Daniel Cohen

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Daniel Cohen decrivant la crise de l'occident

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<p>N 22 - 2009</p> <p>Sortie de criseVers lmergence de nouveaux modles de croissance ? Rapport du groupe de travail prsid par Daniel Cohen</p> <p>Sortie de criseVers lmergence de nouveaux modles de croissance ?Rapport du groupe de travail prsid par Daniel CohenRapporteurs : Ccile Jolly, Olivier Passet et Vanessa Wisnia-Weill</p> <p>2009</p> <p>Ralisation : Agence COM&amp;O - www.comeo.fr</p> <p> En application de la loi du 11 mars 1957 (art. 41) et du code de la proprit intellectuelle du 1er juillet 1992, complts par la loi du 3 janvier 1995, toute reproduction partielle ou totale usage collectif de la prsente publication est strictement interdite sans autorisation expresse de lditeur. Il est rappel cet gard que lusage abusif et collectif de la photocopie met en danger lquilibre conomique des circuits du livre. La Documentation franaise - Paris, dcembre 2009 ISBN : 978-2-11-007920-6</p> <p>Avant-propospar Ren Sve,Directeur gnral du Centre danalyse stratgique</p> <p>Le lecteur trouvera dans ces pages le texte du rapport du groupe de travail dirig par Daniel Cohen que Nathalie Kosciusko-Morizet, secrtaire dtat auprs du Premier ministre, en charge de la Prospective et du Dveloppement de lconomie numrique, avait demand au Centre danalyse stratgique dorganiser. Au rapport lui-mme sont ajoutes des contributions volontaires de certains de ses participants, notamment les reprsentants des partenaires sociaux:encesens,cetexteresteouvertlarflexion.Ildoitaussitreluen fonction dautres travaux demands en 2009 par la Ministre, notamment sur le dclassement, sur la sant mentale et le bien-tre ou sur le tltravail, et, plus largement, en fonction des perspectives de lconomie et de la socit numriques, qui fournissent le cadre gnral dans lequel peut sorganiser la sortie de crise. Lampleur considrable de celle-ci, qui a entran la chute brutale de la productionindustrielleetdesfluxcommerciauxinternationaux,ladfaillance decentainesdtablissementsfinanciers,lahaussespectaculairedesdficits publics ncessaire la relance, etc., a pu frquemment faire envisager quune phase historique du dveloppement conomique mondial tait acheve. Dans lavenir, les vrais besoins dune socit de consommation(s) responsable(s) ne seraient satisfaits que par des productions de proximit, dans un nouveau localisme , qui dmarchandiserait en partie les relations entre personnes voire entre peuples1. Certes, la numrisation dans la chane de valeur sera sans doute propice des relocalisations. La composition des produits en services2 sera renforce par rapport la matrialit de lobjet lui-mme, qui tendra sallger et parfois seffacer, dans une sorte de diet ou fitness economy o la qualit sera dissocie de la quantit dintrants physiques. Cependant, cette conomie ne saurait sabstraire des critres de comptitivit de loffre ni de la logique de spcialisation et dconomies dchelle. La croissance durable ne sera pas naturelle , au sens de rudimentaire, mais impliquera de nombreuses innovations dans les technologies, les financements, les1 - Comme lont montr les travaux de Thierry Mayer, il nest pas certain, en matire internationale, que le newlocalism soit facteur de paix. 2 - Ladaptation des produits en caractristiques, dlais, types daccs. Sur ces questions, on renverra notamment aux travaux de Michle Debonneuil.</p> <p>modes dorganisation, les rapports producteurs/consommateurs, etc. Ainsi, lagriculteur tendra devenir un ingnieur de la biodiversit et les services la personne seffectueront dans lenvironnement technologique de la socit numrique avance1. Cette dernire ne supprimera donc pas les besoinsenR&amp;D,enqualifications,enchangesinternationaux,nienesprit dentreprise. Le rapport ci-aprs, parce quil analyse la sortie de crise selon des principes conomiques, ne valide donc pas la fin dune conomie de gammes, de diversification et de flux croiss. Sil rappelle que le progrs technique constitue le moteur de la croissance long terme, il souligne aussi que la sortie de crise suppose que les innovations qui vont permettre la satisfaction des principaux besoins (alimentation, logement, sant, connaissances, mobilit, etc.)devrontresterlaporteduconsommateurfinal.Celaemportedeux consquences. Dabord, la russite de la nouvelle croissance passe par un meilleur fonctionnement de lensemble des marchs des biens et des services, susceptible dallger le poids des dpenses contraintes, qui sinon empcheront le dcollage des nouveaux produits ou en limiteront la diffusion aux mnages les plus favoriss. Pour que la nouvelle croissance soit durable, il faudra donc veiller ce que soient pallis certains dsquilibres de base, qui ont t loriginedelacriseactuelle,enpremierlieuceuxquirsultentdesdifficults de certains pays industrialiss, notamment des tats-Unis, assurer une qualificationcroissantedelamain-duvre2. Les facteurs de production devront ensuite faire preuve dune mobilit intersectorielle accrue : cest tout lenjeu actuel des transitions professionnelles qui doivent permettre des salaris de voir leurs comptences reconnues et augmentesdunebranchedactivituneautre.Cestgalementledfides entreprises qui peuvent gagner des diversifications inattendues, comme on le constate dans le domaine de lnergie o agriculteurs, hypermarchs ou encore transporteurs routiers crent des entits spcialises dans le photovoltaque, lolien ou la biomasse. Plus gnralement, dans de nombreux secteurs, la numrisation des changes3multiplieralestransactions,modifiera lesspcialitsetentraneradesgainsdefficacit.</p> <p>1 - Cf. Centre danalyse stratgique, LaNotedeveille, n 158, Les technologies pour lautonomie : de nouvelles opportunits pour grer la dpendance ? , dcembre 2009. 2 - Aux tats-Unis, les grandes entreprises, confrontes sans doute aux lacunes du systme ducatif amricain de formation initiale et leurs rigidits internes, ont fait choix de dlocaliser tout ou partie de leur appareil productif ltranger, au Canada, au Mexique, en Amrique centrale, et, partir des annes 1990, en Asie, notamment en Chine. Il sen est suivi une pauprisationrelativedecouchesdelapopulationamricaineexcluesdesqualificationsetdes emplois stables et bien rmunrs, pour une grande part composes de minorits, avec leurs lots de problmes sociaux structurels, dont laccs au logement. 3 - En BtoB,BtoC,GtoB,G(government)toC(citizen),CtoG,BtoG,CtoC</p> <p>Comme le souligne le rapport, dans cette volution gnrale, les consommateurs , bnficiairesoucitoyensdeviendrontdeplusenplusdescoproducteurs,des coprescripteurs, des acheteurs groups, etc., travers notamment la constitution, dans la vie personnelle ou professionnelle, de communauts virtuelles, durables ou ponctuelles, fondes sur des intrts, des valeurs ou des engouements. La socit numrique est donc en train de renouveler en profondeur lindividualisme des socits modernes, de mme que les formes de la vie et de laction collectives. Elle demande chacun davantage dinitiative dans tous les domaines de son existence, comme aux mcanismes de solidarit de fournir les conditions de cette capacit, et donc le socle ultime de la nouvelle croissance.</p> <p>SommaireAvant-propos par Ren Sve Introduction - la recherche dun nouveau modle de croissance par Daniel Cohen Rsum Chapitre 1 - La nature de la crise : un drame en trois actes1. Deux crises fondamentales prcdent celle de 2008 : celle des valeurs technologiques, celle des matires premires 2. Crise de lendettement et de la surconsommation ?</p> <p>917</p> <p>2727 31</p> <p>Chapitre 2 - Une crise marquant lessoufflement dun cycle technologique ?1.Lampleurdelacriseinviterflchiruntournantdurable du rythme de croissance 2. La maturit des valeurs technologiques des annes 2000 3. Linnovation interrompue ou relance ? Quels enjeux de politiques publiques ?</p> <p>3637 40 44 51</p> <p>Chapitre 3 - Les nouvelles interfaces industrie-services : un gisement potentiel de croissance ?1. Un renversement de la dynamique industrie-services 2. Un fort potentiel de dveloppement de lconomie de lusage 3. Une moindre pression environnementale de ce modle de croissance qui reste valuer Quels enjeux de politiques publiques ?</p> <p>5353 55 62 65</p> <p>Chapitre 4 - Le dclassement acclr dune conomie industrielle polluante et sa lente rinvention1. Le secteur automobile et la construction, picentres de la crise 2. Une mutation de la demande pour lautomobile et une volution plus conjoncturelle pour la construction 3. Le renouvellement vert et serviciel de ces secteurs : undfidelongterme 4. Vers une conomie moins prdatrice pour lenvironnement ? Quels enjeux de politiques publiques ?</p> <p>6767 71 76 82 907</p> <p>Chapitre 5 - Un cycle dinnovation contrari : des nouveaux marchs en mal de solvabilit1. La consommation contrainte entrave la diffusion de la nouvelle conomie 2. La contrainte environnementale renforce les incertitudes pesant sur la dynamique de consommation prive solvable et non contrainte 3. Effet de la rpartition sur le pouvoir dachat Quels enjeux de politiques publiques ?</p> <p>9394 97 102 106</p> <p>Chapitre 6 - La crise valide-t-elle les mcanismes de flexibilit ou de rtention de lemploi ?1.Ladualitetlaflexibilitdelemploicommeamortisseurs de la crise 2. Lajustement dual de lemploi 3.Versuneextensiondelaprcaritouuneconfirmation des stratgies de rtention ? 4. La monte en puissance de la valeur travail et du stress 5. Une contestation des modes de gouvernance Quels enjeux de politiques publiques ?</p> <p>108109 113 116 119 122 125</p> <p>Chapitre 7 - Repenser lancrage territorial des activits et des hommes1. Un mouvement doutsourcinget de dlocalisation 2. Localisation des activits et ancrage des services Quels enjeux de politiques publiques ?</p> <p>129129 133 138</p> <p>Conclusion par Daniel Cohen ANNEXESAnnexe 1 - Lettre de saisine Annexe 2 - Composition du groupe de travail Annexe 3 - Contributions et auditions Annexe 4 - volutions sectorielles, Centredanalysestratgique, DpartementRecherche,TechnologiesetDveloppement Durable Annexe 5 - Nouveaux modles de croissance : grand public et salaris, synthsedusondageTNSSofres Annexe 6 - Laccs des consommateurs aux biens et services : volution et perspectives, PhilippeMoati,CRDOC Annexe 7 - volution de la consommation et arbitrages face la crise, PascaleHbel,CRDOC Annexe 8 - Avis des partenaires sociaux et membres du groupe de travail</p> <p>139 141143 144 146</p> <p>148 158 172 190 214</p> <p>8</p> <p>Introduction</p> <p>Introduction Introduction la recherche dun nouveau modle de croissancepar Daniel Cohen</p> <p>Certaines crises marquent la fin dune poque. Dans les annes 1970, les chocs ptroliers ont mis fin aux Trente Glorieuses. La Grande Dpression de 1929, pourtant partie des tats-Unis, a prcipit la fin du vieux monde europen. La crise que nous vivons aujourdhui a parfois t interprte dans ces termes, ceux dun basculement : elle ferait entendre le glas dune croissance non soutenable, elle acclrerait le glissement du centre de gravit du monde vers lAsie. Ilestdifficile,eneffet,dadmettrequecettecriseneserverien.Interrogs surlasignificationdelacrisepoureux-mmesetpourleursconditionsde travail, les dirigeants comme les salaris rpondent pourtant, plus de 80 %, quelle ne changera rien. De fait, le paradoxe de cette crise est quelle semble beaucoup moins destructrice demplois que les prcdentes, trs en de par exemple des destructions observes en 1993. Car dautres variables dajustement que lemploi ont fait leur apparition : le temps partiel, qui joue un rle gal celui de lemploi dans labsorption du ralentissement de lactivit1 ; la part variable des salaires, qui a t immdiatement diminue ; et lintrim qui a t rduit de moiti en douze mois, aprs avoir doubl en vingt ans2 ! En bref, cette crise nen est pas vritablement une pour une raison quon pourrait rsumer ainsi : la France vit depuis 1993 en tat de crise permanente. La rcession qui frappe aujourdhui nannonce pas un monde nouveau : elle fait comprendre les pathologies du monde actuel. ce titre, elle peut aider faire merger de nouvelles priorits, et peut-tre un nouveau modle de croissance.1 - Il y a ici une diffrence nette de comportement de part et dautre de lAtlantique. Dans son dernierrapport,leFMInotequelesfirmesamricainesontrduitlemploiplusvitequelaproduction, de sorte que la productivit par tte a cr pendant la crise. Le Bureau international du travail (BIT) fait la mme observation, notant un rapport de un deux pour les destructions demplois dans les groupes amricains par rapport aux groupes europens. 2 - Alors que la crise de 1993 avait peu concern lintrim, il a reprsent cette fois plus de la moiti des destructions demplois (231 000 sur 437 000 entre le 1er avril 2008 et le 30 juin 2009) !</p> <p>9</p> <p>IntroductionAux origines de la crise La crise a plusieurs causes immdiates. Elles tiennent la conjonction dune drgulationfinanciremalcontrleetdunepolitiquemontairetroplaxiste aux tats-Unis. Ces causes directes sont toutefois la rvlation de pathologies plusprofondesauxquelleslacrisefinancireadonnuneexpression,mais sans en rvler la vritable nature. Partons des tats-Unis, puisque cest de ce pays que la crise a jailli. Lune de ses causes premires rside dans la monte de lendettement des mnages. Le consommateur amricain a soutenu la croissance mondiale en vivant crdit. Mais le crdit lui-mme ntait que le recours permettant de compenser la fulgurante monte des ingalits. Les donnes de Thomas Piketty et Emmanuel Saez montrent que lessentiel de la croissance du revenu a t capt par le 1 % le plus riche, lequel retrouve le niveau (relatif) qui tait le sien au dbut du XXe sicle. Pourtant, alors mme que les ingalits de revenus nont cess de crotre au cours des quinze dernires annes, on nobserve aucune hausse visible des ingalits en matire de consommation : le crdit a compens, et au-del, le revenu comme moteur de la consommation. La crise traduit ainsi la pathologie dune conomie qui a eu besoin du crdit pour compenser ses faiblesses. La question, scrute aujourdhui par tous les conjoncturistes, est de savoir quels seront dans les mois venir les ressorts de lconomie mondiale, lheure o la consommation amricaine est tombe en panne. Mais la question pose va au-del : les tats-Unis parviendrontils trouver les voies dune croissance quilibre, rendant les normes de consommation compatibles avec celles de la production ? Cette question na pas pargn la France. La monte des ingalits nest certes pas de mme ampleur quaux tats-Unis. Le rapport de Jean-Pierre Cotis1, les travaux de Camille Landais, actualisant les donnes de Thomas Piketty, montrent que si les plus hauts revenus enregistrent aussi dans notre pays des taux de croissance spectaculaires, les effets macroconomiques, sans tre ngligeables, restent plus limits. Pourtant,lesFranaisseplaignentdelinflationducotdeleurviequotidienne. La question du pouvoir dachat a fait lobjet de la campagne lectorale de 2007, et les rapports se sont succd pour scruter lcart entre la perception des Franais et les statistiques globales. Avant la crise, le pouvoir dachat du revenu des mnages a cr un rythme annuel de 1,9 % lan au cours de la priode 2003-2006. Cest certes moins bien quau cours de la priode 19982002, o...</p>