsque, traitant de l'conomieet de l'pargne des ouvriers, il pensait que C'est l qu'est la meilleure et peut-trela seule vraie solution de ce formidableproblme d'conomie sociale qui se posepour objet de faire disparatre le prolta-riat de la socit moderne (48).Notes(1) Michel le PENOT, La fin des vagabonds,in L'Histoire , n. 3, juillet-aot 1978, page27.(2) Ibid, pages 27-28.(3) Ibid, page 27.(4) Michelle PENOT, op. cit., page 27.(5) Louis CHEVALIER, Classes laborieuseset classes dangereuses, d. Pion, 1958, rd.1969, page 388.(-6) Louis CHEVALIER,op. c/t., page 380.(7) R. TREMPE, Prsentation du n. 97 (oc-tobre-dcembre 1976) de la revue Le Mouve-ment social, ditions ouvrires, page 6.(8) Ibid, page 9.(9) L. MURARD, P. ZYLBERMAN, Le pe-tit travailleur infatigable, Recherches n. 25 (no-vembre 1976), page 128.(10) Pierre GASPARD, La fabrique du villa-ge, in Le Mouvement social n. 97 (octobre-d-cembre 1976), p. 24.(11) R. TREMPE,op. cit. page 5.(12) G. HOTTENGER, Le pays de Briey,.hier et aujourd'hui, Paris, 1912, pages 203 et140, cit par L. MURARD et P. ZYLBERMAN,op. cit., pages 135 et 137.(13) Yves LEQUIN, La formation du prol-tariat industriel dans la rgion lyonnaise au XIXsicle, in Le Mouvement social, op. cit., page126.(14) L. CHEVALIER, op. cit., page 454.(15) Ibid., page 459.(16) Karl MARX, Le Capital (Livre 1er, 4section,chap. 15 ;d. Pliade,tome I, p. 940.(17) H. de BALZAC, La fille aux yeux d'or,d. Pliade, 1952, tome 5, pages 255 sq.(18) R. TREMPE, op. cit., page 7.(19) L. MURARD, P. ZYLBERMAN, op.cit., page 157.(2U| J. UtPAUW, Amour illgitime et socit Nantes au XVIIIme sicle, in Annale;ESC juillet-octobre 1972 (n. spcial Famillet socit ).(21) J.L. Flandrin, Les amours paysannesd. Gallimard-Julliard, collection Archives 1975, page 75.(22) Dr SIMON (1866) cit par L.MURARet P. ZYLBERMAN, op. cit., page 58.(23) La rue, in Les femmes s'enttent, Gallimard, coll. Ides, 1975, page 334.(24) Louis CHEVALIER, op. c/r,,page 12(25) to/d.,page 126.(26) Ibid., pages 414 et 415.(27) Ibid., page 421.(28) Louis CHEVALIER, op. cit., page 39:(29) Ibid., p. 453.(30) Ibid., p. 397,(31) LACOSTE, Observation d'une clasd'anormaux, Revue pdagogique, 1922. Cipar F. MUEL, L'cole obligatoire et l'invetion de l'enfance anormale, in Actss deRecherche en Sciences'Sociales , n. 1, janvii1975, page 73.(32) Les nomades n'ont da got que poila vie d'aventure, la vie irrgulirs , Dr.PAGNIER, Un dchet social, le vagabonParis, Vigo.t, 1910.'(33) M. PERROT,op. c/f,,page2B.'341 Dr. A. PAGNIER, ibid.(35) Drs. A, MARIE et R. MEUNIER, Lvagabonds, Giaud et Brlre, Paris, 1908.(36) Cf. CASTEL, pages 43 et 67. CI. auDONZELOT,page29.(37) Karl MARX, Le Capital, Garnier Fiaimarion, page 588. Cf. galement ce quo MRARD dit de la cit nomade, op. cit., pa42.(38) R. TREMPE, page 10.(39) Comte de CANISY, La questionvrire dans le bassin de Briey, d. Payot, 1S1page 132, cit par MURARD et ZYLBERMApage 156.(40) A. PENOT, Les cits ouvHm de Mhouse et du Haut-Rhin (Mulhouse 1807), cpar Murard et Zylberman, op. cit., page 2B0.(41) L, MURARD et P. ZYLBERM/op. cit., page 153.(42) F. BECHARD, La Commune, fet l'tat dans leurs rapports avec les elasseborieuses, 1849, page 152 ; cit par H.H.GUE111k.steblerp. watierde l'errance spatiale l'errance socialeRAUD, Les origines du logement social enFrance, d. ouvrires, 1967, page 79.(43) A. PENOT, op. cit., MURARD etZYLBERMAN, page 257... (44) . PENOT, op. cit., MURARD etZYLBERMAN, page 24, note II.(45) L. MURARD et P. ZYLBERMAN,op. cit., page 275.(46) Les ouvriers sont hors de la soci-t politique, hors de la cit : ce sont les bar-bares des socits modernes, barbares pleinsde courage, d'nergie comme leurs devan-ciers, qui doivent apporter, notre socit'pour la retremper, ce qu'ils ont de force etde- vie, qui doivent donc, hntrpr dans cettesocit, mais qu'il faut y admettre aprs qu'ilsauront pass par le noviciat de la proprit .Journal des Dbats, 18 avril 1832, cit parGuerraud.(47) ENGELS, La question du logement.(48) A. PENOT, Les cits de Mulhouse,page27.112Claudine Quentin lmaginaiid'un vieux quartiiN d'un ensemble dit insalubre,devenu l'un des points centraux de laville, le centre ancien de Tours, nommglobalement Vieux Tours (1), voitactuellement, suite la mise en placed'une opration de restauration-rnova-tion, agir sur ses composants l'actionpropre tout appareil capitaliste deproduction. Cette action d'uniformisationconomique et sociale, manipulant lesdsirs individuels au nom d'un faux in-trt gnral, est largement mene DANSet PAR ce que nous appellerons dis-cours technique (2). Par ailleurs, Tin-formation de masse rgionale donne unrcit privilgi de la naissance du VieuxTours son statut de vieux quartier (3).Enfin, image de la vie quotidienne dans leVieux Tours et de sa mutation, nousavons recueilli la parole de ses usagers.Notre centre d'intrt s'est doncsitu la rencontre de la rationalit urbanistique, de la non-rationalit etde l'implicite ; l'analyse du discourssur laquelle nous nous sommes appuyayant pour but de saisir les rapportsentre langage et vie relle, entre langageet praxis sociale, entre structures linguis-tiques et structures sociales ; souhaitantalors mettre jour les divergencesexistent entre un discours, miroirficiel d'une socit et une parole, rd'une quotidiennet collective permetl'mergence d'une individualit.Il est difficile lorsque Ton. etun vieux quartier de distingueraxes de recherche, les lments direncis ne prenant leur mesure qniveau d'une rencontre les transformles impliquant dans un processus cplexe. Nous considrerons toutefoisles thmes choisis en deux tempspremier examinant les critres pro la fois au centre urbain et au quahistorique : CENTRALITE, MODETE, STANDING et DECOR, le ses'arrtant longuement sur les th'd'HISTORICITE et de CULTURALlieux privilgis o se particularise lastance des vieux quartiers.1 - UN ELEMENT TOPOGRAPHICOMPLEXE LA CENTRALes vieux quartiers appartien une centralit luxueuse :d'une unit restreinte replie surmme, celle d'une unit histori113Claudine quentin l'imaginaire d'un vieux quartierdonc culturelle. C'est la combinaisonentre les notions d'ENSEMBLE ARCHI-TECTURAL (faisant appel aux crit-res de date, paysage familier, sensibilit),de DENSIFICATION (permettant lespoints de convergence, l'organisation devie collective, l'interaction et l'intgra-tion de pratiques diverses), de DIMEN-SION (redonnant valeur la rue, au pe-tit commerce, au march hebdomadaire)qui fonde la qualit du centre. Le centrehistorique vivant de son rapport compl-mentaire ou antagoniste mais le plus sou-vent mythique, avec la ville, ville quitout la fois exalte avec fiert son cen-tre et en nie les fondements par uneexpansion priphrique incontrle.Nous avons pu constater, que laplupart des textes .actuels journalisti-ques ou individuels caractrisant lequartier historique comme unit res-treinte font rfrence une image privi-lgie qui regrouperait les diffrentesstructures sociales connues dans lesquartiers, les villages, les bourgs : pro-ximit spatiale, base professionnelle, eth-nique ou sociale, unit de voisinage,communaut... ; la prsence de vieuxhabitants, constituant le noyau solidedu quartier, l'individualisant et lui don-nant une personnalit particulire, leslments les plus anodins ( faades , rues , place , monument ),vivant au sein de cette image, se trouvantalors dous d'une rsonance affective.Il est bon toutefois de mettre l'ac-cent sur la diffrence qui existe dsor-mais, suite aux oprations de restaura-tion-rnovation, entre les quartiers an-ciens non restaurs et les quartiers an-ciens restaurs. L'quilibre architectural(rompu par les constructions moderneset plagiaires), l'quilibre social (trar"form en lieu sgrgatif), la rductionoutrageuse d'un quartier une fonc-tion rsidentielle et une vocation deloisir-consommation, interdisant de fon-der une NOUVELLE IMAGE DE QUAR-TIER partir de TANCIENNE, dchueau rang de mythe.De fait, si la centrante, en loca-lisant les vieilles pierres, les enrobede tout un contexte d'changes, de con-tacts, de relations, encore faut-il refuserd'agrer sous ce vocable des critres quin'ont plus cours et garder l'esprit quebien souvent la centralit ti'est plus quele lieu de rassemblement d'une finance,d'une lite ou pire de forces militaireset policires.2 - LA MODERNITE, MIROIR DE-FORMANTReflet, miroir dformant, la mo-dernit permet aux vieilles pierres d'of-frir au regard leur chaleur, tandis queles vieilles pierres permettent la mo-dernit de se situer dans la marchedu progrs . De ce rapport narcissiqueambigu, les vieilles pierres tirent' une di-mension nostalgique et libratrice.Percevant les vieux quartiers comme cadre matriel de vie , les anciens ha-bitants du Vieux Tours tmoignent d'u-ne attitude unanime de refus de la moder-nit. La perception des ensembles de r-novation assimils au hors d'chelle destours, une uniformit qui dpasse lesfrontires nationales, se voit refuserle bnfice de la vague similitude offertepar la construction plagiaire. Ce refus,prend d'ailleurs sa mesure dans une com-paraison immdiate aux grands ensem-bles, habitat l'tat pur, habitat de laquotidiennet, habitat de l'isolement,114Claudine quentin l'imaginaire d'un vieux quartier maisons ae verre pntres de toutepart par le monde extrieur, alors queles vieilles btisses, protectrices naturel-Jes de l'intimit, ne s'ouvraient que pourla communication, la relation voulue etnon impose (4).D'autre part, ce repli" trouve denombreuses images dans une comparai-son rflexive, sentimentale et mmorise la maison d'enfance, symbole d'unlieu o Ton a puis l'affectivit, voca-tion qui suscite l'imaginaire, la redon-dance, la subjectivit.Repoussoir, modle de l'inesthti-que, de l'inhumain, de Tassociabilit,la modernit donne donc, dans l'optiquedes anciens habitants du Vieux Tours,coloration, chaleur, vie aux vieillespierres ; elle leur sert d'crin, un crinfantastique construit l, semble-t-il, pourrehausser leur clat.Bien diffrente est . l'attitude dudiscours de presse qui s'appuie sur cetantagonisme, trop marqu pour tre rel-lement assum, entre PASSE et PRE-SENT, HISTORICITE et PROGRES.Ce discours prsente en effet le retourau pass comme la rponse . une lacune, comme un jeu combinatoire entrequotidiennet/modernit/ mise au gotdu jour de l'ancien. Tous les textes con-cernant cette articulation du pass auprsent sont marqus par la contradic-tion, ils s'appuient sur une image de lamodernit, mise en abstraction du mon-de, entranant une nostalgie croissantede la nature immdiate ainsi qu'un ba-lancement entre contraintes du progrset libert d'un retour au pass. Aussisuffit-il d'un dtail architectural (gre-niers d'ardoises .dposs au fa-te de toute construction moderne tou-rangelle, par exemple), pour que la mo-dernit se transforme mtaphoriquementet assume une continuit .Par ailleurs, l'imprcision de la th-matique urbaine permet au discoursjournalistique, d'une part de regrouperun ensemble de questions que l'identifi-cation l'urbain rend moins inqui-tantes (5), d'autre part de jongler avecdeux ncessits ayant des contenus laplupart du temps antagonistes. Ainsi,les textes de presse rgionale, reflet dela pense de J. Royer, agissent en deuxterrips : soit qu'ils valorisent l passpar rapport l'humilit du quotidien,soit qu'ils glorifient la hardiesse du mo-derne, craignant que la survalorisation dupass devienne un signe d'touffementdu prsent. Il ressort donc une gne l'gard du pass, une gne et un respect.Ftichisme, leurre, repltrage, le re-tour aux vieux quartiers dforme l'ar-chitecture passe en un pass modernis;habitable, dsinfect. La restauration-r-novation tmoigne de ces enchane-ments d'alibis ayant leurs propresprincipes de fonctionnement dont nousparle Lefebvre (6).. Alors qu'il seraitutile de considrer, en s'appuyant sur lestravaux de M. Castells, que l'espace,la ville ou le quartier sont faonns parles lments des systmes conomiques,politiques et idologiques, ainsi que parleurs combinaisons et les pratiques so-ciales qui en dcoulent, les discours depresse nationaux et rgionaux voluenten termes de bonheur, pivotant sur degrands mots : T habitat et T habi-ter , le beau , T utile , le vrai ,T harmonie ... exprimant une totalitet son acception idale. Le bonheury est rduit une signification qui lu-de la personne et le signifiant mme dubonheur, signification qui repousse Ten-115Claudine quentin l'imaginaire d'un vieux quartiernui, l'alination, fruits des rapports so-ciaux, des techniques de production etde domination qui procdent effective-ment l'laboration des quartiers restau-rsrnovs.3 ) UNE REALISATION DE STANDINGSigne d'argent, de richesse, de stan-ding, les vieux quartiers s'entourent detout un contexte transfigurant la valeurmontaire, l'intgrant un systmeabstrait, corroborant le contenu mar-chand d'un contenant, qui tout en res-tant dpendant du systme d'achat,prend l'allure de la satisfaction possi-ble d'un dsir .Objet privilgi marqu du signede la valeur, le Vieux Tours doit treconsidr comme un mode d'habitatintgr un groupe d'objets ou de si-tuations distinctives. Ainsi, la proximitdu Vieux Tours, le rejaillissement partielde son atmosphre, l'existence de dtails,contredisent la ralit des quartiers r-novs. Tout un systme d'images archi-tecturales renforce et donne une coh-rence pseudo-vitale ces ensembles quinaissent d'une forme architecturale etd'une image rsidentielle pseudo-anciennedonnant naissance un vritable mythersidentiel.En ce qui concerne la zonerestaure, les critres de standing sontencore plus vidents, certaines enqutesrvlant que l'individu disparait auxyeux de ses relations, les murs, le sta-tut de l'habitat restaur primant sur l'-tre de l'habitant.L'examen de quelques prospectusdits sur le Vieux Tours donne un re-flet de la consommation propose et deson abstraction ; indications la person-nalisation, standing et statut social,maintien des rgles tablies, de modlesimmuables, les images utilises, rdui-sant les choses quelques qualits auxcontours suffisamment flous, deviennentle support d'associations affectives, d'vo-cations, de suggestions. Il s'agit ds lorsde permettre l'adaptation des rves etdes dsirs la ralit, au sein d'une main-mise cohrente. Autant d'analyses qui nesont pas sans rappeler les textes consa-crs par R. Barthes. au discours de laMode (7). L'accentuation de la VIRTUA-LITE cache au sein du DETAIL devientun point central du dsir, s'opposantabsolument l'exercice du pouvoirpersonnel, tout en permettant l'in-dividu de se sentir agent, responsable,.juge, tablissant les rgles d'un vritablejeu consommatoire fond, non plus surl'ingalit, mais sur la diffrence.Alination d'autant plus criantequ'ici, comme dans bien d'autres lieux,changer les murs signifie changer les gens,signifie dissociation du groupe prexis-tant (ouvriers, travailleurs immigrs, pe-tits commerants, vieillards) et renouvel-lement partiel par adjonction d'une po-pulation venue de l'extrieur. L'espacese trouve tre la proie d'une multipli-cation de.systmes d'usage : les touris-tes, les portugais restant (qui crentdes lieux de rassemblement extrieursaux lieux centraux du quartier), lescommerants d'art et d'activits noctur-nes (qui vivent dans l'ignorance totalede l'tre du quartier), les tudiants,(population mouvante juge tantt beau-coup trop diffrente, tantt groupecharnire faisant le lien, du fait de leurrythme de vie, entre l'ancien et le nou-veau mode de relations).116Claudine quentin l'imaginaire d'un vieux quartierDs lors, parler des vieux quartiersen termes de standing c'est obligatoire-ment en parler en termes d'expulsion,de sgrgation. Quitter le quartier pourles anciens habitants c'est vivre une rup-ture au sein de la dure, de l'habitude,du contexte coutumier. Brisant les vieil-les communauts, la restauration-rnova-tion introduit un systme d'changesqui n'est plus localis sur un espacerestreint,' qui demande d'aller cher-cher l'tre avec lequel on pourrait -tablir un rapport. Par l'limination dursidu social,dlinquants;associaux, vieil-lards, par la perte d'une tradition, d'une coloration particulariste, il s'estproduit une rduction de la valeur sp-cifique du quartier.Il faut d'autre part souligner quel'effacement des relations caractrepersonnel ne conduit pas l'affirmationde ractions antagonistes, les seules rac-tions se rduisant une protestationmarque de fatalit et n'envisageantnullement l'aspect global du processus.Les anciens habitants formaient un grou-pe, une communaut fortement spare,oppose dans une hirarchie stricteet dvalorisante au nouveau groupe so-cial, ils ont conscience de ne pas poss-der le mme savoir, conscience qui scl-rose leur action. De plus, aprs avoir pas-s dix ou vingt ans dans un taudis, onn'a pas obligatoirement la force de con-tester le luxe sanitaire qui masque alors,au niveau de la parole et non au niveaudes conduites, les manques profondslaisss par un habitat de type H.L.M.Le vritable proltaire tant ici TISOLE,celui qui n'a plus aucun appui sur le con-texte coutumier.4-UN DECORNous considrons la vie des vieuxquartiers, devenus dcor, comme troi-tement lie au fait qu'ils conservent des traces d'esthtisme et des tra-ces de sociabilit ; traces que Ton sedoit de saisir travers un double langa-ge : celui des mots et celui des objets(coins privilgis, agencement des ruel-les...). Lorsque Ton s'attache l'inven-taire de la vie quotidienne dans le VieuxTours, on se trouve sans cesse en but une srie de doubles courants : d'une part l'idalisation de lavie quotidienne dans un espace dif-frent , idalisation qui n'est pas sanspasser par le rve, l'imaginaire, une re-fonte du langage courant en un lan-gage pseudo-littraire ou pseudo-poti-que, d'autre part la description touteaussi subjective-, mais cette fois-ci d'as-pect purement ngatif (et servant detoile de fond la prcdente) de la vieen grand ensemble.Le discours des anciens habitantsse prsente comme essentiellement ob-jectif, appartenant au code restreint,discours d'une classe populaire ouvrirepercevant le Vieux Tours travers desrelations et un langage fonds sur la viecommunautaire. L'esthtique, ou tout aumoins la forme spatiale et architecturaledu Vieux Tours, y apparat comme sup-port d'un mode de vie ; faisant appelau dtail, l'ge, l'rudition, l'esth-tique ne doit plus tre considre commedomaine part, mais comme domainePERMETTANT des vnements, une viepersonnalise, certaines formes de rap-ports. Cadre de vie, mode de vie, esth-tique se trouvent alors mls.117Claudine quentin l'imaginaire d'un vieux quartierDe plus nous voudrions distinguerici l'enchevtrement de l'espace (sa for-me et son esthtique) et du langage (soncontenu perceptif, sa diffrenciation so-ciale). Cet enchevtrement permet de d-couper deux formes de lecture du VieuxTours selon le critre d'anciennet etintroduisant une vocation essentiel-lement affectivo-rudite. Ainsi la pein-ture du Vieux Tours par ses usagers sefait-elle au nom d'un code imaginairequi n'emploie ni signaux, ni represconventionnels et met en pratique dessymboles qui permettent une incarna-tion dans des Htels Particuliers auxnoms prestigieux, mais galement dansdes maisons, des coins de rue, des pi-ceries-buvettes...Dans le Vieux Tours, mme si laperception esthtique est consommation,il subsiste le sens d'une cration. Lestermes BRICOLAGE, SALE, BISCOR-NU..., dans une rfrence implicite l'objet technique moderne dans lequelle hasard lui-mme est systmatis, sou-lignent que la vieille maison permet uneforme d'panouissement au rythme de g-nrations successives. Par ailleurs cer-taines enqutes rvlent que l'amourdes vieilles pierres, la perception de leursvaleurs et caractres peuvent tre l'ob-jet d'un apprentissage. L'individu recon-naissant peu peu son dcor par l'in-termdiaire d'autres individus formantun groupe li aux murs, par (et cettepossibilit parat intressante) l'acquisi-tion d'une perception rudite, permet-tant de nommer, de comprendre, deculturaliser l'espace.. Compltant, servant de fondementaux ractions des usagers, de nombreu-ses parties du discours journalistiqueprennent l'loge du travail manuel pourthme. Le Vieux Tours est alors prsentcomme un ensemble de pierres, d'ardoi-ses, de poutres travailles par des BATIS-SEURS. Les images rhtoriques et psy-chologiques la fois fastueuses et assi-miles une vision immdiate et vcuedu quartier, favorisent l'emploi de T em-blmatique (8).-Considrons maintenant le VieuxTours comme un espace portant la mar-que d'un groupe social, qui lui-mmea pour lment distinctif un langage.La parole sur le Vieux Tours est affec-tive, elle nat d'un contact perptuelavec autrui ; immdiatement percepti-ble, elle est encourage, suggre. Cetteparole est propre un milieu dont lesanciens habitants ont conscience defaire partie et qui estompe, par la mise jour de relations cpmmunes avec leschoses et les tres, l'individualit pro-pre des interviews. La rfrence lasolidarit, aux personnalits typiques, ce groupe constituant une grandefamille , sont autant.de renvois autrui,mais autrui membre d'un groupe donton ne saurait se dtacher et formantle Vieux Tours.Toutefois, faut-il bien affirmer quece discours n'est pas, et ne peut treconsidr, comme le discours propre un vieux quartier en gnral ; il est lediscours d'un vieux quartier habit,dfini, marqu par un groupe' socialouvrier et proltaire qui lui a donn savie, ses images, son langage. Ce discoursne saurait tre ternel, inscrit dans lapierre, il est sujet toute mutation, toute modification sociale. Ainsi ladisparition des cafs, des piceries-bu-velles, de l'artisanat est lie la dispa-rition de la classe ouvrire et traverselle de tmoins quotidiens de la vie de118Claudine quentin l'imaginaire d'un vieux quartierquartier. L'entr'aid, la chaleur humaine,phnomnes dont il faut suspecter toutegnralisation, toute tendance l'at-tendrissement (9), doivent toutefois treconsidres comme fondement d'une coloration ouvrire trs prononce,d'une aire culturelle qui dlimitait uneappartenance au quartier par laquellepassait l'insertion dans une socitrelle.Ainsi le dcor, les murs se sont-ilsestomps pour laisser. au premier planles tres, un groupe, une grande famil-le. Expression d'un tat de fait auxcontours connus des habitants du VieuxTours, sorte d'vidence qui n'a pas. tre dfinie car elle appartient au vcu, la mmoire collective (10). Entr-aide, familiarit, pauvret, mdisance,langage sans artifice, pierres et individus,dure et mmoire, des lments diversmais communs font du vieux quartierun dcor matriel et psychique peru diffrent .5 - DES CONNOTATIONS MAGI-QUES : HISTOIRE ET CULTURELes vieilles pierres font appel un langage autre. Elles vivent de rap-ports connotatifsessentiels ('HISTOIREet la CULTURE. Tout en tant tou-jours Centralit, Modernit, Standinget Dcor, les vieux .quartiers se ftichi-sent. I 'Histoire et la Culture fonction-nent comme rfrent principal, dfonc-tionnalisant l'habitat pour le transmu-er en habiter.Pour ce qui est de la dimensionhistorique, deux niveaux d'attitudes doi-vent tre ici diffrencies : celui du dis-cours journalistique, celui de la paroledes usagers.Au long du discours journalisti-que, l'histoire n'est pas prsente maisutilise travers des reprsentationsa-histpriques, supprimant le pass m-me de la socit et la possibilit dedvoiler les facteurs qui dterminrentles manires de vivre. Les objets du VieuxTours sont alors prsents comme desobjets neufs, dont on a fait disparatretoute trace d'origine, de production,dont on donne une interprtation u-nique , vridique et non partiel-le : du sacr d'o rayonna la cit, ducommerce qui attira les hommes, il nereste qu'une image folklorique dont l'au-thenticit reste la plupart du temps vrifier. Les mcanismes essentiels de cesvisions historico-journalistiques, l'accu-mulation et le filtrage, agissent par li-mination du banal et mise en valeur duprestigieux.De mme que les donnes cultu-relles de Patrimoine, Cachet, Caractresont voques en guise de protectionintellectuelle, les donnes historiques,tout'en flottant dans l'imprcision,constituent un apport de grands mythesincontests qui pourraient tre inter-changeables d'autres villes. L'ancienne-t y trouve un des fondements de savaleur scurisante dans la mesure ol'histoire y est dnue de toute symbo-lique historique relle. La Tour Char-lemagne, la basilique Saint Martin, laCathdrale... emblmes , blasons ,constituent une sorte de recueil, museimaginaire de la ville, au caractre pu-rement mythique.L'criture de presse, sans tre lereflet immdiat du discours officiel,se fait alors criture officielle ;critre de vrit, norme sociale, le lan-gage y est la fois le vhicule de Tin-119Claudine quentin l'imaginaire d'un vieux quartierformation et de l'opacit. De type im-personnel, il s'adresse un lecteur appar-tenant une masse confuse : le ci-toyen , qui doit vivre dans la dignit .Au long de ce discours de presse,c'est le mot qui ordonne, mot lumiresur lequel se condense la structure de laphrase. Les MOTS-CLES ou MOTS-SYMBOLES y foisonnent ; appartenantau vocabulaire technique ou philosophi-que, ils se prtent par leur origine Tam-biguit et au faux sens et servent d'-lments projectifs ; en assignant cesmots-cls une polarit positive ou nga-tive, travers-un jeu complexe de CON-NOTATIONS (II), l'organe de presseinsre des jugements de valeur. Ainsi lemot DESTIN, mot de grand homme ,par rfrence historique, absorb fr-quemment dans un fatum devenuclich, la ville de Tours, son dveloppe-ment, la restauration, la vie de quartier.Par ailleurs, le vocabulaire employpeut n'tre pas choisi en fonction desa seule intelligibilit. Il est frquentde trouver un vocabulaire pseudo-techni-que ou artistique exerant une vritableattraction sur le lecteur, permettant laconstruction d'un discours-mtalangage,oprant partir de ce que nous nom-mons pjorativement les plus bel-les phrases , morceaux de bravoure,ornementation. D'autre part, il est souligner que ce discours donne lireun mlange bien dos d'information,jouant sur les procds de COMPROMIS,NEUTRALISATION et UNIFICATIONde termes opposs. Parfois, une simpleexpression suffit combler le videlaiss par des problmes sans solutions :applique au hors .d'chelle des tours,une image peut jouer ce rle ; il s'agit a-lors de rechercher un lment communaux vieux quartiers et de filer la mta-phore, choix qui d'ailleurs n'est justifique par l'enchanement du discours.'La vision historique fournie par lediscours de presse se signale donc parses aspects rtrcis, tronqus, ignorantsdes facteurs matriels, conomiques ettechniques, des liens existant entre for-ces productrices, rapports sociaux etmanires de vivre. Dans un mcanismede dfense, de faon absolument arbi-traire, le discours de presse considrela ville comme un produit, transforme,, par un contact troit la culture, lemonde matriel en monde des ides,en un abstrait qui prend les formes d'unconcret qui n'est qu'illusion. Codifiant,lgalisant, cette dformation de l'histoi-re refuse l'individu une perceptionde la pratique sociale, normalisant, ellelui refuse l'laboration travers l'imagi-naire, des perceptions historico-affecti-ves que nous allons maintenant aborder.Cette histoire-anciennet qui a le gotdu prestige et du mythe, sert de miroirdformant la ville ronge par l'urbain.Cependant, la parole des usagersdu Vieux Tours donne la dimensionhistorique une coloration toute parti-culire. L'histoire devient MEMOIRE,PERMANENCE, TRADITION (12). D-finir le Vieux Tours c'est alors dfinirun monde privilgi qui a connu ce quene connaitront jamais les quartiers toutproches, dtruits et reconstruits, c'estalors tmoigner d'une continuit vivan-te qui, mme si elle s'appuie sur des d-tails dpasss, n'a rien d'artificiel. L'-tonnement des jours passs subsistedans la mesure o, les murs, tout en ayantchang de fonction, permettent imm-diatement de se situer dans l'atmosph-re des jours passs. Il est d'ailleurs signi-120Claudine quentin l'imaginaire d'un vieux quartierficatif que les dtails du pass le pluslointain apparaissent de faon fortuiteau hasard d'un mot. Les souvenirs mar-qus dans la pierre sont comme autantde relais qui permettent la reconstruc-tion d'une vie formant un tout psy-chologique aux priodes indissociables.L'histoire se mle alors trange-ment la tradition; du point de vue im-mdiat de l'tre, l'histoire rpond cegot des origines, ce besoin de conti-nuit, cette ncessit de retrouverl'homme et le lieu inscrits et unis dansun mme espace. Il est donc de toutpremier intrt de mettre jour la mul-tiplicit de directions couvertes parcette notion mme d'histoire que le dis-cours de presse rduit une image uni-ciste. Pour les usagers du Vieux Tours,l'histoire est au contraire Thistoire-souvenir, Thistoire-tmoignage, celle quidonne le sens d'une poque, Thistoi-re-signification, celle qui s'inscrit aufur et mesure que s'lvent les murs,-celle qui prcise une existence relle,qui influe sur le comportement citadin,l'histoire-permanence, celle de la sta-bilit, des gnrations qui se succdent,celle qui permet, quel que soit le destindu quartier aux caractres dominants etdistinctifs de rester prsents. L'histoire-tradition enfin, constitutive de visionset de penses nouvelles nes de savoirsdj construits.D'autre part, il est ici ncessairede lier la richesse des divers critres pr-cdemment mis en valeur la cultura-lit de l'objet ancien. En effet, voquantls travaux de Baudrillard, on peut rap-peler ici que l'objet ancien met jour unindice culturel du temps niant le tempsrel, le temps quotidien ; il reprsenteun temps dpass, une hrdit compen-sant tant bien que mal la fragilit d'exis-tence des objets modernes. Il est unevaleur sre.En ce qui concerne notre terrainparticulier, la notion de culture rpondcelle de consommation. Toutefois, l'as-pect culturel n'y fonctionne que DANSLA MESURE OU il sert de masdue l'aspect consommatoire. En rgle gn-rale, il n'est jamais fait tat au sujet duvieux quartier de consommation ; maisla contrepartie conomique absolumentncessaire une telle opration rappa-rat sans cesse sous forme de proposi-tions incidentes, d langages anodins.L'appropriation de l'espace par des usa-gers non habitants, touristes et noctam-bules, ou plus gnralement la provoca-tion la visualisation, la destruction dudsir par le strotype, sont autant depreuves d'un mouvement consommatoi-re minimis mais existant. Rappelonsen effet que ces objets d'art et de sty-le visibles , auxquels le vieux quar-tier sert d'crin, tout en se prsentantcomme des objets distincts , marquspar la survivance, ne constituent en fait(suite aux oprations de restauration-rnovation) qu'une branche spcifique dela production. A ce sujet, le discours surle Vieux Tours tmoigne d'un langageneutre, commun, intgrant dfinitivement la consommation l'aspect esthtique,la valeur diffrentielle. La connaissanceeffective et le pouvoir sur l'architectureet la forme mme de la ville, restant trslimits, seuls subsistent l'apparence, l'i-mage du bonheur voques sans cessepour masquer |a prdominance descontraintes, la trs faible capacit d'ap-propriation. Reste que le Vieux Tours, objetancien nettoy , fait inauthentique.121Claudine quentin l'imaginaire d'un vieu* quartierIl s'attache ces maisons devenues tropblanches, une sensation de dcor th-tral, de mise en valeur de signes, de for-mes dtaches des fonctions spratiqueset des gestes humains. Le Vieux Toursne prsente plus qu'une survaluationd'lments qui jadis allaient de soi et qui maintenant sont dots d'un signehistorico-culturel : l'espace, coeur de laville, la gomtrie architecturale quipermet la production d'une image spa-tiale diffrente, la temporalit enfin,marque dans cet espace prexistant de nombreuses gnrations.On peut considrer cette dgrada-tion comme d'autant plus grave que leVieux Tours aux yeux de tous, maisSUPERFICIELLEMENT, garde son as-pect, son apparence, son got d'en-semble esthtique. On retrouve en effetdans l'amour des vieux quartiers la per-ception que les objets, les actes mmesdans leur quotidiennet pouvaient avoirun sens sensible ne ncessitant pas obli-gatoirement de laborieux dtours par laculturalit. Les vieux ensembles tmoi-gnent d'un autre chose assimilableau style et .qui permet de varier sansdissocier ni confondre les lments del'habitat. Il parait alors ncessaire deconsidrer le retour aux vieilles pierrescomme la recherche d'une vision nou-velle du cadre de vie quotidien, comme lapossibilit offerte l'imaginaire, super-posant la fiction des solutions rel-les, d'investir des objets (ruelles, pou-tres, tuffeau) d'une dimension subjec-tive.Qute avorte, rptons-le, maisqute, il y avait, ancr dans la dimensionhistorique et culturelle des vieilles pier-res, un ailleurs. Par une rduction gros-sire, on a malheureusement considrque la culture et l'historicit ne pou-vaient que laisser des traces immu-ables, inviolables, on les a intgres, neu-tralises, dsignes. Alors que jadis, lepass ETAIT, dans une existence quoti-dienne, on Ta introduit Tordre de lapense, Tordre des mots, Tordre deTcrjture, il n'est plus qu'un rfrentparmi d'autres.Nous voudrions en effet revenirici sur le rle trs efficace jou par lediscours de presse rgionale dans laconstitution du Vieux Tours en tant quevieux quartier. Dans l'univers du dis-cours journalistique, la parole devientusage abondant de synonymes et de tau-tologies; exercice facile de style dans lequel les mots s'enchanent pour l a-b'ondance, la redonnance effet voulu.La ralit n'y est plus alors qu'un sup-port, une rfrence, une matire cri-ture quantitative d'o toute ventuellecontradiction reste absente, une critureritualise qui tue le rationnel par l'a-bondance. Les superlatifs et expres-sions superlatives fuient toute positivitet construisent un discours mythiquepermettant le rve, l'utilisation d'unlieu qui tout en restant trs prochedevient utopique.Ce discours se compose en effetd'une signification deux motifs : d'u-ne part un signifiant matriel, quanti-fiable, visitable, d'autre part un signifiqui reste toujours immatriel, flou,dont les contours peuvent tre dessinsau gr de l'imaginaire. En ce sens, le my-the et l'image, qui ne peuvent tre im-punment spars du discours, sont es-sentiels la bonne marche de l'oprationde restauration. Au moment o elle seforme, l'image devient le sens du Vieux122Claudine quentin l'imaginaire d'un vieux quartierTours et le discours sur le Vieux Tourss'investit totalement en elle.Il faut revenir alors sur la partd'analogie et d'arbitraire que contienttout discours mythique ; loin d'tre unepure photographie, le mythe n'est pasnon plus pur imaginaire. Il est direc-tement nourri au sources de la ralitvisuelle ; le dtail vocateur symboliquese trouvant toujours prt tre investipar la signification, c'est par un jeu in-cessant entre une matrialit effective(Vieux Tours) et une ralisation possi-ble, une virtualit convoite (possderun appartement de standing dans unquartier ancien) que le discours suscite,interpelle,dsigne (13).Toute une rhtorique se trouvedonc constitue ; elle est sous-tenduepar deux grands axes : le rseau desmodles culturels, le rseau des mod-les historiques. Il apparait toutefoisici plus important encore de mettre l'ac-cent sur un mcanisme de rhtoriquedtourne . En effet, tout au long dudiscours de presse rgionale, l'criture,tout en restant criture culturelle, cessed'tre sublime pour devenir FAMI-LIERE, INTIME, ENFANTINE. Touten se laissant dborder par un lyrismedes plus mdiocres, tout en laborantun rcit digne de la rdaction scolaire,sur un ton de confidence, le journalistesemble se parler lui-mme, sembleretrouver l'enfance,, l'antriorit. Les -crits expriment alors une glorificationde la matire, de i'architecture, du temps,une forme de marginalit exprime parl'absence de calcul, de rigueur, un accordphysique et moral ralis entre l'hommeet les choses ? Ces rfrences lyriques,pseudo-scolaires, dont le signifi VieuxTours se voit aurol, sont immdia-tement perceptibles par un bref retour l'enfance et l'cole.Ds lors le rel, point de dpartde l'image est un rel vGu sur le modedu fantasme, la ralit matrielle s'entou-re d'une irralit romanesque, l'empha-se parait seule pouvoir tmoigner dece nouveau refuge. (Reste que bien sou-vent, il faut le souligner, la subjectivitretrouve n'est que laisser-aller verbal,image d'Epinal). La mobilit du champd'interprtation de ce discours permet,tout en instaurant des rapports de masse,une possession par chaque groupe selonson climat ; niant les rivalits degroupe, alors que par ailleurs il distribuedes rles, confirme des statuts, ce dis-cours fonde le systme social du VieuxTours restaur. Par la lgitimation, parl'appel la sensibilit et. l'affectivit,et dans la mesure o l'opration n'a pasengendr de refus ports un niveaude thmes politiques avous, le dis-Cours idologique sur le Vieux Toursatteint facilement son but, il conduit l'identification.En conclusion, nous voudrionsaffirmer la ncessit de caractriser legot actuel pour un habitat en vieuxquartier par les motifs qui poussentl'tre dans une recherche vitale, souventnon ou mal formule, la plupart du tempsrcupre, par une QUETE essentielle.Un vieux quartier s'affirme traverscette fragile possibilit qu'il offre de vi-vre son imaginaire , son affectif .Il est en effet utile de refuser d'assimi-ler dans une trop grande hte le retourau pass, avec une pure et simple organi-sation d'un dsir. Si Ton constate une d-valuation du dsir, cette dvaluation nesupprime pas le dsir.123Claudine quentin l'imaginaire d'un vieux quartierEn mettant en valeur l.'INESSEN-TIEL, le HASARD, le SALE, le BIS-CORNU, l'ancien se fait l'cho des be-soins d'irrationalit, d'antriorit, d'ac-complissement propres l'individu quiressent alors la rciprocit d'un lien.Ds lors, il faudrait donner tout sonpoids un mouvement de va-et-vient,d'alternance voulue entre la glorificationdu mythe et sa dnonciation, entre uneexaltation des aptitudes essentielles duvieux quartier et une rduction quel-ques qualits qu'on ne lui attribue qu'grand renfort de publicit.La technicit refuse le droit l'er-rance, au vagabondage, la flnerie ; etc'est en ce sens qu'il faut aborder le dis-cours journalistique. Le mesure de toutepratique effective d'un vieux quartierpasse peut-tre par un EQUILIBRE entrele lyrisme dbordant du discours journa-listique et la froide planification du dis-cours technique. Le vieux quartier m-rite d'tre chant mais il meurt des ra-gots journalistiques populistes et feuil-letonnesques, il meurt d'une rductionabusive quelques images parasites, quelques dires.NOTES(1) Le Vieux Tours offre un patrimoine im-mobilier homogne de grand intrt architec-tural ; prsentant une situation privilgie parrapport au reste de l'agglomration, on peut leconsidrer comme une unit disjointe, le VieuxTours existant antrieurement la dlimitationdu secteur sauvegard. Il est reprable dans l'es-pace et dans le temps. Quartier commerantet aussi bas-quartier, il constitua une aire d'ac-cueil aux vagues d'immigration.(2) Ont t tudis ce sujet la Revue Ur-banisme et Le Moniteur des Travaux Publicsdes annes 1966 1974.(3) Ont t tudis les deux journaux prin-cipaux de la ville, la Nouvelle Rpublique etI''Espoir des annes 1959 1974.(4) J. Baudrillard Le systme des objetsN RF Gallimard. 1968. Pour une critique de l'-conomie politique du signe Gallimard, 1972.(5) M. Castelis La question urbaine Maspero, 1973.(6) H. Lefebvre Le droit la ville An-thropos, 1970-1972..(7) R. Barthes Le systme de la mode Seuil, 1967.(8) R. Ledrut Les images de la ville Anthropos, 1973.(9) Les critres prcdemment nonces ten-dent rapprocher cette vision de l'image my-thique de la CITE rve par l'urbanisme, selonla grande rgle d'une communaut, sorte desocit idale dans laquelle les hommes se connaissent ,se reconnaissent .(10) M. Halbwachs La mmoire collec-tive -PUF, 1968.(11) La connotation est la voie d'accs la polysmie du texte ; (...) C'est une dter-mination, une relation, un trait qui a le pouvoirde se rapporter des mentions antrieures,ultrieures ou extrieures au texte, d'autreslieux du texte ou d'un autre texte OR. Bar-thes-S/Z P. 14).(12) M. Halbwachs Classes sociales etmorphologie Le sens commun ditions deMinuit, 1972.(13) R. Barthes - Mythologies - Seuil,1957.124NOTE MTHODOLOGIQUEALBERT LEVYIntroduction une socio-smtotiquede la perception de l'espace urbainLes quelques pages qui suivent sont lersum d'une recherche effectue dans le cadrede l'cole d'architecture de l'Universit deGenve, propos de la notion de perceptionde l'espace.Les rsultats ici prsents sont tout faitpersonnels et ne doivent surtout pas tre con-sidrs comme tant dfinitifs ; ils ne sontqu'une tape d'une investigation longue et dif-ficile qui relverait, selon nous, d'une socio-smiotique de l'espace.Le travail, dans ses objectifs et son contenu,peut-tre compris comme une critique possible un ouvrage sorti il y a quelques annes, L'image de la cit de Kevin Lynch (1) quifit un grand bruit alors, et continue d'ailleurs en faire aujourd'hui (2).Car, bien que l'objet de la recherche soitidentique La perception de l'espace urbainet ses mcanismes . les fondements thori-ques et pistmologiques de ce travail, etpar voie de consquence, les conclusions,en sont compltement opposs.7. Oublier LynchIl y a chez Lynch, dans son approche duproblme, un prsuppos empirique trs fort,et on pourrait dire, en gros, que sa dmarchea consist surtout en une tentative d'appli-cation de la thorie de la forme , ou Ges-talt-theorie (3), l'analyse des processus deperception de l'espace urbain. Prenons, parexemple, quelques-unes de ses dfinitions debase concernant la perception, la visibilit ,la lisibilit .On pourrait dire, tout d'abord, qu'il y aune confusion chez lui entre ces.trois notions(4), et l'usage qu'il fait d'ailleurs de la derni-re lisibilit reste purement mtapho-rique. Il dfinit donc les deux premires comme clart apparente ... du paysage urbain. Parl, nous voulons dire la facilit avec laquelleon peut reconnatre ses lments et les orga-niser en un schma cohrent . (p. 3). Puisil ajoute une ville lisible est celle dont lesquartiers, les points de repre, ou les voies sont'facilement identifiables et aisment combinsen un schma d'ensemble (p. 3).Aprs avoir rduit la lisibilit d'unobjet sa facilit de lecture, il prcise'sa pense en introduisant une autre notionvoisine l'imagibilit , ou la qualit grce laquelle il (l'objet physique) a de grandeschances de provoquer une forte image chezn'importe quel observateur (p. 11), et ilpoursuit ce qui signifie une ville pour les in-dividus est si divers, mme lorsque sa forme secommunique facilement, qu'il semble possiblede sparer la signification de la forme ...Cette tude se concentrera donc sur l'iden-tit et la structure des images de la ville (p.10). Il y a l, notre avis, et d'un point devue pistmologique, une srie d'erreurs mani-festes dans la dmarche de Lynch, notammentdans ce dernier passage o il prtend que l'i-dentit reconnue un objet est antrieure sa signification ; il crit lui-mme, en donnantun exemple : il est possible d'analyser la porteen termes d'identit de sa forme et de clart desa situation comme si celles-ci taient antrieu-res sa signification (p. 10).On ne comprend pas alors pourquoi ila recours des entretiens avec des citadinspour mener une telle tude que l'on pourraitqualifier de morphologique.Or, comme il l'a t dmontr dans le tra-vail, c'est l'attribution d'une signification unobjet urbain qui constitue simultanmentl'identit sous laquelle le citadin le connat (5).Il est impossible d'envisager une description125albert levy introduction une sqcio-smiotiquede la perception de l'espace urbainpurement extrieure toute signification,en abstraction totale de la valeur de l'objetau sein du systme envisag : toute tentativepour dcrire et classer des lments urbainssans tenir compte de leur rapport avec la si-gnification est ncessairement voue l'chec.Finalement, Lynch, dans ces dfinitions,,semble considrer la connaissance (ou percep-tion) que l'on a d'un objet comme tant en-tirement dtermin par lui-mme, par sa forme , par ses qualits propres (son i-magibilit ) dont elle n'est alors plus qu'unsimple et pur reflet. C'est l une attitudetout fait essentialiste.L'identit d'un objet urbain ne rsulteraitpas, selon lui, de l'application d'un pointde vue culturel qui pertinentiserait la faondont on le connat, mais serait en quelque sor-te en lui, sa nature mme. La connaissanceainsi naturalise est compltement confondueavec l'objet, et on ne voit pas comment onpourrait en faire l'tude travers les diffren-tes perceptions des citadins, qui deviendraient,de ce fait, toutes identiques. -C'est prcisment cette naturalisation dela connaissance, c'est--dire son absence de d-tachement de la ralit sur laquelle elle porte;qui caractrise l'attitude empiriste et qui cons-titue, notre avis, l'obstacle majeur auquels'est heurt cet ouvrage.Les maigres rsultats obtenus sont la con-squence directe de sa faiblesse thorique.2. Les hypothses de travailC'est la raison pour laquelle nous avonsopt pour une dmarche socio-smiotlque (6).Ainsi, dans nos deux hypothses fondamenta-les, nous avons bien tenu distinguer :1) d'une part, la perception, phnomneculturel de la sensation, phnomne naturel qui sont galement confondus chez Lynch et leurs relations, et bien souligner le faitque toute perception se droule travers unestructure smiotique.2) D'autre'part, en affirmant que les si-gnifications dans les perceptions sont varia-bles d'une catgorie sociale une autre, sontconditionnes socio-culturellement, nous avonsvoulu, en multipliant ces dernires,dtacher lesconnaissances de l'espace de l'espace lui-mme., C'est effectivement, en reconnaissant q'unmme espace peut tre peru / connu diff-remment que l'on parvient sparer la per-ception de son objet, et pouvoir en faire l'-tude chez diffrents sujets, en vitant alorsde tomber dans le pige de la naturalisationidologique et de son corollaire, l' empiris-me spontan .Ce que vise toute analyse smiotique, cesont les structures paradigmatiques et syn-tagmatiques du systme de signification, c'est partir d'elles qu'on doit chercher compren-,dre comment elles sont actualises dans lesdiffrents procs de perception.Ce systme sous-jacent qui les rend possi-ble reste donc construire. Un tel systme de-vrait avoir une valeur thorique, c'est--dire,tre gnrai, et fournir, de ce fait, des proc-dures de description et de prvision, de toutemanifestation particulire, relle ou virtuelle,des significations sociales urbaines, qui se cons-tituent, travers les diffrentes perceptionsde l'espace.. Nous nous bornerons ici donner simple-ment quelques indications hypothtiques pourla reconstruction d'un pareil systme partirde l'analyse de la morphologie physique urbai-ne et de son rapport avec l'tude socio-smio-tique de sa perception. Nous confronteronsensuite la morphologie sociale retenue au d-part, et la formation des diffrents groupessocio-smiotiques, caractriss par des percep-tions de l'espace identiques.2.1 Morphologie physique de l'espace ur-bain et son-analyse soclo-smhtlquePar tude morphologique de l'espace ur-bain, nous entendons une description syst-matique qui rvlerait les traits et caractris-tiques morphologiques de l'espace architectu-ral, et qui servirait de base de comparaison avecla connaissance que les usagers exprimentde ce mme espace et de ces proprits. Parla suite, il s'agit de rechercher les diffrencesou oppositions morphologiques de l'espacearchitectural pertinentes pour tel sujet per-cevant, et les diffrences ou oppositions nonpertinentes pour lui. Car ce n'est pas la mor-phologie de l'espace architectural qui constituel'objet de la recherche, mais les identits,sous lesquelles le sujet la connat. Ces identitsne rsultent jamais de ce qu'est la morphologiede l'espace architectural de la ville elle-mme,contrairement ce que pense Lynch, et ne126albert levy introduction une socio-smiotiquede,la perception de l'espace urbainpeut donc jamais s'expliquer par la seuleconsidration de cette morphologie.Ainsi le but de cette analyse morphologi-que consiste tudier d'un point de vue phy-sique, et selon une certaine technique d'a-nalyse d'architecte, la manire dont se prsen-te l'espace architectural de la ville, dans sonensemble et dans ses articulations, en tant quesubstance d'expression de la signification.Il s'agissait donc, dans la suite, de voircomment cette substance tait investie desens, travers les diverses perceptions, enproduisant alors une autre forme, indiffrente la morphologie physique de base, dans la-quelle elle se trouve manifeste. C'est bienainsi qu'il, faut entendre ce qui est crit quel-ques lignes plus haut.De la mme manire que la phonologien'a pu se dvelopper que grce aux progrsraliss par l'analyse phontique des sons,une smiotique de l'espace doit pouvoir s'ap-puyer sur une description physique de cetespace suffisamment adquate. C'est pourquoiun certain nombre d'amliorations et de cor-rections devraient tre apportes la techniqued'analyse morphologique, la lumire de l'ex-prience faite, et en fonction des rsultatsobtenus. Donc, le rapport ncessaire entre lesdeux analyses devrait nous permettre de lesrendre rciproquement plus adquates l'une l'autre, en fonction des objectifs attendus.En effet, avec cette analyse morphologique,on devrait pouvoir inventorier les caractristi-ques physiques de l'espace urbain, puis proc-der leur classification. Ainsi, par exemple,on pourrait effectuer un premier classementpar grandes catgories urbanistiques, selonleur distribution dans l'espace urbain, en :btiments, voies, places, carrefours, tissus(quartiers) ...etc..Ce classement consisterait galement d-terminer simultanment les'diffrents types l'intrieur de chaque catgorie, dfinis parleurs traits distinctifs spcifiques et respectifstels qu'ils peuvent tre analyss d'un pointde vue architectonique.Un second classement nous permettraitensuite, dans chacune de ces grandes catgories,constitues par ces types particuliers, d'oprerune rpartition de leurs divers traits distinc-tifs sur x dimensions physiques telles que parexemple la taille, la forme, la couleur, la situa-tion, le style, la composition externe, la distri-bution interne, l'agrgation des btiments, lerapport des btiments l'espace externe ... etc..(Dans les entretiens effectus, nous constatonsque d'autres sries de dimensions non-physi-ques sont parfois prises en considration tellesque l'conomique, le social, l'esthtique, leculturel, etc.. La prise en compte de telles ca-ractristiques est problmatique pour uneanalyse morphologique qui viserait principale-ment l'espact physique de l'espace urbain).Nous pouvons mieux saisir, prsent, leprocessus de perception de l'espace urbain :ainsi lors de l'excution d'une opration dansla ville (se promener, rencontrer, visiter, habi-ter ... etc.) le sujet slectionne un certain nom-bre de caractristiques, dans quelques-unes descatgories urbanistiques, constitues par dif-frents types, et sur un certain nombre de di-mensions physiques choisies. Le cumul deses caractristiques distinctives pertinentes pourlui constitue ce que nous appellerons un ur-bme, en d'autres termes, nous pouvons dfinirl'urbme comme un faisceau de propritsdistinctives pertinentes.Par exemple, pour un sujet de la premirecatgorie sociale retenue, et vivant Locarno,est pertinent pour l'opration habiter, l'urbme' San. Antonio constitu par le cumul descaractristiques slectionnes dans deux cat-gories urbanistiques, btiments, type ancien,et voies, type ancien, sur les dimensions physi-ques suivantes : distribution interne (prsencede cour, de portique, colonnade), matriaux(prsence de pierre...) proprits physiques(sqlidit...) pour les btiments de type ancien,et, taille (troitesse ...) composition (prsencede pavs) pour les voies,type ancien, galement.Une telle perception est connotative de lacatgorie socio-smiotique laquelle le sujeten question appartient. Deux urbmes diff-rents se composeront donc de caractristiquesdiffrentes, lesquelles caractristiques contri-buent les constituer. Ils peuvent tre degrandeur variable, selon le nombre de catgo-ries urbanistiques, et des caractristiques di-mension nel les respectives, prises en compte.D'autre part, des urbmes distincts signi-fient soit des oprations dissemblables, soitdes manires diffrentes d'excuter une m-me opration. Mais, de toute faon, et c'estsurtout cela qui nous intresse, ils renvoienttoujours des connotations sociales distinc-tes ou opposes. Les oprations, dites fonc-127abert levyintroduction une socio-smiotiquede la perception de l'espace urbaintionnelles (habiter ...) ne sont pas toujoursd'ailleurs ncessaires pour la ralisation desconnotations socio-smiotiques, ainsi, dansl'opration, dite symbolique , (observer...)par exemple, on constate que la connotationn'en est pas moins prsente..D'autre part, l'arbitraire (relatif) du si-gne socio-smiotique urbain rside surtoutdans les connotations sociales urbaines par-ticulires d'un groupe social donn, lesquellesdcoulent notamment, de l'usage qu'il faitdu signifiant spatial urbain, par sa pratiqueurbaine, et on ne peut pas dire qu'elles soientcompltement motives par ce dernier. Cesont donc les carts et les articulations entre lesurbmes, ou, ce qui revient au mme, entreleurs caractristiques corrlatives, qui sontdonc constitutifs des diverses connotationssociales et des groupes socio-smiotiques cor-respondants.On pourrait dire en quelque sorte que lesignifiant spatial urbain est fonctionnalis dans un but de taxinomie sociale et dtermineainsi une certaine configuration socio-smio-tique urbaine. Tel ou tel individu pourraitalors faire usage de ces urbmes pour exprimerson appartenance ou son extriorit tel outel groupe socio-smiotique, en adoptant ouen rejetant ses connotations sociales, parexemple.2.2. Morphologie sociale et groupes socio-smiotiquesOn voit qu'un tel fonctionnement peutrendre compte de la manire dont une socit,tout en exploitant une contigut spatiale, seconstitue en groupes distincts selon le principed'exclusion/inclusion, par les carts rsultantdes diffrentes significations que les sujetsattribuent l'espace urbain, travers son usa-ge. Une telle approche pourrait relever d'unesocio-smiotique de l'urbain qui aurait pourtche d'tudier les diffrentes connotations so-ciales de l'espace urbain, et les divers signifiantsqui en rendent compte.Une telle tude devrait pouvoir dbouchersur l'tablissement de catgories socio-smio-tiques relativement indpendantes des cat-gories socio-professionnelles envisages au d-part. En effet, et les rsultats le prouvent, onne peut simplement superposer ces deux modesde distribution sociale.De la mme manire, les typol.orji.es dga-ges par l'analyse morphologique de l'espaceurbain devraient tre compares avec celleseffectues par les diffrentes catgories socio-smiotiques, nous aurions l, pour revenir unpeu en arrire, un moyen d'adquation desdeux analyses cites prcdemment.Une redistribution des catgories socialesde dpart devrait donc tre ralise, la suitedes rsultats obtenus, pour constituer alorsles vritables catgories socio-smiotiques. C'estainsi qu'il faut interprter la deuxime hypo-thse fondamentale du travail qui postuleune distinction entre place de classe dter-mine structurellement, donc conomiquement,et la position de classe , conjoncturelle,relativement autonome par rapport la prc-dente, qui opre un autre dcoupage social(culturel, idologique ...). (7).Ainsi, dans la population d'enqute de d-part, les quatre catgories socio-professionnel-les E = 1,2,3,4}- conomiquement dtermi-nes, se rpartissent en groupes distincts selonles positions socio-smiotiques urbainesqu'elles adoptent.A Locarno, par.exemple, par rapport l'opration habiter, nous aurons la distributionsocio-smiotique suivante : l'urbme S. An-tonio est peru positivement par deux grou-pes socio-smiotiques {. 1-2} et C-O ' 8'et ngativement OJ/ l'urbme Sallegi Mo-retina est peru ngativement par toutesles catgories rparties en deux groupes - 1 2-,3} et {_ 4^, l'urbme Piazza Grande estperu positivement par le groupe ^4^ et n-gativement par le groupe 1,2,3)- , enfinl'urbme Quatriere Nuovo est peru posi-tivement par deux groupes \2$\ et {4^jet ngativement par le groupe l JDe la mme manire, toujours Locarno,par rapport une autre opration, se prome-ner, un groupe socio-smiotique constitupar une seule catgorie socio-professionnel-le 1 j peroit ngativement la ville en-tire, prise comme urbme.Par contre, l'urbme Piazza Grande est peru positivement par le groupe ^2,3,4/ ,l'urbme Lungo Lago + Maggia par legroupe \_2,4)- et enfin l'urbme Parco dliaPace + Bosco Isolino par le mme groupe0-4}Finalement, cette partition socio-smioti-que revient tablir des ciasses d'quivalence128albert levy introduction une socio-smiotiquede la perception de l'espace urbain(groupes socio-smiotiques) modulo la relationd'quivalence R (= usage du mme urb-me ), dans l'ensemble des catgories socia-les B= {12,3,4J : un tel ensemble de classesd'quivalence s'appelle aussi, en mathmatique,ensemble quotient, et s'crit E/R ( E sur R ),cet ensemble quotient est donc un ensemblede sous-ensembles de E et peut se formulerainsi E/R 5">(E).On constate, en outre, que les groupes so-cio-smiotiques, d'une opration une autre,sont extrmement mobiles. Il faudrait vo.ir,si par rapport un certain nombre d'urbmes,on pourrait dceler des constantes dans la for-mation et le comportement de ces diffrentsgroupes qui permettraient alors de mieuxmettre en vidence leurs pratiques urbainesrespectives.2.4 Le systme socio-smiotique urbain etses mcanismesNous pouvons essayer prsent d'esquisserla construction du systme socio-smiotiquevis. Cette proposition ne pourra avoir ici,comme nous l'avons dit, qu'une simple valeurindicative, et doit tre considre comme unepremire exploration du problme.Un code, ou systme smiotique, est, se-lon Prieto, dfini par ses mcanismes defonction et par ses mcanismes d'cono-mie (9). Ce sont donc ces mcanismes qui leconstituent qui font l'objet principal de l'inves-tigation smiotique. Les mcanismes de fonction de notresystme devraient permettre au moyen du si-gnifiant spatial urbain de fournir tout rcep-teur, les indications ncessaires pour que latransmission du sens ait lieu; Ifs assurent ainsila ralisation de la fonction du signe urbme,qui est de transmettre une signification : iciune connotation socio-smiotique urbaine. Les mcanismes d'conomie devraientnous permettre, par contre, dl.. dterminer lesarticulations du systme. On peut en effetconsidrer l'urbme comme rsultant du pro-duit logique de deux ou plusieurs classes, etdonc l'analyser dans ces classes, ou facteurs ,qui correspondraient dans notre cas, nos ca-tgories urbanistiques avec leurs types respec-tifs.D'autre part, ces diffrentes catgoriessont elles-mmes, comme nous l'avons vu.dcomposables en classes de dimensions phy-siques diverses, ou classes de figures . Cet-te analyse en facteurs et en figures nous autorise alors considrer ce systmesocio-smiotique urbain comme tant unsystme double articulation.En rsum, nous sommes en prsence d'unsystme smiotique double articulation quicomprend, comme tout systme de ce genre,deux plans et deux axes (10) : Deux plans : un plan de l'expression, lesignifiant spatial urbain, et un plan du contenu,la signification socio-smiotique. D'autre part,nous retrouvons les niveaux dnotatif et conno-tatif spcifiques toute smiose. Le niveaudnotatif concerne le signifiant spatial urbainen tant qu' outil servant des oprationsdonnes Ce rapport outil/utilit consti-tuant selon Prieto l'instrument , le niveauconnotatif revient sur ce mme signifiant avecson rapport l'opration, pour constituer lesigne socio-smiotique. Il rsulte du choixeffectu par l'usager du moyen pour excu-ter son opration.C'est ce niveau que l'arbitraire relatifdu signe (urbme) rside, car, pour autantqu'il y ait vritablement choix, on ne peutpas dire que la signification (contenu) soitcompltement motive par le signifiant spatial(expression). Deux axes : le premier, ou axe du sys-tme, consiste dans les catgories paradigma-tiques (urbanistiques et dimensionnelles) avecleur lments (types divers et traits distinctifs),dtermins par leurs corrlations internes oucommutations. Le second, ou axe du procs,consiste dans les relations syntagmatiques for-mant l'urbme, et actualisant le systme. Cesrelations, ou combinaisons, nous les avonsdfinies ici comme simple cumul de pro-prits distinctives , leur syntaxe resteraitdonc lucider (pour autant qu'elle existe).Quant aux corrlations entre les divers lmentsdu systme, elles devraient nous permettrede mieux expliciter la structure interne desdiverses catgories paradigmatiques, et de dis-tinguer, par exemple, entre les lments com-mutatifs (produisant un changement de sens) etles lments seulement variants (conservantle mme-sens), et de mieux prciser ainsi lesunits significatives et distinctives de cesarticulations.129albert leyy introduction une socio-smiotiquede la perception de l'espace urbainNous pouvons conclure en affirmant q'unedistribution socio-smiotique urbaine est aussibien relativement indiffrente la morpholo-gie physique de l'espace urbain qu' la mor-phologie conomico-sociale de sa'population.De telles conclusions diffrent donc sensi-blement de celles qui, comme chez Lynch,privilgient la morphologie urbaine dans la for-mation des diffrences perceptions, ou decelles qui, comme chez certains sociologues,tablissent un dterminisme socio-conomiqueabsolu sur les manifestations des diffrentesconnotations sociales de l'espace.Albert LEVY(1) L'image de la cit Kevin Lynch,Dunod.(2) L'audience de ce livre est encore fortedans les coles d'architecture, et il sert toujoursd modle de nombreux travaux.(3) Nous faisons allusion ici une sriede travaux dvelopps entre les deux guerresaux USA par des chercheurs comme Khler,Kofka sur la psychologie de la forme ou, Ges-talt psychology. Nous trouvons la traductionde l'ouvrage de Khler chez Gallimard sous letitre de Psychologie de la forme . Une syn-thse de ces travaux a t faite par P. Guil-laume chez Flammarion, sous le mme titre.(4) La perception devrait tre distinguede la lecture : en effet, alors que cette dernireconsiste en un dcodage indirect de la signifi-cation, de ses moyens de re-prsentation, laperception rside en son dcodage direct. Ilfaudrait alors parler de perceptibilit pourl'un, et de lisibilit pour l'autre , ces deuxnotions sont entendre, comme cart entreles niveaux d'mission et de rception d'unmessage.(v. P. Bourdieu : Elments d'une thoriesociologique de la perception artistique inRevue internationale des sciences . sociales,vol. XX.).(5) A ce propos, Prieto crit fort justement: l'identit qu'on reconnat un objet n'esten dfinitive que la faon dont on le connat,et deux objets identiques entre eux ne sont parconsquent que deux objets que l'on connat defaon identique . Pertinence et pratique ,Minuit, Paris.(6) Nous empruntons ce concept A.J.Gremas qui propose : Dans cette perspective,la socio-linguistique fait partie d'une disciplinebeaucoup plus vaste qu'on pourraH appelerla socio-smiotique, et qui comprendrait l'tudedes connotations des smiotiques vestimentai-res, alimentaires, gestuelles, etc. .). Smiotiqueet Sciences sociales. Seuil.(7) Nous reprenons ces concepts de placede classe et position de classe N. Pou-lantzas dans Les classes sociales dans lecapitalisme aujourd'hui , Seuil.(8) Il s'agit ici de deux manires de raliserl'opration habiter effectues par ces deuxgroupes socio-smiotiques. On pourrait direalors que nous avons faire ici deux urb-mes S. Antonio distincts, qui, bien queperus positivement, ne comprennent pasle mme nombre de caractristiques.(9) Voir Messages et signaux L.J.Prieto, P.U.F.(10) Voir Prolgomnes une thoriedu langage L. Hjelmslev, Minuit.130COMPTES RENDUSGIOVANNI FANELLIArchitettura, edilizia, urbanistica.Olanda 1917/1940F. Papafava d., Firenze 1978786 p., 841 pi., Iit.it. 22.000Une histoire de l'architecture, de l'urbanismeet de l'dilit fonde sur des critres non-idolo-giques, est-elle possible ? A rencontre d'unepartie de la critique italienne contemporaine quisubordonne ses positions des a priori idologi-ques au dtriment d'un examen minutieux desfaits. G. Fanelli nous propose, comme instrumentd'analyse fiable, une mthode qui est avanttout reprage, vrification, choix des faits.Un premier livre de Fanelli sur l'architecturehollandaise, parut en 1968. Une prsentation g-nrale de la culture et des influences, introduisaitun certain nombre de courtes biographies des ar-chitectes les plus importants (une vingtaine),qu'un catalogue des oeuvres principales de chacunet une bibliographie chronologique raisonnecompltait. C'tait dj assez de matriel pourlui donner envie, dix ans aprs, de sortir unethorie sur les thories, si la mode en Italieaujourd'hui.Dans ce deuxime ouvrage, 600 pages d'cri-ture dense, l'auteur nous prsente sans ostenta-tion mais avec une rare prcision documentaire,un richissime matriel historique, dcomposet reconstitu chronologiquement anne paranne selon quatre rubriques parallles : le d-bat gnral, l'architecture, le btiment rsiden-tiel et l'urbanisme.Un tel mode de dcoupage, en oeuvre dans lespriodisations classiques par les historiens sovi-tiques, vient d'tre contest par A. Kopp, en cequ'il risque de laisser de ct l'essentiel, savoir,dans ce cas le modle de civilisation dont l'ar-chitecture est l'un des reflets les plus fidles.Fanelli, pour sa part, relgue aux oubliettesles coupures de l'historiographie idologiquepour s'en tenir un inventaire raisonn que mo-dule la squence annuelle. C'est sur la trame decette scansion temporelle que l'auteur vise dterminer dans leurs relations mutuelles lesnombreux aspects significatifs de l'histoire d'unecivilisation architecturale. Que ressort-il de cetterecherche ?L'intention principale, celle qui refuse deprivilgier les grands vnements et de mar-quer des ruptures rgnratrices, se trouve cfirme. Un fait architectural ou d'urbanismedsagrge dans les vnements qui l'ont acepagn et nous rvle ses relations complexesles contingences et les ncessits. Certains quis de la premire tude sont renforcscette deuxime, comme la complmentplutt que l'opposition entre les tendancestionnelles et gomtriques de De Stijl et ladance fantastique et expressionniste de Wengen, lisibles dans les ouvrages des architqui appartiennent aux deux mouvements,me Dudok et Staal. Le modle de civilist'apparat graduellement d'aprs le dbat get l'histoire du btiment rsidentiel ; il s'agdu filon le plus compos o s'aboutent le mde la production, le monde de la politiquelui des techniciens et des professionnels,portance de la Hollande en tant que foyer dlisations modle pour l'Europe de l'entreguerres, tient en partie l'activit d'architintellectuels et techniciens dont la participdans les dbats politico-administratifs oncontribuer l'instauration d'un systme I'tif avanc. Ce que la loi permettait, a puexpriment et appliqu grce une heucombinaison de circonstances favorablesneutralit pendant la premire guerre mora permis de maintenir le flux des relationles pays avancs ; la stabilit d'une socitcratique et pluraliste autorisa de prendre crisques dans des exprimentations conomtechniques et sociales. Mme le dbat euarjK... ... conditions conomiques dul'architecte ne pert pas de vue que soest central dans la socit, cet engagemrend prudent l'gard de suggestions foret des utopies sociales. Les propositioles typologies, les nouveaux matriauxrecherches pour une amlioration duont t largement expriments.On peut exprimer quelques rservesquestions marginales, qui font partie desqu'un tel dveloppement comporte, sadifficult reconstituer dans le cours dle profil de certains personnages dont laet les actions sont en quelque sorte dmpar une analyse diachronique. Toutefoispeut dsormais mconnatre l'ouvrage dedans toute recherche future concernant I'sociale hollandaise.M.L. C131Vient de paratreAUX DITIONS ANTHROPOSGiorgio CESARIPSYCHIATRIE ET POUVOIRFormat 14x22,188 p. : 40 FEmile GUIGOUUNE CIT AU PAYS D'OCDe Posquires VauvertFormat 15,5 x 23, 285 p. : 55 FJacques GUIGOULES ANALYSEURSDE LA FORMATION PERMANENTEFormat 14 x 22, 308 p. : 55 FMichel HUETLE MIROIR FIG(clat du droit d'auteur en matire d'architecture)Format 14 x 22, 236 p. : 45 FGabriel GOSSELINL'AFRIQUE DSENCHANTE-VOL. 1Socits et stratgies de transition en Afrique tropicaleFormat 14 x22,374 p. : 65 FAndr GUNDER-FRANCK / Samir AMINL'ACCUMULATION DPENDANTEFormat 14 x 22,400 p. : 80 FRatkoMILISAVLJElCENVIRONNEMENT, IDOLOGIE ET SCIENCEFormat 14 x 22, 400 p. : 74 FSous la direction de Femand DUMONTLE PROGRES EN QUESTIONS - 2 VOLUMESFormat 14 x 22, 406 p. : 140 F les 2 vol.MARX, ENGELS ET LE JOURNALISMERVOLUTIONNAIREFormat 14 x 22, 300 p. : 59 Fl'homme et u socitrevue internationalede recherches et de synthses sociologiquesDirection - Rdaction - Administration - Abonnements12, avenue du Maine, Paris 15, Tl. 548-42-58 -22-76-82Numro quadrupleNAUTOGESTIONetsocialismePubli avec le concours du Centre Nationalde la Recherche ScientifiqueDirection - Rdaction - Administration - Abonnements12, avenue du Maine, Paris 15, Tl. 54842-58 - 222-76-82SOMMAIRE N. 41-42 JUIN-SEPTEMBRE 1978RECHERCHES SUR L'AUTOGESTIONAUTOGESTION DE LA RECHERCHE ?Histoire et sociologie de la 2me confrence internationale surl'autogestion. Contributions de J. KOSTA, F. SABELLI,R.SAINSAULIEU, etc.SITUATIONS ET DEBATS :La revendication autogestionnaire l'Est. Transition vers l'au-togestion l'Ouest ? Interventions d'A. HEGEDUS, G. HUN-NlUSet A. TOURAINE.Abonnement France : 75 F. - Etranger : 85 F.REVUE CRITIQUE INTERNATIONALEDE L'AMENAGEMENT DE L'ARCHITECTUREET DE L'URBANISATIONSOMMAIRE N. 16A. LIPIETZ : Approche thoriquedes transformations de l'espace franais.Bernard POCHE :Mode de production et structureurbaines. Claude HENRI : Valeur,contradictions et mode deproduction : une lecturetertiaire. Julien FREUND: La ville selon Max Weber.Richard FAU-QUE Perception de la ville et imaginaireurbain."Michel COQUERY : Rnovationurbaine etSOMMAIRE N. 20-21POUVOIR LOCALD.B. : Prsentation. Raymond LEDRUT : Politique urbaine et pouvoir local. Andr BRUSTON :Le socialisme municipal tradition, illusion, trahison ? Alain MEDAM : lments d'analyse dupouvoir municipal. Danielle BLEITRACH : Rgion mtropolitaineet appareils hgmoniqueslocaux. Monique PINON : La drogation comme phnomne idologique. Bernard BOU REILLE:Essai sur la production de l'espace stphanois au XIXme sicle. Augustin BERQUE : Hautecroissance et vocations rgionales : l'amnagement au Japon. Mario PERNOLIA : Notes pourune histoire de l'urbanisme labyrinthique, le concept labyrinthe.SOMMAIRE N. 22-23LES NOUVEAUX ESPACESLOGEMENT ET SPECULATIONThierry PAQUOT : Villes nouvelles : une utopie de droite. Paul HANAPPE : Le rle des ban-ques dans l'immobilier. Thrse SCHALCHI : Nouvelles tendances des espaces de travail.Patrice QUEREEL : Anti-pub et contrebande. Yvan SIMONNIS : Village bororo ou le rve desarchitectes. Aboi-Hassan BANISADR : Problmes du logement, de l'urbanisation et de la sp-culation en Iran. Zo KARAMANOU : Analyse critique de l'habitat en Grce.SOMMAIRE N. 41-42 JUIN-SEPTEMBRE 1978RECHERCHES SUR L'AUTOGESTIONAUTOGESTION DE LA RECHERCHE ?Histoire et sociologie de la 2me confrence internationale surl'autogestion. Contributions de J. KOSTA F SABELLIR.SAINSAULIEU,etc.' 'SITUATIONS ET DEBATS :La revendication autogestionnaire l'Est. Transition vers l'au-togestion l'Ouest ? Interventions d'A. HEGEDUS G. HUN-NlUSet A. TOURAINE.Abonnement France : 75 F. - Etranger : 85 F.SOMMAIRE N. 20-21POUVOIR LOCALD.B. : Prsentation. Raymond LEDRUT : Politique urbaine et pouvoir local. Andr BRUSTON :Le socialisme municipal tradition, illusion, trahison ? Alain MEDAM : lments d'analyse dupouvoir municipal. Danielle BLEITRACH : Rgion mtropolitaine et appareils hgmoniqueslocaux. Monique PINON : La drogation comme phnomne idologique. Bernard BOUREILLE :Essai sur la production de l'espace stphanois au XIXme sicle. Augustin BERQUE : Hautecroissance et vocations rgionales : l'amnagement au Japon. Mario PERNOLIA : Notes pourune histoire de l'urbanisme labyrinthique, le concept labyrinthe.SOMMAIRE N. 22-23LES NOUVEAUX ESPACESLOGEMENT ET SPECULATIONThierry PAQUOT : Villes nouvelles : une utopie de droite. Paul HANAPPE : Le rle des ban-ques dans l'immobilier, Thrse SCHALCHI : Nouvelles tendances des espaces de travail.Patrice QUEREEL : Anti-pub et contrebande. Yvan SIMONNIS : Village bororo ou le rve desarchitectes. Aboi-Hassan BANISADR : Problmes du logement, de l'urbanisafion et de la sp-culation en Iran. Zo KARAMANOU : Analyse critique de l'habitat en Grce.Yves GILBERT Le mythe ruralBernard KALAORA L'ordre et la nature le vert endimanchFranois GODARD Jean-Ren PENDARIES Rapports de proprit du logement et pratiques de l'espace rsidentielVronique DE RUDDER-PAURD Franois VOURC'H Le march de l'insalubreA.B.C.I.S. Pour une lecture plus objective de la ville: le concept de confort urbainAnne GOTMAN L'espace de travailK. STEBLER P. WATIER De l'errance spatiale l'errance socialeClaudine QUENTIN L'imaginaire d'un vieux quartierNOTE METHODOLOGIQUEAlbert LEVY Introduction une socio-smiotique de la perception de l'espace urbainCOMPTES RENDUSM.L. CANTELLI Architettura, edilizia, urbanistica de Giovanni FANELLIYves GILBERT Le mythe ruralBernard KALAORA L'ordre et la nature le vert endimanchFranois GODARD Jean-Ren PENDARIES Rapports de proprit du logement et pratiques de l'espace rsidentielVronique DE RUDDER-PAURD Franois VOURC'H Le march de l'insalubreA.B.C.I.S. Pour une lecture plus objective de la ville: le concept de confort urbainAnne GOTMAN L'espace de travailK. STEBLER P. WATIER De l'errance spatiale l'errance socialeClaudine QUENTIN L'imaginaire d'un vieux quartierAlbert LEVY Introduction une socio-smiotique de la perception de l'espace urbainM.L. CANTELLI Architettura, edilizia, urbanistica de Giovanni FANELLI