Cancer du poumon et exposition professionnelle aux ?· Cancer du poumon et exposition professionnelle…

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<ul><li><p>Cancer du poumon et exposition professionnelle aux mtaux :</p><p>Une revue des tudes pidmiologiques</p><p>Documents pour le Mdecin du Travail N 1142e trimestre 2008</p><p>201</p><p>dmt TC 120</p><p>P. WILD*, E. BOURGKARD*,C. PARIS **,***</p><p>* DpartementEpidmiologie enEntreprise, INRS** INSERM, ERI [EP]2R,valuation et prventiondes risques professionnels etenvironnementaux,Vanduvre-les-Nancy*** Facult de mdecinedu travail, Nancy</p><p>d o s s i e r m d i c o - t e c h n i q u e</p><p>Lobjectif de cet article est de faire le point sur les tudes publies concernant le lien entre exposition professionnelle aux mtaux et cancer du poumon. </p><p>En rsum</p><p>Lexposition aux composs mtalliques est omniprsentedu fait de leur large utilisation dans lindustrie et de leur exis-tence, le plus souvent en tant que traces, dans lenvironne-ment. Cet article examine les lments pidmiologiques dela relation entre le cancer du poumon et lexposition profes-sionnelle aux composs mtalliques. Les lments pidmio-logiques sont brivement examins pour les agentscancrognes reconnus : chrome, nickel, bryllium, cadmium,arsenic et silicium (sous forme de silice cristalline), en met-tant en vidence les aspects encore incertains. Sont ensuiteexamins plus en dtail certains mtaux pour lesquels le lienentre exposition et risque de cancer du poumon est moinsvident : titane, plomb, fer ainsi que cobalt et tungstne. </p><p>Pour les cancrognes reconnus, les tudes pidmiolo-giques rcentes confirment dans lensemble ce classementavec cependant des rsultats qui sont parfois contradictoires,notamment pour le bryllium, le cadmium ou la silice. Pour letitane, les seules tudes existantes concernent des popula-tions exposes au dioxyde de titane et le seul excs observdans une des tudes ne parat pas attribuable lexposition.En dpit dun risque lev de cancer broncho-pulmonairedans certaines populations exposes au plomb, aucune rela-tion dose-rponse ne semble exister entre cette expositionet le risque de cancer du poumon. Une augmentation mod-re mais constante des cancers du poumon existe dans denombreuses populations exposes des oxydes de fer, maiscet effet peut tre d des co-facteurs, et ne peut tre consi-dr par dfaut comme attribuable aux oxydes de fer. Enfin,les tudes pidmiologiques menes dans lindustrie des m-taux durs suggrent un possible effet cancrogne du cobalten prsence de carbure de tungstne. </p><p>Introduction</p><p>Les mtaux sont dfinis comme des lments chi-miques qui peuvent former un type particulier de liaisonchimique appele liaison mtallique et perdre des lec-trons pour former des cations (ions positifs). Bien queles lments non-mtalliques soient plus courants queles lments mtalliques sur la Terre, ces derniers consti-tuent la classe la plus importante du tableau priodiquedes lments. En y incluant les mtallodes, il existe ainsiplus de 80 lments mtalliques diffrents, dont la plu-part peuvent prsenter des valences chimiques variableset exister sous la forme de nombreux composs. Ce-pendant, bon nombre de ces lments sont trs rares etles effectifs de sujets professionnellement exposs cescomposs ne sont pas suffisamment importants pourpermettre une tude pidmiologique de leurs effetsventuels. Il faut noter que les expositions les plus forteset les plus spcifiques ont t constates et apparaissenttoujours dans les milieux professionnels ou proximitimmdiate de sources industrielles. Lexposition aux m-taux dans lenvironnement est rpandue mais, en dehorsde quelques circonstances exceptionnelles, elle est net-tement moindre, moins spcifique et gnralement im-possible quantifier prcisment. Lessentiel delinformation pidmiologique caractrisant directe-ment une exposition un ou plusieurs mtaux provientdonc dtudes de cohorte chez des groupes exposs pro-fessionnellement. Seules ces donnes seront examineset analyses. Exceptionnellement, les rsultats dtudesdans le champ environnemental seront voqus.</p><p>113677 201-220:Bruits 19/06/08 11:23 Page 201</p></li><li><p>soit prsente. Pour une liste des agents cancrognespossibles ou probables, il est possible de se reporter ausite Web de lAmerican Cancer Society (cf. Pour en savoir plus , p. 219). La cancrognicit deslments radioactifs ne sera pas non plus envisage, carleur possible effet spcifique se confond avec celui de laradioactivit. Cette tude sest concentre sur les l-ments, et leurs composs immdiats, pour lesquels unesuspicion de cancrognicit a t publie et qui sontclasss typiquement cancrognes probables ou pos-sibles (2A ou 2B) par le CIRC, ou pouvant raison-nablement tre jug cancrogne par le NTP.</p><p>Les mtaux : prsentation gnrale</p><p>Tous les lments de numro atomique suprieur 86 sont plus ou moins radioactifs et il existe peu degroupes dexposition chez les humains (figure 1).Parmi les possibles exceptions, cest--dire des lments</p><p>Documents pour le Mdecin </p><p>du Travail N 114</p><p>2e trimestre 2008</p><p>202</p><p>Dans un premier temps, tous les lments mtal-liques du tableau priodique seront examins. Le pre-mier enjeu consiste identifier, pour chaque lment,sil existe des groupes humains suffisamment nom-breux exposs ce mtal ou ses sels et composs debase ou sil existe une quelconque indication quun telgroupe pourrait exister lavenir. Le deuxime enjeuest de savoir si une suspicion de cancrognicit a tformule pour ce mtal. Cette suspicion peut tre ba-se sur des tudes pidmiologiques ou sur dautreslments scientifiques.</p><p>Dans un second temps, les rsultats dtudes pid-miologiques pour les mtaux ainsi slectionns serontexamins. Pour certains lments, des rsultatsdtudes toxicologiques seront voqus sans tre ex-haustifs. Cette revue ne se concentrera pas sur les m-taux qui ont t officiellement classs cancrognespour les tres humains par des organismes comme leCentre international de recherche sur le cancer(CIRC), plus connu sous son acronyme anglais IARC(International Agency for Research on Cancer) ou leNTP (United States National Toxicology Program)dans ses rapports sur les agents cancrognes (RoC),bien que la logique sous-jacente de chaque classement</p><p>Fig. 1 : Tableau priodique des lments.</p><p>113677 201-220:Bruits 19/06/08 11:23 Page 202</p></li><li><p>Documents pour le Mdecin du Travail N 1142e trimestre 2008</p><p>203</p><p>prsentant une faible radioactivit et pour lesquels unnombre relativement important dhommes sont expo-ss, figurent luranium-238 [U] (uranium appauvri) etle dioxyde de thorium-232 [Th], mais la connaissancedes auteurs aucune tude pidmiologique na tudispcifiquement ces expositions.</p><p>Le groupe des lanthanides (scandium [Sc], yttrium[Y] et les lments de numro atomique compris entre57 et 71), galement nomms tort terres rares (cer-tains lanthanides comme le crium [Ce], par exemple,sont assez courants dans lcorce terrestre) prsententquelques applications industrielles et une expositionpour lhomme a t rapporte, mais sans quune suspi-cion de cancrognicit nait t publie [1]. </p><p>Il ny a pas de cancrogne suspect parmi le groupedes mtaux alcalins (sauf pour un compos darsenic[As] et de lithium [Li] qui a t class cancrogne maisen tant que compos de larsenic). </p><p>Dans le groupe des mtaux alcalino-terreux, le bryl-lium [Be] est class cancrogne pour lhomme par leCIRC et le NTP. Les isotopes stables du strontium sem-blent inoffensifs, alors que la forme radioactive, le 90stron-tium [Sr], est suspecte dtre cancrogne pour les os caril se substitue facilement au calcium. Aucune suspiciongalement concernant les autres mtaux alcalino-terreux(calcium [Ca], magnsium [Mg] et baryum [Ba]). </p><p>Les mtaux pour lesquels un rle cancrogne est vo-qu font, pour la plupart, partie du groupe des mtaux detransition. Ainsi le titane [Ti], le chrome [Cr], le fer [Fe],le cobalt [Co], le tungstne [W], le nickel [Ni], le platine[Pt], le cadmium [Cd] ont tous, un moment ou sous uneforme, t suspects ou classs cancrognes [2].Lexposition de lhomme quelques autres (scandium[Sc], vanadium [V], yttrium [Y], zirconium [Zr], niobium[Nb], techntium [Tc], hafnium [Hf], tantale [Ta], rh-nium [Re]) est trop rare pour permettre une tude pid-miologique et na, la connaissance des auteurs, jamaist juge cancrogne chez lhomme. Lexposition aumanganse [Mn] et au molybdne [Mo] est moins rare,et tous deux jouent un rle biologique important commelments traces essentiels dans les enzymes. Le groupedes lments du platine (ruthnium [Ru], osmium [Os],rhodium [Rh], iridium [Ir], palladium [Pd] et platine[Pt]) se compose galement de mtaux trs rares mais,par analogie avec le platine, ils peuvent tre suspectsdtre cancrognes chez lhomme. Enfin, lexpositionhumaine lor [Au] et largent [Ag] est relativement r-pandue, mais malgr la toxicit de certains de leurs com-poss, un caractre cancrogne propre na jamais tmentionn. Enfin, la possibilit que le mercure [Hg] soitcancrogne a t value par le CIRC en 1993 [3]. </p><p>Dans le dernier groupe de mtaux, appels mtauxpauvres, avec laluminium [Al], le gallium [Ga], lin-dium [In], ltain [Sn], le thallium [Tl], le plomb [Pb] etle bismuth [Bi], seul le plomb est jug potentiellementcancrogne pour lhomme. </p><p>Enfin, dans le groupe des mtallodes (bore [B], sili-cium [Si], germanium [Ge], arsenic [As], antimoine[Sb], tellure [Te] et polonium [Po]), qui ne sont pas desmtaux au sens strict, le silicium (sous forme de silicecristalline) et larsenic ont t classs cancrognes pourlhomme par le CIRC et le NTP. Lantimoine a tconsidr comme un cancrogne possible dans la lit-trature toxicologique [4] mais ce risque nest pasconfirm dans les rares tudes humaines.</p><p>Aprs cette brve prsentation des lments mtal-liques, cet article propose un bref examen des lmentspidmiologiques relatifs au risque de cancer du pou-mon induit par les mtaux et les mtallodes classscancrognes pour lhomme dans lune de leursformes, savoir le chrome [Cr], le nickel [Ni], le cad-mium [Cd], le bryllium [Be], larsenic [As] et le sili-cium [Si], en insistant sur les incertitudes restantes.Seront rsums ensuite les lments pidmiologiquespour le titane [Ti], le fer [Fe], le plomb [Pb] ainsi quele cobalt [Co] et le tungstne [W], pour lesquels aucunconsensus na encore t trouv. Une brve discussioncompltera cet examen.</p><p>Agents cancrognes reconnus</p><p>CHROME</p><p>Le chrome hexavalent [Cr (VI)] a t associ descancers de diffrents sites des voies respiratoires ds lafin du XIXe sicle [5]. Depuis, plusieurs tudes pid-miologiques ont t conduites dans le monde entier,principalement dans la production de chromates et depigments chromates, rapportant rgulirement desrisques levs de cancer du poumon et de cancer dessinus. Cette bibliographie a t examine par le CIRCen 1990 dans sa monographie sur le chrome et lescomposs du chrome [6]. Elle concluait que lechrome [VI] est cancrogne pour les tres humains sur labase dlments suffisants chez les hommes pour la can-crognicit des composs du chrome[VI] rencontrs dansla production de chromates, la production de pigmentschromates et les industries des traitements de surface auchrome . La situation est diffrente avec le chrome tri-valent [Cr (III)] qui existe ltat naturel sous formedoxyde de chrome dans le minral chromite. La prin-cipale exposition au chrome trivalent ou au chromemtallique survient dans la production de ferrochrome.Seules trois tudes pidmiologiques dans ce secteuront t recenses, conduites en Sude [7], Norvge [8]et France [9]. Les rsultats sont contradictoires et le</p><p>113677 201-220:Bruits 19/06/08 11:23 Page 203</p></li><li><p>Lenqute mene par le CIRC [6], la mme anne,considrait que les composs du nickel sont cancrognespour les humains et que le nickel mtallique est peut-tre cancrogne pour les humains . La premire affir-mation tait base sur des lments suffisants pourtablir la cancrognicit du sulfate de nickel chez les hu-mains, ainsi que des combinaisons de sulfures et oxydes denickel rencontres dans lindustrie de laffinage du nickel ,tandis que la deuxime affirmation sappuyait sur destudes exprimentales sur des animaux. Depuis 1990,les tudes publies sur la cancrognicit du nickel ontproduit des rsultats contradictoires. Deux tudesconduites en Nouvelle-Caldonie [28, 29] nont pasobserv de risque accr de cancer respiratoire chez lesouvriers du nickel, malgr une puissance raisonnable.La mortalit lie au cancer du poumon chez les pla-queurs de nickel [30] ne savrait pas en excs. Demme, Sorahan et Williams [31] nont confirm quepartiellement, dans une tude rcente, lexcs initial decancer du poumon dans la raffinerie de Clydach (Paysde Galles) dcrite dans [27]. Par ailleurs, Andersen etal. [32], Anttila et al. [33], ainsi que Grimsrud [34, 35]ont confirm lexistence de risques levs de cancer dupoumon avec une importante relation dose-rponse.Bien que la question demeure controverse, ce risquesemble limit aux composs du nickel solubles dansleau [36].</p><p>CADMIUM </p><p>Lexposition humaine au cadmium [Cd] se produitprincipalement par la consommation daliments et detabac, du fait de sa bio-accumulation dans les plantespar la contamination superficielle des sols due aux ac-tivits industrielles. Le cadmium et ses composs sontutiliss dans de nombreuses applications industrielles(batteries, pigments, alliages, galvanoplastie et revte-ments, matires plastiques). Actuellement, sa princi-pale utilisation rside dans la production de batteriesnickel/cadmium. Dans sa monographie de 1993 [3], leCIRC concluait que le cadmium et les composs du cad-mium sont cancrognes pour les tres humains sur la base dlments suffisants tant chez les hommes que chezles animaux de laboratoire. Cette conclusion tait ren-force par la phrase suivante : En conduisant lvalua-tion globale, le groupe de travail a pris en compte le fait quele cadmium ionique provoque des effets gnotoxiques dansdivers types de cellules eucaryotes, notamment des celluleshumaines . Lvaluation des lments disponibles chezles hommes tait base principalement sur plusieurs ar-ticles analysant une mme cohorte amricaine dou-vriers travaillant dans la rcupration du cadmium (voirpar exemple [37], qui rvle une relation dose-rponseentre le cancer du poumon et lexposition cumule au</p><p>Documents pour le Mdecin </p><p>du Travail N 114</p><p>2e trimestre 2008</p><p>204</p><p>seul risque de cancer broncho-pulmonaire augmentde faon statistiquement significative a t obtenudans ltude franaise, o lexposition au chrome seconfondait plus ou moins avec une exposition dautres produits cancrognes, en particulier lebenzo(a)pyrne. Un rsum est disponible dans la mo-nographie IARC [6] : Le chrome mtallique et les com-poss du chrome [III] ne peuvent tre classs en ce quiconcerne leur cancrognicit pour les tres humains enraison dlments inadquats sur la cancrognicit duchrome mtallique et des composs du chrome[III] chez leshommes . Depuis cette valuation, plusieurs tudespidmiologiques ont t publies [10 23], la plupartconfirmant cette double apprciation dun risque li auchrome hexavalent et dune absence de risque pour lescomposs trivalents du chrome. La dernire tude [23]tait remarquable en ce que lvaluation de lexpositiontait base sur plus de 12 000 mesures urinaires de lex-position au chrome. Les auteurs concluaient que leurs donnes suggrent un possible effet de seuil (en de duquelil ny aurait pas de risque) de lexposition professionnelle auchrome sur le cancer du...</p></li></ul>